ORIGINE
5Ü« lie lii^nc
7 janv. au 23 fév.
Le Monarque.
31) bal. lie chasseurs. .
13 au 29 mars.
Lo r.lascow.
6 avril.
lucouuuc.
2® (le lii;nc
19 avril.
Voisin (Tuu typhique.
Irr (l’artillerie
19 avril.
Malle.
Voisin du 3' bat. de
20“ de lij,'iic
avril.
chasseurs.
3 en soignant les ty-
Sœurs du Val-de-Grâce.
9 fév. au 25 mars.
phiques, 2 auprès
de sœurs malades.
Totaux
Pendant la guerre de la sécession, le typhus n’a pas régne sur les armées américaines (Baxter); l’auteur de la statistique américaine confond sous le nom de fièvre des camps : le typhus, la fièvre typhoïde et la rémittente paludéenne. Il est très-vrai que ces maladies s’unissent souvent aux années et qu’il est difficile de les séparer, ce n’est pas une raison pour leur donner le nom de fièvre des camps qui ne doit s’appliquer qu’au typhus exanthématique.
En 1868 le typhus éclate en Algérie; l’histoire de cette épidémie a été très-bien faite par MM. J. Périer (1), Vital (2) et Maurin (B), nous nous bornerons pour le moment à quelques mots d’historique, plus tard nous aurons à revenir sur l’étiologie du typhus algéi icn.
Le typhus existait en Algérie avant 1868, mais il était resté trèslocalisé, n’ayant pas trouvé les circonstances favorables à son développement. Dès 1861 et 186“2 il est signalé dans le massif de Bougie, il s’étend à quelques villages kabyles; en 186311 règne a Constantine, principalement parmi les Israélites; en 18()i, 186.), 1866, il donne lieu encore à un certain nombre de cas. (Mlal, Op. cil.).
(1) Effets (le la misère cl typhus dam la province d’AUjer 'en 1868 [Rec. mém. med. militaire, juin 1869, juin 1870).
(2) Vital, Du lijphus dans la province de. Conslanline (mCMiic roc., 1869).
(9) A. Maurin, le Typhus d'Algérie, 1873.
iVlMlUS.
‘iO'J
Au mois do mars 1803, le bruit s’étaiil répandu à Alger (|ue le choléra réguail dans la tribu de Béui-Aïdel (cercle de Sétil, province de Coustautiue), MM. Léonard et Marit lurent envoyés dans celle tribu pour couslaler quelle était la nature de l’épidémie. 11 s’agissait non du choléra, mais d’uii typhus parlaitemeul caractérisé par l’éruption exanthémo-pétéchiale. MM. Léonard et Marit évaluent à 330 le nombre des malades, à IGi celui des morts (1).
Eu 1807, les sauterelles et la sécheresse détruisirent les récoltes presque dans toute l’Algérie; les indigènes, insouciants et fatalistes, n’avaient rien prévu, la famine éclata et prit tout tà coup des propoitions elfrayanles; la faim conduit facilement au vol et au crime, les prisons, les pénitenciers se rem|)lirenl, dès 1807, M. le D" Arnould observait au pénitencier d’Aïu el lîey une épidémie de typhus à rechute (”2). Le choléra s’unissant au typhus, la mortalité fut effrayante' parmi Arabes, et il est impossible d’évaluer les perles qu’ils subirent. Les indigènes faméliques aftluaicnt vers les centres européens, il fallut bien les accueillir; on les pla(,'a soit dans les hôpitaux, soit eians les dépôts de mendicité créés pour la circonstance; à Milianah, les .Vrabes furent revus clans les salles de riiôpilal militaire, el c’est la que le typhus lit sa première apparition dans la province d’Alger (.1. Périer); à Alger, le premier typhique européen vint de la rue Salluste, où l’on avait établi un dé[>ôl de secours; l’hôpital civil d’Alger fut infecté aussi par les Arabes faméli(pies (3).
Pendant la guerre de 1870-1871, le typhus ne s’est pas montré; il n’a régné ni à Paris ni à Metz, malgré des circonstances en apparence favorables à son développement. Quelques médecins prétendent avoir observé le typhus pendant le siège de Metz, je ne saurais être de cet avis; comme j’étais à Metz et (jue j’observais dans un milieu très-favorable au développement du typhus, mou opinion sera peutêtre ici de quelque poids. Les maladies régnantes dès le début du siège furent la diarrhée, la dysenterie et la lièvre typhoïde ; je copie dans mes notes recueillies jour par jour les passages suivants : «. Du l" au 15 septembre, les malades (lue nous recevons sont atteints
(1) lt(i])port sur une épid. de tijphus ohserrèedans la tribu des Déni Aidel el de l’ArracIt illec. méui. méd. mililaire, août 1863). p2) Üu tfiphus à rechute (Ardi. (jéii. de médecine, 1867).
(3) Le lypims U’Aliiério a domié lieu à 2.r2 déeès dans l’année (3,9i sur lÜlK) liommes d’eireclit) ; eertains corps indigènes (3“ spalds, t'"^ régiment de liraillcurs algériens) ont été fort éprouvés, les iiilirniiers luililaires ont subi les plus grandes pertes; la morlaliti' par Ivplius de rarmée d’Alriipie étant en moyenne de .3,61 pour lUUO tiommcs d’elloctir, elle s’élève pour les inlinniers à là, 8 pour lUUÛ (A'tnl 07 méd. de l’armée pour 186'J).
MALADŒS ET ÉPIDÉMIES DES AUMEES.
presque tous de fièvre lyplioïde, de diarrhée ou de dysenterie, l’ouïes les maladies, même les plus légères, s’accompagtieul de prostration, d’état typhoïde; nous recevons (luehiuefois le meme jour quinze k vingt malades dans l’état suivant ; faiblesse générale, prostration, stupeur, peau sèche et terreuse ue donnant pas à la main la sensation d’une chaleur bien vive, langue brunâtre et sèche, diarrhée. A tous ces malades on donne du bouillon, du vin, de l’infusion de tilleul ou de thé; au bout de deux ou trois jours quel- (pies-uns sont complètement remis et demandent à manger, chez d’autres la diarrhée persiste, d’autres enfin oiït dos fièvies typhoïdes de durée normale, généralemenl à forme adynamique. Kruplion de taches rosées lenticulaires, jamais d’éi-uplion exanthémo-péléchiale. » ha frétpieuce de l’état typhoïde s’explique par les fatigues, par l’alimentation insuftisante, par les conditions morales mauvaises de notre malheureuse armée de Metz. Au lU octobre j’écris : « La. fièvre typhoïde est toujours avec la dysenterie la maladie dominante; dans quelques salles, sur vingt malades, il y en a dix au moins atteints de fièvre typhoïde; la forme adynamique domine déplus en plus. Les dysenteries deviennent d’autant plus graves que nous n’avons plus d’aliments convenables pour nos malades et nos convalescents. »
20 octobre. « Il commence à faire froid, l’état sanitaire devient un peu meilleur, toujours des fièvres typhoïdes, dos diarrhées et des dysenteries, mais la mortalité est beaucoup moins forte. » .le n’ai pas pu faire d’autopsies k la caserne Chamhière; il était si évident qiuî nous avions affaire à la fièvre typhoïde et non au typhus, que cette investigation ne nous paraissait pas bien nécessaire; des autopsies faites au quartier général du 3“ corps, (pii nous envoyait ses malades, ont toujours permis de constater les lésions intestinales caractérisli([iies de la fièvre typhoïde.
IvLM. Michaux (1), Ilerpiii, Ouzaiieau, Méry admettent qu’il a y eu (pielqiies cas de typhus vrai dans la population civile de Metz, il serait bien singidier que cette maladie, qui a reçu le nom si justifié de fièvre militaire, de fièvre des camps, se lut localisée cette fois à la populalatioii civile. Aucun médecin, aucun infirmier n’a contracté à Metz ce prétendu typhus, cependant nous passions toutes nos journées dans dos salles encombrées de malades et de blessés.
Le typhus n’a pas plus régné dans l’armée allemande que dans l’armée française, et s’il y a eu confusion, c’est (pie les Allemands donnent le nom d'iléo-typhus ou même de typhus à notre fièvre typhoïde; après
it) Eetlrc (lo M. lo docLciir Minliaiix, Gai. Iielnlom., 187IÏ, p. 38. — Lettre itu docteur Eli. Viry, même recueil, 1873, p. ôO.
TYPHUS
I la capiiiilalioii de Metz les troupes prussiennes u’impoiTèrent pas le ' typhus parmi nous.
Eu 1873 le typhus a donné lieu à de petites épidémies trés-localisées à Uiautec, aux portes de Lorient, et à Brest.
Avant d’entreprendre l’étudeétiologiquedu typhus, il estindispen- .sahle de consacrer quelques ligues usa géographie méilicale.
GÉOGnAPiiiE MÉDICALE. — Le typluis a en Europe deux loyers principaux : l’Irlande et la Silésie. La mortalité par la tièvre (fever) représente en Irlande le dixième environ de la mortalité généi'ale, tandis qu’à Londres elle n’en représente que le cinquantième (Graves). Le typhus est endémique depuis Tort longtemps en Irlande et aussi en Écosse, bien que quelques auteurs aient cherché à démontrer que l’émigration irlandaise avait été le point de départ îles épiilémies d’Edimbourg (Starck) ; l’Ecosse était ravagée par le typhus avant l’émigraiion irlandaise, et la maladie a été observée dans des districts où n’ont jamais pénétré les émigrants (Graves, Ilirscb).
I De l’Irlande et de la Silésie le typhus est souvent importé dans les pays voisins, d’autant plus facilement que l’Irlandais, très-malbeureux chez lui, émigre volontiers. Les villes anglaises qui ont avec l’Irlande des relations suivies, Liverpool, Manebester, Bristol, fournissent les plus forts contingents au typhus; les grands ports do l’Amérique ont souvent à soulfrirdu typhus pour la même raison.
D’après Virchow, la plupart des épidémies qui ont régné cà Berlin y ont été importées par des ouvriers silésiens. Est- ce aussi de Silésie que le typhus a été importé en Russie? Il y a pris eu lout cas une grande extension; en 18i'2, 184(), il s’est répandu d’une manière générale eu Courlande, en Esthonie, en Livonie, à Wilna, à Moscou; en 1839 et 1805 il a sévi avec force à Saint-Pétersbourg, où on l’observe du reste à l’état endémique depuis quelques années, ainsi que dans tontes les provinces russes de la Baltique et en Pologne (1). Le typhus se retrouve encore, mais surtout tà l’état de petites épidémies, en Wesphalie, dans les districts pauvres du Hanovre, sur plusieurs points des I provinces rhénanes, ainsi (ju’en Suède et plus rarement en Danemark.
i En Belgique le typhus a régné en 1840 et 1847, cà Bruxelles il s'est |i localisé dans les prisons et les hospices; en Suisse on l’a observe ( (1844-1845) dans le canton de Zurich; en Valachie il est assez fré- I quent depuis 1849, époque cà laquelle il a régné épidémiquement en I Turquie.
(I) Itirscli, llandbuch der hislorixcli. geographischen Pathologie. Erlangcn, 18G0. t. I, p. 153.
MALADIKS |;T KI'IOIÎMIKS DKS AHMÉES.
iC,i
Eli Asie lofypliiis s’esi inoiilni sur lo, versant sud de l’Ilimalaya, sons orme de petites épidémies ; Moiial, Moreliead ne l’ont jamais observé anv Indes. D’après M. le D'' Morache, le typhus serait assez fré(|uenl en Cliiiic ( 1).
De typhus n’est |ias étranger à rACriqne comme le prétend Hirsch, nous avons vu qu’il était endémique dans qnehines villages kabyles. Lorsqu’on sait dans quelles conditions vivent les Kabyles, on ne s’étonne ]ias de voir le typhus hanter leurs villages, comme ceux de l’Irlandais et du Silésien; les Kabyles ne sont pas nomades comme les Arabes, ils n’hahiteiit pas sons latente, mais dans des maisons en pierre, leurs villages sont situés souvent à de grandes liantenrs, et l’iiiver est trèsrigonrcux dans les montagnes de laKahylie; pendant la saison froide les Kabyles s’entassent dans leurs babitalioiis « on s’étalent, disent M.M. Léonard et Marit (lor,. cit.), sous tontes les formes l’incurie et la malpropreté les plus hideuses. »
Dans l’Amérique du Nord la maladie a reçu le nom signilicatif de fièvre des vaisseaux irlandais, elle se montre surtout dans les grands ports et les villes du littoral qui reçoivent les émigrants ; New-York, Pliiladel|)bie, Boston, Baltimore; au Canada la maladie est toujours 'mportée, et sa fréquence est en rapport avec le nombre des émigrants. Le typhus a été observé au Brésil, au Pérou (Amérique du Sud); pendant les sièges de Lima et de Callao il a régné épidémiquement; les médecins militaires français l’ont rencontré sur les hauts plateaux du Mexique. La fièvre jaune endémique à la Vera-Cruz fait jilace au typhus à Mexico, les descriptions de M.M. L. Coindet (‘2) et Brault (3) ne laissent pas place au doute, il s’agit bien du typhus exanthématique; d’après L. Coindet, le typhus se développe souvent spontanément au Mexique et il règne à coté de la fièvre typhoïde.
La géographie médicale fait pressentir, ce nous semble, que s’il faut attribuer un rôle important aux importations d’origine irlandaise ou silésienne, il n’est pas possible d’expliquer ainsi des épidémies qui se sont montrées sur des points très-éloignés du globe et sans relations avec les foyers européens du typhus (Chine, villages kabyles, etc.).
Etiologie. — Trois opinions principales ont été émises relativement à l’étiologie du typhus :
1" Le typhus se développe sous rinlhience des mêmes causes (pii
(1) Police sur une épid. de lijplius arec cas de relapslwj ferer (Rec. méni. méd mililaire, 1800).
C2) L, Coindet, Du lijphus des hauls plateaux du Mexique (Recueil méat. méd. mililaire, 1801).
(3) Du lijphus de .\Iexico (même rec.. 1804)
TYPHUS
|iro(liiisciit la fièvre lyphoitle, il n’y a pas lieu de lui clierclier une •étiologie spéciale.
Le typhns est une maladie spccifnpie ijui naît toujours d’cdlomème comme les maladies virulentes, qui règne endémiiiuement dans quelques contrées et ne se développe en dehors de ses foyers qu’il la suite d’importations.
3” Le typhus est une maladie dilTérente de la lièvre typhoïde, au point de vue étiologique comme an point de vue symptomatnpie on anatomique, une maladie contagieuse qui se développe souvent à la suite d’importations, mais ([ni est susceptible aussi de développement
spontané.
La première de ces opinions a été sonlcnue principalement par Magnus lluss; le travail de M. IIuss est basé sur des observations recueillies par lui pendant douze ans (1840 a 18ol) à 1 hôpital Séiaphin de Stockholm; le titre seul de cet ouvrage (I) indique que l’autein: reconnaît l’existence des formes cliniques décrites sous le nom de typhus et de lièvre typhoïde, mais au lieu d admettre avec la plupait des observateurs que ce sont deux maladies spécifiquement dilférentes, incapables de s’engendrer l’une l’antre, il pense ipie ce sont deux variétés du genre typhus, deux fruits poiuant se devcloppei sur le même arbre. Le fait que la maladie prend telle lorine plutôt que telle autre lui paraît dépendre de circonstances individuelles, le tempérament, la constitution des malades, exerceraient une intkience importante. «Dans le cours d’une épidémie, dit M. lluss {Op. cil., p. '21»), ce sont principalement les personnes sanguines et phlegmatiques qui sont attaquées du typhus, tandis que les personnes lymphatiiiues et nerveuses sont attaquées de la lièvre typhoïde; le premier attaque les constitutions fortes et vigoureuses, et la seconde, les constitutions faibles et grêles. » llu'orie insoutenable, car il y a partout des constitutions fortes et des constitutions faibles, et si l’explication de M. lluss était bonne, on devrait rencontrer partout le typhus à côté de la fièvre typhoïde et la fièvre typhoïde à côté du typhus; au contraire, le typhus règne souvent cà l’exclusion de la lièvre typhoïde (Irlande), et plus souvent encore la lièvre typhoïde se développe sans mélange de typhus (f’rance).
M. IIuss prétend que le typhus peut engendrer par contagion la fièvre typhoïde et celle-ci le typhns; il s appuie sur ce fait qii il a \u à Stockholm le typhus et la tièvre typhoïde régner dans la même maison. .lenncr a fait à ce sujet de très-importantes recherches qui
.(l) Slnthlique et Iraitemenl du tijphus et de la fièvre lijp'idide. Paris, tSf."..
MAi.ADii;s El' Epidémies des aiimées.
démontrent parfaitement la spéciticilé étiologique du typhus (1). Le London fever Hospital oll'rait à l’auteur un champ précieux d’observation, car le typhus, la fièvre typhoïde et la fièvre récurrente y amenaient un très-grand nombre de malades. Jenner s’inrorma avec le plus grand soin de la provenance de tous les fiévreux, et dans tous les cas, sauf un, il vil ipie les malades provenant d’une même maison étaient tous atteints de typhus, de fièvre typhoïde ou de fièvre récurrente, c’est ce qui ressort d’un tableau annexé à son excellent mémoire. Jenner conclut (pi’il est impossible de voir deux maladies plus disliuctes entre elles que le typhus et la fièvre typhoïde. « La dilférence, dit-il {Op. cil., p. 1(17), est aussi tranchée qu’elle l’est entre la variole et la scarlatine, ou entre ces deux dernières et la rougeole. Les alleclious ne dilfèrenl pas seulement par rapport à leurs symptômes, leur marche et les lésions anatomo-|)alhologiques qu’elles Jaissenl après elles, mais aussi relativement à leur cause. Cette cause est spécifi(jue et ne peut jamais donner lieu qu’à la maladie qui l’a engendrée. »
Murcliison, Tweodie, Griesinger, ont observé les mêmes faits que Jenner, et Griesinger va jusqu’à déclarer rpie la spécificité de chaipie maladie typhoïde est essentiellement étiologique (:2).
Lorsque deux maladies épidémiques régnent en même temps dans une ville, ne peut-il pas arriver qu’elles se développent côte à cote dans la même maison? Cela se voit souvent pour la rougeole et la scarlatine, on a même décrit des cas où l’éruption, j)renautun caractère mixte, rendait très-difficile le diagnostic dilférentiel; il n’en reste pas moins établi que la rougeole et la scarlatine sont deux maladies parfaitement distinctes; de même les faits observés par Magnus IIuss à Stockholm n’autoriseut pas à dire que le typhus et la fièvre typhoïde peuvent s’engendrer réciproquement. Ou ne saurait admettre non plus avec M. Huss que les deux chaînons les plus éloignés de la chaîne du typhus, les cas les plus graves de typhus pétéchial et de fièvre typhoïde, peuvent seuls se distinguer, et ({u’entre ces deux extrémités il y a une foule de formes intermédiaires mal caractérisées; le typhus a des formes graves et des formes légères tout comme la fièvre typhoïde. Au chapitre du diagnostic dillêreuliel nous parlerons des nombreuses dilférences symptomatiques et anatomiques qui séparent ces maladies et en fout non pas une seule chaîne, comme le dit M. IIuss, mais deux chaînes parfaitement séparées; pour le mo-
(1) De la non-iilenlilé du typhus et de la fièvre typhoïde. Traduct. de Verliacge. Bnigc.s, 1853.
(■2) Traité des mal ad. infect. Trad., p 139.
TYPHUS
ment il nous suffit d’avoir montré que les deux maladies relèvent de causes didérentes, qu’elles ne s’engendrent pas outre elles et (|ue l’étiologie de la fièvre typhoïde n’est pas applicaidc au typhus.
Nous avons déjà dit (des maladies typhoïdes en général) comment on était arrivé successivement eu Angleterre, en Allemagne et en France à séparer le typhus de la lièvre tyiihoïde; en France, c’est seulement à la suite de la guerre de Crimée que la question fut défi- ( nitivement tranchée; dans une lettre datée de Constantinople, 5 mai 1856, Baudens écrit, au sujet de l’identité ou de la non-identité du typhus et de la lièvre typhoïde : « Ce point de vue divise encore la science, mais à l'armée d’Orient on peut dire que tous les médecins sont aujourd’hui convaincus de la non-identité (1). » MM. Godélier et F. Jacquot ne sont pas moins affirmatifs dans leurs ouvrages; j’ai donc été très-étonné de lire dans un discours prononcé par M. le D" Bi'i(|uet, à l’Académie de médecine, que, les médecins militaires eu Ürient avaient été unanimes à reconnaître l’identité du typhus et de , la lièvre typho'ïde (:2); s’il y avaitunanimité, ce serait plutôt pour affirmer la lion-identité.
La deuxième théorie étiologique du typhus a été défendue par M. le professeur CliaulTard (3) en 1872, mais elle n’est pas nouvelle; Bancroft. Davidson, Watson, Budd (i), ont soutenu il y a longtemps que le typhus ne pouvait pas naître de toutes pièces, et que, lorsqu’il se développait quelque part, c’était toujours à la suite d’une importation.
Après la guerre de Crimée, l’opinion dominante en France était (jue le typhus naissait de l’encombrement d’hommes malades, qu’il se développait spontanément dans des circonstances données. « Le typhus, I dit Baudens (5), est engendré par la misère, par l’accumulation, par l’encomhrement dans les prisons, dans les navires, dans les camps, dans les hôpitaux; on pourrait le faire naître et mourir à volonté... Une fois né spontanément sous l’inlluence des causes précitées, le typhus se propage ensuite par infection. La contagion, encore mise en ' doute pour la lièvre typhoïde, n’est pas contestable pour le typhus...
I Qu’il y ait infection ou contagion, vraisemblablement les deux, le résultat est le môme. )>
' Les événements de 1870-1871 étaient peu favorables à l’idée de ■ spontanéité, le typhus ne s’était montré ni pendant le siège de Metz ni pendant le siège de Paris; on alla d’un extrême à l’autre, et après
(Ij Baiulcns, loc. cit.
(2) Acad, de méd., séance du 13 mai 1873.
(3) Acad, de méd., séance du 15 octobre 1872.
(i) Griesinger, Op. cit., p. 154.
(5; Lettre sur le typhus de Crimée {loc. cit.).
MALADIKS ET fil'l DÉMIES DES ARMÉES.
avoir dil (jiroii pouvait faire du typhus à volonté, (|uch|ucs médecins soutinrent (pie le lyphus ne se développait jamais <pie sous rindiience d’un germe mystérieux, (jui était toujours importé. Le lyplius ne s’est montré ni cà Paris ni à Metz, donc il ne peut pas se développer spontanément, telle est la base fragile de rargumentatiou de M. Chaulfard (I).
11 est certain que les épidémies de typhus naissent souvent à la suite d’importations, le fait n’a jamais été contesté; nous avons vu que le typhus avait deux foyers principaux en Europe : l’Irlande, la Silésie, on pourrait y ajouter plusieurs provinces russes; de là il irradie sur les pays voisins : d’Irlande en Angleterre et en Amérique (émigrants irlandais), de Silésie en Allemagne et particuliérement à Berlin (;2).
On peut soutenir (pi’en Ci imée, en Algérie, le typhus ne s’est pas développé spontanément; en Crimée (1855-1856) le typhus a pu être im|)orté dans les armées alliées par les prisonniers russes, mais il est au moins singulier que cette importation ait échappé à tous les mé decins de Crimée et qu’ils s’accordent tous à reconnaître (pie le lyphus est né de l’encombrement, des conditions hygiéniques mauvaises oii se trouvait notre armée, la ipiestion d’importation n’est même pas posée dans leurs écrits; en Algérie, le typhus régnait dès 1861 dans quelques villages kabyles, il peut se laire (pie l’étincelle ipii a provoqué l’épidémie de 1868 soit partie de ces villages; resterait à démontrer comment le typhus a été importé dans les montagnes de la Kahylie; serait-ce au moment de la guerre de Crimée? — Les troupes revenant de Crimée sont rentrées presque toutes en France et l’on n’a observé à cette époque aucune épidémie de typhus en Algérie. A la rigueur on pourrait encore expliquer par l’importation les épidémies de 1860 (Tartares émigrés de Crimée àConslaiitinople) et de 1868 (Circassiens chassés de leur pays parles Busses) (3), bienqueM. Cbaulfard n’ait émis à ce sujet que des hypothèses; bon nombre d’autres faits lémoigiienl en faveur de la spontanéité du lyphus, si bien que nous pouvons faire des concessions à nos adversaires.
En 1829 et 1833, le typhus règne au bagne de Toulon, il n’y a pas de doute sur la nature de la maladie qui éclate sur les pontons occupés par les for(.'ats ; dans la relation de Marc d’Espine il n’est pas question d’importation. On peut soutenir que l’épidémie observée parLaïulouzy à Reims n’était pas du typhus, je n’insiste donc pas; mais à Strasbourg l’épidémie de prison décrite par Forget (I85i) était bien due au ty-
(1) Acad, de méd., 15 oclolicc 1872, 17 juin 1873.
(2) Kclsch, Gazetle hebdom., 1872.
(3) ÉpidcMiiies citées par M. le docteur Fauvcl, Discussion sur le tijplius {Acad, de méd.).
TYPHUS
phus; comment l’impoiTalion si ftxcile à conslalcr dans une prison aurait-elle éclia|)pé à un observateur aussi sagace que Forget? De même pour l’épidémie observée par Parisot la même année dans la prison de
Nancy.
Comment expliquer par la théorie de l’importation les épidémies de typhus si fréquentes dans les villes assiégées (Thorn, Nantes, Mantoue, Gènes, Saragosse, etc.), à bord de navires qui tiennent la mer depuis longtemps et qui viennent de pays où ne règne pas le typhus? Pringle, Und, sont d’accord pour dire (jue le typhus (lièvre d’hôpital ou de prison) prend naissance à bord île vaisseaux encombrés, et ils en citent de nombreux exemples qui sont conlirmés par les faits contemporains.
En I8()i- le ty|)lius éclate à bord de la frégate égyptienne VUiraïmich, pendant la traversée d’Alexandrie à Toulon ; le typhus ne régnait pas en Égyi>te au départ; les premiers cas se montrèrent lorsqu’en
approchant des côtes nord de la Méditerranée l’éipiipage chercha à se piotégercontre l’abaissement de la température en fermant les sabords; la frégate était, ilu reste, d’une malpropreté très-grande; à Toulon la maladie se communiqua à une partie du [lersonnel de l’hôpital maritime. Gourier, qui raconte ce fait, n’hésite pas à admettre le développement spontané du typhus à bord de Vlbraïniich (I).
Lors de la guerre du Mexique on recrute en Egy|)te, pour le service des terres chaudes, un bataillon composé de ii7 nègres du Darfour et du sud de l’Égypte; ces hommes sont end>arqués sur le transport la Seine, et d’ahord tout se passe hien, l’état sanitaire reste excellent pendant la plus grande partie du voyage, à la fin seulement une épidémie éclate, 5 hommes meurent, et le jour du déharquement 77 hommes sont transportés à l’hôpital de Vera-Gruz, il y a en tout lll malades et 11 décès du "24 février au 10 mars. .M. le D" Fuzier, riiislorien de cette épidémie, établit fort bien qu’il s’agissait du typhus (2), et comme causes il invoque cc la viciation <le l’air de la batterie basse du navire où étaient installés ces hommes, viciation favorisée par la malpropreté générale et individuelle, ]>ar
le séjour prolongé dans cette hatterie de beaucoup d’eidre eux; par la construction même du navire : la batterie basse est privée de sabords. Enfin, dit M. le D-- Fuzier, je dois mentionner que dans un voyage précédent la Seine avait été chargée de transporter des mulets et des chevaux; et que pendant la traversée de 52 jours ces ani-
(1) (’olin, art. Miasme, Diction, encijclop.
(i) Extrait d’un rapport sur le service médical de la Vera-Crui, pendant la mois de février 1863 (Recueil mém. méd. militaire, ISG.Jj.
MALADIKS KT EPIDÉMIKS DES ARMÉES.
maux avaient infecté le bâtiment ». Cette dernière circonstance avait été notée aussi, coinnie nous l’avons dit, pour le MonarfjHe, à bord duquel éclata l’épidémie de typhus du 50“ de ligne (Godélier, Ml‘M. dlé). Ajoutons (pie la Seine, dans son long voyage, n’avait relâché dans aucun port où le typhus fût épidémiipie, et l’on conviendra qu il est impossible d’admettre l’importation pour celte épidémie.
Gu 18GI, le brick de guerre égyptien le Scheali Gehald arrive à Liverpool au mois de février, l’équipage, misérable et malpropre, com|)tait un assez grand nombre de malades (dysenteries, alléctions pidmonaires, etc.), mais pas de typhiipies. Plusieurs personnes (pii visitent ce navire sont atteintes du typhus et en meurent; la partie saine de l’iapiipage est envoyée dans un bain public à Liverpool, trois garçons de bain sur six prennent le typhus et l’un d’eux succombe; un certain nombre de malades |)rovenant du vaisseau sont envoyés à l’impital de Liver|)ool, le typhus s’y déclare aussitôt (1).
Ce fait singulier d’hommes qui donnent le typhus sans l’avoir euxmêmes a été conlirmé par M.^I. J. Périer, Vital et A. Maurin, lors de l’épidémie algérienne (18()8). Les Arabes faméliques étaient atteints d’une cachexie caractérisée par un profond marasme, des désordres intestinaux graves et persistants, des inlillrations séreuses, trèsrarement ils présentaient les symptômes du typhus, cependant partout où l’on recueillait ces malheureux le typhus se montrait, et il atteignait surtout les personnes chargées de les soigner ou de les garder : hôpital de Milianah, les infirmiers qui couchent à côté des .Arabes faméliques sont les premiers atteints; — dépôt de la rue Salluste à .Alger; — hospice civil d’.Alger; — fort l’Empereur, sur IG personnes employées au fort, 9 sont atteintes, deux médecins y contractent successivement la maladie, et l’un d’eux (Jouhin) succombe. A l’hôpital du Dey (Alger) les .Arabes faméliques sont isolés avec soin, un seul infirmier prend le typhus, c’est le caporal du vestiaire qui avait manipulé les effets sordides des Arabes. M. .1. Périer {loc. cit.) insiste à plusieurs reprises sur ce fait que les .Arabes reçus <à l’hôpital du Dey ne présentaient pas les symptômes du typhus.
A Sétif comme à Alger, comme partout, le typhus prend naissance à la suite de l’arrivée des Arabes faméliques, les premières victimes sont des Européens; les Arabes, disent M.M. Vital (O/). ci(.) et Alix {''2), ne présentaient pas les symptômes du typhus. M. .A. Maurin, qui observait à l’hospice civil d’Alger, n’est pas moins affirmatif (Üy;. cil.):
(1) Lancet, ISf)!. Gricsingor, Op. cil., p. 15S.
(Ü) Observations médicales en Algérie, l’aris, 18G9.
TYPlUiS.
« les Arabes (amélbiiies et misérables peuvent, dit-il, donner le typhus sans en être alleiiUs eux-mêmes. »
Comment expli([uer tous les l’ails qui précèdent, si l’on admet que le ypbus n’csl jamais engendré (|ue par le typhus? C’est faire bien bon marché de Ions ces enseignements que de les sacrifier à ce fait unique : le non-développement du typhus à Metz et à Paris pendant a guerre de 1870-1871 ; les faits négatifs ne prouvent rien contre des faits positifs, et c’est une mauvaise méthode ipie de vouloir renverser toute une doctrine sous prétexte (pi’clle nous paraît être en désaccord avec un fait. Après l’expérience de Metz et de Paris, nous pouvons dire que le typhus ne naît pas toujours de l’encombrement, (|ue son étiologie est plus complexe qu’on ne le croyait avant 1870, qu'on ne peut pas, comme on l’avait écrit, faire du typhus à volonté, mais gardons-nous de dire que le typhus ne naît jamais de toutes pièces et iic sacrilions pas au fait récent tous les enseignements du passé; savons-nous si le typhus ne se serait pas produit cà Metz et à Paris à la suite de misères plus grandes et plus prolongées? C’est la thèse qui a été soutenue avec beaucoup de raison parM. le professeur Pouchardat (1).
De cette discussion sur la nature et l’étiologie du typhus nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes :
I. — Le typhus est dû à un miasme distinct de celui qui produit la fièvre typhoïde.
II. — Un grand nombre d’épidémies de typhus sont dues à l’importation; les foyers d’endémicité du typhus en Europe sont l’Irlande, la Silésie, ([uelques provinces russes; c’est de là qu’il irradie sur les pays voisins.
III. — Un certain nombre d’épidémies de typhus ne peuvent pas s’expliipier par l’importation, et il est permis de croire que le typhus peut se développer de toutes pièces dans des conditions que nous aurons à analyser.
IV. — Les faits cités par Griesinger et par MM. .1. Périer, Vital et A. Maurin, d’individus donnant le typhus sans en être atteints, viennent à l’appui de la doctrine de la spontanéité.
Il nous reste à étudier dans quelles conditions naît le typhus, comment une fois né il se propage.
Les circonstances dans lesquelles se développent les épidémies de typhus, soit dans la population civile, soit dans l’armée, sont remar-
(t) Académie de médecine, y.imicv 1879. La doctrine delà si)oiita\iéilé a été trèsliicii défendue aussi par; MM. Fanv('l. Acad.de méd., 27 mai 1879; — L. Colin art. Mi.\sme, Dicl. encijclop. — Giiill‘’niin, les Origines et la propag. du typhus (Gaietle hehdom., 1879j.
(juahles par leur uiiironnité ; eiicombremeiil, misère, viciation de l’air par des miasmes d’origine animale, telles sont les principales, conditions (|ui toujours et partout président à l’apparition du lyplius. S’il s’agissait d’une maladie toujours transmise comme les fièvres érii|)lives, suivant la comparaison de M. Cliaidrard, on ne voit pas pourquoi ces circonstances seraieid nécessaires; en Irlande, en Silésie, en l’ologne, en Kabylie, sur les liants plateaux du Mexique, le typhus règne au milieu de populations misérables, malpropres, qui pendant des hivers rigoureux s’entassent dans des demeures infectes.
La famine et le froid favorisent la production -du typhus en augmentant la misère et l’encombrement; en 1815 et 1840, la famine poussait en Irlande les populations des campagnes dans les villes, les misérables auberges où ces gens trouvaient un abri furent bientôt remplies, encombrées; elles devinrent autant de foyers d’infection où l’on vit iiaitre les plus mauvaises formes de la fièvre. L’entassement d’une énorme ipiantité d’individus dans les grandes villes fut, dit Graves (1), en 1817, la principale cause de l’épidémie de typhus qui désola l’Irlande. En 1808, ce sont aussi les Arabes faméliques affinant dans les villes pour y cliercber des secours qui firent naître le typhus.
Sur les bâtiments le typhus se développe lorsqu’il y a encombrement, lorsque les navires sont mal tenus, mal aérés, lorsqu’ils ont servi au transport d’animaux qui les ont infectés.
D’après M. le D" .Jaccoud, des peaux mal séchées et provenant d’animaux malades auraient provoipié une épidémie de typhus à bord du paquebot-poste la Gironde, pendant sa traversée de retour de la IMata et du Brésil en Europe, au mois de juillet 1874. M. .laccoud reconnaît que l’aménagement de la Gironde et sa propreté ne laissaient rien à désirer, le paipiebot venait d’être remis à neuf, la ventilation était parfaite, il n’y avait pas encombrement à bord (:2); c’est dans des conditions tout opposées que se développe en général le typhus; avant d’admettre cette exception à la règle, on est eu droit de se demander s’il s’agissait bien véritablement du typhus; la description de M. .laccoud laisse beaucoup de prise à la critique. Les acciilents débutèrent sur des hommes do l’éipiipage et sur des garçons de salle peu après le passage de la ligne, au mois de juillet, par une température très-certainement excessive que M. .laccoud a eu le tort de ne pas noter; ta fièvre avait le caractère rémittent ou inter-
H) Ui-avi^s, Cliniiiue, t. I, p. 110.
(2) iXolc liio à l’Acadcinie de iiiédeeiiie, dans les séances dn 21 novembre et du 22 décembre 187t. Ginette liebilomuiiaire, l''’ janvier 1875.
TYPHUS
lïiiUent, le ciéhiil élail lrès-ljnis(iiie, et chez la plupart des malades ou observait du délire avec teiidaiice au suicide par submersion; deux mabules seulement sur quatorze présentèrent une éruption éry- Ibémateuse qui n’avait pas les caractères de l’éruption exantbémopétécbiale du typhus, plusieurs furent couverts de sudaniina, les symptômes abdominaux et tboraci(jues faisaient complètement défaut. — ■ Le nombre total des malailes s’éleva à :2I, sur les(piels y eut .') décès, 2 par suicide (submersion), 3 par les progrès naturels de la maladie. — Le délire subit avec tendance à la submersion a été observé souvent chez les marins dans les mers intertropicales, les accidents survenus à bord de la Gironde se rap|>rocbent de ceux (pii ont été décrits par quelques auteurs sous le nom de calenture; la chaleur a Joué très-probablement un rôle bien [dus considérable que les peaux entassées à fond de cale. Les malades de la Gironde n’avaientils pas éprouvé antérieurement îles atteintes de fièvre palustre? M. Jaccoud a négligé ce détail, qui est cependant d’un haut intérêt; en l’absence môme de tonte intoxication tellurique, on peut expliquer par des rémittentes climati([ues déveloj)[tées sous riullueucc seule de la chaleur cette prétendue épidémie typhique ; aucun cas de contagion ne fut observé sur les [lassagers, il est permis de croire qu’il n’en eiU pas été ainsi s’il se IVit agi du typhus exantbémati([ue. Les accidents cessèrent, il est vrai, quand on eut désinfecté les peaux (en admettant que ([uebpies injections d’ean pbéniquée puissent désinfecter la cargaison d’un transatlantique), mais à ce moment on arrivait sous des latitudes plus élevées, la chaleur était moindre.
Les faits avancés par M. le Jaccoud sont tout au moins discutables, et il ii’y a rien à conclure de cette petite é[)idéinie au point de vue de l’étiologie du typhus.
Aux armées, le typhus se montre surtout pendant les guerres de siège, soit sur les assiégés, soit sur les assiégeants, lorsque ceux-ci sont [dacés dans de mauvaises conditions hygiéniques et forcés do rester longtemps au milieu de campements qui s’infectent (armée de Cdiarles-Quint devant Metz, armée française devant Sébastopol); les hôpitaux, les ambulances, encombrés de malades et de blessés, voient d’abord naître la maladie qui mérite ainsi le nom de lièvre d’bôpital qu’on lui donnait autrefois; le typhus règne surtout en hiver, parce que dans cette saison le soldat se calfeutre dans, des baraques, dans des huttes mal aérées (taupinières de Crimée).
Le typhus sévit principalement sur les hommes affaiblis par les privations et les maladies; en Crimée, les scorbutiques et les diarrhéiques si nombreux lui payaient le plus lourd tribut; cependant en Algérie les Arabes faméliques jouissaient d’une espèce d’immunité
MAI^ADILS ET EPIDEMIES DES ADMEES.
(J. Périer); parmi les causes adjuvaiiles, il faiil citer encore les laligues, les l'erroidissemeiils, l’état de dépression morale (pi’on observe dans les armées vaincues ou soumises à de longues privations.
L’infection du sol a une action évidente sur le développement du ‘ lyi>bus : en Crimée, tous les régiments, toutes les ambulances n’avaient pas également à en soulfrir; Bandons cite l’exeiriple de deux régiments campés l’un à côté de l’autre, donirnn fut préservé presipie complètement, grâce aux mesures bygiénif|ues babilemeni ])rises, grâce suiToul à la propreté du campement, tandis que l’autre, pour des causes opposées, fut Irès-éprouvé. Cos deux régiments étaient arrivés en Crimée en même temps, or le premier comptait encore en avril 1850, ^2100 bommes à l’eriectif et l’état sanitaire y était trèssatisfaisant, tandis (jue le régiment voisin n’en comptait i)lus que l“2()0, presque tous faibles et malingres (1). Le l'ait suivant emprunté à M. Fauvel prouve bien l’importance des conditions locales ; « L’ambulance de la première division, placée dans des conditions insalubres, était ravagée par le typbus, trois des médecins et la plupart des infirmiers altacbés à cette ambulance avaient sncconibé, il fallut l’intorvenlion du général en chef pour obtenir qu’elle fut transportée sur un terrain plus convenable, et celle seule translation suffit pour éteindre la maladie (2). »
Transmissibilité. — liC typbus est une maladie transmissible; les faits d’importation par des individus venant de foyers infectés sont si nombreux qu’il ne saurait y avoir de doute à ce sujet, tous les auteurs admettent que le typbus est une maladie importable, ils ne diffèrent que par le rôle plus ou moins grand qu’ils font jouer à la contagion et à l’infection.
Dans les hôpitaux de fiévreux de Londres, il est de règle que les infirmiers, les médecins, les étudiants, ont à subir le typhus; lorsqu’un individu atteint de quelque maladie autre que le ly|dius est admis dans un service de liévreux à Dublin, il prend la lièvre dans l’espace de quinze jours, quebiuefois même plus tôt; ce résultat est encore plus certain, dit Graves (8), si l’arrivant a été placé immédiatement à côté d’nn typhique. En Irlande, dans une période de vingtcinq années, sur 1220 médecins altacbés aux établissements publics, .■)(i0 ont été atteints du typhus et 132 en sont morts (T).
[.orsqu’un typhique est admis dans une salle d’bôpilal qui n’en
(1) Une mission médicale en Crimée. (Rerue des den.c momies, 1857, l. Ml,
[>. 8yi-i)()t»j.
(2j Histoire méil. de la guerre d’ürient, p. Uk).
(3) Clinique, t. I, p. 131).
(T) Mincliisoii, cité par Gi-iesin^cr, Op. cil., p- 152
PHIÎS.
renfennait pas, ce sont les voisins du malade qui sont les premiers atteints, puis de lit en lit le typhus envahit toute la salle, et dès lors, la salle tout entière étant inlèctée, les nouveaux arrivants sont pris au hasard; c’est ce que F. Jacquot a observé en Crimée (hara([ues de Fondoukli. op. cil.,, p. 107).
En Crimée, le personnel hospitalier, médecins, aumôniers, sœurs de Charité, infirmiers, a subi des pertes considérables; le typhus d’Algérie ne s’est pas montré moins transmissible. « A Constantine, 3 religieuses sur ü ayant donné leurs soins aux typhiques, sont atteintes, alors que 13 autres employées à des fonctions diverses, dépense, cuisine, buanderie, restent indemnes; 57 infirmiers sur 126 employés aux typhiques sont atteints, et 12 meurent alors que 125 autres, étrangers à ces malades, ou qui n’avaient avec eux que des rapports éloignés, donnent un seul cas suivi de guérison; 4 médecins sur 14 plus spécialement chargés des typhiques sont atteints, et 2 succombent alors que 31 autres restent préservés (1). »
On peut soutenir que les hôpitaux sont des foyers d’infection, et que les exemples précédents ne relèvent pas de la contagion; distinction assez subtile, mais qui a sa raison d’être, car il est important de savoir quel rôle joue le malade lui-même et quel rôle le milieu, dans la propagation d’une maladie transmissible, les mesures prophylactiques <à prendre étant différentes suivant les cas. Les faits de typhus transporté loin de ses foyers par des individus malades permettent d’étudier la contagion proprement dite. Dans ces conditions, on observe que la transmissibilité va en s’alfaiblissant, c’est ce qui est arrivé au retour de Crimée : le typhus a été importé, comme nous l’avons dit, dans plusieurs hôpitaux, notamment au Val-de-GiAce; il a donné lieu à quelques cas intérieurs, cinq sœurs de Charité ont été atteintes au Val-de-Grâce et, l’une d’elles a succombé, mais la maladie n’a pris nulle part une grande extension.
Le typhus est certainement, comme la fièvre jaune, une maladie beaucoup plus infectieuse que contagieuse, un grand nombre de faits l’attestent; en Crimée, les officiers ont très-peu souffert du typhus, tandis que les médecins militaires, les aumôniers, les sœurs, les infirmiers en étaient plus que décimés. Sur un effectif moyen de 450 médecins, il en est mort 58 du typhus, les pertes ont porté surtout sur le personnel des ambulances et des hôpitaux, où elles se sont élevées au quart de l’effectif, tandis que les médecins des corps de troupes vivant en dehors des foyers d’infection ont été beaucoup moins éprouvés; M. le D' Chenu donne les chiffres suivants :
(1) Vital, Mém. cité (Recueil méin. méil. militaire, février 1869, p. 93).
A. I..XVERAN. 18
Mortalité par le typhus en Crimée :
ülTiciers de tous grades et de toutes armes 0^47 pour 100.
Médecins 12,88 pour 100.
A Constantinople, malgré l’existence de nombreux hôpitaux encom- ■ brés (le typliiques (à un moment donné il y en avait plus de vingt), le typhus ne se répandit pas dans la population (F. Jacquot, Fauvel).
Dans les hôpitaux, le typhus est d’autant pins contagieux que les malades sont pins nomhretix dans les salles, que l’aération se fait pins mal. ün peut visiter sans grand danger les typhiques, pourvu que les visites soient courtes : « Rarement, dit Criesinger, un simple séjour de courte durée anpia’îs du malade est contagieux; généralement la maladie ne se transmet qu’à la suite de rapports plus prolongés; les intirmiers dans les hôpitaux de Londres sont souventatteintsqiiand ils ont passé cinq ou six semaines auprès des malades. » {Op. cil. y p. 15i.)
Des vêtements ayant appartenu aux typhiques peuvent servir à la transmission de la maladie; à Wilna(I81d), les juifs qui achetaient à vil prix les uniformes des soldats fr.ânçais morts du typhus succombèrent en grand nombre (l). Enfin, des individus malades, couverts de crasse et de vermine, comme les Arabes en 1868, peuvent transmettre le typhus sans en être atteints eux-mêmes; cela prouve bien que le typhus ne saurait être comparé aux maladies qui ne se propagent que par contagion, comme la variole, la rougeole, la scarlatine, etc.
On a beaucoup parlé, à propos du typhus, d’infiuences de race, et d’après quelques auteurs le typhus ne pourrait pas s’acclimater chez les peuples de race latine. On a vu, en Crimée et en Algérie, que les races latines étaient malheureusement aussi aptes que les autres à contracter le typhus; en France même le typhus a régné plus d’une fois, sans parler des petites épidémies de bagnes et de prisons; le typhus de 1815 a pris une grande extension, parlicidièrement dans le pays messin. Le typhus, il est vrai, ne s’est pas établi à demeure en France, comme il a fait en Irlande, en Silésie et en Pologne; mais si t’on veut comparer l’état dans le([uel vivent les populations misérables de ces pays avec celui des populations de nos campagnes, personne ne s’étonnera de cette dilTérence ; le climat doux et tempéré de la France, l’aisance relative des [)opulations, sont des causes d’exclusion du typhus bien plus puissantes que les innncnces mystérieuses de races. Le typhus s’est montré plus d’une fois en Bretagne, parce
Il O/aiiam, o/). cit., t. III, p. 201.
TVI'IIUS.
que les Bretons, par leur malpropreté et leur mépris des règles les plus élémentaires de l’hygiène, se rapprochent des Irlandais, des Polonais,des Kabyles ; ce n’est pas une affaire de race, c’est une affaire de propreté.
Pouvous-nous aller plus loin dans la connaissance des causes du typhus? Quelques auteurs l’ont essayé. Ilallier croit avoir découvert dans le sang des typhiques un micrococcus qui serait le ferment spécial, la levure du typhus; Hallier prétend même que ce champignon se cultive facilement sur des fruits et des végétaux en putréfaction. Bolkin se rallie à. cette théorie, tout en admettant la génération spontanée du typhus (1); ce sont là deux opinions peu conciliables, à moins pourtant qu’on n’admette la génération spontanée des champignons, des ferments. Qu’il se développe dans le sang des typhiques des bactéries et des bactéridies, sous rinfluence des altérations des humeurs auxquelles on donnait autrefois le nom de putridité, passe encore, cela se voit pour la fièvre typhoïde, pour la variole, etc.; mais que le typhus soit le produit d’un miasme animé végétal ou animal, micrococcus ou vibrion, rien n’est moins prouvé. Il est bien plus probable que le typhus est dû à un poison d’origine organique analogue à celui de l’infection purulente, de la fièvre puerpérale; comme le typhus, ces dernières maladies naissent derencombroment et se propagent ensuite par contagion ou infection; ce n’est pas sans (luelque raison qu’on a donné à l’infeclion purulente le nom de typhus des blessés; la chimie organique est bien loin d’avoir dit son dernier mot, et il est permis de croire (pi’clle nous fournira un jour de précieux renseignements sur la viciation de l’air par des miasmes de nature animale et en particulier par le miasme humain.
Incubation. — Dans les foyers d’infection créés par le typhus on est mal placé pour étudier la durée de l’incubation, aussi les auteursqni ont observé dans ces conditions ne sont-ils pas d’accord. En Crimée, les médecins de la flotte ont pu étudier maintes fois ce point spécial de l’histoire du typhus : dos vaisseaux indemnes jusquelà recevaient des typhiques à leur bord et dix à quinze jours après rembarquement le typhus se déclarait sur l’équipage. Voici, d’après M. Arnoiid, la durée de l’incubation à bord de quehjues navires français (2) :
Lu Fieu rua 9 jours. Le Vauhan 1.3 jwirs.
Le 5aî!(i 9 — L'Algérie 11 —
(1) Botkin, De la fièvre. Tracliicl. du docteur A. Georges, 1872. |2) F. Jacquot, op. cil., p. 119.
On peut admettre 12 jours en moyenne (maximum 15 jours, Graves, Arnoucl-, minimum 9 jours).
D’après quelques auteurs, la durée de rincubation pourrait être beaucoup plus longue; lorsqu’un régiment, comme le 50° de ligne, débarque avec le typhus, tous les hommes ne sont pas frappés en même temps, quebiues-uns peuvent l’être seulement un ou deux mois après le débarquement; est-ce à dire que chez ces derniers la durée de l’incubation a été de 30 à 60 jours? Non certes. Les hommes sont pris successivement et transmettent la maladie à leurs camarades restés jusque-là indemnes, chaque nouveau cas ravive l’incendie et le prolonge. N’est-ce pas ce qu’on observe dans un troupeau de moulons frappé par la clavelée? Tous les moulons ne sont pas atteints le même jour et la maladie sévit sur le troupeau pendant plusieurs mois; on ne [)cul pas admettre que les derniers animaux frappés ont reçu le virus claveleux en même temps que les premiers, et que rincubation a été chez eux cim| ou six fois plus longue; dans le régiment atteint de typhus comme dans le troupeau ravagé par la clavelée, il y a une succession de contagions qui explique très-bien la marche lente de l’épidémie.
Marche de la maladie. Durée. — Le typhus régulier a une durée moyenne de IT jours (Hildcnbrand, Godelier, Botkin,elc.); Jenner donne comme durée du typhus 14à2l jours; F. Jacquot, lOà 11 jours.
Hildenbrand distinguait huit périodes ou stades dans la marche de la maladie; c’est là une complication inutile; la plupart des observateurs sont d’accord pour distinguer deux périodes de durée à peu près égale :
Première période dite de réaction correspondant au premier septénaire.
Seconde période dite nerveuse, correspondant au deuxième septénaire.
La maladie peut débuter brusquement par un frisson, d’autres fois il y a des prodromes : lassitude physique et morale, céphalalgie, vertiges, injection des conjonctives, état saburral de la langue, frissons répétés qui peuvent durer trois à cinq jours.
L’amélioration survient subitement du quatorzième au di.x-huitième jour.
A côté de ces cas réguliers, il y en a de très-légers, comparables à la fièvre typhoïde ahorlive, parfois même le miasme typhique n’engendre que des troubles passagers (typhisation à petite dose, F. Jacquot); il y en a aussi de très-graves, les symptômes nerveux se produisent alors dès le début, et il n’e.st plus possible de distinguer les deux périodes indiquées plus haut.
TYl'llL'S.
Symptomatologie. Syniiilômes généraux, fièvre, éruption. — La fièvre présente un caractère typique très-prononcé et différent de celui qu’elle a dans la fièvre typhoïde (Wunderlich) ; la température s’élève plus rapidement, dès le premier soir elle alleint d’ordinaire 40“ cà ; pendant la période d’état (fastigium, Wunderlich), la marche de la température est à peu près la même dans les deux maladies, cependant les maxima thermiques quotidiens sont plus élevés dans le typhus, il y a moins de tendance aux rémissions. Dans la majorité des cas la défervescence est précédée d’une perturbation critique, elle est rapide, la température peut tomber en une seule nuit de 40“ à la normale pour ne plus remonter. D’après Dotkin (op. cit.), la température commence à baisser, dans 1e plus grand nombre des cas, au onzième jour, et vers le quatorzième jour la défervescence est complète. Comme dans ta fièvre typhoïde, le chiffre des pulsations n’est pas toujours en rapport avec l’élévation de la température.
L’élévation de la température du corps s’accompagne du cortège habituel de symptômes qui constituent l’état fébrile : céphalalgie, soif vive, anorexie, prostration, fatigue, etc.
L’éruption apparaît vers le cinquième ou sixième jour, elle n’a pas le caractère critique de l’éruption dans la variole; le plus souvent elle est caractérisée par un e.xanthème analogue à celui de la rougeole, cette comparaison a été faite par un grand nombre d’auteurs. Lors de l’épidémie de Silésie, on confondait au début le typhus avec la rougeole, tant l’éruption ressemblait à l’exantbèrae rubéolique; l’éruption du typhus, dit M. Godelier, ressemble beaucoup plus à celle de la rougeole qu’aux taches rosées lenticulaires de la fièvre typhoïde {loc. cil.); la principale différence entre les deux éruptions, dit Dotkin, consiste dans la différence de siège, l’éruption du typhus occupant très-rarement la face, tandis que celle de la rougeole se produit à la face aussi bien qu’au tronc et sur les membres.
Les deux éruptions diffèrent encore par un autre côte : l’éruption de la rougeole est purement exanthémateuse, elle disparaît complètement sous la pression du doigt, tandis qu’au-dessous de l’exanthème typhique il y a souvent dès taches plus foncées, plus profondes, ne disparaissant pas par la pression, quelquefois même de véritables pétéchies (éruption exanthémo-péléchiale de Hildenbrand, taches muricolores de Jenner, exanthème tacheté de rouge de F. Jacquot). Jenner décrit une troisième forme de taches accompagnant assez souvent les précédentes, taches pâles, apparaissant indistinctement, comme si elles étaient situées sous l’épiderme : éruption sous-cuticulaire (Jenner), taches ombrées de quelques auteurs; on peut les ren-
contrer clans bon nombre d’aulres maladies aiguës (pneumonie, fièvre typhoïde, etc.).
L’éruption est généralement très-abondante au tronc et aux extrémités, mais parfois aussi elle est très-discrète et peut même manciuer complètement.
Deux ou trois jours après leur apparition les taches pâlissent, elles ne disparaissent plus par la pression, leur coloration est souvent plus marc]uée à la partie postérieure du corps (bypostase). L’éruption est suivie, comme dans la rougeole, d’une descjuamation furfuracée.
A la face il n’y a pas d’éruption, mais, dès le début de la maladie, on observe une injection vive des conjonctives si constante, que ce symptôme en apparence très-secondaire a une importance réelle au point de vue du diagnostic.
SuDiplüiiies fournis pur le système nerveux. — Pendant la première [tériode on observe une céphalalgie très-intense, de la prostration, moins pourtant que dans la fièvre typhoïde, de l’insomnie, <pielquefois du délire, mais c’est surtout dans la deuxième période que les symptômes nerveux deviennent prédominants, d’où le nom de période nerveuse. Le délire est violent et l’on a de la peine à maintenir les malades dans leur lit, ou bien la stupeur domine et le délire est calme et tranquille. Tous les auteurs insistent sur les caractères particuliers de ce délire, plusieurs le comparent au délire alcoolique, à l’ébriété. Les idées délirantes ont souvent un caractère suivi. Pendant l’épidémie de Wilna (1813), le délire représentait aux malades toutes les scènes de la retraite de Russie ; « les cosaques poursuivant l’armée, l’incendie des villages et des villes, le passage de la Bérésina, il semblait aux malades qu’ils étaient partagés en une multitude d’individus ou entourés d’autres personnages sans cesse attachés à eux, et qui paraissaient être chargés de satisfaire à leurs besoins de manière que les malades ne croyaient pas s’en acquitter euxmêmes » (1).
« IJnde mes malades, écrit F. Jacquot, chantait vêpres pendant des heures entières; le même a fait un sermon d’une heure que la sœur a trouvé assez bon et passablement suivi; plusieurs commandaient la troupe ou combattaient les Russes; un jeune soldat auquel j’avais appris à tenir mes cahiers, faute d aille, prescrivait 1 alimentation et formulait des médicaments ; l’infirmier qui me présentait les fers rouges quand je pratiquais la cautérisation transcurrentedans la troisième période du typhus croyait toujours qu il subissait 1 operation et s’en plaignait ou s’en fâchait. Mon ami le docteur M..., que j’ai soigné
(I) Ozanain, op. cit., t. 111, p. 201.
TYPHUS
tiu typhus avec M. Paslureau et qui a échappé à la mort, s’cst occupé pciulaut quatre jours de délire calme à rérormer l’assistance publi(iue dans la ville de Vienne en Autriche; deux jours il a été dans des transes mortelles, ne connaissant pas le premier mot des inslilutions de cette ville; puis, ayant rencontré deux étudiants eu médecine allemands de vingtième année qui l’ont initié, il a travaille nuit et jour avec eux à la réforme. Le docteur Krauss et un autre médecin militaire, qui tous deux ont guéri comme le docteur M...,se croyaient dédoublés en deux personnes dont ruiie bien portante s’apitoyait sur le sort de l’autre bien malade. Ce phénomène les fatiguait beaucoup; c’était une véritable hallucination; ils raisonnaient d’ailleurs avec justesse. J’ai observé deux cas d’hydrophobie assez persistante chez des individus qui raisonnaient bien du reste; c’était une forme de délire monomaniaque. Le docteur S... était d’une gaieté folle; quand on l’interpellait, il sortait en souriant d’un rêve enchanteur pour débiter toutes sortes de gaietés ; il voulait obstinément coucher avec le moulin à café de la sœur, bizarrerie à laquelle il revenait avec prédilection. Le docteur C... a eu quelque temps la monomanie ambitieuse; il se figurait être roi d’Espagne et évêque de Lyon. La gaieté ou l’indifférence m’ont paru plus fréquentes que la tristesse dans le délire typhique. Je ne me souviens que de quatre ou cinq cas au plus de monomanie triste chez nos typhiques. La moiiomanie suicide qui a régné sur le Magellan n’était pas triste : quelques typhisés, me disait le baron Darricau , commandant de la marine cà Constantinople, croyaient faire une niche à leurs gardiens en se tuant pour tromper leur vigilance. (1) »
Au dixième ou onzième jour, l’état typhoïde se prononce de plus en plus; si la maladie doit se terminer par la mort, le typhique tombe dans le coma; si au contraire par la guérison, l’amélioration a lieu souvent d’une manière subite : du treizième au seizième jour, le malade est pris d’un sommeil profond et tranquille, il se réveille presque guéri.
Les sginplàines abdominaux et Ihoraciriues, si importants dans la fièvre typhoïde, n’ont qu’une place bien effacée dans la symptomatologie du typhus. La langue d’abord blanche et saburrale se sèche quand l’état typhoïde se prononce, la constipation est la règle, on no trouve ni douleur ni gargouillement à la pression dans la fosse iliaque droite; la rate est souvent augmentée de volume.
La bronchite est moins constante, la tendance à l’hypostase pulmonaire moins marquée que dans la fièvre typhoïde.
ft) F .lacqiiot, op. cit., p. 189-191.
Anatomie pathologique. — C’est un fait négatif qui caractérise l’anatomie pathologique du typhus :on ne trouve pas dans l’intestin des typhiques les altérations des plaques de Peyer si constantes dans la fièvre typhoïde (Jenner, Murchison, Griesinger, Jacquot, Godelier, Vital, Périer, etc., etc.). La tuméfaction de larateetle ramollissement du tissu musculaire du cœur sont les deux lésions anatomiques les plus souvent notées.
La décoloration et la mollesse du cœur ont été signalées par Jenner, Slükes, Godelier, Périer, Vital, et il est probable que les fibres du cœur sont dégénérées, ainsi que cela s’observe parfois dans la fièvre typhoïde, dans la variole et dans les fièvres pernicieuses.
M. J. Périer (op. cil.) a insisté sur la fréquence des altérations du système nerveïix, mais cela se borne le plus souvent à une injection vive des méninges, à un piqueté plus ou moins abondant de la substance cérébrale, lésions banales auxquelles on ne saurait attribuer un rôle important; quant aux altérations plus profondes, elles sont trèsinconstantes et ne peuvent figurer qu’au chapitre des accidents.
Diagnostic. — Généralement il est facilité par l’épidémicité, mais en dehors môme de cette circonstance le typhus n’est pas difficile à reconnaître, des médecins qui ne l’avaient jamais vu n’ont pas hésité dans leur diagnostic quand, pour la première fois, ils se sont trouvés eu face d’un typhique (J. Périer, iném. cit.).Les caractères de la fièvre, l’injection de la face et des conjonctives, l’éruption exanthémateuse ou exanthémo-pétéchiale, l’absence de symptômes abdominaux, sont autant de signes distinctifs qui induiront rarement le médecin en erreur.
C’est surtout avec la fièvre typhoïde qu’on peut confondre le typhus; nous avons insisté déjà sur les différences étiologiques qui existent entre ces deux maladies, la symptomatologie et ranatomic pathologique les séparent tout aussi nettement. La durée moyenne est différente, la fièvre dure deux septénaires dans le typlius, trois septénaires ou plus dans la fièvre typhoïde, mais cela n’est vrai que d’une façon générale, la durée de la fièvre ne peut pas servir de base au diagnostic différentiel, il y a des fièvres typhoïdes de quatorze jours et des typhus de vingt et un. Le thermomètre montre que la marche de la température dans les deux maladies est régulière, typique, niais que l’ascension et la défervescence ne se font pas de la même manière; de plus, on n’observe pas dans le typhus le stade amphibole qui précède souvent la défervescence de la fièvre typhoïde. La différence des éruptions est encore plus caractéristique : 1 exanthème du typhus ressemble plus à l’éruption de la rougeole qu’aux taches rosées lenticulaires de la fièvre typhoïde; le délire présente
TYPHUS
I dans le typhus des caractères particuliers; les symptômes abdominaux I et thoraciques font presque complètement défaut.
I Les différences symptomatiques sont si iielles que les partisans de l’identité sont forcés eux-mêmes de reconnaître qu’il y a là deux espèces morbides; seulement, pour eux, ce sont deux espèces du même genre, du genre typhus, capables de s’engendrer réciprocpieinent et relevant de la même cause. Dans celte hypollièse, le typlius et la fièvre typhoïde, qui récidivent très-rarement sur le même sujet, devraient donner l’immunité l’un pour l’autre, or il n’eu est rien : BaiTlett, Griesinger, Godelier, citent des exemples d’individus qui ont été successivement atteints de fièvre typhoïde et de typhus.
Lorsque dans une épidémie typhoïde le diagnostic est douteux, il faut ouvrir les cadavres des premiers individus qui succombent; s’il ii’y a pas d’ulcérations des plaques de l’eyer, on peut conclure hardiment au typhus ; le diagnostic est écrit dans l’intestin des malades (1). Magnus Iliiss lui-même dit qu’il est tout à fait exceptionnel de trouver des altérations intestinales chez les individus morts du ty[)hus (2), aveu précieux sous la plume d’un des principaux champions de l’identité.
Pronostic. Mortalité. — Lorsque le typhus règne sur des individus affaiblis comme l’étaient nos soldats en Crimée, dans des hôpitaux encombrés où l’infection s’accroît par sa durée même, crescit enndo, comme dans les hôpitaux de Constantinople, la mortalité est très-considérable; en Crimée elle a été de 50 pour 100, de 1 sur 2; c’est surtout en compliquant d’autres affections que le typhus a causé de grandes pertes à l’armée d’Orient, beaucoup de scorbutiques, de diarrhéi(iues, de dysentéricjues, étaient enlevés par le typhus, qui dans ces cas ne pardonnait presque jamais. D’après Graves, la mortalité était presque aussi considérable sur les malheureux émigrants irlandais qui en 1847 s’entassaient sur des vaisseaux mal aménagés et émigraient en Amérique. Au contraire, lorsque le typhus donne lieu à de petites épidémies en dehors des foyers d’infection, lorsque les malades sont placés dans des salles vastes et bien aérées, la mortalité est faible; au Val-de-Grâce, en 1865, elle n’a été que de 14 pour 100. Griesinger, en comparant les chiffres fournis par différents auteurs, a trouvé que la mortalité moyenne était de 15 à 20 pour 100, c’est-àdire à peu près égale à celle de la fièvre typhoïde.
Prophylaxie. Traitement. — Nous avons vu combien était grande t’influence du milieu sur le développement et la propagation des
(1) Cité par .Ifinner, op. cit., p. 233.
(2) M. Huss, op. cit., p. 21.
épidémies de lyplius; le typluis est une des maladies qui relèveiil le plus direclemeiil de 1 liygiètie et sur lesquelles la prophylaxie a le plus de prise. Si le typhus était simplement une maladie contagieuse, comme les fievres éruptives, on ne comprendrait pas la toute-puissance de l’hygiène pour empêcher l’éclosion des épidémies et, conséquence déploiahle de cette doctrine, on serait amené à négliger les mesures prophylactiques les plus capables d’éloigner le ty|»hus pour ne s’occuper que de la contagion. Nous avons démontré (|ue le typhus pouvait se développer de toutes pièces dans des circonstances données, ce sont ces conditions lavorahles à la genèse et à la propagation des épidémies typhiques qu’il faut prévenir dans les armées. L’hygiène générale des camps sera surveillée avec un soin minulieux, les fosses servant de latrines seront établies à une distance suffisante, les cadavres d hommes et d’animaux transportés loin du camp et enterrés à une profondeur suffisante; on ne laissera pas les hommes s’entasser comme en Crimée dans des taupinières infectes, on les exercera autant que possible à l’air libre, et on veillera avec soin à l’aération des baraques ou des tentes. La sollicitude intelligente des cbefs de corps peut beaucoup contre le typhus et contre le scorbut. Qu’on se rappelle l’bistoire de ces deux régiments qui, camj>és en Ci'imée côte h côte, arrivés en môme temps, furent si inégalement frappés par le typhus (Baudens, loc. cil.)-, l’un des campements avait été tenu avec une propreté minutieuse, c’était là tout le secret de l’immunité des Iroupes qui l’occupaient. La compagnie des fuséens(l2“ d’artillerie, 4® batterie) a joui aussi en Crimée d’une immunité presque absolue pour le typbus, grâce aux excellentes mesures prises par le commandant L. Jacquot; les tentes étaient espacées et la plus stricte propreté régnait partout, les rues avaient été empierrées, chaque lente était munie d’une sorte de lit de camp et d’une cheminée dans laquelle briilait continuellement du feu; les hommes se livraient à de nombreux exercices au dehors, ralimenlation était l’objet d’une sollicitude toute particulière. Pendant tout le rude hiver de 1855 à 1850, celle batterie n’envoya à l’ambulance que cinq cas de typhus (1). D’autres corps (5® chasseurs à pied, 20® de ligne) parvinrent également à se préserver du typhus.
Malgré tous les soins de propreté, les camps finissent par s’infecter; il faut autant (pie possible les déplacer de temps à autre, les transporter dans des endroits bien choisis, élevés, secs, non boisés et bien aérés. Si les nécessités de la guerre ne permettent pas un grand déplacement, on fera abattre de temps en temps les tentes et les bâ-
ti) E. Jacquot, op. cil., p. 283.
TYPHUS
raques, et après avoir aéré ou désinfecté les matériaux qui les composent, on les rétablira à une petite distance de l’emplacement qu’elles occupaient.
Il faut se mettre en garde aussi contre la contagion ; si le typhus règne dans l’armée ennemie, on évitera de faire séjourner des troupes sur les mômes emplacements que l’ennemi; avant d’occuper les casernes et les hôpitaux de Metz, en 1870, les Prussiens eurent grand soin de s’assurer que le typhus ne régnait pas parmi nous; les prisonniers malades ou blessés seront rigoureusement isolés.
Le typhus une fois déclaré dans une armée, il faut isoler les typhiques; mais il n’est pas nécessaire de les transporter aune très-grande distance, d’a\itant que ce transport dans les conditions où il se fait en temps de guerre, est extrêmement pénible pour les malades ; en Crimée, les évacuations, qui se faisaient par mer, ont coûté la vie a bien des malheureux typhiques. Les évacuations au loin par chemin de fer pourraient seules donner de bons résultats. Les typhiques seront soignés dans des hôpitaux spéciaux, et non mêlés aux blessés et aux autres malades, on évitera ainsi les cas intérieurs si nombreux dans les hôpitaux infectés; pendant le seul mois de février, dit M. Fauvel, il y eut 1235 cas intérieurs dans les hôpitaux de Constantinople! le nombre total des typhiques dans ces hôpitaux était de 2848, les cas intérieurs en avaient fourni presque la moitié!
Un personnel hospitalier sera affecté spécialement au soin des typhiques, on choisira autant que possible pour infirmiers des hommes ayant eu le typhus.
Dans ces hôpitaux spéciaux, s’ils sont bien tenus, s il n y a pas encombrement, l’infection ne sera pas plus considérable que dans les hôpitaux anglais et irlandais réservés aux fiévreux, on aura grand soin d’espacer les lits et d’aérer convenablement les salles; Bateman, à Londres, a pu écarter presque complètement la contagion dans son service par une ventilation complète et une propreté scrupuleuse (1), Pringle avait remarqué que le typhus était moins grave dans les salles où, faute de carreaux, l’air circulait librement; la même observation a été faite en Crimée.
Si l’on dispose de bâtiments convenables, suflisamment étendus et bien aménagés pour recevoir des malades, on peut se dispenseï d élever des hôpitaux baraqués, qui s’infectent tout aussi bien que les constructions plus solides; une salle grande et bien aérée, dans laquelle se trouvent peu de lits, vaut toutes les tentes et toutes les haia(pies pour le traitement des typhiques.
(1) Griesinj'er, op. cit., p. IM.
ha dissémination des troupes sur lesquelles règne le typhus oflre pour ces troupes de grands avantages, mais elle est assez dangereuse pour les populations au milieu desquelles elle se fait. Si, en 1856, le typhus ne s’est pas répandu en France, il n’en a pas été de même en 1814. Il faut donc prendre des précautions, faire camper les régiments atteints loin des villes, jusqu’à ce qu’ils ne fournissent plus de typhi(|ues, les hommes seront baignés et recevront des uniformes neufs, comme cela a été prescrit lors du retour de Crimée; les typhiques seront envoyés aux hôpitaux ou aux ambulances et isolés avec soin, le personnel hospitalier est surtout exposé dans ces cas.
Lorsque la famine éclate dans une contrée, il faut s’efforcer d’éviter 1 encombrement dans les villes, isoler les faméliques, et se rappelei’ que ces hommes peuvent donner le typhus sans l’avoir eux-mêmes; les vêtements provenant de ces individus ainsi que ceux des typhiques seront désinfectés ou brûlés.
Il n est pas plus possible de faire avorter le typhus que la fièvre typhoïde, et comme dans cette dernière maladie le traitement ne peut être que symptomatique, Botkin (op. cil.) préconise l’emploi des bains froids, suivant la méthode de Ziemscn ou de Brand ; les réflexions que nous avons faites sur cette médication dans la fièvre typhoïde s’appliquent au typhus; si le traitement par les bains froids est d’une application difficile dans nos hôpitaux, en temps de paix, à bien plus forte raison le sera-t-il dans les conditions où se développe le typhus dans les armées, c’est-à-dire en campagne et sous la forme épidémique.
On peut employer comme antipyrétique le sulfate de quinine, qui réussit surtout lorsque le typhus règne dans des pays palustres et se complique de fièvres rémittentes ou intermittentes ; en Crimée, le sulfate de quinine, dit Baudens (1), a donné de bons résultats chez les malades qui appartenaient aux corps campés sur les bords de la Tchernaïa.
Au début, les évacuants (vomitif ou purgatif) sont souvent indiqués; comme l’intestin n’est pas malade, on peut insister sans crainte sur les purgatifs. Les saignées générales sont condamnées par tous les auteurs.
Au quinquina sous forme d’extrait on peut joindre à la deuxième période l’acétate d’ammoniaque ou le camphre; les révulsifs, sinapismes, vésicatoires, sont souvent utiles. A la dernière période, comme moyen héroïque, on a employé à Constantinople, et quelquefois avec succès la cautérisation transcurrente sur les parties latérales de
(I) Voir los belles leçon.« de Graves sur le traitement du tiiphiis fever {Clinique, t. I).
TYPHUS
la colonne vertébrale (F. Jacquot). Dans le délire violent, Graves prescrivait l’opium uni à de petites doses d’émétique (1).
On alimentera les malades comme dans la fièvre typhoïde et on surveillera avec le même soin leur hygiène.
(1) Voir les l)clles leçons cliniques de Graves sur le Irailemenl du lindtus fever, op. cil., t. r, p. Uo-224.