TYPHUS A RECHUTE
I prouvé que les premiers cas de relapsing fever en 1847, à Édimhourg,
I furent observés sur des Irlandais misérables, il s’écoula trois mois 5 avant que les Ecossais fussent atteints.
Dans les grandes épidémies irlandaises de 1847 à 1848, la fièvre récurrente a occupé une large place à côté du typhus; Jenner, à cette époque, observait le relapsing fever à Londres et en donnait une excellente dcscri|)tion (I).
En Silésie (1847), le typhus récurrent s’est développé à côté du typhus exanlbémali(jue (Dummler, Buerensprung); Lange, à Kœnigsberg, a observé une épidémie très-meurtrière de typhoïde bilieuse (2). Griesinger a rencontré en Egypte (1851) le typhus récurrent en même temps que la typhoïde bilieuse. C’est sans doute à la typhoïde bilieuse qu’il faut rapporter l’épidémie décrite par Larrey dans sa relation de la campagne d’Egypte (3); la maladie sévit principalement sur les blessés après la bataille d’Héliopolis et le siège du Caire (1800), elle était caractérisée par une fièvre rémittente, des vomissements bilieux, de l’ictère, des hémorrhagies, un état typhoïde très- prononcé dans les cas graves, 200 blessés sur 600 périrent de cette maladie (pii était contagieuse; Larrey rapproche cette épidémie de la fièvre jaune et du typhus ictérode ; une épidémie analogue régna pendant l’automne de 1800 dans l’armée du grand vizir campée sur la côte de Jaffa.
M. le D'' Tholozan a observé au Val-de-Gràce, en 1855, une vingtaine de cas de typhus à rechute; il n’y eut aucun décès, l’auteur ne dit pas sous quelle iiitluence s’est produite cette petite épidémie (4).
Pendant l’été de 1864, il se développa à Saint-Pétersbourg une épidémie dont on ne reconnut pas tout d’abord la nature, les mots de peste, de typhus furent prononcés, et l’on s’émut jusqu’à Paris; il s’agissait d’une épidémie de ty|)husà rechute, ainsique le prouvèrent MM. Botkin et Herrmann; M. le professeur Charcot a écrit dans la Gazelle hebdomadaire l’histoire de cette épidémie (5).
Tout d’abord le typhus à rechute et la typhoïde bilieuse régnèrent
(1) De lanon-klentilé du lijphus, de la fièvre lijphoule et de la fievre récurrente iop. cil.).
(2) Beohacht. am Kranicenhelle, Kœnigsberg, 1850.
(3) Mémoire.^ de chirurgie militaire, t. Il, p 18. Cainpugne d’Égypte : « l'iévre jaune considérée coinine complicalion des plaies d’armes à feu. »
(T) Gabelle médicale, 8 décenibro 1855.
(5) Gaselle hehdomml. U avi'il 18C5. Voir aussi, à propos de cette épidémie. Communie, du Dr Pclikan (Acad, de méd., séance du 18 avril 18G5); — Communie. du Dr P. Doubowitski (Gaz-, des hop,, 20 avril 1865); — Lettre du Dr Bredow iGttselle hebdom.,^) mai 1865); — Rapport de M. Borgoron (Acad, de méd., séance du 20 juin 1865).
à rexcliision du typhus exanthématique, puis les cas de typims devinrent de plus en plus nombreux, et à la tin de l'épidémie ils dominèrent le typhus à rechute; on s’explique ainsi l’opinion dilïérente émise par les auteurs sur la nature de la maladie, suivant (pie leurs travaux concernent le commencement ou la tin de l’épidémie.
Sur 14 722 admissions aux hôpitaux de Saint-Pétersbourg, il y en eut 7097 pour typhus, 7625 pour fièvre récurrente; et sur 2034 décès, 1198 furent dus au typhus, 830 à la fièvre récurrente (lettre du D’’ Bredow).
Avant 1865, le typhus à rechute était inconnu à Saint-Pétersbourg; mais, d’après le D'' Bernstein, il aurait régné à Odessa en 1803 (Cbarcot, loc. cil.).
M. le D’’ Morache a observé en Chine des cas de rclapsiny fever{[), et M. le D" Arnould a décrit une petite épidémie de typhus à rechute (2), qui en 1867 se déclara au pénitencier d’Aïn el Bey, précédant ainsi de très-peu la grande épidémie de typhus de 1868.
En somme, les foyers du typhus récurrent en Europe sont les mêmes que ceux du typhus; l’Irlande, la Silésie, l’Ecosse, l’Angleterre, la Russie, sont le théâtre ordinaire de ces épidémies; la typhoïde bilieuse a régné souvent à côté du typhus récurrent, mais on l’a observée aussi très- loin de ces foyers; en Egypte elle est assez commune (Larrey, Griesinger), la maladie paraît s’étendre, dit Hirsch, à toute la côte orientale et aux îles de la Méditerranée (Malte, Minorque, Mahon); elle a été confondue souvent avec la rémittente bilieuse. D’après les observations d’Annesley, de Twining, la typhoïde bilieuse existe dans l’Inde; on peut rapporter à cette même maladie les épidémies qui ont régné en Amérique parmi les nègres (Philadelphie, 1821; Caroline du Nord, 1829), le fait de l’immunité des nègres pour la fièvre jaune doit faire croire qu’il ne s’agissait pas de celle-ci (3).
Étiologie. — La fièvre récurrente règne souvent en même temps que le typhus, c’est ce qu’on a vu en Angleterre et en Irlande (1847), à Saint-Pétersbourg (1865); il n’est pas rare de voir la fièvre récurrente dominer au début des épidémies, puis le typhus prendre peu à peu sa place. « Dans les épidémies mixtes, dit Murchison (4), la proportion relative des cas de typhus et de fièvre à rechute a varié suivant les temps et suivant les lieux; mais, en règle générale, la proportion des cas de fièvre à rechute s’est toujours montrée plus grande
(1) Notice suc une épidémie de typhus avec cas de relapsiny fever [loc. cit.).
(2) Du hjphuft à rechute, épidémie ohsccvcc au pénitenticr d'Ain el B \v, province de Constantine {loc. cil.).
(3) A. Hirsch, Handhuch der hislorisch. Geoyr. Patholorjie, 1850, p. 172.
(4) Traité des fièvres continues, 18G2, p. 299.
TYPHUS A nECHUTE.
j au commencement qu’à la lin des épidémies. A mesure que les épi- I demies ont progressé le typhus a pris la place de la fièvre à re- ( chule. »
I Ou a vu aussi des épidémies de typhus à rechute sans mélange de typhus, plus souvent encore des épidémies de typhus sans fièvre à rechute ni typhoïde bilieuse. Jenner (o/j. cit.) a bien fait ressortir les différences qui séparent le typhus de la fièvre récurrente comme de la fièvre typhoïde, et il a montré que la fièvre récurrente n’engendrait pas le typhus, pas plus que le typhus la fièvre récurrente, ce qui devrait être s’il s’agissait de deux formes d’une même maladie; la fièvre récurrente ne donne pas l’immunité pour le typhus exanthématique, mais, chose curieuse, elle ne la confère pas pour elle-même.
La fièvre à rechute, dit Jenner, peut attaquer deux fois le même individu, et cela dans l’intervalle de (juelques mois, contrairement à ce qui se passe pour le typhus et la (ièvre typhoïde. «'On ne doit pas oublier qu’aucune de ces trois affections n’a d’effet prophylactique à l’égard des deux autres. Le D'' Bartlelt cite plusieurs cas d’individus affectés successivement de fièvre typhoïde et de typhus; les historiens de l’épidémie de fièvre a rechute qui a régné en Écosse en 18id rapportent des exemples de typhus survenu chez des individus à peine guéris de la maladie régnante et vice rcrsâ (1). »
Le relapmuj [ever est donc produit par un miasme particulier, distinct de ceux du typhus exanthématique et de la fièvre typhoïde, mais on ne saurait nier que le typhus et la fièvre récurrente prennent naissance dans des conditions de milieu qui présentent une grande analogie. La fièvre récurrente, comme le typhus, est transmissible, et ses épidémies s’expliquent souvent par l’importation, mais comme le typhus elle peut aussi se développer de toutes [lièces.
iM. le D'' J. Arnould attribue aux circonstances suivantes le typhus à rechute du pénitencier d’Aïu el Dey : 1“ agglomération d’uii grand nombre d’hommes dans le même local; 2° viciation permanente de l’air de ce local par le miasme humain; d" fatigue sans réparation suffisante par le sommeil pendant le rhamadan; 4° jeûne prolongé, alimentation irrégulière chez bon nombre de détenus pendant le même temps; 5" état moral de dépression chez quelques-uns d’entre eux;!»'’ variations thermomélriques, chaleur prématurée, froid nocturne {lüc. cil.).
i On a accusé l’inanition de faire naître la fièvre récurrente, d’où le I nom de typhus de famine qui lui a été donné par quelques auteurs I (Murchison); il est vrai que les épidémies de fièvre récurrente ont
(Ij Jctinci-, op. cil., p. 238.
A. r..VVKRA\.
tS)
MALADIKS ET !■ l’IDÈ.MIES DES AliMÉES.
coïncitlé plusieurs lois (Irlande, Silésie) avec la fauiiue, niais celle couditioii évideinmenl favorable à l’éclosion du relapshi (/ fevci’ comm& il celle du lyplmsn’csl pas nécessaire; à Saiiil-I’élersbourg, en 18()5, les individus alleiiils ii’avaienl pas eu à souffrir de la faim; en 18G8, les Arabes ([ui sont inorls de la cachexie famélique en si i;raud nombre, n’oul eu ni le lypbus ni la lièvre récurrenle. Si la famine joue le rôle de cause préilisposanle, c’est uui(|ucmeut en portant à soiicomble la misère des populations, et en déterminant l’eucombremeut dans les grands centres où les habitants des campagnes se réfugient instinctivement pour chercher secours (Irlande 1847, Algérie i8G8).
(juani il la ty|)boïde bilieuse, forme plus grave de la lièvre ii rechute, nous ne savons pas sous quelle inlluence elle se développe; la fréiiucnce de celte forme en Egypte et sur les bords de la Méditerranée tendrait à faire croire ipie c’est la chaleur qui imprime un caractère particulier au relapsing fever et qui exalte l’état bilieux, mais il ne faut pas oublier (pie la typhoïde liilieuse a été observée en Irlande et à Saint-Pétersbourg comme en Egypte.
La transmission du typhus récurrent se fait dans les mêmes conditions que celle du typhus exanthématique.
Forme simple. Relapsing fever. Tvpiius a rechute proprement
OIT. La fièvre débute brusquement, sans prodromes; les malades
sont pris d’un frisson violent avec céphalalgie frontale, douleurs lombaires, vomissements; on pourrait croire, dit Jenner, à l’invasion de la variole. La peau est sèche et brûlante, la température s’élève trèsrapidement k 40" et même 42" centigrades dans l’aisselle (J. Arnould), le pouls est fréquent (100 à 120 pulsations). Les phénomènes nerveux sont moins accentués que dans la fièvre typhoïde, la prostration est bien moins grande; insomnie, quelquefois délire; soif vive, anorexie, langue blanche, constipation. Au bout de cinq à dix jouis une transpiration abondante survient, le pouls et la température tombent rapidement, et dès le lendemain le malade est en appaience guéri, il demande à manger; cependant la faiblesse généiale, le faciès du malade, quelques troubles gastriques annoncent que le processus morbide n’est pas terminé et font prévoir la rechute (J. Arnould), qui
se produit du douzième au vingtièmejour à compter du commencement
de la maladie ; la période de rémission dure de quatre à quatorze jours, sept en moyenne. La rechute est marquée par un frisson comme le débuvt du premier accès, céphalalgie, vomissements; le pouls et la température, qui étaient tombés au-dessous de la normale, remontent brusipiemeut, et l’on observe souvent du délire. Après deux, trois, quatre ou cinq jours d’une fièvre vive, une nouvelle transpiration abondante se produit, elle lendemain le malade entre en convalescence.
TYPHUS A lU’A'.llUTE.
(( Une secontle rechute a lieu dans un petit nombre de cas. Alors le malade, se croyant convalescent vers le septième jour, gagne une récidive vers le cpiatorzième, puis se croyant de nouveau convalescent entre le dix-septième et le vingt et unième jour, se voit de nouveau saisi d’une rechute entre le vingt et unième et le vingtcinquième, juscpi’à ce qu’enfm la convalescence s’élahlisse d’une manière définitive du vingt-cinquième au vingt-huitième jour. Dans d’autres cas, au contraire, la maladie se termine à la fin du premier septénaire sans que le malade éprouve la moindre récidive. » (Jenner, Oj). cil., p. 231.) Il n’est pas rare d’observer une teinte ictérique de la peau, et ces cas de rela\mn(j fever avec ictère Ibrment une transition naturelle pour arriver à la typhoïde bilieuse. Jamais les malades ne présentent ni les taches rosées lenticulaires de la fièvre typhoïde, ni l’exanthème du typhus. Des sudarnina parfois très-abondants ont lait tlonner dans (pielques épidémies le nom de fièvre sudorale à la maladie; G ricsinger pense que la fièvre récurrente a été décrite plus d’une fois sous le nom de suette, il n’est pas possible d’attribuer au rclapsinfj fever les grandes épidémies de suette anglaises (voy. Des GRANDES ÉPiDÉ.MiES); l’iierpès labial a été noté par quelques auteurs.
Dans les cas graves, les malades tombent dans le coma ou bien la mort arrive dans le collapsus, mais la mortalité est très-faible; on peut dire que de toutes les maladies typhoïdes le relfipsiiig fever est la plus bénigne, la mortalité ne dépasse pas 6 à 8 pour 100, elle est en moyenne de 3 à 4- pour 100.
Forme bilieuse. Typhoïde bilieuse. — Elle a été bien décrite par Griesinger et par les observateurs de Saint-Pétersbourg (épid. de 1805); les auteurs anglais, Jenner, Murchison, ne paraissent pas l’avoir rencontrée, Graves l’a décrite, mais il s’est mépris complètement sur la nature de l’épidémie qui régnait à Dublin en 1820, en l’attribuant à la fièvre jaune.
Au début, céphalée, vertiges, prostration, frissons, douleurs dans les membres. La fièvre est vive et continue à la période d’état ; céphalée violente, injection des yeux et du visage; vomissements, diarrhée, douleurs abdominales à la pression dans la région épigastrique, langue sèche, fendillée; l’ictère se développe le plus fréquemment vers le quatrième ou le sixième jour; tuméfaction de la rate qui dépasse le rebord des fausses cotes; faiblesse extrême, adynamie, état typhoïde. La mort arrive souvent au milieu d’un collapsus subit et inattendu, ou bien l’amélioration se produit rapidement et s’accompagne de sueurs abondantes. A la dernière période, des hémorrhagies peuvent survenir soit à la peau, soit à la surface des muqueuses, la lurgescence de la rate est si considérable qu’on l’a vue se rompre et
flonncr lieu à des hémorrliagies internes (Griesinger, op. cil., p. 350).
La description de la typlioïde bilieuse de Saint-Pétersbourg est parlaitement conforme cà celle de Griesinger. M. le professeur Charcot, qui a résumé le travail du D’’ llerrmann, après avoir ]>arlé de la forme simple du typhus récurrent, ajoute : « La forme bilieuse (febris recurreiis biliosa, bilioso lijpho'ide) eu diffère seulement par la prédominance des symptômes hc|)atiqnes. Dès l’origine on observe des vomissements bilieux presque incessants, l’ictère est plus prononcé; il s’y joint de bonne heure des accidents cérébraux, un état de collapsus en mémo temps que des hémorrhagies s’opèrent par diverses voies, et ainsi se trouve reproduit le tableau symptomatique de l’ictère grave; le pronostic en pareil cas est des plus sérieux, mais il ne faut encore désespérer de rien ; alors même c[ue le coma persiste depuis plusieurs jours on peut voir, sous l’inlluence des moyens irritants et surtout des alTusions froides, la guérison survenir. Les cas les plus graves sont ceux dans lesquels le malade rend des selles liipiides, noirâtres, et vomit une matière noire semblable à du marc de café ou à du sang plus ou moins altéré. La teinte ictérique est alors poussée à l’extrême; le coma et l’état de collapsus (algidité, cyanose des extrémités) sont aussi prononcés que possible, et la terminaison fatale a lieu eu général du dixième au douzième jour de la maladie (1). »
Entre la (ièvre récurrente simple et la typhoïde bilieuse grave, qui a tant d’analogies symptomatiques avec la fièvre jaune, il y a toute une série d’intermédiaires; la récurrente simple peut s’accompagner d’ictère, et la typhoïde bilieuse être suivie de rechutes.
Anatomie pathologique. — L’altération la plus remarquable porte sur la rate, elle présente des degrés qui correspondent aux différentes périodes de la maladie (2). Lorsque les malades meurent pendant le premier accès, la rate ccnsidérablement hypertrophiée peut mesurer jusqu’à 0”, 28 de long et peser quatre livres et demie; le paj'onchyme est dur, cassant, d’un brun rouge parsemé le plus souvent de corpuscules blanchâtres de la grosseur de 0,002, quelquefois réunis en foyers de la grosseur d’un pois ou d’une lentille, mais pouvant aussi faire défaut. Chez les malades morts à la fin du deuxième accès, l’hypertrophie de la rate est moins considérable, on trouve souvent à la surface des exsudats péritonéaux légers, le parenchyme splénique est sec et cassant et présente de la tuméfaction des corpuscules de Malpighi; à une période ultérieure on observe parfois des transformations des exsudais en détritus gangréneux ou purulents.
(1) Cliarcof, op. cil. Gazelle hehdoni., 18(35, p. 22G.
(2) Kiillncr. Petershurger ntcûk'iimdie Zoitsclnïft, 18(13.
TYPHUS A HUCllüTlv
Sur cciit ctiiiic autopsies Griesiiiger a constaté trois l'ois la rii|)lure de la rate; sous riufluciice de la congestion violente dont elle est le siège dans la lyplio'ide bilieuse, la rate tend cà prendre la lorine d un cylindre. « Dans la très-grande majorité des cas, dit Griesiiiger, la rate est parsemée de plusieurs milliers de petits foyers d’uu gris jaunâtre, un peu adhérents à la substance environnante; ce ne sont autre chose que tes corpuscules de Malpigbi remplis et entourés d’un exsudât; ils sont, au début, durs, de la grosseur d’un grain de pavot ou de millet; dans beaucoup de cas ils subissent de bonne heure la transformation purulente, tout le tissu de la rate renferme alors d’innombrables petits abcès non réunis ensemble et contenant chacun une goutte de pus (1). »
On voit que ces altérations ne ressemblent pas cà celles qui se produisent sous riiilluence de ta malaria.
Les ganglions mésentériques sont souvent tuméfiés, infiltrés; mais on ne rencontre jamais les ulcérations des plaques do Peyer, qui caractérisent la fièvre typhoïde.
Le docteur Küttner {loc. cil.) a souvent trouvé le cœur pâle et mou comme dans le typhus; cette altération explique la faiblesse du pouls et des battements du cœ.ur à la période de rémission, faiblesse quelquefois telle que la mort arrive par arrêt du cœur, par syncope; le même observateur a aussi noté, chez les malades morts de typhoïde bilieuse, des dégénérescences graisseuses des muscles, du foie et des reins.
Diagnostic. — La fièvre récurrente simple est d’un diagnostic assez facile, on peut la confondre seulement avec le typhus qui l’acconapague dans un assez grand nombre d’épidémies, mais la marche de la température, l’existence presque constante de rechutes, l’absence d’exanthèmes, ne peuvent ptis laisser longtemps place au doute.
La typhoïde bilieuse, surtout quand elle se produit isolément, sans accompagnement de typhus à rechute, est d’un diagnostic plus difticile, elle a été décrite mainte fois sous le nom de fièvre jaune (Graves, Barclay), ou confondue sur les bords de la Méditerranée avec la rémittente bilieuse d’origine palustre. Dans les cas où la typhoïde bilieuse s’accompagne d’hémorrhagies, d’hématémèses, il faut avouer (pi’elle prend tout à fait le masque de la fièvre jaune, mais des ressemblances symptomatiques ne suffisent pas pour autoriser à confondre des maladies qui présentent au point de vue anatomi(|ue et au point de vue étiologique de très-grandes difiércnces. La fièvre jaune est une maladie à foyer bien limité, ipii ne se développe jamais en
(1) Griesiiiger, op. cil., p. 3.")7.
MALADIES ET Él’IDÉMIES DES AI'.MÉES.
Europe qu’à la suite d’importations, au Mexique meme la fièvre jaune ne règne que sur les cotes, elle ne s’élève jamais sur les hauts plateaux où l’on rencontre le typhus; si la fièvre jaune n’était que la typhoïde bilieuse, on ne voit pas pourquoi à Mexico elle ne sévirait pas à cèle du typhus, quand partout ailleurs le typhus <â rechute et le typhus exantliématiciue présentent une si grande affinité.
Les altérations anatomifjues sont différentes, du reste, dans ces deux maladies et les séparent très-nettement. La dégénérescence graisseuse du foie est la lésion dominante dans la fièvre jaune, tandis que l’altération si remarquable de la rate dans la typhoïde bilieuse n’est pas mentionnée [)ar les auteurs qui se sont occupés avec le plus de soin de l’anatomie palhologitiue de la fièvre jaune.
Il n’est pas plus possible de confondre la typhoïde bilieuse avec la rémitlenle bilieuse d’origine palustre : la typhoïde bilieuse ne règne jamais ([u’à l’état épidémi(|ue, souvent à des intervalles éloignés, elle u’a pas de prédilection i)our les anciens fébricitants, elle se développe dans des pays où le miasme palustre a très-peu d’activité, comme en Irlande, à Saint-Pétersbourg ; au contraire, la rémittente bilieuse palustre ou rémittente bématurique est particulière aux pays chauds et palustres; elle revient avec la régularité de la période endémo-épidémique et ne fait des victimes que parmi les anciens fébricitants; la première est contagieuse, importable, la seconde ne l’est pas; enfin les lésions anatomiques sont dilférentes, l’hypertrophie énorme de la rate avec formation d’exsudats dans les corpuscules de Malpighi et abcès miliaires consécutifs, ne ressemble pas à l’hypertropl'.ie simple qui s’observe dans les fièvres palustres.
Un fait serait favorable à l’identité de ces deux formes : Griesinger a obtenu de très-bons effets du sulfate de quinine dans la typhoïde bilieuse; mais Griesinger observait en Égypte, la typlioïde bilieuse se compliquait peut-être d’un élément palustre; en Europe on n’a pas constaté cette efficacité du sulfate de quinine, on a vu qu’au contraire il était impuissant à prévenir les rechutes dans le rdupsiii;/ frver.
De petites épidémies de fièvre bilieuse (épidémie de Gaillon, par exemple) présentent quehpies analogies avec la typhoïde bilieuse, nous en parlerons plus loin et nous essayerons de faire la part de la typhoïde bilieuse et celle des autres causes dans la classe si mal définie des fièvres bilieuses.
Mortalité. — Nous avons dit que la fièvre récurrente simple avait une mortalité très-faible ; 2 à 4 pour 100 (Murchison); la typhoïde bilieuse est d’un pronostic beaucoup plus sévère; lorsqu’elle se mêle à la fièvre récurrente simple, elle augmente la gravité des épidémies, et lorsqu’elle règne seule, la mortalité peut être très-considérable; à
TYiniüS A nhxiiurt:.
Kronigsbcrg([.ange), les deux tiers des malades succoinhèreiU-, Larrey, Griesinger en Égypte ont eu aussi uii très-grand noml)re de morts par typlioide bilieuse.
Pendant la première partie de l’épidémie de Saint-Pétersbourg, alors fpie le typlms exantliémati(pie ne s était pas encoie joint au typhus récurrent, 1a mortalité était de 10,77 pour 100 à l’Iiôpilal d’Oboukotr, où observait le docteur llerrmann; la typlioide bilieuse loiirmssait le plus grand nombre de décès; comme à Kœnigsberg, les malades al teints de cette forme grave succombaient dans la proportion de ± sur 3.
Prophylaxie. Traitement. — Les mesures propliylactifiues sont les mêmes cpie pour le typlms; le typhus suit souvent de tiès-piès l.i fièvre récurrente, il faut donc, lorsque la fièvre récurrente apparaît, prendre toutes les mesures necessaires pour éviter celte liansloimation d’une forme bénigne en une forme grave ; éviter l’encombrement dans les hôpitaux, disséminer les garnisons, etc.
La fièvre récurrente et la typlioide bilieuse étant transmissibles, il y a lieu de se garantir contre la contagion et 1 importation : isoler les malades dans des hôpitaux spéciaux, etc.
La fièvre récurrente n’exige pas une intervention thérapeutique bien active, il n’est pas possible de prévenir la rechute à l’aide du sulfate de quinine. Au début de la typlioide bilieuse il est utile d’administrer des purgatifs salins ou de l’huile de ricin, et de prescrire le sulfate de quinine lorsque apparaît l’ictère (0,75 à 2 gr. en vingtquatre heures pendant plusieurs jours); Griesinger en Lgypte a obtenu d’excellents effets de cette médication, qui dans les pays non palustres est d’une efficacité moins bien établie.
PETITES ÉPIDÉMIES DE FIÈVRES RILIEUSES DE CIV 1 T A - V E(,C 11 1 A , DE SAINT-CLOED ET DE LOÜRCINE.
Du chaos des fièvres bilieuses on dégage peu à peu quelques en tités morbides bien caractérisées ; la fièvre jaune, la typhoïde bilieuse, la rémittenle bilieuse et la pernicieuse ictérique ou lieinaturique ont aujourd’liiii leurs places marquées dansle cadre nosologique; mais bon nombre de faits attendent encore à la porte, en vain on cbercbe a les caser, ce n’est pas une raison pour les supprimer. Parmi les petites épidémies de fièvres bilieuses dont la nature et les causes lestent à l’état de problème, nous citerons celles de Gaillon (18. >0), de Civita- Vecchia(1859), de Saint-Cloud et de Lourcine (1805), ces trois der-
MALADIES ET EPIDEMIES DES AIlMÉES.
nièi'es observées dans rarinée; répidémie de Dublin (1820) doit être rapportée, comme nous l’avons dit, à la typhoïde bilieuse.
Frerichs place l’épidémie de Gaillon parmi les Cormes épidémiques de l’ictére ; il n’est pas possible de conCoiulre les petites épidémies dont nous parlons avec les ictères saisonniers qui régnent en même temps que les embarras gastriques, les érysipèles, etc., à la fin de l’été ou à l’automne (voy. .Maladies saisonnièhes) ; d’un côté nous avons une maladie qui se limite soit à une [irison, soit à une caserne, et qui tient évidemment à dos causes locales, de l’autre une maladie qui s’observe sur toutes les personnes soumises au.x mêmes conditions générales, dans la population civile comme dans l’armée, et pour une même garnison dans tous les corps qui en font partie; d’un côté, des maladies (|ui peuvent prendre des formes graves et souvent mortelles, de l’autre des ictères simples ou avec embarras gastrique qui guérissent sans peine.
Les épidémies de Gaillon, de Civita, de Saint-Cloud et de Lourcine ne constituent pas une entité morbide bien caractérisée, aussi n’essayerons-nous pas de les réunir dans une description générale, nous nous contenterons de résumer l’iiistoire de chacune d’elles et de rechercher à quelles causes on peut les rattacher.
Épidémie de Gaillon (1). — L’épidémie commença au mois dé mai, à la maison centrale de Gaillon, et dura cinq mois environ ;47 détenus furent frappés, 1 1 succombèrent.
I^a durée de la maladie était de douze jours en moyenne, mais la convalescence était très-longue, trente-huit jours en moyenne, et au bout de ce temps les malades étaient encore trop faibles pour reprendre leur travail. M. le docteur Carville distingue deux périodes.
Première période ou période d’incubation (six Jours en moyenne) : la maladie débutait le plus souvent i>ar un frisson plus ou moins violent, puis les malades accusaient de la céphalalgie, un affaissement général allant jusqu’à la prostration; la fréquence du pouls était très-modérée (84 en moyenne, 87 dans les cas graves, 75 dans les cas légers); d’apres M. Carville, la température de la peau ne dépassait pas la normale, mais le thermomètre ne fut pas appliqué. La diminution, la suppression même de la sécrétion urinaire a été notée dans les cas graves; chez les 47 sujets atteints, les urines renfermaient de la matière colorante biliaire. Le ventre avait sa conformation naturelle 27 fois sur 47, dans les autres cas il était empâté, légèrement tendu ou ballonné; 28 fois sur 47 il y avait une sensibilité
(t) Delalinn du doiToiir f.arvilln. De l’iclère grave épidémigue {Arcli. gèn. de méd., ISfüj.
Él> IDtMIES DE SAlMT-aOLI), DE EOURCLNE, ETC.
anormale, soit générale, soit bornée à la région épigaslri<iue, et dans nn pareil nombre de cas les malades se |)laignaienl de nausées on bien étaient pris do vomissements bilieux. Langue tantôt blancbe, tantôt visqueuse, sèche et rouge sur les bords; gène de la respiration (10 cas) ; insomnie dans 40 cas ; anorexie dans tous; constipation 20 lois, diarrhée 8 lois, bo(|uet 2 fois, épistaxis 0 fois.
Deuxième période ou d’explosion (ilurée moyenne 0 jours ‘ j : riclère apparaissait présentant tles nuances variées généralement en rapport avec la gravité de la maladie, les vomissements se montraient de nouveau ou apparaissaient pour la première fois s’ils avaient manqué pendant la première période; on observait une diminution dans le nombre et la force des pulsations du cœur, enfin des hémorrhagies (épistaxis dans 15 cas, hématémè.^e dans 2, purpura 3 fois); la dyspnée, le hoquet, la somnolence et le délire survenaient souvent à la lin de cette période; 2 fois la mort fut précédée de véritables attaques d’éclampsie.
Il malades succombèrent; voici les principaux résultats des autopsies ; dans deux cas, le foie avait perdu de sa consistance et présentait une teinte jaune uniforme (pas d’examen bistologi(iue) ; dans un cas, rintérieur du foie était jaune d’ocre avec un pointillé rouge très-fin; dans les huit autres cas, le foie n’était pas altéré. — Les reins étaient généralement décolorés, augmentés de volume et de poids dans 0 cas, avec diminution de consistance; — 10 fois sur 1 1 la rate était profondément altérée; dans le seul cas où elle fut trouvée intacte, la mort était survenue en deux jours; ramollie, quehpiefois même diffluente, la rate était en même temps hypertrophiée 7 fois sur 10. — Mtuiueuse digestive souvent injectée, queh[uefois ecchymosée, pas d’ulcérations; dans 9 cas on nota au voisinage de la valvule iléocæcale (juelques plaques de Peyer un peu plus développées qu’à l’état normal. — Cœur vide ou reidermant très-peu de sang noir, liquide. — Congestion passive des poumons (3 fois). — Turgescence sanguine du cerveau (3 cas dont 1 avec hémorrhagie méningée).
D.ans 12 cas, dont M. le docteur Carville n’a pas tenu compte, la manifestation ictériipie fit défaut, cependant il s’agissait de maladies développées très-probablement sous la même iulluence que les premières.
M. le docteur Carville décritees faits sous te nom d’ictère grave épidémique; l’ictère grave est une maladie sporadique, en généi'al mortelle, et (jui s’accompagne d’une dégénérescence graisseuse constante du foie sans altération de la rate, les faits observés à Gaillon ne sauraient être rapportés à cette cause; M. le docteur Carville rapproche aussi l’épidémie de Gaillon du typhus ictérode (typhoïde bilieuse).
ce rapprocliemoiit nous paraît plus heureux, les malades i)résenlaieiil en cll'el fjuchpies-uns des caractères de la typhoïde hilieuse, et la rate était constamment altérée, mais la maladie était apyrétiipie; la rate n’avait pas les caractères ([u’elle présente dans la typhoïde hilieuse : hypertrophie (rès-considérahle, hyperplasie des Collicules pouvant aller jusqu’à la suppuration, enlin la maladie ne se montra pas contagieuse. M. le docteur Carvillc, dans sarclalion, excellente du reste, a négligé nu peu l’étude des causes, il serait nécessaire de savoir dans ([uelles circonstances se développa cette épidémie, comment les détenus étaient logés, nourris, quelle eau ils huvaienl, etc.
Épidémie de Civita-Vecchia (1). — Elle survint en hiver, à l’époque où les lièvres sont rares à Civita et dans la campagne romaine, surtout les fièvres de première invasion; les malades atteints de fièvre hilieuse n’étaient pas d’anciens fébricitants, aucun ne présentait les signes de la cachexie palustre, fait important à noter, car nous savons que la rémittente hilieuse hématurique ne s’observe que chez des individus déjà éprouvés par les fièvres; fous les malades provenaient d’une.même caserne dans laquelle il y avait, paraît-il, un peu d’encombrement.
La fièvre débutait assez brusquement, les malades accusaient de la céphalalgie, des douleurs dans les membres, souvent ils étaient pris de vomissements bilieux; des hémorrhagies se produisaient soit a la peau (pétéchies), soit à la surface des muqueuses, enfin l’ictère apparaissait pâle ou très-foncé, et il amenait a sa suite les symptômes qui lui font habituellement cortège : coloration foncée des urines, ralentissement du pouls, constipation, érythèmes de la peau; |)lusieurs fois les épistaxis très-abondantes nécessitèrent le tamponnement des fosses nasales; quelques malades eurent du purpura sans ictère.
Sur 47 cas de fièvres bilieuses il y eut a Civita 4 décès; les malades succombaient dans un état ataxo-adynamique très-prononcé; dans une autopsie le foie fut trouvé pâle, couleur feuille-morte, foncé et congestionné dans une autre.
Le sulfate de quinine n’avait aucune action sur la marche de la maladie, les acides furent donnés avec avantage.
Épidémie de Saint-Cloud (^2). — Cette épidémie, qui se déclara au mois de mai 1805, régna exclusivement sur des troupes casernées a Saint-Cloud dans un même quartier (artilleurs de la garde impé-
(1) Eriiscli (lit Limg:, llièsc do Slrasbonrg, tSfit.
(2) Rapport sur la maladie (pii a i'(igu(j pendant le mois de mai 1805 sur les troupes casernées A Saint-C.loud, par M. Worms {Rec. mé»). mêd. militaire, 1805).
KPim-MIES DE SAINT-ELOri), DE I.OEIlCINE, ETC,
riale, l" régimenl de grenadiers); 40 malades lurent envoyés ii l’hôpilarmililaire du Gros-Caillou ; M. le 1)^ AVorins décrit ainsi qu’il suit les symptômes qu’ils présentaient :
« Les malades entraient à l’iiôpital au quatrième, cinquième ou, au plus lard, au sixième jour do l’invasion, qui selon leur dire était maniuée par un IVisson caractérisé; ce frisson survenait à la fin de la nuit ou le malin, quand ils cessaient leur service de garde, quelquefois dans le milieu du jour, après un travail ou une faliguo exceptionnels. Ce frisson ne se répétait plus et laisait bientôt place à un sentiment de clialour lébrile, de malaise général, danoiexie et de courbature très-pénible; chez ([uelques-uns, des vomissements de matières bilieuses avaient décidé le médecin du corps a administrer un vomitif ou une purgation.
» Le ciiKiuième ou sixième jour, qui était celui de l’entrée a l’hôpital, la courbature avait fait place a des douleurs très-vives dans les membres inférieurs, les lombes, les muscles du tborax et de 1 abdomen; ces douleurs, pour beaucoup d’entre eux, rendaient impossible le transport par la voilure; on les voyait courbés en deux par la douleur, se (rainer péniblement vers les salles, soulenus ou portés par leurs camarades; quelques-uns poussaient des cris au moindre mouvement et au plus léger attouchement.
» La figure portail l’empreinte d’un extrême aballemenl; le pouls serré et dur variait entre 70 et 00 pulsations; la chaleur de la peau n’avait rien d’extraordinaire; la langue était nette ou légèrement enduite ; l’anorexie était com[)lète.
» Dans les cas légers et sous l’inlluence du traitement, tous ces phénomènes cédaient au bout d un ou deux jours, et une lianspiiation assez abondante conduisait prom[)tement a une convalescence qui n’était ni accidentée ni prolongée.
Dans les cas qui devaient être plus graves, on constatait au début, sur plusieurs de ces hommes, en dehors des symptômes ci-dessus énumérés, des signes d’engouement pulmonaire; les crachats étaient rouillés, et l’oreille percevait des râles cré|)itants, mais sujets à changer de place quand l’examen était renouvelé.
)) Chez presfinc tous la peau était plus chaude, la céphalalgie assez intense, et l’insomnie persistait depuis le début; les yeux ofTiaient chez un grand noml)re d’entre eux celte injection de la conjonctive si commune dans le typhus, et qui fait ressembler 1 œil à celui du chien malade. La constipation sans ballonnement du ventre était la règle. Le foie et la rate (([ue l’hypéreslhésie musculaire ne permit de percuter que plus tard) ne présentaient aucune modification de volume. Gesorganes d’ailleurs n’ontjamais semblé participei à la mahnlie.
MALADIES ET ÉI-IDÉMIES DES AltMÉES.
'> Le |)i eiiiier jour rareiociil, plus souveiil le deuxième et le ti'oisième jour après rciilrée, il survenait une é|)istaxis al)omlan(e et très-diflicile à arrêler, qui, en se renouvelant, nécessitait l’emploi des injections de pcrclilorure de l'er et du lamponncment.
» Dans un des cas graves, riiémorrhagie a eu lieu par les oreilles, avec des douleurs très-vives et rupture de la membrane du tympan. L’épistaxis était immédiatement suivie d’une sud'usion ictériijue d’un jaune brun ayant la nuance de la gomme-gutte et dans quelques cas de l’ocre; les muqueuses des gencives étaient boursouflées et saignantes, 1 baleine était létide, et la muqueuse ilu palais était jaune, (.et ictère s établissait pour ainsi ilire d’une seule pièce, sans procéder graduellement de la sclérotique aux téguments de la lace et du reste du corps, comme cela a lieu dans l’ictère apyrétique.
» Les urines, qui jusque-la avaient été rares et rouges, mais dans lescpielles cependant l’e.xamen oculaire et ebimique constatait la présence de la matière colorante de la bile, brunissaient et se rapprocbaient de la coloration des urines dans 1 ictère ortl inaire, sans cependant jamais prendre cette teinte foncee de pot'lot’ qui est si commune dans cette sorte d’ictère.
» Le pouls perdait de fréquence pour redescendre pour ainsi dire brusquement (dans le cas où l’amélioration survenait) à 00, 50 pulsations et quelquefois au-dessous.
» Les quelques pétéchies et sutîusions sanguines qui avaient apparu assez rares à la partie supérieure et antérieure de la poitrine s’effaçaient.
» La convalescence commençait de suite, mais languissante, l’appétit laissait à désirer, les forces revenaient difficilement; à l’ictère qui s éteignait succédaient une décoloration chlorotique et les signes d’une anémie prononcée; pendant leur séjour à l’hôpital, on les distinguait à première vue parmi tous les malades à leur pâleur caractéristique. Les digestions étaient irrégulières; dans un seul cas l’ictère a reparu, mais pour peu de temps.
» Dans les cas cjue j’ai (lualiliés de très-graves, les épistaxis se répétaient jusqu’à trois et (piatre fois et n’étaient (ju’avec peine aiTélées par le tamponnement. Le pouls gagnait en fianpience et perdait sensiblement en force; la suffusion ictérique de la conjonctive, au lieu de pâlir en même temps que l’ictère général, se fonçait d’une manière très-rnarquée.
» Les pétéchies se multipliaient, des traînées eccbymoliques bleuâtres vergetaient les bras, les hypoebondres, les aines; les mains se cyanosaient jusqu’à l’avant-bras, la peau se refroidissait sur tous les points; le malade n’était plus qu’un cadavre parlant, car même