‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 33 sur 129 · UO · texte numérisé non relu

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Région centrale

Région (In Paci-

tique

Totaux. .

Pendant le siège de Metz (1870) la dysenterie a été une des maladies les plus communes dans l’armée assiégée, et souvent elle se présentait à notre observation sous les formes qu’elle prend dans les pays chauds; ici comme en Crimée l’inlluence d’nne alimentation vicieuse s’ajoutait à l’action de ta saison.

La dysenterie a été observée souvent dans certaines garnisons, particulièrement dans celle de Versailles. M.M. Périer (0), Masselot et Follet (4) ont décrit l’épidémie qui régna eu 184"2 sur cette garnison. C’est aux mois d’août et de septembre, après un été Irès-chand et très-sec, que ta dysenterie lievinl épidémi(jue; elle débuta par la Ménagerie, espèce de ferme située à l’ouest de Versailles; les casernes .de l’Est furent les plus maltraitées, par la suite; la caserne dite d’Artois, qui était placée cependant dans de bonnes conditions hygiénicpu's, fut la plus ravagée (Masselot et Follet). L’eau qu’on boit à Versailles est de fort mauvaise qualité; elle séjourne dans des bassins décoii-

(1) Fniivpl, Uhloire médicale de la (juerre d'OrienI, p. tü8.

Ciî) Slalhlique de la (jnerre des Elats-Unis, Piblcau \\\ I.

(3) Journal de médecine de Beau, 184-3.

(A) Mémoire sur Vépidémie dijsenlérique qui a régné. « Versailles dans les mois d’arril, seplemhre el oclohre 18i'2. {Areh. gén. de méd., avril, mai 184.3.)

maladies SAlSONNIfcKKS. rj5

verts, et il y toml)e nécessairement une foule de substances organiques que laclialeur fait entrer en fermentation ; c’est là une cause bien sui'Iisante de dysenterie, il n’est pas nécessaire de faire intervenir le miasme palustre comme lont MM. Massclot et follet.

A l’automne les entrées pour diarrhée et dysenterie se multiplient prestpie toujours dans les hôpitaux militaires; au mois de septembre 1874, j’avais dans mon service du Val-de-Gràce des dysentel'iipies en grand nombre, cl I uii d eux succomba Ires-iapidement a une dysenterie contractée à Paris.

Mon père a trouvé (pie sur lOüO ilécès a Paris il y en avait 10 par dysenterie, et que, pour les principales villes de garnison, ce rapport allait à2i pour 1000; mais dans ce dernier chilfre sont comptés les décès dus à une épidémie de Metz; il faut ajouter aussi que bon nombre de malades, après avoir contracté des dysenteries chroniques en Algérie ou aux colonies, viennent mourir dans les ho[)itaux de f rance.

La dysenterie saisonnière de nos climats est, à. l’intensité près, la meme maladie que la dysenterie endemi(pic des pays chauds; il ny a pas lieu de décrire à part ces deux formes morbides, et ce que nous dirons plus tard de la symptomatologie, de l’anatomie pathologique, du traitement et de la prophylaxie de la dysenterie, des pays chauds s’appliquera fort bien à la maladie saisonnière dont nous venons d’esquisser l’iiistoriciue dans les armées; nous y renvoyons le lecteur.

Le choléra nostras (choléra simple, choléra sporadique) a été observé de tous temps dans les armées; Pringle le place avec raison parmi les maladies saisonnières de l’été ou de l’automne.

Van Swieten fait mention du choléra-morbus, nommé vulgairement trousse-galant (1) ; c’est, dit-il, une affection fréquente à la fin de l’été et au commencement de l’automne, caractérisée par une évacuation subite et immodérée d’humeurs par le haut et par le bas.

Dans le traité de médecine d’armée de Monro on trouve aussi un chapitre intitulé : Du choléra-morbus, vulgairement dit trousse-galant. & Le choléra-morbus, dit Monro, oti les évacuations subites et violentes par les vomissements et les selles, ont été très-lré([uents dans les mois de juillet et août 17()1, et, spécialement à Munster, plusieur.s personnes en ont été attaquées. » Plusieurs malades eurent des attaques très-fortes; cependant Monro ajoute : « 11 n’est mort personne, du moins dont j'aie été instruit (2). »

Le chapitre xl de Decker est consacré au choléra-morbus, et Co-

(1) rjescripliuH îles inalailies des armées, o/i. cil., i>. 81.

(!2) Médecine d’année, np. ci/., t. il, p. 2üt).

lomhier, comme \an Swieleii et Monro, traite du choléra-morlius, vulgairement appelé trousse-galant. Les soldats y sont sujets, dit-il, dans les camps, surtout pendant les grandes chaleurs et à la fin de l’été. Voici la description de Colombier, description qui correspond parl;iitcmeut à ce que nous appelons choléra-nostras, choléra simple. « On reconnaît cotte maladie aux évacuations fréquentes, tant par le vomissement (|ue par les selles, d’une matière âcre, bilieuse, jaune, porracée ou noirâtre, accompagnées de violents efforts, d’une douleur considérable dans le ventre et de vives épreintes; la soif est ardente, les forces sont abattues, le visage est jilombé, les extrémités sont froides et les crampes fréquentes. Dans cet état le pouls est faible et petit, quoique fréquent; il survient des syncopes, et les malades rejettent presque tout ce qu’ils avalent (1). » 11 n’est pas question, comme on voit, desselles riziformes si caractéristiquesdu choléra vrai, non plus que d’une période de réaction succédant au stade algide; la ipiestion de contagion n’est même pas posée, et il est facile de voir que les auteurs n’attribuent pas à cette alfection une grande importance. Cette colique, dit Colombier, ne dure guère plus de beures; les soldats y sont très-sujets dans les camps, surtout pendant les grandes chaleurs et cà la fin de l’été.

Ces témoignages montrent bien que le choléra simple a été observé dans les armées européennes avant l’apparition du choléra indien; mais quel rapport peut-on établir entre cette maladie saisonnière, si peu redoutable, et le choléra épidémique, qui dans ses expansions envahit les continents les uns après les autres sans être arrêté par les différences de saisons ou de climats, £t dont l’apparition inspire un si juste effroi? Sans doute il y a analogie symptomatique entre la période algide du choléra indien et le choléra simple; mais les maladies les plus dilférentes ne peuvent-elles pas offrir de ces ressemblances suiierficielles? L’empoisonnement par le tartre stibié n’a-t-il pas la plus grande analogie avec le choléra, si bien qu’il a reçu le nom de choléra stibié? L’individu empoisonné par le phosphore ne présente-t-il pas quelques-uns des principaux signes de la fièvre jaune? C’est l’étude des causes bien plus que celle des symptômes qui doit servir de base à la classification des maladies; on doit s’efforcer de réunir les affections dont l’étiologie est commune, si dilférentes que soient leurs manifestations symptomatiques, et de séparer celles qui reconnaissent des causes dilférentes, si grandes que soient d’ailleurs leurs analogies symptomatiques.

Il ne faudrait pas croire, du reste, que le choléra-nostras ne dilfère

(H r.olomliici-, Mê(krine militaire, op. cil., i. Ht. p. .iai.

MALADIES SAISONNIÈDES.

pas symptomatiquement du clioléra indien ; dans le choli;ra simple, la diarrhée est séreuse, bilieuse, mais-non riziforme, ce ([ui tient à ce que répithélium intestinal ne se desquame pas comme dans le choléra vrai; dans le choléra simple on n’observe pas la période de réaction, exagérée jns(iu’câ l’état typhoïde, qni, dans le choléra indien, succède presque toujours au stade algide.

Au mois d’août 1871, nous observions à Paris plusieurs cas de choléra-nostras; la fièvre typhoïde, les embarras gastriques bilieux, les diarrhées, les dysenteries, régnaient alors avec une grande fréquence dans la garnison aussi bien que dans la population civile. Deux fois les cholérines reçues à celte époque à l’hôpital militaire Saint-Martin se terminèrent par la mort, et nous eûmes l’occasion de constater (pi’il existait dans les deux cas de la psorenléric, mais pas de desquamation intestinale. La psorenléric a perdu tonte valeur coinine caractère anatomique du choléra indien depuis qu’elle a été signalée dans un grand nombre de maladies étrangères au choléra (1).

En lü(il) Sydenham signalait déjà ces cas de choléra-morhns qui reviennent, dit-il, sur la fin de l’été et an commencement de l’automne, aussi constamment que les hirondelles au commencement du printemps et le coucou vers le milieu de l’été (^).

Le choléra-nostras peut être provoqué par l’ingestion de boissons très-froides. En 18“25, à Paris, un grand nombre de personnes furent atteintes tics symptômes du choléra simple, on les crut empoisonnées, mais une enquête démontra que la cause de ces accidents était dans les boissons glacées dont les chaleurs excessives avaient rendu l’usage presque général. Pendant l’été il faudra veiller avec soin à ce que les hommes ne boivent pas à la pompe en rentrant de la manœuvre, surtout si l’eau qui sert à la boisson est une eau de source trèsfroide. La boisson hygiénique qui, dans un grand nombre de corps, est mise à la disposition des soldats en été, donne d’excellents résultats ; cette boisson, conservée dans des tonneaux, n’a pas, au momeut de l’ingestion, une température trop basse, et la réglisse, le citron et le rhum qn’on y ajoute, quoique dans de très-faibles proportions, suffisent pour la rendre agréable au goût et moins indigeste que l’eau pure.

Lorsqu’un malade est pris de diarrhée cholériforme, il faut lui faire prendre immédiatement quelques gouttes de laudanum et l’envoyer à l’hôpital. Lien que le choléra simple ne soit pas généralement une affection grave, il exige cependant un traitement actif cl l’em-

(I) Al t. r.HOi.KHA, Diction, encijciop. de.<i science.t nmlicale.i.

(”2) Sydeiiliain, Médecine pratique. Constitution épiiU'iinique de l’annéf: tGtV.I.

MALADIKS hyr f'.PIDÉMIES DIvS AHMl'XS,

ploi de moyens dont on ne dispose pas dans les corps de troupes. A riiôpilal, le Irailenienl varie suivant que l’algidité est plus ou moins marquée. Il suffit le plus souvent de mettre le malade à la diète complète d’aliments et de boissons, de lui prescrire 10 à 20 gouttes de laudanum et de la glace afin de calmer la soif vive et les vomissements ; si l’algidité est plus prononcée et s’accompagne de crampes, on fera faire des frictions sèches sur les membres et l’on prescrira une boisson chaude, un peu excitante, du thé alcoolisé par exemple.

Idusieurs maladies peuvent être confondues avec le cboléra-nostras, et il faut se défier de ce diagnostic lorsque la maladie se termine par la mort. La fièvi’e typhoïde en particulier peut présenter un tableau symptomatique tout à fait analogue. Au mois d’octobre 1871, un jeune soldat du 4“ bataillon de chasseurs était apporté au Val-de- Grâce; le billet d’eidi’ée portait : cboléi’ine; le malade avait eu des vomissements et de la diarrhée; il était, ({uand je le vis, dans un état de prosti'ation et d’algidité très-marqué; face cyanosée, extrémités froides, pouls filiforme; le ventre était douloureux à la palpation, ce qui me fit songer à une péritonite bien plutôt qu’à une cholérine. La mort eut lieu dans la nuit qui suivit l’entrée à l’Impital, et l’autopsie nous révéla : 1° une péritonite très-nettement caractérisée par l’existence de fausses membranes qui recouvraient le péritoine dans une grande étendue; 2“ dans l’intestin grêle, les lésions de la fièvre typhoïde à la première période : tuméfaction molle des plaques de Peyer, psorentérie abondante sans ulcérations ni perforation. Je n’affirmerais pas aujourd’hui que les deux malades qui succombèrent en 1871 à de prétendues cholérines, et dont j’ai parlé plus haut n’étaieiit pas au début de fièvres typhoïdes; la fièvre typboïtle était alors épidémique à Paris, et dans les deux cas nous trouvâmes, à l’autopsie, une psorentérie extrêmement abondante.

Eu même temps ipie les diarrhées cholériformes, les ictères abondaient dans les salles de rbô|)ital militaire Saint-Martin an mois d’août et de septembre 1871 ; ces ictères étaient simples, sans fièvre; dans tous les cas ils se terminèrent très-rapidement par guérison ; les malades ictériques ajiparlenaient à dillérentes casernes, et à la même épo(pie on observait un grand nombre d’ictères dans la population civile (1). C’est un caractère constant des maladies saisonnières d’étendre leur règne sur les dilféreutes classes de la population sonmise aux mêmes inlluences atmospbériijues. Des épidémies semblables d’ictères simples ont été notées par dilTérents auteurs; le plus souvent elles surviennent à la fin de l’automne. En 1884, M. Lévy

i t)Aca(1. dos sciences, séance du 20 décembre 1871. ('.oinimiuic. de M. Uccaisiie.

MALAHILS SAlSONNIf'JlES. ?)'J

observait une petite épidémie d’ictères simples sur le de ligne (1); M. le docteur Hi/et a rapporté un fait analogue qui s’est produit à Arras i an mois de Icvi'ier le tliermomètre passa bi us(|uement de

4,0 à + 5", et à la suite de ce changciuent de température un grand

nombre de soldats iln génie en garnison dans la citadelle d Aiias furent pris d’iclère simple. M. le docteur Hizet voit dans la pioduclion de cette épidétnie un elTet dn miasme [)alustie, paice i[ue deux on trois mois auparavant on avait cure une pièce d eau située a 100 mètres de la citadelle, et que les détritus provenant du curage avaient été accumulés sur les bords. Le miasme palustre a Arras, au mois de février, par une température de — 4"à Nous ne saurions partager l’opinion de M. Uizet ('2).

Ces é|)idémies d’ictère siiuple n’ont rien de commun avec les fièvies bilieuses des casernes de Lourcine et de Saint-Cloud dont nous nous occuperons plus tard.

(Il Recueil mém. de tnéd. niililaire, 1835, t. XXX.V1II. i'i) Recueil mém. de méd. mililaire, juillet 1867,

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