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CHAPITRE IV

.MALADIES DES EUMATS.

En méléoroloj-ic, on (liisigno sous le nom de climats région)

(les zones terrestres d’étendue variable, dont les divers points sont placés dans des conditions analogues sous le rapport de la température; la plupart des auteurs établissent trois grandes divisions :

I® Climats chauds, qui s’étendent dans chaque hémisphère de reipiateur à 30® ou 35® de latitude N. et S., c’est-à-dire de l’équateur au.\ tropiques, d’où le nom de régions intertropicales.

^® Climats tempérés, de 30® ou 35® de latitude à 55® dans chaque hémisphère.

3® Climats froids, qui s’étendent autour des deux pôles jusqu’à 55® de latitude N. et S.

La surface du globe se trouve ainsi partagée en cinq grandes zones ; une zone équatoriale commune aux deux hémisphères, deux zones polaires, enfin deux zones intermédiaires qui correspondent aux pays tempérés.

Cette division, très-simple au point de vue géographiipie, présente au point de vue médical de nombreuses imperfections; l’étude des climats généraux se complique de celle des climats partiels, et les limites assignées aux climats chauds, tempérés et froids, ne peuvent être considérées que comme des approximations. 11 s’en faut de beaucoup que tous les points situés à égale distance de l’équateur offrent une température uniforme; les iniluences qui, en dehors de la latitude, agissent sur la température moyenne d’une région sont trèsnombreuses ; ici, c’est l’altitude ou bien ce sont des vents froids venus de plaines glacées qui abaissent la température et élargissent le domaine des climats froids aux dépens de la zone tempérée; là, ce sont des courants marins, qui, semblables à d’immenses calorifères, vont réchauffer toute une cote et élèvent par exemple la limite des climats tempérés jusque par delà 01® de latitude N. (Feroë); le Culf- Stream n’est pas une exception; les courants marins ou sous-marins sont nombreux, et comment en serait-il autrement? L’Océan est sans

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c^.sse refroidi aux pôles, écliauiréà l’é(iualeur; réiiuilibre est rompu à chaque iiistaul dans ces immenses niasses d’eau, de là les courants. Le voisinage de la mer, la direction des vents régnants, les mers intérieures, le voisinage dos hautes montagnes, la configuration et la nature du sol, les grandes forêts, les fleuves, sont autant de causes perturbatrices.

ün s’est vite aperçu que les parallèles à l’équateur ne correspondaient pas aux climats météorologiques, et Humholdt a eu l’idée de réunir par des lignes dites isothermes Çîto;, égal, Oipu-^, chaleur) tous les points qui présentent la même moyenne thermométrique annuelle. Ces lignes rendent sensible à l’œil la distribution inégale du calori({ue à la surface du globe pour les mêmes latitudes; au lieu d’être parallèles à rKfpialeur, elles vont décrivant un grand noinhre de sinuosités; elles s’élèvent sur les cotes occidentales et s’abaissent au niveau des grands continents; Québec, à i-7'' de lat., se trouve sur la même ligne isotherme que le sud de l’Islande par OO” de lat. N. (I ).

Les lignes isothermes ne fournissent pas des indications suffisantes sur les climats; la température moyenne d’un pays est en effet moins importante à connaître que les températures extrêmes de l’été et de riiiver, (|ui influencent surtout le règne pathologique, tle même qu’elles régissent la flore et la faune; or, le système des lignes isothermes fait justement disparaître ces températures extrêmes. Exemple : « La moyenne de l’été à Moscou a été de -|- 20“ c. ; la moyenne de l’hiver a été de — 20“ c.; ou nous traduit cela par ; la moyenne annuelle est 0’ c. Qu’apprend ce zéro seul au climatologiste? — Zéro. » (Armand, op. cil., p. üO.)

On a proposé encore les lignes isothères (IV.?, égal, été) et isochimènes (wo,-, égal, hiver) réunissant tous les points de la

terre qui ont la même température moyenne en été ou en hiver; mais ce système, qui, à vrai dire, donnerait des indications plus utiles (pic le précédent, est fort conijiliipié; les lignes isothères ne se confondent pas avec les isochimènes, et les deux espèces de lignes seraient nécessaires pour l’appréciation d’un climat.

En somme, nous croyons ipic la climatologie générale doit rester dans le vague des trois grandes divisions : climats chauds, tempérés et froids, sans essayer de tracer une limite exacte là où la nature, amoureuse comme toujours des transitions, n’en a mis aucune; nn voyageur qui descendrait d’un pôle à réquatcur, serait fort embarrassé de dire où finissent les climats froids, où commencent les climats tempérés et chauds; il ne pourrait dire (pi’une chose, c’est

i t) Armand, Traité de rÀimaloloçjie ijéiiérale, p. T)!).

O'i MALADIES ET ÉI’IDÉMIES DES AHMEES.

([Ut! d’une façon générale il a trouvé des températures de plus en plus élevées à mesure qu’il avançait dans son voyage; à la distribution différente des saisons, il reconnaîlrait parfailemeut les trois grandes zones dont nous avons parlé, sans pouvoir leur fixer des limites exactes.

L’élude des climats partiels a une importance bien plus grande au point de vue praticiue que celle des climats généraux; c’est seulement dans cette étude des climats partiels qu’on peut introduire un peu de précision, et c’est grâce à elle (jue nous en arriverons enfin a rompre avec ces données météorologiques vagues, banales et encombrantes qui jusqu’ici ont fourni tant de cbilfres et si peu de résultats utiles. La climatologie ne peut plus être qu’un des éléments de la topographie médicale, et c’est en effet à cela qu’elle se réduit dans les ouvrages de MM. Armand et Pauly, bien que le mot climatologie figure encore à la première page.

M. le docteur Pauly a cherché à prouver que les climats se classaient comme les habitations en salubres et insalubres, suivant l’apport plus ou moins large, plus ou moins constant, d’un oxygène actif (ozone) par les courants généraux de l’atmosphère, courants facilités ou gênés par la configuration du sol (1). Depuis longtemps on connaît la salubrité des lieux élévés, des hauts plateaux, l’insalubrité des plaines basses et encaissées, surtout dans les pays où règne la malaria; mais c’est mettre l’accessoire à la place du principal que do supprimer les causes spécifiques des maladies au profit de la topographie. A lire l’ouvrage de M. Pauly on s’imaginerait que, étant donnée la configuration d’un pays, il est facile d’en déduire l’état sanitaire de ses habitants, et la nature des gramlcs endémies qui y règncid. Tout au contraire, l’expérience seule et une longue praticiuc peuvent nous renseigner sur la salubrité d’un pays. Pourquoi les fièvres épargnent-elles la Nonvelle-Calédonie, malgré l’existence de nombreux marais? pourquoi ravagent-elles Madagascar, malgré sa grande arête de montagnes? pourquoi le choléra aux Indes, la peste en Kgypte et la fièvre jaune sur les bords du golfe du Mexique? L étude topographique ne répond à aucune de ces ([uestions, quoi ([u’en dise M. le docteur Pauly, qui, suivant nous, a eu grand tort de sacrifier l’idée de spécificité sur l’autel de la topographie et d’étendre jusqu’à le fausser un fait parfaitement reconnu ; la salubrité des hauts plateaux dans les pays où régnent les fièvres à (piinqnina, le choléra et la fièvre jaune.

Les climats, comme les saisons, n’agissent pas seidcment par^ les iniluences météorologiques (lui leur sont particulières; ils moddienl

(1) Ch. Pauly, de dimalologif’ comparée. Paris. 1874.

MALAfHKS DES GUMATS.

les coiulilions telluriques, ralimentalioii, les habitudes, etc.; la chaleur aggrave les lièvres palustres et leurl'ait prendre les formes réinilleiites graves ou coutiiiues, elle favorise le développement de la fièvre jaune, du choléra, etc. ; il faut réserver le nom de maladies climatiques à celles ([ui relèvent plus spécialement des influences atmosphériques.

Les climats, a-t-on dit, sont des saisons permanentes ; on peut dire de même que les maladies climatiques ne sont (jue des saisonnières portées à leur plus haute puissance. La même maladie, saisonnière dans un pays, est climaticpic dans un autre; telle est la dysenterie. La continnité et l’intensité d’action des mômes causes expli(iuent la ténacité et la gravité des maladies climatiques comparées au.\ saisonnières. Les maladies des climats froids correspondent à celles de la saison froide; les maladies des pays chauds à celles de la saison chaude; mais quelles seront alors les maladies climatiques dans les régions tempérées? Là les conditions atmosphéri(pies varient régulièrement avec les saisons; les influences météorologiques n’ont qu’une action temporaire, superficielle, et l’on est amené à cette conclusion, que dans les climats tempérés les maladies saisonnières sont aussi les maladies climatiques, tandis que dans les climats e.xtrèmes les mala dies climatiques absorbent les saisonnières.

Maladies des pays euoids.

Elles [irésentent une grande analogie avec les maladies de la saison froide; ce sont les bronchites, les pleurésies, les rhumatismes, qui dominent le règne pathologique dans ces climats. La tendance qu’on a dans les pays froids à abuser de l’alcool et la privation de végétaux frais expliquent la fréquence de l’alcoolisme et du scorbut.

M. le docteur Gallerand dans deux expéditions successives dans l’océan Glacial arctique a noté la fréquence des pleurésies et des bronchites sur les marins de notre Hotte. Les pleurésies étaient communes, Irès-graves, et se compliipiaient d’épanchements abondants, de rechutes continuelles : « Quant aux bronchites, dit M. Gallerand, elles sont si nombreuses, qu'il est à [leine possible de les énumérer. 11 y a eu tel moment on les trois quarts de notre équipage toussaient d’une manière fatigante;je n’ai inscrit sur mon cahier de visite ([ue les bronchites avec fièvre, et assez intenses pour exiger des soins réguliers: il s’en trouve 1 10 seulement à bord de la Cléopàlre. Si l’on ajoute à ce chiffre 3:2 cas d’angines assez graves, on arrive, pour ces deux maladies seulement, à un total de Li2 hommes qu’il a fallu exempter au moins

MALVDIKS ET ÉI'l DÉMIES DES ARMÉES.

d’une partie du service (1). » Le rluiniatisme, Irès-rrcHpient aussi, avait une grande tendance à la récidive et à la chronicité. Au contraire, les pneumonies étaient assez rares ; nous avons vu qu’on ne pouvait pas non plus ranger la pneumonie avec la bronchite et la pleurésie parmi les maladies de la saison froide.

Le rhumatisme articulaire aigu appartient plutôt aux climats tempérés qu’aux climats froids; il est inconnu dans le voisinage des pôles, tandis ((u’on le rencontre assez souvent dans les pays chauds, en Egypte, aux Indes. Au Cap, l’armée anglaise fournit une proportion de 57 rhumatisants sur 1000 malades, tandis que sous le climat rigoureux de la Nouvelle-Ecosse on ne rencoidre (jue 30 rhumatisants pour le même chilfre de malades (;2).

L’Européen peut très-bien vivre dans les climats polaires, à la condition d’être vêtu chaudement et surtout d’avoir une alimenlatiou abondante, riche en principes carbonés, en graisse. Les Esipumaux boivent de l’huile de phoque depuis des siècles; leur instinct les a conduits à faire usage de la nourriture la plus propre à leur permettre de résister au froid, ainsi que l’a démontré la physiologie moderne; tous les voyageurs qui ont séjourné dans les pays froids sont d’accord pour reconnaître l’importance d’un bon estomac et d’une nourriture abondante, riche en principes gras, dans une lutte continuelle contre le froid. L’air glacé des régions polaires enlève sans cesse du calorique au corps humain, et ce refroidissement est encore activé lorsque le vent souflle, parce que la couche d’air ambiant est plus souvent renouvelée; c’est ainsi (pi’unc eau courante paraît d’autant plus fraîche au baigneur que le courant est plus rapide ; la combustion organique doit s’activer de fafon à compenser ce refroidissement, sans quoi l’organisme est vaincu après une lutte plus ou moins prolongée, la température du corps s’abaisse, et la mort arrive dès que la chaleur est descendue de ([uchpics degrés au-de.ssous de la normale.

Ces faits expliquent comment des navigateurs bien nourris, chaudement vêtus, ont pu passer des hivers au milieu des glaces par une température moyenne de 30“ ou iU“ au-dessous de zéro sans être atteints de congélations (3), tandis que des soldats allaihlis et soumis à

(t) Considéraliuns générales sur la navigation dans l'océan Glacial arctique, jiar lo (tn('l(>ur E. Gallcraiul. (Nouvelles Annales de la marine, janvier IS.nS.)

(2) Charcot, Levons sur les maladies des vieillards. Paris, I8(i8, ji. 'ii'i.

(3) L’expédition autrieliieniie, (|ui s’est avancée jiisiiu’à 83'> de lat. N., et ipii c.st restée ])endant deux ans eini)risonnée dans une tianqnise, a eu à suliir <tes températures de — 40‘>P..,ce (jui équivaut à — SD» c ! I.(> mercure reslail {jeté peu-

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une alimenlalion insuffisaiile, oui succombé en graïul nombre à l’aspbyxio par le l'roiJ, alor.s que le Ibermomètre marquait seulement qucbiucs degrés au-dessous de zéro. L’histoire des congélalions dans les armées va nous montrer que raiïaiblissemcntdes hommes, les conditions bygiéni(pies défavorables où ils se trouvent, jouent dans la production de ces accidents, un rôle aussi grand que le froid lui-même.

Des congélations dans les armées. — Les accidents produits par le froid ont été mentionnés aussi bien dans les expéditions anciennes que dans les guerres modernes. Xénopbon, dans la retraite des Di.v-Mille, après le passage de l’Eupbrate, traversant des montagnes élevées, fut tout à coup enveloppé avec son armée par un vent du nord chargé de neige qui brûlait et glaçait en même temps et frappait les soldats qui ne pouvaient se soutenir (I). L’armée d’Alexandre eut a souffiir de maux semblables en traversant le Caucase.

Thierry do lléry raconte qu’au passage des Alpes en 1537, aux environs de Aoël, (( |ilnsieurs endurèrent telle froidure, qu’à aucuns iion-seulement le nez et les oreilles, mais encore le visage se Inmélia tellement qu’il y eut comme des gangrènes (^) ».

L’armée de Charles-Onint qui assiégeait .Metz pendant les mois de novembre et décembre 155“2, eut beaucoup à sonlfrir du froid, et les cas de congélation y furent très-nombreux.

L’année impériale, ravagée par le typhus et le scorbut, se trouvait alors dans des conditions analogues à celles de notre armée de Crimée. Carjois, secrétaire du maréchal de Vieilleville, décrit ainsi l’état misérable ou se trouvaient les troupes de Cbarles-Quint à la fin du siège : « Nous trouvions des soldats par grands troupeaux, de di- \eises n.itions, malades à la mort, qui étaient renversés sur la boue’ d’autres assis sur de grosses pierres, ayant les jambes dans les fanges’ gelées jusques aux genoux, qu’ils ne pouvaient ravoir, criant miséricorde et nous priant de les achever de tuer. Eu ipioi M. de Guise exerça sa chanté, car il en fit porter plus de soixante à l’bôpital pour les faire traiter et guérir; et à son e.xemple, les princes et seigneurs tirent le semblable; si bien qu’il en fut tiré plus de trois cents de cette boriible misère. Mais à la plupart il fallait couper les jambes (3). »

<lanl des semaines entières cepen.taiU il n’y eut ancun cas de congélation - l’oNi.édition était abondamment pourvue de vivres, et les ours blancs fournissaient un mile supplément do ration (Journal officiel, 19 octobre 1871).

(I ) Anabasis, livre IV.

/of cif" années en campagne,

(:l) Mém. de la vie de Franc, de Scepau.v, sire de Vieilleville eî comte de Dure lat, maréchal de Franco, par V. Carlois, f. III, p. 7.3. ^ ^

•\ LAVERAN,

Ambroise Paré visita aussi le camp impérial. « Le froid était si vil au siège de Metz, rpie s’il eiU été avec moi (Hippocrate), il eut vu beaucoup de soldats ayant les membres estliioménés et une intinité moururent par le froid, encore qu’ils ne tussent vulnérés (1).

D’après Porestus, on trouvait des sentinelles mortes debout, la lance au poing, semblables à des individus frappés de catalepsie ^2). Le même fait a été observé pendant la retraite de Russie :

Ou voyait des clairons à leur poste pelés Restés debout, en selle et muets, blancs <lc pivre.

Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.

(V. IIuüO.)

Kii IG3"2 le froid fut si vif entre Montpellier et Béziers, que seizo gaules du cor|)S de Louis Xlll moururent en route.

Eu 1700 Charles XII perdit une partie de sou armée dans les plaines de la Russie du Nord. En 1710, 3000 hommes périrent du froid en Finlande.

Pendant la retraite du maréchal de Bellc-Isle, en 17 P2, 1 année française au passage des défilés de la Bohême perdit en dix jours plus de 400 hommes.

Au passage de la Guadarrama (23 et 2i déc. 1808), l’armée çaisc ctit beaucoup à souffrir du froid. Le vent était au nord, il était tombé beaucoup de neige les jours précédents, le thermomètre de Réaumur était descendu à — 0®. A mesure qu on s élevait sui la montagne, écrit Larrey, le froid augmentait, hommes et animaux, tombaient sur les bords de la roule pour ne plus se relever, ou bien ils étaient entraînés le long des pentes rapides. Quelques feux de bivouac qu’il fut possible d’allumer, furent plus nuisibles qu’utiles, à nos soldats; tous ceux qui sans précautions présentèrent brusquement leurs mains ou leurs pieds à l’action du leu furent frappés de congélations, tandis qu’aucun militaire parmi ceux qui en s’etaient pas approchés des feux, n’en fut atteint (3).

Larrey nous a laissé dans ses mémoires une magnifique description de la retraite de Russie, dont il supporta courageusement toutes les épreuves. Jamais peut-être hiver plus rigoureux n’avait assailli une armée en marche. : le thermomètre Réaumur descendit à 24®, 27® et jusqu’à 28° au-dessous de zéro (Larrey). Pour comble de malheur, l’armée traversait un pays dévasté, elle était dénuée de tout, les vivres manquaient, et les hommes restaient quelquefois plusieurs jours sans

(1) (Emit. d’Aml>. Paré. Voyages de Metz, p. 1217.

(2) l'oresti Op. omnia, t. I, p. A63.

(3) Larrey, mémoires de chirurqie militaire, t. 111, p. 251.

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manger. « Nous étions tous, écrit Larrey, dans un tel état d’abattement et de torpeur, que nous avions peine à nous reconnaître les nus les autres; on marchait dans un morne silence. L’organe de la vue et les forces musculaires étaient affaiblis au point qu’il était dilîicile de suivre sa direction et de conserver l’équilibre. L’individu chez qui il était rompu tombait au.v pieds de ses compagnons, ((ui ne détournaient pas les yeux pour le regarder. Quoique l’un des plus robustes de l’armée, ce fut avec la plus grande difliculté que je pus atteindre Wilna. A mon arrivée dans cette ville j’étais à bout de mes forces et de mon courage; j’étais près de tomber pour ne plus me relever comme tant d’autres infortunés qui ont péri sous mes yeux (1). »

A son arrivée en Prusse la grande armée ne comptait plus que 3ü00 hommes. « 3000 hommes des meilleurs soldats de la garde, tant d'infanterie (pie de cavalerie, presque tous des contrées méridionales de la France, étaient les seuls qui eussent vraiment résisté aux cruelles vicissitudes de la retraite; ils possédaient encore leurs armes, leurs chevaux et leur attitude guerrière; les maréchaux ducs de Dantzick et d’Islrie étaient à leur tête; les princes Joachim et Eugène marchaient au centre de cette troupe, que l’on pouvait considérer comme le reste d’une armée de plus de 400000 hommes que les habitants du pays avaient vue défder six mois auparavant dans toute sa force et dans tout son éclat. L’bonneur et la gloire des armées françaises s’étaiei\t en quelque sorte retranebés dans ce petit corps d’élite » Larrey revient à plusieurs reprises sur cette circonstance que les méridionaux supportèrent mieux les fatigues de la campagne et luttèrent mieux contre le froid que les habitants du îsord. Le 3® régiment de grenadiers de la garde, composé presque uniquement de Hollandais, fut presque anéanti, tandis que les deux autres régiments de grenadiers, composés surtout d’hommes venus du midi de la France,, conservèrent une assez grande partie de leurs effectifs. Les Allemands furent plus éprouvés (|ue les Français et surtout que les Espagnols. Larrey lire de cette remarque Ircs-inlércssante une conclusion trop générale lorsqu’il dit (loc. cil., p. 125) que les Méridionaux sont plus aptes à supporter le froid que les hommes nés dans les pays du .\ord. Ce serait là un fait bien singulier, bien contraire à ce que nous savons de l’adaptation do riiomme aux divers climats où il est appelé a vivre. 11 faut tenir compte de cette circonstance que l’armée française n’avait pas seulement à lutter contre le froid; au froid s’ajoutait la disette, pour ne {>as dire la famine, et cela exj)li(|ue comment

(E LaiToy, op. cil., t. IV, p. 107.

> (2i Larrey, op. cil., t, IV, p. 113.

les homaics d,i Nord, habitués à une nourriture Irès-aljondante, ont moins l)icii résisté (|ue les Méridioiiaux, habitués à vivre de peu (I). L homme du Nord ne supporte le froid (pi’à la condition de se nourrir abondamment, d’absorber en par'icidier une grande quantité d’aliments gras. Il est très-probable que si la grande armée n'avait pas eu à souffrir de la faim en même temps que du froid, on aurait observé le résultat inverse : les hommes du Midi auraient bien plus souffert que ceux du Noi'd.

En Crimée, pendant le premier hiver, les Anglais, mal approvisionnés, eurent beaucoup plus de cas de congélations (pie nous; mais lors([ue l’abondance eut remplacé, dans leur camp, le dénùment de la première période, les congélations disparurent de chez eux, tandis (pi’eltes persistaient chez nous.

Le 2 janvier 1845 une colonne commandée par le général Levasseur fut surprise par la neige à qucbpios lieues de Sétif (retraite du Bon Tbaleb); lovent du nord soufllait avec violence; il fut impossible d’allumer les feux, et de faire la soupe; les hommes, fatigués par une marche pénible, privés de nourriture, mouillés par la neige fondue et glacés par le vent du nord, 'présentèrent un grand nombre de cas d’asphyxie par le froid et de congélations des extrémités. Le 4 janvier la colonne, composée de 2800 hommes, arrivait à Sétif après avoir perdu 208 hommes en 48 heures. Neuf hommes moururent en entrant à rimpital de Sétif, où furent envoyés 521 malades atteints de congélations légères ou graves; plusieurs subirent des opérations, et M succombèrent encore, ce qui donne un total de 228 décès. Nous ne savons pas quelle était exactement la température le 2 janvier à l’endroit où les premiers accidents se jiroduisirent; mais à Sétif, c’està-dire à ((uelqiies lieues de là, et à ta mémo altitude, le thermomètre ne descendit pas au-dessous de zéro; un vent du nord augmentait, il est vrai, l’impression du froid (2). Cette histoire de la retraite du Bon Tbaleb est un des exemples les plus frappants que l’on puisse citer de l’action du froid sur des hommes privés de nourriture. A l'époque dont nous parlons, l’alimentation du soldat français n’était pas suffisante pour lui permettre de faire des réserves, et, dès (pi’elle venait à lui manquer, l’organisme se trouvait désarmé, incapable d’un effort soutenu contre le refroidissement extérieur; aucun officier ne fut atteint de congélation.

Des accidents analogues à ceux du Bon Tbaleb ont été observés à plusieurs reprises en Algérie : en 1836, dans la retraite de Constan-

(1) Gallerand, op. cit.

(2) Helation de. la retraite du Dou Taaleh, par M. b ilocic.ir Schrimiiton, iii Rec. mém. de méd. militaire, I. LXil, p 15-1.

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tilie; en 1851, aux environs de Bougie; eu 1852, dans le passage de l’Atlas.

En Crimée nos soldats alTaiblis par la diarrhée et le scorbut ont présenté de nombreux cas de congélations; le tableau suivant donne le cbilfre des accidents produits par le froid dans les armées anglaise et française (1) :

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