‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 40 sur 129 · HÉPATITE · texte numérisé non relu

HÉPATITE

M U H T t, I T K' sur

lüOO liummos.

FIKVUES.

t.NTUKHS

sur

lOÜO liomiiK's.

rio\amiic-Uiii

.McditoiTiuKjc (riilirallar, Malte)

Iles lîi’i'iiuiiles

Jamaïque

Guyane

Saiiitc-llélïmc

Gap

Ile Maurice

G.ovlau

Gltiiic

Japon

l'riisidciice du r>enj;-alc

• — do Madras

— de lloiidiav

Australie

Müuvelle-Zé'laïule

Ce tableau montre bien (pi’il y a une relation constante entre la dvsenterie et les abcès du foie, taudis que le même rapport n’existe ])as toujours pour la dysenterie et les fièvres; ainsi c’est à la Cuyane que le ebiifredes entrées pour fièvres est le jilus considérable, tandis que la mortalité par dysenterie, et abcès du foie n’y est que de 0.9d pour 1000, c’est-.à-dire bien inférieure à ce (pi’elle est à Ceylan, en Chine et aux Tndes.

loi MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES AUMÉES.'

Etiologie. — En Algérie , c’est aux mois d’août, de septembre et d’oclolirc qn’oii voit se développer les dysenteries graves; en hiver, on ne trouve guère dans les hôpitaux (|ue des dysenteries chronicines contractées pendant la saison précédente (ilaspel). Sur ôitH» cas, examinés au point de vue de la saison on ils s’étaieiit produits, M. Eatteloup a trouvé :

l'*’ trimestre

Aux Indes, le nombre des entrées aux hôpitaux pour dysenterie est plus élevé dans les mois qui présentent les plus grandes variations atmosphéri(|ues, ainsi que le prouvent les chiUVes suivants (Morehead, op. cil., p. !274) :

HÔPITAL EimOPÉEN

Admissions sur 100 hommes d’elleflif.

HÔPITALJA MSETJEE

Aiiiuis>ioiis sur 100 hommes d’olVeeUf.

Novembre, déeembre, janvier (mois froids). . .

Juin, juillet, août (mois humides)

Février, mars (saison intermédiaire après les

mois froids)

Septembre, octobre (sasion intermédiaire apiès

les mois humides)

Avril, mai (saison chaude)

Proportion annuelle

L’arrivée récente des Européens dans les pays chauds est une cause prédisposante notée par tous les auteurs. Eu LSiO, à Alger, le rapport des hommes atteints de dysenterie ou de diarrhée et ayant moins d’un an de séjour en Afrique, était aux autres comme u.dd est à 1 (1). Le tableau suivant, emprunté à M. Catleloup, montnî l’importance de cette prédisposition {t).

Il faut tenir compte de ce fait que les hommes atteints de dysenteries chroni(|ues sont renvoyés en France autant (pie possible; il faudrait aussi pouvoir mettre en regard des chilfres des malades celui des effectifs pour les hommes ayant une, deux, trois années de séjour.

(1) L. Laveran, Doctnnenls pour servir à l'Iiisloire des ninludies du nord de l'AI'rujue, loc. cil.

('2} Hecueil mépi. de méd. ntililnire, ü» sorio, t. Vit.

DYSENTEIUIÎ.

ior>

TEMPS UE SÉJOt'IÏ.

ï) Y S li N T K U I K

DYSKNTK1UI-:

l'honitjuo.

HO

Les individus faibles, déliilités par les maladies antéi'ieiiros, par des excès ou des faligues, soûl prédisposés comme les nouveaux venus.

I.a dysenterie est si souvent associée aux fièvres palustres, que plusieurs auteurs : Boudin, Baly, Ilaspel, Cambay, Hare, Grant, etc., ont attribué au meme miasme le développement de ces deux maladies. Nous avons montré plus haut que la fièvre et la dysenterie ne coexislaicnt pas toujours dans les mêmes localités, cl que certains foyers de malaria, comme la campagne romaine, voyaient très-rarement naître la dysenterie. Si les deux maladies contribuent si souvent de concert câ l’insalubrilé des pays chauds, c’est que la chaleur joue un rùlo important, ipioique dilTérent, dans la pathogéiiic de toutes deux; c’est aussi que la fièvre, ou débilitant l’organisme, favorise l’invasion de la dysenterie. Sous rintUience de conditions climatériques extrêmes, la dysenterie prend une physionomie parliculière; n’en est-il pas ainsi pour les fièvres? Los rémittentes et les pernicieuses d’Algérie cl des Indes ne ressemblent guère aux fièvres intermittentes de nos climats; cependant la cause est la même, c’est toujours le miasme palustre.

La dysenterie des pays chauds ne relève pas plus du quinquina que la dysenterie de nos climats, et les auteurs (pii admetlenl (pie le même miasme peut produire taulùt la dyseiilcric et tantôt les fièvres ne vont pas jusfpi’à proposer de traiter la dysenterie par le sulfate de quinine.

Didroulau ifadmct pas que le miasme palustre soit la cause de la dysenterie ; mais il croit à l’existence d’un miasme particulier dysentêrigène, dilfércnl du précédent; bon nombre d’anteiirs recon-

lüli MALADIKS KT Rl'IDft.MlKS DKS AHMIÎLS.

naissent comme lui nne colite simple et une colite spécifique ; nous i avons déjà dit a propos de la dysenterie saisoiinièie (pic celle distinction n’avait pas sa raison d’être. La dysenterie di'S pays cliands , n’iïst pas nne maladie spécifi(|uc relevant d’nn miasme; ceux imnne ipii invoipient ce d(‘us ex inachinü de l’étiologie reconnaissent ipie les cliangemenis Inaisipies de température et les écarts de régime peuvent provoquer la dysenterie; (piclle est donc la nature de ce I

miasme, dont on arrive si souvent à se préserver en réglant convena- !

hlemcnt son régime et en poi'tant nne ceinture de tlanelle?

Nous avons vu ([ne la dysenterie saisonnière de nos climats se développait souvent en automne à la suite de variations l)rns({ucs de température, témoin l’épidémie qui régna sur les troupes anglaises après la Ijataillede Dettingen (Pringlc); les variations de température ne jotient pas un rôle moins important dans l’étiologie de la dysen- |

terie des pays cliands. En Algérie, la dystmlerie règne surtout [len- .

dani les mois les plus chauds, alors (|ue le soldai (‘St e.xposé à une I

température de 50“ à ()0° an soleil, et dans la nuit à une tempéra- !

litre de 15“ tout au plus; ces Ibrtes variations de la température du i

nyctliémère constituent une des principales causes de dysenterie !

(L. Laverait, Cambay); de même aux Indes (Annesley, Moreliead).

Les soldats en Algérie se couclienl volontiers eu dehors de leurs lentes pour éviter la chaleur; ils se refroidissent et sont pris de dysenterie; les officiers, qui s’abritent pendant la nuit et qui observent mieux les [iréceptcsde riiygiènc, en sontaltaqiiés bien plus rarement.

En Algérie, dit Cambay (op. cil., p. 53), nous avons eu occasion de traiter la dysenterie chez des hommes (pii avaient passé peu de jours auparavant une rivière à gué ou à la nage et qui avaient été obligés de garder leurs vêtements buniides sur le corps. En France, ces bonimes auraient pris des broncliites ou des pleurésies; en Algérie, c’est du côté do l’intestin que se faisait la localisation morbide.

Si les dysenteries sont si fré(|uentes dans la [irovince d’Oraii, cela lient aux brusques cbangcmenls de température (jiii sont le caractère dominant de la coiistilnlion almospliériipie (1).

Des faits nombreux démontrent (pie ringeslion d'eaux corroinjiiies, stagnantes, marécageuses, peut donner lieu à la dysenterie (L. Colin (2), Annesley, Cambay). En l(Si-3, lors de l’expédition du général Bedeau dans le petit désert, les soldats, obligés de marcher

(I) ('.(Uii’loitp, lU’Ciieil mém. de )i>éderiiie wililairc, lS4r>, l. I.Vlll, p. ;]7.

(t2) De rhirieslion des eaux inarécntictiseit comme cause de la dijsentene et des lierres inlermilleules, p;o- !.. (',olin lAnu. d'Iiijd. puld. el de méd. léij., si'-cic,

1872, t. XXXVIIIi.

DYSKNTKIÎIK

IUT

I pondant 18 heures presque sans s’arrêter, sous une chaleur de 50“ à I OÜ" et réduits à boire une eau malsaine, croupissante, provenant de puits où l’on avait jeté des moutons morts, lurent atteints de dysenteries très-graves avec gangrène de la mu(|ueusc inlesliiialc ((.amhay).

Une mauvaise alimentation, des alteniativcs d excès et tle j)rivations I comme on en observe souvent en temps d expédition, sont Irès-capa- I blés de produire la dysenterie (Calel, Annesley, (4ambay, Ilaspcl);

Aniiesley a montré ipic le régime trop suljstautiel et trop animalisé I de l’Européen dans les pays chauds amenait une pléthore abdominale I et prédisposait singulièrement à la dysenterie. « Le travail outre du 1 tube digestif y fait naître une prédisposition particulière à l’irritation,

I qni se termine très-souvent par les affections du loie, la diarrhée et ' la dysenterie. » (Cambay, op. oit., p. -iS.)

Après la razzia d’une tribu arabe on a fré(picmmcnt constaté i riiilluence d’une alimentation trop animalisée ; les soldats mangeaient 1 avec avidité les moulons tombés entre leurs mains, et pendant quel- . ques jours, dit M. Cambay (o/). cil., p. if)), presque tout le corps ;i d’armée avait la diarrhée ou la dyseuterie.

Nous avons déjà dit (pie les excès, les fatigues, prédisposaient a la [i dysenterie; en Algérie, nos pauvres fantassins, que les Arabes surnomji maient les soldats chameaux, étaient plus souvent atteints que les cavaliers.

La rétention des matières fécales, la constipation prolongée peut I contribuer à provoquer la colite; mais Virchow a eu grand tort de I faire de cette circonstance, tout à fait secondaire, la cause principale I de la dysenterie (I).

La dysenterie n’est pas une maladie contagieuse. « .le n’ai rien I observé, dit mon père, qui me permette d’établir la contagion de la 1 dysenterie, et mon attention a été tellement dirigée sur ce point de son histoire, que si les faits négatifs peuvent prouver la non-contagion d’une maladie, je me crois autorisé à dire que la dysenterie n’est pas contagieuse. )■> {Bocuinenh, etc., loc. cil.) Il est certain (pi’un malade atteint de dysenterie ne peut [las communiquer son mal aux personnes tpii renlourcnt; les nombreux dysentériques qui chaque ifnnée sont évacués d’Algérie sur la France n’ont jamais importé la dysenterie à Marseille, et il n’a jamais été (pieslion de leur faire faire (piaranlaine. .Mais qu’un campement soit infecté par les selles de nombreux dysentériipies, que l’air, le sol, les eaux potables, soient souillés par ces |)roduits , la dysenterie pourra prendre une extension épidémique. Des salles d’bùpital encombrées de blessés et

(I) Krlefishiplws und lUihr. Arcli. f. pnlh. A»., t. I.ll, p. t.

l\lAI-Al)ll-;s KT fil’IhlÎMIKS DKS AIlMfiKS.

• le (lysciiléri(|ucs s’inforlont de telle sorte, qu’un individu s.'iiii ne peut plus y séjourucr sans être pris de coliques viv(^s cl de dysenterie, ainsi (pie j’eus l’occasiou de l’oliservcr à riu'tpilal (iliainhièM’c iiendant le si(!‘!’-e d(> i\lolz ; c’était là un des nombreux signes de l’encombrement cl de l’infection des salles. Dans les camps on a souvent constaté rinlection du sol par les selles dyseiilériipics; on ne peut, dit l’ringlc, arrêter te développement de la maladie qu’en quittant le camp infecté. Liiut, Sennert, Fred. Hoffmanii, Zimmermann, Cutlen, Tissot, Desgenettes, Broussais, B. Laveran, Cambay, llaspel, n’ont pas expliipié autrement l’extension épidémiipie de la dysenterie. Ce ifcst pas là de la contagion, et il n’est pas prouvé que les selles dysenti'riipies soient jiliis nuisibles ([ue toute antre matière animale en df;composilion ; il n’y a dans celle Infection du sol absolument rien de spécilique.

Anatomie i'Athologique. — On sait depuis longtemps que la dysenterie s’accompagne d’ulcérations intestinales; les altérations macroscopiques du gros intestin ont été très-bien décrites par MM. llaspel, Cattelonp cl Cambay. Généralement, dit M. llaspel, l’altération est bornée à la muqueuse du gros iulesliii : elle est criblée d’uue infiuilé de petits trous ou parsemée d’ulcérations arrondies qui forment souvent par leur réunion des surfaces assez larges et irrégulières encore isolées les unes des autres; plus lard la presque totalité du c(Mon et du rectum est dépouillée de la mmjueusc, qui laisse sculemeut çà et là des espèces d’ilots plus ou moins saillants; dans certains cas môme l’intestin n’offre plus aux yeux qu’un vaste idcère. MM. Calteloup et Cambay ont vu chez des sujets morts de dysenterie la muqueuse intestinale détachée presiiue complètement cl forniaul comnKï un second canal dans l'intérieur du gros iutesliu.

Dans leur mémoire sur la dysenterie de Versailles t l(S'(;l), MM. Masselot et Follet rangent sous cim[ chefs principaux les altérations de l’inlcstiii (1) :

1° Injection de la muqueuse;

“â® Fpaississement et consistance exagérée (infiltration, hypertrophie de toutes les luni(|ues du gi'os intestin, sauf la séreusej ;

IF Développement anormal des villosités (?) et des follicule^ clos;

i" Ulcéralions rpii peuvent débutt'i' par le sommet des follicules ou les villosités, ou bien avoir pour point de départ des gangrènes de la utmpieusc ;

r>® Fausses mcmbi'aues; MM. Masselot et Fcdlet reconnaissent (pie les fausses mcmbi’aues pelliculaii’cs décrites par- Thomas, Cély

(I) Archives (ji'-n. de méd., 181:!.

DYSENTKKIE.

lO'J

1 ('t Cniveilliier ne sont très-probalilement que des déljris d’éiiilhéliinn.

l’ciuliuil longtemps on se contenta de ces notions nn peu vagues, et la plupart des auteurs répétèrent que les ulcérations dysentériques i débutaient dans les ibllicules clos; d’autres ne s’embarrassaient pas . de savoir comment se produisaient les ulcérations : « .l’ai presque i toujours trouvé, dit Dutroulau, la désorganisation si complète, une j pourriture si générale, et ces lésions se produisent souvent si promp- I tement, ([u’il m’a semblé que tous ces éléments devaient être frappés ; simultanément. Les distinctions de siège et d’ordre de succession il indiquées par les observateurs qui ont voulu pénétrer plus avant dans i le mécanisme anatomo-pathologique de ces lésions, me semblent des ' vues de l’esprit sans grande utilité pratique. »

En Allemagne, la confusion était plus grande encore ; l’individualité de la dysenterie, si bien établie par les observateurs anglais et frani çais, se [)crdait dans l’iiisloire confuse des maladies diphtbériliques, et I les anatomo-i)alliologistes allemands, api'ès avoir fait de la dysenterie le type des alfections diphthériti([ues ulcéi’ouses, en arrivaient à dé- ■ crireune dysenterie utérine!

A côté déjà forme dipbtbériti(|ue admise par Yirebow, Uokitansky, Klebs, Niemeyer, lîambcrger décrit une autre forme caractérisée par la suppuration folliculaire. Les follicules gontlés renfermeraient I (l’abord un mucus visipieux, et les selles mmiueuses seraient le résultat I de l’élimination du contenu des follicules. C’est tà celle deuxième i forme de la dysenterie que Virchow donne le nom de dysenterie catarrhale. M. le docteur Kelscb a très-bien montré (jiie le mucus des selles provient des glandes en tube dilatées et non des follicules . clos; les follicules isolés sont, comme chacun sait, des glandes closes, des ganglions lymphatiques eu miniature, incapables de sécréter du mucus.

C’est grâce aux travaux de Laly (1) en Angleterre, de Charcot {H) I et de Kelscb (3) en France, que nous possédons enlin des notions précises sur l’bislogenèse des lésions dysentériques.

lîaly et Cliarcot résument ainsi les lésions intestinales de la dysenterie :

1“ Uougeur, aspect dépoli, boursoiillement de la muqueuse,

(1) ('.uhlonian leclurea delivreil an llie Colleya nf pkijsiciots, l'ebmary 18 17 {London medical Gazette, 1847, t. XXXVll, p. -14:2).

(2) T1ii''Srs (Io M.M. Chapelle cl Sachcr. l'aris, 18.S3.

(8) Contribution à l'anat. patliol. de la dijsenlerie chronique [Arch. de phyml-, juillet 1873).— Contribution d l’anat. pathol. de la dysenterie aigue (mûinc recueil, novembre 1873i.

ilO

MALADIKS l'n' ÉIMDÉMIIvS DKS AU.MIŒS

ôpaississenioiil, et inliltratioii |)lasli(|iic de la sous-nm<ineuse, goiillenionl des Iblliculcs;

Klimiiialioii eu niasse des follicules;

3“ Klimiiialioii de lambeaux plus ou moins éleiulus de mmpieiise (pii sont loujoui's recouuaissables à la piTsence des follicules de Liel)('rkiilm ;

4" Ulcérations conséculives de la celluleuse.

Notre collègue le docteur Kclsch a étudié d’abord les altérations anatomiques de la dyscntei'ie cliroiii(iue, puis celles de la dysenterie aiguë; nous ado[)terons le même ordre; dans la dysenterie aiguë une désoi'ganisation trop rapide delà muqueuse no permet pas de suivre aussi bien ipie dans la dysenterie cbroniipie d’emblée la marcbe des lésions anatomi([ues.

A l’état normal la paroi du gros intestin est constituée par trois tuni(|ues : muqueuse, fibreuse ou sous-mmpicuse, musculeuse doublée elle-même par le péritoine; au microscope, on distingue un plus grand nombre de couches, ([ui sont, en allant do la surface mm|ueuse vers la tunique charnue :

1“ La muqueuse proprement dite, formée par des glandes en tube ou de Lieberknhn presque accolées les unes aux autres; ces glandes, recouvertes à leur surface libre iiar un épithélium cylindri(|uc, caliciforme, (jui repose, comme presque tous les épithéliums, sur une couche endothéliale, sont doublées à leur face profonde par un tissu conjonctif très-délicat. Le riÀle que MM. Masselot et Follet font jouer aux villosités intestinales m’oblige à rappeler qu’il n’y a pas de villosités dans le gros intestin ;

Une couche musculeuse très-ténue (pti se ti'ouvc intei’rompuc au niveau des follicules clos;

3“ La couche vasculaire de Uælllnger, formée par le riche réseau capillaire de l’intestin ;

4° La tuni(|ue fibreuse ou sous-mu([ueuse, ipii renferme les follicules clos;

5" La tuniipie charnue.

Dans la (hjmUerie chronique ces éléments subissent les altérations suivantes (Kelscb, loc. cil.) :

a. Trame (ibro-vasculaire fondamentale. Entre les tubes glandulaires de Lieberkübn il se forme un tissu embryonnaii'e très-délicat ; de petits bourgeons clianius s’intercalent entre b's glandes, et peu à pi'u le tissu de végétation se substitue à l’élément sécréteur.

l). (ilandes. Au lieu d’être juxtaposées comme à l’état normal, les glandes de Lieberkübn sont dissociées par le tissu conjonctif internu'diaire, qui les (b’dbnne, les étrangle, leur impriim' des directions

DYSKNTElUt;.

mioniuilcs dont los figures annexées aux mémoires de Kelscli donnent une excellente idée. Le revêtement épithélial se sépare souvent en bloc de rendotliélinm sans (pie les cellules calicitoimes piésentent aucune trace d’altération; les glandes en tubes deviennent méconnaissables, et, de lait, elles n’existent plus, car c estl épilbélinm ([iii constitue la glande.

Les glandes en tube ililatées et remplies d’un mucus vitreux iienvent donner lien à la formation de petits kystes qui ont été conlondus par Damberger avec des follicules clos.

Le plus souvent les follicules clos sont malades, bypertropbiés tout d’abord, doublés ou triplés do volume; peu a peu leur contenu est résorbé, et à la place du follicule on trouve des culs-de-sac distendus par du mucus. Ces cnls-de-sac, lormés par des glandes en tube altérées, sont déformés, aplatis contre le fond de la cavité du follicule, et communiquent avec l’intestin par une sorte de trajet évasé. Lorsipie le follicule clos disparait, la couche glaïubdaire est attirée pour remplir le vide qui se produit, et cet effondrement se conçoit d’autant mieux, que la couche musculeuse superficielle fait défaut au niveau des follicules clos.

Cette description se rapporte surtout à la dysenterie chronique d’emblée, à ces diarrhées dysentéricpies si communes en Cocbincbine.

Dans la ilysenlerie aiguë comme dans la dysenterie chronique, ie travail morbide se concentre sur la zone vasculaire de la membrane celluleuse, la muqueuse ne prend qu’une part secondaire dans le processus (Kclsch).

La muqueuse du gros intestin est vivement injectée et notablement épaissie ; à l’œil nu on dirait quebpiefois qu’il n’existe pas d ulcérations alors (pie la muqueuse manque dans presque toute la hauteur du gros intestin, comme le démontre l’e.xamen bistologi([ne ; il ne reste çà et là que des Ilots formés par des glandes de Lieberkübn dont 1 épithélium est conservé. Le réseau vasculaire présente un développement extraordinaire, toutes les branches sont gorgées de globules rouges et blancs; à c(Mé des vaisseaux on trouve des amas de corpuscules purulents.

La Innique celluleuse, lorsipie la muqueuse a été éliminée, forme la surface des parties malades; elle est énormément é[iaissie par suite de la tuméfaction des faisc(!aux du tissu conjonctil, les lymphatiipies sont obstrués par de grandes cellules polyédriques (Kclsch). La conebc. musculeuse sous-glandulaire disparait, ainsi que les follicules clos; la celluleuse, hypertrophiée d’une façon inégale donne lieu tà des saillies, à des mamelonnemeuts qui ont été décrits depuis longtemps', mais dont la nature était mal connue jusqu’ici.

>1- MA1>A1)1I':S KT l'i'iDÉMIKS DES ADMEES.

Au mois de sepicinbre 1871, un jeune soldai du 129® succomI)ait aime dysenlerie aigue dans mon service au Val-dc-Gràce ; la dysenlel'ie, quoique coulractée à Paris, avait amené la mort en 17 jours, et l’on va voir ([ue les lésions anatomiques étaient aussi profondes qu’elles peuvent l’être dans la prétendue dysenterie miasmatique des pays cliauds :

La paroi du gros intestin était doublée au moins d’épaisseur, et la surface interne présentait sur un fond d’un rouge brunâtre un grand nombre de tacbes grises. L’injection presque ecebymotiipie. de la niu(|ueuse s’arrêtait juste au niveau de la valvule iléocæcale, et, sauf une bypertropbie notable des follicules clos, on eût dit à l’œil nu que l’inleslin grêle n’était pas altéré.

L’e.xamen histologique fait avec le plus grand soin nous montra les altérations suiva^es ; 1“ gros intestin : c’est à peine si l’on trouvait à la partie supérieure quelques culs-de-sac des glandes en tube, derniers vestiges de la nnuiueuse; la surface internedugros intestin était constituée depuis l’anus jusqu’à la valvule iléo-cæcale par du tissu de nouvelle formation analogue à celui des bourgeons cbarnus; la celluleuse, considérablement hypertrophiée, était infiltrée d’éléments jeunes, les vaisseaux sanguins étaient augmentés de volume et de nombre comme devait le faire prévoir l’injection si vive constatée à l’œil nu.

2® Intestin grêle : outre l’hypertrophie des follicules clos, la muqueuse de l’iléum présentait des altérations Irès-i'emanpiables : un tissu de nouvelle formation soulevait la couche glanduleuse et s’élevait entre les glandes en tube; sur beaucoup de points ces glamb's avaient complètement disparu, ou l’on ne trouvait plus que (|uelques culs-dc-sac dont l’épilbélium était intact, quoiiiue détaché déjà et prêt à être éliminé (1).

Ainsi les altérations dysentériques de l’intestin aboutissent bien, comme Ilaspel, Carnbay, Calteloiq), l’avaient dit, à l’élimination complète de la muqueuse du gros intestin; cette tuniipie est remplacée dans toute son étendue par un tissu de nouvelle formation analogue à celui des plaies en suppuration. Mais les altérations ne se bornent pas là, comme on le croyait autrefois, cl la muqueuse de

(I) !1 y a ninllieureusonicnt une cause (l’erreur, la niiuiucusc inteslinalc s'alD'a'C lrès-ra|ii(leuient aiua'S la inorl, el sur tous les cadavres, lorsqu'on a lav(j l’iutesliii, ou eouslate que les glaïulos de Lielierkiiliu sont altéréc-s et eu i>arlie (■diiuiué-es. Ou (!'vile eu partie ectte cause d’erreur eu ayant soin de un jias laver l'iidc'Stiu el de l(î plonger iiuuuiMliateuicut dans l'alcool (Itauvier). Uicii euleiidu, lorsqu’il existe connue dans le cas prticédeut une prolifération active et une accuiuidatiou livsuette de jeunes éléments entre les tubes, il n’est ))as possible d’admettre une altération cadavérique.

UYSENTKIIIL. lllj

l’iiileslin grêle se prend après celle du gros inteslin. Dans la dysenicrie clironique on trouve un amincissement Irès-considérable de la mnqncuse de l’inteslin grêle avec atrophie complète de 1 élément glandulaire (Kclsch), et il sera très-intéressant de rechercher jusqu’où peuvent remonter les altérations dans le tube digestif; les papilles de la langue sont complètement détruites chez les malades atteints de dvsonterie chronique, la muqueuse stomacale ii est peut-être pas épargnée davantage.

Si le gros intestin était seul malade dans la dysenterie, com?ue on le croyait autrefois, on ne com|U'end rait pas pourquoi il est si difficile d’alimenter les dyseidéri(iues, on ne s’expliquerait ni 1 amaigrissement extrême suite de l’autophagie, ni le marasme qui succède à l’inanition.

Après les altérations du tnhe digestif, celles des autres organes ne présentent que peu d’intérêt; le foie cependant est souvent le siège d’ahcès (|iii paraissent dépendre tantôt d(' la dysenterie, tantôt d une hépatilt' idiopathi([iie ; nous aurons l’occasion dans le chapitre suivant de nous expli({iier h ce sujet.

ha rate est généralement petite, non ramollie, contrairement à ce qui arrive lors([iie la mort est la suite d’une fièvre palustre.

Les ganglions mésentériques sont injectés, hypertrophiés.

D’après Treitz (1), la dysenterie serait toujours sous la dépendance d’une néphrite (dysenterie urémique); il suffit pour mettre à néant cette singulière théorie de dire que les altérations rénales sont rares dans la dysenterie et que dans les cas mêmes ou elles se produisent, elles ii’ont pas le caractère de lésions primitives (Zimmermann, Dculsche Klinik, LSGO, u® 4z2; Kelscli, loc. cil.). Le malade dont nous avons parlé plus haut, mort en 17 jours de dysenterie aiguë, avait des reins parfaitement normaux.

Les organes thoraciques sont le plus souvent à l’état sain ainsi que les centres nerveux.

Symptomatologie. — DnseiUerieaigui’. — Tantôt la dysenterie est précédée de diarrhée pendant quelques jours (Cambay), lantôt elle s’établit d’emblée (Annesley). Le début est marqué par des frissons irréguliers, un affaiblissement du système musculaire, des coliipies (lui suivent le trajet du gros intestin et se concentrent bientôt vers le rectum; les selles deviennent muqueuses, striées de sang, la langue est blanche, la soif vive, les traits sont tirés. Si le malade est vigoureux, arrivé depuis peu dans' les pays chauds, il y a dès le début réaction générale, élévation de la températnre, Iréquence du pouls; la face est rouge et injectée ainsi que les conjonctives.

(1) Prager VierlelsKchrift, Bd. iv, 1i. Jahrgavg.

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