IG
Wuiidcrlicli, Hirlz), le .sulfate de ({uiiune, les bains froids (Liebcrnieisler, Braïul), l’alcool (Todd), enfin on a combiné ces dilTércnles méthodes de cent façons dilférenles.
Dans CCS derniers temps les bains froids ont été fort en honneur, et les médecins de Lyon en particulier en ont fait une très-large application lors de répidémic do 1874. Voici le traitement formulé par idebermeister : dès qu’uu malade marque 39° à l’aisselle, on donne un bain à 'âS® qu’on refroidit graduellement à 10°, le malade y reste (li.\ à vingt minutes; dès que la température remonte, on donne un deuxième bain, les malades peuvent prendre ainsi do'uze bains par jour et jusqu’à deux cents bains dans le cours'd’une fièvre typhoïde (1). Outre les hains froids que l’on donne chaque fois que la température dépasse 39°, Drand (2) préconise l’application de compresses froides de (juart d’heure en quart d’heure sur la tête, le thorax ou l’abdomen, suivant que la maladie paraît se localiser dans l’une ou l’autre de ces cavités splanchniques. Itien n’est plus diflicile que de produire un refroidissement continuel à l’aide de cette méthode primitive; à peine appliquées sur la peau bridante du fébricitant, les compresses s’échauffent, l’eau s’évapore et entoure le malade d’un nuage de vapeur d’eau; comment obtenir que jour et nuit les compresses soient changées de quart d’heure en quart d’heure?
Donner dix à douze bains par jour à un malade ipi’il faut porter dans son bain, surveiller avec soin pendant et après l’wpéralion, n’est pas chose aussi facile à faire qu’à dire; ajoutons à cela qu’il faut prendre la température des malades au moins dix à douze fois par jour, et l’on verra que cette médication présente des difficultés jiratiques avec lesquelles il faut compter. A la rigueur tout cela est possible quand on n’a qu’un ou deux malades, mais quand on en a linil, dix ou davantage dans le même service', ainsi qu’il arrive souvent? A l’hôpital de Bàle, où Liebermeister appliquait le traitement par les bains, il y avait une installation spéciale ; chaque salle de six malades était pourvue d’une piscine et desservie par deux infirmiers (3), peu d’hôpitaux en Europe sont installés sur ce pied-là. S’il était démontré que la méthode de Brand est supérieure à toutes les autres, il ne faudrait certainement pas se laisser arrêter par des difficultés d’exécution, il faudrait s’cfTorcer d’aplanir ces obstacles et de rendre cette méthode applicable à nos hôpitaux militaires. Brand prétend avoir sauvé tous les typhoïdes dans sa pratiiiuc civile, ;207 cas sans
(I) Arch. f. klin. med., 1808.
d) Die hydrothérapie der typhus. Stoltin, 1803.
(3) ItiiTz, art. Fièvre, Nouveau üicl. de méd. el de chlr.
FIÈVRE typhoïde.
im seul décès! J’avoue que celte statistique ne m’inspire qu une médiocre coufiance : Brand veut ([u’on emploie les bains froids dès les premiers jours de la maladie, c’est-à-dire quand la fièvre n est pas encore bien dessinée, et il prétend faire disparaître tous les sjmptùmes et jusqu’aux tacbes rosées! C’est bien le cas de dire que qui veut trop prouver... 11 est probable que Brand a traité surtout des embarras gastriques ou des fébricules typboides; il est, du reste, le seul qiii ait obtenu d’aussi étourdissants résultats (1). MM. Mayet et Weil, qui ont appliqué à Lyon la méthode de Brand dans un grand nombre de cas, ont perdu lü.dô pour 100 de leurs malades. Contrairement à l’opinion de Brand, M.M. Mayet et Weil ont vu la bronchite, reugouement pulmonaire et la pneumonie s’aggraver toujours sous l’influence du traitement par l’eau froide, et dans les conclusions de leur travail ils notent les complications thoraciques parmi les principales contre-indications des bains froids (2). Ainsi le résultat u est pas certain, et que d’efl'orts, que de difficultés pour l’obtenir! Lamétliode de Brand doit être rejetée, croyons-nous, en tant que méthode générale, et réservée pour quelques cas particuliers dans lesiiucls son efficacité est très-bien démontrée ; formes ataxiques qui s’accompagnent d’un délire violent, d’une agitation incessante.
Le traitement s\iivant, qui est à très-peu près celui formulé par M. Jaccoud (3), nous a paru donner d’excellents résultats; le jour de l’entrée des malades, un à deux verres d’eau de Sedlitz, diète, limonade tartricpie pour boisson; dès le lendemain, bouillon matin et soir, limonade tartrique vineuse, potion avec extrait de (|uiuquina 4 grammes. Lors({ue la température se maintient au-dessus de 39“, lotions fraîches sur tout le corps deux ou trois fois par jour; généralement la fièvre diminue, les défervescences matinales s’accentuent, sinon ou peut avoir recours au sullate de quinine.
Bans scs belles leçons sur le tijphus fever, Graves consacre plusieurs pages à la question des gardes-malades, et il va jusqu à conseiller à ses élèves de ne pas se charger du traitement d’un typhique quand la famille ne veut pas avoir recours à des gardes habituées au soin de ces malades (4); ce que Graves dit du typhus s applique encore mieux à la fièvre typhoïde, les soins hygiéniques ont la plus haute iiuportance, et jamais le médecin ne doit craindre de descendre
(1) A Lyon, M. Glcnanl dit avoir sauvé tous ses malades, 52 guérisons sur 52 cas! Voir f)e la raleui' des bains froids dans le Irailetncnl de la fièvre tijphoide, \iar le D'" Libermanii, in Hec. mém. méd. militaire, 1874.
(2) Gazelle hebdomadaire, 18 septembre 18/ i.
(3) Traité de palhol. inl., t. H, p. 780.
(4) Clinique, t. I, p. 148.
[MALADIIvS et Ël'IDÉMIES DES AÜMÉES.
;i ce sujet clans des détails trop niiiuilieux : le malade aura deux lits ;t sa disposiUün, il sera placé dans une salle bien aérée; on veillera ■Tcecpi’il ne repose pas toujours sur le dos, afin d’éviter l’iiypostase et les eschares; la houclie sera fréf|ueminciit lavée avec un gar^risme acidulé, on lcra boire souvent le malade, etc. ^ ^
bes complications créent de nouvelles indications : contre le météorisme abdominal, les lavements avec infusion de camomille ou essence de terébentbine (il ne faut pas abuser des lavements tièdes, non ])liis (pie des cataplasmes ou des fomentations émollientes sur le ventre, tous moyens ipii favorisent le météorisme, loin de rempôcber)contre la bronebite et l’Iiypostase, les ventouses siîcbes eu grand nombre; contre les entérorrbagies, la glace intuset extra, la ratanliia ou le porclilornre de fer à rintérienr; les lavements sont ici de nulle utilité, puiscpie les lésions siègent an-dessus de la valvule iléocæcale, etc., etc.
DE LA FIÈVliE TYPHOÏDE EX ALC.ÉRIE
Dans les premières années de l’occupation de l’Algérie, la fièvre t\pboïdc |)araît avoir été assez rare parmi nos soldats si fortement éprouvés par les fièvres palustres; c’est là un des principaux faits qui servirent de base à la théorie de l’antagonisme. Cependant, dès 1810, mon père observait à Alger 48 cas de tièvre typhoïde en sept mois(l), presque tous les hommes atteints étaient des nouveaux venus, aucun ii’avait un an de séjour en Algérie.
La statisticpie montre c{u aujourd’hui la fièvre ty|dioïde est presque aussi commune dans 1 armée d’Afrique que dans l’armée de l’iiitérieur; pour plusieurs années (18()3, 1801, 1805, 1808) la mortalité est plus élevée en Algérie qu’en France, mais la mortalité ne représente pas la fréquence dans les deux pays, attendu que la fièvre typhoïde algérienne est particulièrement grave.
La mortalité par fièvre typhoïde a été :
En 18(18 Amice de l’inléiïcur : 3,05 sur 1000 hommes d’efleclil.
Armée en Algérie ; 4,03 —
En 1800 Armée de Tinlérieur : 2,28
Armée on Algérie : 1,00
En 1872 Armée de Tinlérienr : 1,4G
Corps en Algérie ; 1,07 —
Corj)s indigènes : 1,31
(1) E. Laveran, Documents pour servir à l'Iiistoire des maladies du nord de l’Afriqise (loc. cil.).
FIÈVPiE TYPHOiOE EN AIXElilE.
1 Nous devons il MM. Netlci'(l), Masse (;2), V. Fi'isoii (iîj, Arnould il et Kelscli (i), F. Alix (5), d’iinporlanls docninents pour l’Iiistoirc de I la fièvre typhoïde en Algérie.
I Pendant Télé de 18ü(i, M. Y. Frison a observé ii Tenès une petite I épidémie de fièvre typhoïde. La maladie éclata au mois de juillet, I alors ([lie les fièvres palustres régnaient avec intensité ; dans l’espace de moins de trois mois, 80 hommes l'urent atteints. La fièvre débutait souvent comme une rémittente ou meme par de véritables accès intermittents, mais le quin(|uina restait sans action; les symptômes classi(|iies de la dothiénentérie ont été observés à Tenès; contrairement au dire dcf|uel(|ues auteurs, ou rencontre dans la fièvre typhoïde des pays chauds des lésions intestinales tout aussi bien mar([uécs (ju’en Franco (L. Laveran, Y. Frison, Arnould et Kelseh, E. Alix).
C’est [leudant la saison la plus chaude que se présentent les cas les plus graves; «. nous u’hésitons pas, disent MM. Arnould et Kelseh, àportei' au compte de la chaleur les caractères qui sans les distinguer absolument de celles de France, révèlent dans nos fièvres typhoïdes une intensité plus grande de l’intoxication, une pulhdation plus rapide, plus luxuriante, du ferment morbide. » {Loc. cil.)
Cette action de la chaleur sur les maladies est bien remarijuahle, et il est naturel ipie l’idée de fermentation vienne tà l’esprit, car la chaleur imprime aussi aux ferments une activité très-grande, tandis (|ue le froid les paralyse; mais la chaleur semble agir sur les maladies non zymotiques comme sur les autres; la phthisie pulmonaire par exemple prend une marche très-aiguë dans les pays chauds.
MM. Arnould cl Kclschse demandent si l’élément palustre ne vient pas compliijuer la fièvre typhoïde; souvent, à la deuxième période, ces auteurs ont vu la fièvre prendre la forme inlermillenle, mais cela se voit partout, ajoulons que le sulfate do quinine n’avait pas dans ces cas l’cfficacilé ilont il jouit contre la fièvre intermittente légitime, l’insicnrs auteurs admettent dans les pays palustres : 1“ la fièvre typhoïde régulière, ;2‘’ la rémittente typhoïde (d’origine palustre), 3'’ une forme mixte qui résulte de la combinaison de la rémittente des pays chauds avec la fièvre typhoïde (F. .laci[uol, E. Alix).
La fièvre typhoïde a été observée en Algérie non-seulement sur i de jeunes soldats nouvellement débarqués, mais sur des militaires
(t i Xole sur la fièvre Itjphoide en Algérie (Rec. mém. niecl. militaire, 1855). (5) Relation d’une petite épid. de févre tijplio'/de (mûinc rcc., 1806).
(3) Contrit), à rinst. de la fièvre tijpho'ide en Algérie (même rcc., 1867).
I i) Recherches sur la fièvre tijphoïde en Algérie (inùme rcc., 1868).
(ô) Ohserv. médicales en Algérie. Paris, 1869.
acclimatés cl aussi chez des hommes allcinls antérieurement de lièvre palustre (V. Frison, Arnould et Kelsch).
Dans l’épidémie de Tenès, sur 30 malades "25 avaient de neuf à di.\ mois do séjour en Algérie, 13 avaient plus de 22 mois de séjour, 8 malades avaient eu antérieurement des accès de fièvre intermittente. « La diathèse palustre, dit M. V. Frison (niém. cité), n’a pas la puissance de préserver ceux qu’elle avait envahis... Non-seulement Fintoxicalion marématique n’a montré aucune action préservaUdee de la lièvre typhoïde, mais elle est venue aggraver la maladie et la compliquer parfois d’une manière fâcheuse. »
'ions les auteurs s’accordent à reconnaître la gravité de la lièvre typhoïde en Algérie, gravité qui est parfaitement accusée par les chill'res de la statistique.
CHAPrraE xii
TYPHUS
Nous avons vu que Fracaslor !o premier avait doiiiié une desciip tion du typhus', la maladie s’étendit de 1524 à 1530 à toute 1 Italie, l’armée de Lautrec en fut très- éprouvée, 30 000 hommes périrent, diseid les historiens. Les épidémies de 153.), 1537, l.)4.), décrites par Massa, Mondella et Colle, eurent moinsd'importance; l’ahsence de huhons, de charbons, l’abondance de l’éruption, distinguaient la maladie noiivellq de la peste encore commune en Europe, on lui donna le nom de peslicula (petite peste). Dès ses débuts le typhus s’attaclia plus particulièrement aux armées et se lia tellement aux événemeids ndlitaires qu’il reçut les noms de ; maladie des camps (Mclchior), tièvre des camps (Cardiluccius, Doerhaave), fièvre militaire (llartenfels), fièvre maligne des armées (Sauvage), peste de guerre (lluteland).
Nous nous occuperons surtout des épidémies de typhus qui ont régné dans les armées, ce sont du reste les plus nombreuses.
lliSToniQUE. — Après l’épidémie de 1 armée de Lautrec devant Naples, vient l’épidémie de l’armée de Charles-Quint devant Metz. C’était pendant un hiver rigoureux, aux mois do novembre et de décembre, le pays Messin ravagé n’otfrait aucune ressource aux troupes impériales, l’armée manquait de vivres et le froid avait produit 1 encombrement dans des locaux insuffisants; la dysenterie, le scorbut, se montrèrent d’abord, puis le typhus comme en Crimée, les bislorieiis font mention des taches pourprées et livides, la mort arrivait oïdinaircment du cinquième au septième jour de la maladie. Le typhus se déclara à Metz aussitôt après la levée du siège, on avait transporté dans les hôpitaux un grand nombre de hlessi's ennemis, et c est ainsi sans doute que se fit l’importation; 1 épidémie gagna les villages voisins (1 ).
(1) F. Marôclial, Piecherches sur les vialadies endémiques, épidémiques et conlaqieuses qui ont régné à Met%, etc. (Op. cil.}.
MALADIKS |;T KIM DKS AII.MI'KS
li.l maladie! Hongroise, f|id a plusieurs repi’ises décima les armées allomaïules (!l im'rila a la Hongrie le snrnom de lomdeaii des Allemands, Il (Mail prolialdement ijne 1(! typlins |)lns on moins modifié par nii climat linmide et un sol inaréc;igenx(l). Langins, médecin di's Iroujies iinjiériales commandées par Frédéric H, comle palalin, est le premier (pii ail décrit ( 153d) la maladie hongroise ()no) bus u)ign)‘iais, fehris viigarica) sons le, nom de Causiis (i) ; en loi- '2 elle régne dans l’armée du margrave do Hrandehoni'g, en irdiC) elle est importée d(‘ tons cotés par les troupes revenant de Hongrie, Yiennc a hcanconp a en sonfirir. Thom. .lordaiins ( lôTfi), Fodronclii (1 ■)!).')), TohiasCoh(M' (l()l)()), Kidand (IGÜO), IHinmel (l()2i), ont publié des travaux sur la li(!vre hongroise; la description de Th. .lordanns, médecin en chef de l’armée anlrichieime, se rapparie paiTailemenl an typhus; linland et l'jsslinger assimilent expressément la fièvre, hongroise an laorbus loili('ulai is d’Italie, la! typhus règne encore sur l’armée conduite par Montccncnlli (lOül) et sur celle dn prince Eugène (1717), (pii Iniméme, en est atteint.
Pendant la guerre, de Trente ans le typhus règne sur les troupes françaises, principalement a Nimègne, oii il est décrit ]>ar Hiemerhrseck (3). En Danemark il se montre an siège de Thorn ( 1 r)5r») avec le scorhnl; en Italie, Uamazzini ( i) l’ohserve à Modène (1(V.)2).
En 1733 le typhus sévit en Pologne ; l’armée russe en est ravagée de J73üà 1737 ; l’armée française également atteinte le transporte en Lorraine; pendant la première guerre, de Silésie le typhus est épidémi([ne dans les armées anlrichienne et prnssienne; la fièvre d’Fjisal n’est antre (pie le typhus.
En 1745, 174(3, 1747, Pringle observe le typhus en Hollande et en Angleterre; dans les Pays-Bas comme sur les rives dn Dannhe, la lièvre pétéchiale s’allie sonvenl aux fièvres palustres; Pringle décrit l(‘ typhus (5) sons le nom de fièvre d’iu'ipital on de prison, il insiste sur le caractère contagieux de la maladie et précise très-bien les conditions dans lesipiclles elle se développe. En 1740 Hnxam observe h‘ typhus à Plymonth sur les matelots dn Paulhev et dn CtuUorbevg : Lind (1775) parle de la fièvre d’Impital on de prison comme d’nm' maladie ([ni nail de l’encombremenl.
Le 22 juin 174(i la (lotte Irançaise coimnandée par le duc d’Anville part de la liochelle et ariave devant (Inéhec; dn 10 S(‘ptemhre an
(I) lliicscr, Geschkhle (1er epiilemiHcli. Ixiaiihheilen. IiMia, liSli.'), p. ,‘UO.
{‘i) (^ülomhà'c, Médecine miltliiire, I. I, IiilnnlmMioii.
(Mj l>esle de Niméijue {Diemerhroecli. Aiiist., I()(ir>).
(A) lîiunaz/.iiii, Conulil. éjiid. Gciii'vi'. 1710, p. 197).
(7>) l>riii"te, üj). cil., p. lir>.
TYPHUS
13 novembre, le due lui-inènie et la moitié de.s é([iii|)ages évalués à 10000 hommes succombent au typhus (1). En 1700 1 amiral Dubois de la Molhc rentre à Brest avec une escadre décimée par le typhus, la maladie se répand parmi les formais et dans la population civile; les relevés oificicls donnent ;2518 morts parmi les matelots, 500 parmi les ibr(;als, 1180 pour la population civile; en tout i-^Oi- (”2).
En 1757 le typhus se développe à Eisnach sur des troupes encombrées, se répand sur toute rAllemagne et est importé jus([u a Lille (3); en 1700 il règne sur l’armée anglaise campée près de Warhourg eu Westphalie et à l’hèpital de Baderhorn, puis en 170'2 a Brème ; Monro, médecin en cliel de l’armée anglaise, le décrit sous le nom do lièvre maligne et pétéchiale ; sa description, conforme a celle de Bringle, ne laisse aucun doute sur la nature de la maladie. Les pétéchies paraissaient, dit-il, (( comme de petites taches distinctes et séparées d une couleur rougeâtre; il seiuhlait aussi quehjuelois que la peau lût marbrée ou bigarrée ainsi que dans la rougeole — (piand les taches commençaient à disparaître elles devenaient brunes et de couleur tannée, on croyait voir comme autant de taches de malpropreté (3). »
De 1775 à 1770 le typhus est endémique en Silésie et il linit par s’établir à demeure dans ce malheureu.v pays si souvent dévasté par la guerre.
Les longues giu'rres de la révolution et de 1 empire sont fertiles en épidémies de typhus : épidémie de l’armée prussienne en Champagne; épidémie de Nantes (1793) assiégée par les Vendéens; épidémie de l’armée des Pyrénées (1704) observée par Portai; épidémie de la haute Italie. Les Autrichiens assiégés dans Mantoue (170G-1707) ont fort à soulfrir du typhus, et les Français qui les assiègent no sont pas épargnés; les troupes à leur rentrée eu I rance importent la mahulie à Nice, Ai.v, Fréjus, Marseille, Toulon, Grenoble. Rasori a laissé une description remarquable de l’épidémie de Gènes (1709-1800), LrOOO hommes y succombèrent, le général Gbampionnet était parmi les \ictiines; les malades évacués sur la France importèrent le typhus à Montpellier et à Grenoble (4).
En 1800 le typhus éclate à Wurzbourg sur les troupes impériales, puis il se répand en Bavière, en Wurtemberg, sur les bords du Rbin, en Lithuanie et dans l’est de la Russie (1801), des mouvements continuels de troupes favorisent partout sa dissémination. Après Austerlitz,
(1) Ozanam, Op. cil. Typhus. • • o-
''2) l'üiissagrivQs, Ann. d’Iiijy. publ. et privée, 1859, 2' série, l. XI, p- i- (3) Moiiro, Méd. (Tannée {Op. cil., l. Il, p- 18).
(ij Laugier, Jouin. (jén. de médecine.
(1805) répuléinic frappe les blesses français et russes, elle s’étend jusqu’en France en suivant la ligne d’évacuation des blessés, « par l’effet du transport des malades des deux nalions, dit Larrey, et de celui des prisonniers». Larrey décrit cette maladie sous le nom de maladie épidémique de Brüii, du nom de la ville où furent transportés les blessés d’Austerlitz (1); après léna, nouvelle explosion du typhus dans les hôpitaux militaires (Thorn, Bromberg, Culm, etc.) (2) ; en 1800 les prisonniers allemands importent le typhus à Autnn, Semur et Langres; après Wagram, Vienne encombrée de blessés et de prisonniers devient le théâtre de l’épidémie étudiée par llildenbrand (3).
En 1808 le typhus est épidémique en Espagne dans les armées belligérantes, il se répand en France sur tontes les routes suivies par les prisonniers espagnols, la ville de Dax est particulièrement éprouvée; de son côté l’armée anglaise importe le typhus à Portsmouth (janvier 1800) ( i).
En 1812 le typhusrègne dans les départements de l’Yonne et de la Côte-d’Or : Dijon, Auxerre, Avalon, Sens, Joigny, où se trouvent internés des prisonniers.
Mais ce fut surtout la désastreuse retraite de Moscou qui fut le point de départ d’une longue suite d’épidémies qui, de 1812 à 1815, ravagèrent les grandes garnisons et les grands hôpitaux de l’Allemagne et de la France. Le typhus prit naissance sur les malheureux soldats mourant de faim, couverts de haillons, et forcés, par un froid de 20 à25 degrés, de s’entasser, pourne pas mourir defroid, dans desgrottes, des huttes sans issue. Tous les prisonniers faits par les Russes succombèrent. Le docteur Faure vit à Rezan des malheureux succomber en vingt-quati’e ou quarante-huit heures. A Orel, en février 1813, les Français entassés dans les hôpitaux mouraient par milliers (5).
A Wilna, sur 30000 prisonniers il en périt 25 000. La contagion gagna la ville, 8000 juifs y succombèrent (ü).
A Dantzig, assiégé par les Russes le 11 janvier 1813, 30 000 Français, débris mutilés de l’armée d’invasion, furent exposés à toutes les privations par un froid d’une rigueur extrême. De janvier à juin, 13000 malades des hôpitaux, plus d’un quart des 40000 habitants avaient succombé. Le mois de mars compte pour 4 000 morts.
(I) Larrey, Mémoires (le c/iir. militaire, t. II, p. 331.
(”2) Gilbert, médecin de ta grande armée, et lUifetand ont décrit cette épidémie. Ozanam, Op. cit., t. III, p. Utü.
(3) Du lyphus contagieux. Traduct. de Gasc. Paris, 1811.
(1) llamitton, J. Gregor, cité.s par Ozanam, loc. cit.
(5) Faure, Souvenirs du Nord. Paris, 1821.
t6) Gasc, Histoire de l’épidémie de Wilna, 1812.
TYPHUS
La campagne de 1813 précipita de nouveau en Allemagne des masses de jeunes soldais qui apportèrent un nouvel aliment au Héaudeslruc- I tour. Le G septembre, Torgaii est envahi par une telle masse de I blessés, que tous, blessés, mourants, malades, sont confondus dans I le même abandon. On compte 100 morts parjour. Sur 2G 000 hommes de garnison, 14 000 hommes succombent.
A Mayence mêmes désastres, mômes souffrances. Le typhus tue '20 000 hommes et dépeuple la ville.
De Dantzig, de Torgau, de Mayence les années transportent rinfection à Strasbourg, à Metz, à Dijon, à Paris. L’Alsace, la Lorraine; la Donrgogne, la Champagne, sont successivement envahies. Heureusement, la douceur de la température empêche la contagion de prendre tout son développement (1).
Les hôpitaux de Paris étaient encombrés (1811), on fit descendre la Seine à un certain nombre de bateaux chargés de malheureux soldats de toutes les nations, c’est ainsi que le typhus fut importé à ' Piouen où il fit de nombreuses victimes dans le personnel des hôpitaux (2). Des soldats de toutes armes et de toutes nationalités, valides ou malades, fiévreux ou blessés, descendaient aussi la Loire et arrivaient à Tours à pleins bateaux. L’hôpital et les ambulances annexes furent bientôt infectés; 8G0 militaires succombèrent en 1814- à l’hôpital de Tours; comme tà Rouen, le personnel hospitalier fut très-fortement éprouvé (3), nous pourrions facilement multiplier ces exemples d’importation du typhus de 1814.
La paix de 1815 mit tin à ces épidémies; de 1815 à 1854 le typhus reste localisé eu Irlande, en Angleterre et en Silésie (typhus d Irlande, de Silésie, de Bohême, 184’7); en France il ne donne lieu qn a de petites épidémies dans les bagues et les prisons : maison de détention de Rouen 1818 (4), bagne de Toulon 1829-1843-1845; piisons de Reims (Landouzy), de Strasbourg (Forget), do INancy (Parisot).
En Crimée le typhus débuta au mois de décembre 1854, mais les premiers cas furent confondus avec la fièvre typboide, et à la fin du premier hiver (185 4 à 1855), beaucoup de médecins hésitaient encore ir affirmer l’existence du typhus; les Anglais, qui se troinèient tout d’abord dans de plus mauvaises conditions hygiéniques que nous,
! furent les premiers atteints ; d’après M.M. Mœriiig et Alferief, les Russes
(I) L. Lavei-an, De la mortalité des années en campagne (Mém.cité'i.
(-2) Des épidémies gui ont régné dans rarrondissement de Rouen de ISli o
1815, par le docteur Vinglriiiier. Rouen, 1850.
(3) Charcellay, Recherches sur l’épid. de typhus de Tours. Tours, 18o“- (1) Vingtrinier, Mém. cité.
.mai.adiivS et f;i'ii)i':.MiES des armées
élaicnl cnvaliis par le typliiis avaiil les armées alliées (1). L’é|»i(iémie alleigiiit sou apogée clans les mois de mai el juin 18r)5, en juillet elle était en voie de déeroissance, mais elle ne dis|)arnt jamais complètement; en déceiubre le lyplins, devenu sporaclicpie depuis plusieurs mois, reprit le caractère épidémi([ue, cl celte fois le doute n’était plus |)Ossi!)le, rcxistcnce du typhus l’ut allirmée par tous les médecins de Crimée et de Constantinople. Pondant cette seconde épidémie les Anglais, incomparablement mieux installés, logés et nourris (juo nos seddats, exempts du scorbut, échappèrent prescpie complètement au typhus.
Les malades évacués de Crinuîe importèrent te typbiis dans les nombreux hôpitaux de Constautino|de, et c’est là suiToid (pCon a jeu étudier l’épidémie, comme le dit F. .laccpiot : « A Constantinople on a étudié et traité le typhus; en Crimée on n’a pu ([ue le traiter ».'(Oy;. ci/ p. r>7.)
M. le docteur Fauvel, dans une série de rapj)orts datés de Constantinople (i), suit très-exactement la marche de l’épidémie dans les hôpitaux frau(,‘ais. C est au mois de mars 18. >5 (|ue le typhus est signalé à Constantinople; dès cette épo([ue MM. Michel Lévy et Fauvel insistent sur les mesures à prendre pour empêcher l’extension de l’épidémie; comme en Crimée, les Anglais sont les premiers atteints. Aux mois ih*. juillet el d’août le typhus est envoie do décroissance à Constantinople, mais il ne s’éteint pas complélemeul : en octobre il n’y a dans les hôpitaux français que:2G cas de typhus, 2:2 en novembre, 85 en décembre. Au mois de janvier 185G Fé(ddémie se réveille (21K1 cas de typhus dans les hôpitaux de Constantinople), et en février elle preiul une extension l’apide ; la maladie a un caractère infectieux bien manifeste, elle se propage à bord des navires qui transportent les malades, el dans les hôpitaux elle frappe à coups redoublés les malades entrés pour d’autres alfections, les blessés, les médecins, les inlirmiers. Dans ce seul mois de février il y a 281-8 cas de typhus pour les hôpitaux françaisde Constantinople, dont 1285 cas intérieurs; en mars l’épidémie continue à sévir avec intensité, à partir du mois d’avril elle entre eu décroissance.
(1) F. Jacquot, Du typhus de l'armée d’Orient. Voir aussi pour riiisloire du typluis de Crimée ; Scrive, Esquisse des malad. qui ont réyiié sur l'armée d'Orieiil (Dec. )ném. méd. militaire, 180(5). — Raudeiis, Lettre sur le typhus de Crimée (même rec., 18.")G). — Quesnoy, Notice sur l'armée d’Orient (lucmc roc., I8,')7j. — Rlanvillaiii, Du typhus en Crimée (même rec., 18.Ô7). — Marmv, Du scorbut el du typhus de l'armée d’Orient (même rec., 1859). — ('.azalas. Des a/l'ect. typhiques ne l'armée d’Or'ient (Union médicale, (. Vit, 1859).
(2) A. Fauvel, Uirloire médicale de la guerre d'Orient, 187i.
TYPHUS
Le typhus de Crimée l'ut importé dans les hôpitaux de Gallipoli, de Nagara, à Marseille, à Toulon, à l^orquerolles, au Frioul (1), à Avignon ("2), à Paris (Val-de-Cràce) ; mais ii mesure qu’on s’éloignait du l'oyor d’infeclion et (pic l’armée se disséminait, le miasme semblait perdre une partie de sou activité; en France les typhiques ne donnèrent lien qu’à (piehiucs cas intérieurs dans les hôpitaux où ils furent reçus, nulle part la maladie, ne se communiqua à la [(opulalion civile.
Presque tons les typhiques du Val-dc-Cràce afipartenaient au 50“ de ligne, il est fort intéressant do voir comment le ty|)hus se développa dans ce régiment et comment il fut importé par lui jusqu’à Paris. Le 50“ de ligne futemhanpié le 15 novembre 1855 à Kamiesch, sur deux navires à voiles américains; avant rembarquement, l’état sanitaire de ce régiment était très-satisfaisant, il n’y avait eu aucun cas de typhus. L’un des navires de transport (V Edcjard) elfectua sa traversée en trente jours, il n’y eut à bord aucun cas de typhus; l’autre (le Monarque), portant 800 hommes, mit cinquante jours pour se rendre de Kamiesch à Marseille, et c’est pendant cette, longue traversée, au milieu de circonstances antihygiéni(|ues très-bien analysées par M. le professeur Codélier, que le typhus se déclara; au niomeid du débarquement à Marseille, on dut envoyer 25 typhiipies à l’hôpital, on en avait déjà laissé 15 dans File de Malte, un seul mourut à bord. M. le professeur Godélier n’hésite pas à croire que le typhus est né sur le Monarque, du Monarque même, et (pie « l’origine du typhus du 50“ est un remarquable spécimen de génération spontanée du typhus ». Le 3' bataillon de chasseurs à pied prit le typhus à bord du Glascow, qui avait transporté des typhiques et qui u'avad pas été nettoyé; le Monarque n’avait pas transporté de malades, mais des chevaux qui avaient infecté le bâtiment.
Le tableau suivant donne l’origine des cas traités au Val-de-Gràce ot le mouvement des malades :
(1) Billot, Notice sur Véindéniie de typhus observée au huaret du Frioul {Rscueit niém. de méd. mitilaire, 1856).
(2) Ueliitiod de M. CliaulBinl, Gmetle hebdomadaire, 1856.
(3) Mémoire sur le typhus observé au Val-de-Grâce du mois de janvier au mois de )nai 1856 {loc. cil).
A. LAVKKAN.