A. LAVERAS
lU
MALADIES ET Él'IDÉMlES DES ÀIIMÉES.
Les selles deviennent de plus en plus fréquentes cl s'accompagnent d’une sensation de chaleur et de cuisson à l’anus, le malade a au périnée une sensation de pesanteur qui lui fait croire qu’il a quelque chose tà expulser, et qui provoque sans cesse des contractions douloureuses (épreintes); le ventre est généralement déprimé, rarement douloureux à la pression, les selles sont sanguinolentes, quelquefois formées de sang pur; les matières sont inodores ou présentent une odeur fétide, gangréneuse. A mesure que la maladie fait des progrès, le nombre desselles s’accroît jusqu’à 20, 30, 00, 100 dans les vingtquatre heures; l’iirine devient de plus en plus rare et épaisse, il existe du ténesme vésical comme du ténesme anal.
L’amaigrissement et la faiblesse augmentent rapidement, les traits sont tirés, les yeux enfoncés dans les orbites, les extrémités froides, le pouls est petit, dépressible. Le, malade, tourmenté sans cesse par le besoin d’aller à la selle, ne repose plus la nuit, et celte privation de sommeil contribue à l’épuiser.
Lorsqu’on intervient à l’aitle d’un traitement approprié, ou bien spontanément lorsque la maladie est légère, on peut voir les .symptômes s’amender; les selles, moins nombreuses etmoins sanguinolentes, sont précédées de moins de coliques, les traits sont moins tirés, la peau moins sèche, les urines sont excrétées comme à l’état normal; pendant longtemps encore l’intestin conserve une susceptibilité particulière, les malades sont impressionnables au froid, et la tendance aux rechutes est très-prononcée.
Dans d’autres cas, la dysenterie continuant à s’aggraver, les malades tombent dans l’état typhoïde (dysenterie typhoïde), ou dans une adynamie profonde (dysenterie putride, adynamique); ces formes redoutables de la dysenterie peuvent se produire d’emblée, c’est ce qu’on observe souvent chez le soldat en campagne fatigué par des marches continuelles, exposé à toutes les vicissitudes atmosphériques, soumis enfin à des privations suivies d’excès plus nuisibles encore.
La dysenterie adynamique, dit Cambay (op. cil., p. 70), est aussi meurtrière que la peste et la lièvre jaune; on peut meme dire (pi’elle l’est plus, parce que ces dernières maladies n’apparaissent que de loin en loin parmi les troupes dans les pays chauds, tandis que la dysenterie y règne presque constamment.
La faiblesse des malades est telle, qu’ils ne peuvent plus se lever pour aller à la selle, la bouche est sèche, la langue et les dents fuli- i gineuses, la soif vive, quelquefois le malade réclame des aliments dont la digestion est impossible; l’abdomen se creuse, il est pâteux, très-chaud, tantôt indolore, tantôt, au contraire, douloureux à la pression. Un ténesme continuel {lormiiui), tourmente le malade, qui
DYStNTEKIli.
( ne rend à chaque efTorl que quelques mucosités glaireuses qui ont i été comparées à du frai de grenouilles ou à de la raclure de boyaux. ^ La muqueuse anale tuméliée vient faire hernie au-dessous du sphinc- ( ter paralysé; quelquefois même on voit pendre au dehors un lambeau de muqueuse. La prostration est extrême; le malade, indiflé- I renl à tout ce qui l’entoure, répond cependant encore d’une voix I éteinte aux (juestions qu’on lui adresse ; l’intelligence, quoique affai- ! blie, SC conserve souvent jusqu’à la fin.
; Dans CCS formes graves, des portions entières de la mu(iueuse intestinale peuvent être expulsées, comme Gelse et Aretée 1 ont dit; si le fait a été nié, c’est par des auteurs qui n’avaient pas observé dans : les pays chauds; ce sont bien des lambeaux de muqueuse qui sont 1 ainsi éliminés et non des fausses membranes; malgré ces pertes de I substance souvent très-étendues, la guérison peut encore avoir lieu (Annesley, Cambay).
Mon père a rapporté l’observation d’un malade atteint de dysenterie 1 aiguë grave qui rendit un décimètre de sa muqueuse intestinale et qui guérit conqiléicment (1). Catteloup a observé plusieurs faits de ce genre (^2). Le docteur SloYel, cité par Morehead (/oc. c<7.), a vu vingt pouces de la muqueuse conservant la forme d’un tube rendus par un Indien; la muqueuse avait été expulsée le '29 janvier 1852, et le malade vécut encore pendant ciu([ mois. Dutroulau donne {op. cil. ) l’observation très-curieuse d’un malade qui rendit en deux fois une portion de la tunique intestinale longue de 35 centimètres et qui guérit cependant. Le ténesme vésical est presque toujours très-prononcé dans ces dysenteries gangréneuses: « Il m’est arrivé, dit Dutroulau, sur ce seul symptôme, d’inspecter l’anus et de trouver des portions de muqueuse gangrenée engagées dans son orifice. » {Op. cit., p. 541.)
Il n’est pas nécessaire d’admettre une forme particulière de la dysenterie : dysenterie gangréneuse (Dutroulau), phlegmoncusc (Cambay); le travail pathologique marche plus vile qu’à l’ordinaire, la miupicusc est éliminée en gros au lieu de l’être en détail, voilà toute la dilfércnce.
Les symptômes si graves que nous avons énumérés peuvent s’amender un jour ou deux avant la mort, les douleurs tombent tout à coup, ral)domen devient souple et indolent, les selles sont bien moins fréquentes, l’espérance renaît, elle malade après tant de souffrances jouit de quelques instants de repos. Malheureusement on
(Il L. I.averan, Itecueil méin. de méd. mUilaire, 1853.
i2i (Jhaervalions de d>jnei\levie aUjiié avec détachement de la membrane muifueusc du (jvo.t intestin l'même n'cupil, I8lti.
IIB MALADIES ET É1>11)ÉMIES DES ARMÉES.
pourrait donner à cet état le nom de mieux de la mort comme à l’amélioration trompeuse qui dans la fièvre jaune précède les vomissements noirs. Le corps du dys^uteimpic se recouvre d une sueur froide, visqueusCj et dégage une odeur cadavéreuse; la langue, les extrémités, se refroidissent, le pouls est filiforme, la voix éteinte, et un hoquet continuel annonce une mort imminente.
La dysenterie typhoïde, avec délire, agitation, soubresauts des tendons, carphologie, est plus rare que la précédente, le malade tombe dans la somnolence, la stupeur, le coma.
Des ulcérations intestinales profondes peuvent provoquer une péritonite locale ou généralisée; le malade accuse des douleurs abdominales vives qui augmentent par la plus légère pression; des frissons, des vomissements bilieux se produisent; le ventre se tend, et ce ballonnement douloureux contraste avec l’insciisibililé et l’atTaissement qui sont ordinaires dans la dysenterie; lorsqu’il y a perforation de l’intestin (Annesley, Camhay), on observe tous les symptômes de la péritonite aiguë, à moins (juc la mort n’arrive très-rapidement dans le collapsus.
La marche de la dysenterie aiguë est plus ou moins rapide, mais elle est toujours continue; la forme intermittente décrite par quelques auteurs n’exisle pas plus que la pernicieuse dysentérique. « La pernicieuse dysentérique dans laquelle il ii’y aurait de selles que pendant la durée de l’accès est un être de raison. » (Maillot.)
La durée de la dysenterie aiguë n’a rien de régulier, la maladie peut parcourir toutes ses périodes en quelques jours ou durer plusieurs septénaires. Camhay n’a jamais vu la mort arriver avant le huitième ou le dixième jour. Dans dix cas mortels .\. Flint a trouvé que la maladie avait duré :
Dans 2 cas jours.
Ce qui donne une durée moyenne de neuf jours seulement (l).
Des analyses du sang dans la dysenterie ont été faites à \ ersailles par MM. Masselot et Follet, à Alger par MM. Léonard et Folcy. Les premiers observateurs donnent les chiffres suivants (2) (moyenne de huit analyses) ;
(1) A. Flint, Résumé de recherches cliniques. Paris, 1854,.
(2) Méin. cité (Arch. gén. deméd., 1843).
DYSENTERIE
Les analyses de MM. Léonard et Folcy ont porté sur six cas de dysenterie aiguë à forme innanimatoire (i). Les obseivateurs ont noté les modifications suivantes : eau surabondante dans quatre cas, à l’état normal dans deux ; filn'ine augmentée quatre lois, à 1 état normal deux fois; albumine, globules diminués ; matériaux solubles dans l’eau bouillante, en excès.
Dijsenterie chronique. — La dysenterie cbronique peut s’établir d’emblée chez des individus alfaiblis, cachectiques, incapables d’une réaction un peu vive ; plus souvent elle succède a la dysenterie aiguë ou subaiguë; la diarrhée chronique des pays chauds, si commune en Cochinchine, a la plus grande analogie avec la dysenterie chronique.
Le malade atteint de dysenterie chronique est prodigieusement anémié ('2), émacié; sa faiblesse est si grande, que souvent il ne peut plus se lever; on le trouve dans son lit ramassé et comme pelotonné sur lui-même; la peau est sèche, écailleuse, d’un jaune sale qui n’est ni la teinte de l’ictère, ni celle du cancer; la température du corps est au-dessous de la normale; le pouls, petit, dépressible, ne bat que cinquante ou soixante fois par minute; les extrémités sont fréquemment œdématiées, plus rarement on observe de l’anasarque et des épanchements dans les cavités séreuses; les traits sont tirés, les joues creuses, les pommettes saillantes, les yeux enfoncés dans les orbites; les conjonctives, injectées surtout au bord libre des paupières, sécrètent du muco-pus;la langue est lisse, vernissée comme celle d’un scarlatineux à la période de desquamation ; il n’existe plus une seule papille, et les extrémités du nerf lingual, privées de leur épithélium protecteur, présentent une sensibilité anormale; la soit est vive, l’appétit conservé ou même exagéré. Les aliments ingérés ne sont plus ni digérés, ni assimilés, et le malade meurt de faim malgré les aliments qu’on lui donne et ceux qu’il se procure en fraude. «Ceux qui \*prouvent cet appétit vorace et qui n’ont point d’aliments a discrétion, comme dans les bôpitaux militaires par exemple, portent la prévoyance à faire, àrinsii du médecin, des provisions qu’ils cacbent avec
(I ) Rrclifi'clies sur l’éUil du sanij dans les maladies eiide.mùjues de l’Algérie tflrciieil )néni. de méd. militaire, I81G, t. LX, p. 201, 20oi.
(i) Sur deux malades atteint do dysenterie chronique contractée en Cochinchine, j’ai t:on\c 1 513 9150 cl 1 713 1-20 glohules rouges par centiiiièlrc cube, au Heu de •i 500 000 tchitrro normal) l'rocédéde numération imaginé par .M. le docteur Malassez.
Eau
Fibrine
* Globules
Albumine et matières fixes
iiS
soin il tous les regards ; et souvent, après les avoir vus expirer en mangeant, on trouve sous leur oreiller, dans leurpaillas.se, du' pain, du fromage, du jambon, des œufs, des fruits, des pommes de tei re, ctr. (1). »
Si l’allération anatomique était bornée au gros intestin, comme ou l’a cru pendant longtemps, on ne comprendrait pas celle inanition au sein de l’abondance, car la muqueuse du gros intestin ne joue qu’un faible rôle dans l’acte de la digcslion; mais nous avons vu que la muqueuse de riutesliii grêle était, elle aussi, altérée, atrophiée, incapable de, remplir ses importaules fonctions; c’est là ce qui explique pourquoi il est toujours difficile et souvent impossible de nourrir les dyseuléri(jues.
L’alidomeii est le plus souvent indolore, l’étracté, creusé en forme de bateau; la paroi abdominale, extrêmement amincie, paraît reposer sur la colonne vertébrale, qu’on sent par la plus légère pression (^(lambay); plus rarement le ventre est dur, météorisé oubien empâté, et de volume normal ; le ténesme est moins marqué que dans la dysenterie aiguë, et les garde-robes sont bien moins nombreuses (six à dix dans les vingt-quatre heures en moyenne); les selles ont un tout autre caractère (|u’à la période aiguë, elles ne renferment plus de sang; au milieu de muco-pus ontrouve parfois des matières fécales dures, arrondies, ovillées; d’autres fois elles sont simplement diarrbéi(iues.
Les ulcères intestinaux peuvent déterminer des rétrécissements et donner lieu à des tumeurs stercoralcs par rétention.
Lorsque la maladie ne cède pas aux médications appropriées, le marasme succède à la faiblesse; la face cadavéreuse, les yeux ternes, la voix éteinte, la peau froide et couverte d’ecchymoses, caractérisent cette longue agonie; le malade peut mourir de syncope ou s’éteindre lentement en conservant jusqu’au bout son intelligence, «. comme une lampe qui cesse de brider faute d’huile » (Ganibay, oj)., vit., p. 402).
La durée de la dysenterie chronique varie de plusieurs mois à plusieurs années; dans ce dernier cas il y a des périodes de mieux suivies bientôt de rechutes. La mort arrive souvent dans la saison froide dans l’adynamie et le marasme, ou bien à lasuitc de complications.
Les complications du côté du foie sont si fréquentes, qu’on a pu décrire une dy.senterie hépatique (Cambay). ÎSous croyons qu’il serait bon de diviser ce qui a été réuni jus(|u’ici sous le nom d’abcès du ' foie, de décrireau chapitre des complications de la dysenterie les abcès métastatiques qui on dépendent, et de former une classe à part dos
(tj Fournier, cité par Cambay, op cil., p. 396.
DYj^ENTElUK.
hépalilcs proprement dites; malheureusement la confusion a été si complète jusqu'ici, que nous devons renoncer à sortir d’une ornière trop bien tracée, la distinction que nous proposons ne pourra s’établir que grâce à dos observations nouvelles.
Le diagnostic de la dysenterie est facile. La seule difficulté consiste il savoir bien apprécier quel est le degn* des altérations intestinales : l’inspection des selles a, à ce point de vue, une grande importance, car leur nature varie avec celle des lésions, et, mieux encore que les cylindres trouvés dans l’urine des albuminuriques, on peut les comparer à des messagers fidèles envoyés par les organes malades.
Pour donner une juste idée de cette correspondance des selles et des lésions analomiipies, nous ne pouvons mieux faire que d’emprunter le passage suivant à notre collègue Kelscli ; « (Iliaque période du mal se retiète dans les déjections alvines; au début, elles sont constituées par une matière glaireuse pelotonnée qui n’est autre chose que du mucus vitriforme dû à l’hypersécrétion glandulaire; ce mucus est hahituellement mélangé eu proportions variables à du sang; de là des variantes d’aspect comparées à du frai de grenouilles, des crachats de pnenmoniipie, etc. Ces selles traduisent l’hypéréinie, l’irritation sécrétoire de la muqueuse. On y trouve comme éléments morphologiipies des cellules épithéliales, des corpuscules de mucus et un grand nombre d’infusoires mobiles. Les corpuscules rouges y sont toujours fort nombreux...
» Si la maladie ne s’arrête pas, qu’elle passe au degré suivant qui est celui de l’exfolialion de la muqueuse, les selles nous indiqueront encore lidèlement ce progrès accompli par le mal. En cITet, comme les glandes mucipares sont détruites, impliquées qu’elles sont dans les squames mortifiées de la tunique interne, les selles perdront leur caraclère glaireux; elles sont d’ordinaire alors constituées par de la sérosité rougeâtre sécrétée par la surface des pertes de substance. Dans cette sérosité, qui a reçu le nom de lavure de chair, nagent des pellicules, des concrétions membraniformes, rarement des lambeaux étendus, plus rarement encore des cylindres membraneux complets...
)■> (jiiandle malade ne succombe pas à cette période et que, la maladie passant peu à peu à l’état chroniipie, le travail d’exfoliation s’arrête après avoir produit de vastes ulcères qui sécrètent incessamment du pus, alors les selles changent une dernière fois d’aspect; on n’y trouve plus ni mucus, ni sérosité, ni ràclures de boyaux; ce n est plus, qu’une sanie purulente, ichoreusc, souvent grise ou ardoisée, cette dernière coloration étant due au sang plus ou moins altéré qui vient s’y mélanger. » {Contrit), à fanal, palliot. de la dajsenterie aiguë, toc. cit.)
Le pronostic varie nalurclleineiit avec la forme; ou ne meurt pas plus de diarrhée (|ue de fièvre iulermilteute simple, dilDulroulau, ou meurt à peu près aussi souvent de dysenterie grave (pie de fièvre pernicieuse, mais il succomhe beaucoup plus de malades de dysenterie chronique que de fièvre arrivée à la chloro-anémie; c’est la persistance de la dysenterie qui fait sa gravité. Sur 100 hommes atteints de dysenterie dans les pays chauds il en meurt, suivant les localités, de :25 à 50. Le pronoslic de la dysenterie saisonnière de nos climats est infiniment moins grave, cependant elle a donné lieu quelquefois dans les armées en campagne à des épidémies meurtrières.
Si le malade atteint de dysenterie chronique peut quitter les pays chauds pour un climat plus favorable, il aura de grandes chances de guérison; sinon, des rechutes continuelles et des complications (abcès du foie) entraîneront presque fatalement la mort.
Puoi‘HVLA.\,iE. — Si la dysenterie se développait sous l’infinence d’un miasme analogue au miasme palustre, la j)rophylaxie ne pourrait pas jouer un grand rôle, il faudrait se contenter de marquerd’un point noir les foyers du miasme dysentérique et recommander au voyageur de les éviter comme le marin fuit les écueils. Nous avons montré que cette hypothèse du miasme dysentérique était aussi inutile que peu fondée, et que la dysenterie des pays chauds relevait des mêmes influences que la dysenterie de nos climats; les mesures prophylactiques à prendre sont les mêmes pour ces deux maladies ou plutôt pour ces deux variétés d’une même maladie; seulement, dans les pays chauds, en raison de la tendance plus grande (pda la ilysenterie à se produire et à revêtir dos formes graves, les précautions doivent être bien plus minutieuses. Variations brusques de température, refroidissements, excès dans le régime, mauvaise qualité de l'eau on des aliments, telles sont les principales causes (pie nous avons assignées à la dysenterie; la prophylaxie découle de l’étiologie.
Les troupes venant irEurope ne seront pas envoyées dans les pays chauds pendant la saison épidémique (période des grandes et brusques variations nycthémérales); pour l’Algérie, par exemple, on choisira les mois d’octobre cl de novembre; on veillera avec soin à ce que le soldat, très-insouciant et par suite très-imprudent de sa nature, ne s'expose pas inutilement au refroidissement nocturne, à ce (pi’il couche sous sa tente, et on lui fournira à son entrée en campagne une ceinture de flanelle. Les vêlements trop légers prédisposent à la dysenterie, les Arabes l’ont compris, de temps immémorial ils portent des vêlements de laine hiver comme été, cl de chaudes ceintures. Ijorsqiie autrefois no.s soldats partaient pour des expéditions de deux
DYSENTERIE
( OU trois mois sans couvertures ni ceintures de flanelle, avec de niau- ^ vais pantalons de toile, il ne taut pas s étonner, ditCainbay, s ils étaient I décimés par la dysenterie.
I Pendant les marclies ou ne peut guère s opposer à ce que le soldat j boive de l’eau traîcbe quand il en rencontre ; du reste, l’excitation
(produite par la niarcbe aussitôt reprise atténue les inconvénients de cette imprudence, et (jiiaïul l’eau est de bonne qualité on observe rarement des accidents; mais s’il s’agitdeau stagnante et saumaire, il I faut empêcher à tout prix le soldat d’en laire usage avant qu elle ait été purifiée soit par la filtration, soit par 1 ébullition. Durant un long voyage en Abyssinie le docteur H . Diane est parvenu a se préserver de toute maladie en ayant soin de faire bouillir et de filtrer 1 eau servant à sa boisson lorsqu’elle n’avait pas les caractères d une eau potable ; au contraire, toutes les personnes qui raccompagnaient et qui ne pre- ■ liaient pas la même précaution furent atteintes de fièvre et de dysenterie (I).
Il faut autant que possible empècber le soldat de faire des excès de nourriture et de boisson, si capables dans les pays chauds de provoquer la dysenterie. Pringle a insisté avec raison sur 1 innocuité des fruits, mais cela s’entend seulement des fruits mûrs, les fruits verts peuvent très-bien occasionner la diarrhée et la dysenterie ; or, le soldat n’est pas difficile sur cet article, tout ce qui tombe sous sa main lui est bon; en campagne les officiers devront veiller à ce cpie les soldats ne pillent pas les vergers sur les bords des routes, ainsi que nous l’avons vu faire trop souvent dans la dernière- campagne ; la discipline et la santé des troupes s’en trouveront beaucoup mieux.
(I l LVau (le marc non filtrée pnil en outre donner lieu à des accidents graves occasionnés par rintroduction de petites sangsues dans la gorge ou dans les voies aériennes. Les sangsues se li.vent soit à la partie postérieure des lusses nasales, soit dans le pharynx, parfois intune dans la lracli'‘c ; elles provo([ucnt des héinoplysies ré|>étées, des accès de sulVocation, enlin l’asphyxie (piand elles ohliti'rent 1 entrée des voies aériennes. I.acretclie a rappnrti' riiistoirc d un soldat qui snceoniha à un accident de ce genre {Journal universel, I8tî8). La sangsue médicinale se dclaclie sponlanéinent dès qu’elle s’est gorgée de sang, aussi est-elle heancoup moins a craindre que lu sanr/sue de cheval, hirudo sançiuisorba de. Lamark, /ircmopi.s (.Moipiin- Tandon). Les Inemopis péiu’drent souvent dans les narines, le pharynx ou les \uicr> aériennes des animaux (d’oi'i le nom de sang-snes de chevalj ; elles restent lorlenient attachées aux muqueuses alors même qu'elles ont sucé le sang pendant plusieuis jours; il y a des exenqiles de sangsues ipii ontséjourné ainsi pendant plus de quinze jours dans les voies aériennes. « La plupart des faits, peut-être tous, rappi)rtés p.ir les anteni's, relatifs à des sangsues logées dans les voies digestives ou aeiiennes de notre espèce doivent ('tre attrihués à des hiemopis. Lorsqu on se trouve dans un ])ays où ces animaux sont aliondants, il ne faut boire dans les sources et sur,o it dans les marcs (pi’avcc beaucoup de précautions. Ces annélides, qui dans leur jeunesse n’atteignent (inclqncfois que 2 ou 3 rnilliinèlrcs de longueur et qui ont à peine
MALADIKS |;t KI'IDILMIES DKS AUMKKS.
Ij0rs(|ue la ilysealorie s’osl iléveloppée dans uii camp, il l’an t craindre l’iidoclion du sol, la i)rüpreté du camp sera ciilrclcmie d’iine façon minutieuse, les fosses servant de latrines seront assex nombreuses et commoilément installées de façon à ce (pie les malades puissent s’y ■ rendre; |)lnsienrs fuis par jour on recouvrira les matières avec une
couche de terre. Les émanations des selles dysentéri(incs ne sont pas seules à redouter, tontes les matièi'es animales en décomposition peuvent prodnii'e le même résultat; les cadavres des hommes et des chevaux seront enterrés profondément, loin du camp, et aillant (|ue pos.sihle on évitera de séjourner longtemps sur les points qui auront servi de champ de bataille on de campement à rennemi. Les eaux servant à la boisson des troupes doiventétre l’objet d’une surveillance particnlière; les latrines doivent ère |ilacées loin des sources ou des puits;
• enfin, lorsqu’un camp est infecté et que la dysenterie prend le caractère épidémique, il faut insister pour qu’on l’abandonne, c’est souvent
le seul moyen de mettre fin à l’épidémie. <
Thaitkment. — Sydenham, l’ringle, Zimmermann, ont insisté, il y a longtemps, sur le danger des préparations opiacées dans la dysenterie et sur l’indication formelle des purgatifs. Contre la dysenterie .saisonnière de nos pays, presipie tous les purgatifs réussissent; les purgatifs salins, par exemple, donnent souvent d’aussi bons résultats , que l’ipéca lui-méme. Il en est du traitement de la dysenterie comme
^ de celui des fièvres palustres : dans les pays tempérés ou trouve beau-
; coup de succédanés du sulfate de quinine qui ne sont nullement ap-
plicables aux formes graves de l’impaludisme ; de même la dysenterie des |iays tempérés est curable par des moyens qui échoueiil dans les
r(‘|)iiL<SPur d'un lll, soiil pnlraîn'‘s ji.i.' cl av.ilcs sans qu’on s’en doulo. » IMü- Elém. (I(‘ zoüloijie méil. Wnis, 18C0, p. ISO.) l.e laryngoscope a penni.s plusieurs l'ois de découvrir la présence de sangsues dans ^ le larynx et de les extraire à l’aide de pinces à p(dypes; il fanl se rappeler qui! les
, saugsui's adlièrenl avec lieaucoiip de l'orco à la niuqueuse ; le docteurC.lcmonli, qui a en
• l’occasion d'extraire une sangsue fixée dans la tiMchée, osliine qu’il dut eiuployer une li'aclionde deux kilogrammes environ; il édmua à l’aide des pinces à jmlypes ordiiiaiiTS, dont les mors glissaient sur la peau de la sangsue, et il dut faire usage
i d’une pince dont les mors claienl armés de petites dents analogues à des liani'-
' çons (Ganpile métiicale ilaUenne, 11171, ip .18|. flans les cas ofi l’on n’a à sa dispo-
sition ni laryngoscope, ni pinces spéciales, et où It sangsue engagée dans le larynx *1 détermine des accès de sullbcation qui menacent l'existence du mafule, il ne faut
pas liésilerà pratiquer la laryngotomie nu la trachéolomi''. ; les inspirations soufré;-s ' ou ridoiaiformées sont rarement suffisantes jiour faire lâcher jtrisc à la sangsue.
Voyez : lîaizeau, Den acchiciilx produits par les saïujsues cl d” leur fréquence en Ahjérie [Gtr^elte médicale, 18(1:!, p, fillîi; — Giosné Marcacri,f7fl;(>//e wéil. italienne,
V 1871, p. '■l'I; — Trolard, Ahjérie médicale, 1870, iP 20; — Masse, in Monjujui,
• fiscicule d’octohre, 1871, p. 750; — (llementi, Archives gén. de médecine, fi'‘viier
i)YSii;Mi!;itiiv
I piiys chauds; c’osl aux inédecius cxer^aiil dans les [>ays chauds qu’il ) ai)pai-lieut de Ibnmilor le Iraitenieat de la dysciUeiie comme celui I des lièvres.
Dès 18iO, mou père précoiiisail le calomel el l’ipéca à haute dose (Documctilü pour servir à llmioire des maladies du nord de VA(rinue, /oc. Cil.); Camhay emploie uu trailemeiit mixte ; calomel, purgalil's salins, auliphlo8isti(pies; Ilaspel, le calomel associé à l’ipéca. Dutroulau prescrit dans les cas ordinaires le petit-lait manué (30 gr. de manne pour 50 gr.de petit-lait à prendre par demi-verres toutes tes heures) pendant trois jours au moins; il réserve l’ipéca et le calomel pour les l'ormes graves. Il est assez ditlicile de tracer les indications spéciales de l’ipéca et du calomel dans la dysenterie aiguë; les uns préfèrent le calomel (médecins anglais des Indes), les autres l’ipéca, i mais les indications spéciales de ces deux excellents autidysentériiiues ' sont très-mal formulées jusqu’ici.
Le calomel peut êlrc administré à dose fractionnée : cinq centigrammes en dix paquets à prendre d’heure en heure, ou bien à dose massive : un à deux grammes dans les vingt-quatre heures en une ou plusieurs fuis; ce dernier procédé donne des résultats bien plus satisfaisants et ex[tose moins à provoquer la salivation.
La racine d’ipécacuanha peut être employée eu poudre ou en infusion. Pison donnait 8 grammes de poudre d’ipéca infusée en bouillie dans 1:20 grammes d’eau; Pringlc, 1 gr. 20; si les colicpies étaient très-violentes, 0.25 tle poudre toutes les deux heures, jusqu’à jiroduction de vomissements ou de selles iliarrhéiiiues. Dans la méthode brésilienne, ou fait iid'uscr iicndant vingt-(piatre heures 8 grammes de I racine d’ipéca concassée dans 200 ou 300 grammes d’eau chaude, le I malade boit cette infusion en plusieurs fois dans la journée, chaque matin on verse sur la racine d’ipéca une nouvelle quantité d’eau ' chaude; de cette façon l’infusion va s’affaiblissant de plus en plus.
MM. Monard frères ont associé l’ipéca au calomel et à l’opium; les pilules de Segond renferment aussi ces trois médicaments dans les proportions sidvantes ;
R. Ipi'ca en pruulre 0.40
Caloinel 0.50
Kxliait iKiiieiix (ropiimi 0.0")
Sirop (le nerprun q. S.
M. pour six pilules à preiulrc tonies les deux lieures dons la journée.
Ces pilules ne nous ont donné de bons résultats que dans les cas où la dysenterie n’avait pas un caractère d’acuité très-prononcé ou lorsque des purgatifs plus énergiques avaient déjà modilié la nature
des selles ; pour être efficaces elles doivent être préparées depuis peu.
Sous 1 induence des purgatifs les selles perdent plus ou moins rapidement le caractère dysentérique ; le calomel donne aux évacuations une couleur vert foncé; les épreintes , le ténesme, disparaissent en même temps que la nature des selles se modifie.
La tliérapeutiipie a lieaiicoup moins de prise sur la dysenterie <'lironique que sur la dysenterie aiguë, trop souvent elle est impuissante à réparer des lésions profondes: comment refaire une muqueuse intestinale, quand elle a en grande partie disparu?
(- est surtout aux médications locales qu’il faut avoir recours, en même temps qu’on s’eiforce de nourrir le malade.
Les lavements médicamenteux au nitrate d’argent et à la teinture d iode ont étt' préconisés par Dclioux de Savignac, qui les formule ainsi {op. cil.) :
R. Teinture (l’iode
lodure pülasi:(i(;ue
Eau
M. pour un lavement.
R. Eau distillée
Diane d’œuf
Azotate d’arg;ont cristallisé
Chlorure de sodium
M. pour un lavement.
lÜ à «0 gr.
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