ÉPIDÉMIES DE SAINT-ÜLOUD, DE LOÜUCINE, ETC
I dans celle silualion et avec un pouls à peine perceplilile, au milieu I
I d’une stupeur profonde, l’intelligence reslait intacte. » ;
M. le docteur Worms attribue celte épidémie à l’usage de l’eau d’une citerne mal curée et contenant des matières en décomposition.
Le rapport de M. le docteur Fropo, anne.xé à celui de M. Worms (foc.
Ci7.), constate que le réservoir dans lequel on puisait l’eau pour la l)oisson des troupes n’avait pas été nettoyé depuis cinq ans et qu’il '
contenait des détritus animaux et végétaux de toute nature, les rats avaient un facile accès le long de ses bords et laissaient partout des *
traces de leur passage. Les soldats se plaignirent de la mauvaise qualité de l’eau; d’après M. le docteur Vergé, médecin-major aux gre- :
nadiers de la garde, cette eau avait une saveur désagréable et une '
odeur assez prononcée; le curage du réservoir fut ordonné, on en i
retira beaucoup de vase infecte et de débris organi(jues, et dès lors j
l’épidémie disparut. Au moment où l’é|)idémie commença, les grena- •
diers venaient d’arriver de Paris, mais les artilleurs occupaient de- j
puis longtemps la caserne de Saint-Cloud et ils faisaient usage de l’eau de la citerne sans en cire incommodés. Il faut donc admettre, comme le fait remarquer M. Worms, que cette eau avait pris tout à coup des '
propriétés loxûiues.
.Vueun malade ne succomba, les acides donnèrent de bons résultats.
Épidémie de la caserne de Lourcine (Paris, 18G5) (I). — « A dater du 25 juillet, le médecin chargé du service de Lourcine vit tout à coup se présenter à sa visite un assez grand nombre de malades accusant des symptômes semblables et réclamant tous des vomitifs.
Los plus gravement atteints furent envoyés à l’hôpital, les moins malades gardés ii la chambre. 11 entra au Val-de-Grâce 6 malades le 27;
(■», le 28; 10, le 29; 10, le 30; 2, le I" août; 2, le 2; 13, du 2 au 15; en tout 49.
» La maladie de Lourcine n’attaquait pas, comme la plupart des petites épidémies militaires, les hommes jeunes et nouvellement incorporés, mais bien des sous-officiers et de vieux soldats. Parmi les malades je trouve des hommes de 25, 30, 31, 38, 40 et 45 ans. La maladie do Saint-Cloud a frappé des hommes do la garde; dans l’épidémie de Caillou, la ])ériode de la vie de 40 à 70 ans paye le tribut le plus lourd à la maladie.
» L’invasion était subite, le plus souvent le soir ou pendant la nuit.
Fdle surprenait l’homme au lit, <à la promenade, en faction, par des
ft) lîclulion d'une petite épidémie de fièvre rémittente bilieuse qui s’est déclarée à la caserne de Lourcine pendant les mois de juillet et août ISOri, par L. I.averan (Hec. mém. méd. militaire 180G;.
MALADIKS KT Él'IDÉMIliS DES ARMÉES.
frissons, du vertige, une faiblesse allant jus(iu’à la syncope. Les frissons revenaient le lendemain une ou plusieurs fuis dans la journée, étaient suivis d’une fièvre plus ou moins violente pendant la nuit, avec insomnie fatigante. Le malade subissait dès le début un abattement absolu des forces, ne pouvait se tenir debout, s’asseoir dans son lit, répondre aux questions on ne le faisait que d’une voix faible et éteinte, comme dans le choléra. L’intelligence était presque constamment intacte; une seule fois il y eut du délire au début. Les malades se rendaient compte du caractère extérieur des douleurs. « Ce n’est pas- » dans la tète que je souffre, nous disait un sous-olïicier intelligent, » c’est en dehors, sous la peau. » Les douleurs nerveuses constituaient les symptômes principau.x: elles siégeaient à la tête, au front, le long du rachis, à l’épigastre, et toujours aux mollets, où la douleur était si vivo(in’on arrachait des cris et (pielqnefois des pleurs aux malades (Ml y exer(;ant une pression. Cette douleur empêchait le malade de se tenir debout. Ces douleurs constituaient les symptômes du début, aussi bien que la faiblesse, et persistaient avec elle pendant toute la convalescence. Lorsipie la rachialgie était très-violente, les malades ne pouvaient se coucher sur le dos. Comme fait particulier, nous avons noté l’hyperesthésie épigastrique, et M. Codelier a observé un cas de contracture des mâchoires.
» Avec la faiblesse et les douleurs se développait une fièvre avec redoublement vespéral et frissons répétés dans la. journée. Cette fièvre, dont la durée a varié de quatre à huit jours, était d’autant plus développée que l’ictère l’était moins; elle se caractérisait par un pouls moins développé que dans la fièvre typhoïde, mais plus fréquent; une chaleur cutanée moins élevée, une peau sèche non sudorale, et principalement de l’anxiété respiratoire et une fré(iuence extrême des mouvements d’inspiration. Chez un seul malade nous avons noté la turgescence de la face et l’injection de la conjonctive. Une fois il se développa une éruption de roséole sur le tronc et les membres; chez un antre malade, un urticaire sur la |)oitrine, les épaules, les cuisses. Pendant la fièvre, les urines étaient claires, abondantes et ne donnaient qu’exceptionnellement un précipité par l’acide azotique. »
Le pouls d’abord accéléré (100, 110 pulsations) se ralentissait progressivement (GO, 70 pulsations), et pendant la convalescence il tombait souvent au-dessous de la moyenne. La chaleur s’élevait â peine à une température fébrile (le chiffre de 38° dans 1 aisselle n est pas dépassé); la respiration était notablement accélérée, dans un cas terminé par la mort les inspirations ne pouvaient pas se compter.
« C’est à la fin do la période fébrile qu’apparaissaient les hémor-
ÉPIDÉMIES DE SAlNT-CLOUf), DE LOI RCINE, ETC.
rliagios, le cinquième, neuvième, ou dixième jour. L’ci)islaxis s’esl montrée sur le dixième des malades; une seule fois elle a été trèsabondante. Les taches pétéchiales ont été plus rares. Une seule fois , il y a ou hématurie avec suppression des urines.
« Avec rabattement des forces, les douleurs des mollets, la fièvre,
I (jui étaient les symptômes constants, il existait toujours des symp- I tomes du côté des organes digestifs.
» Chez tous les malades il y a eu, pendant six, huit, quinze jours,
I une répugnance absolue pour tout aliment portée à un point (pie je I n’ai jamais observé chez le soldat. A l’inappétence a succédé quehiuefüis de la voracité. La soif n’était pas vivement accusée; la langue, presque toujours plate, humide, couverte d’un enduit peu épais, s’esl séchée dans les cas graves, et a pris chez les icléri(iues une teinte jaunâtre.
» Pres([ue tous les malades ont eu des nausées et des vomissements bilieux spontanés ou provo(piés. Chez tous le ventre était souple,
I sansmétéorisme. La constipation était larègle. Chez deux malades seulement, le foie dé[)assait les fausses côtes. La rate, explorée avec soin, no s’est montrée qu’une seule fois développée, pendant une convalescence difficile, chez unmaladeatteint de lésion organiquedu cœur.
» Les symptômes précédents appartenaient à la première période de la maladie; leur durée était de six à huit jours, la maladie se terminant par une convalescence relativement assez longue. Sur la moitié des malades, ils étaient suivis, vers le sixième ou dixième jour,^ d’ictère plus ou moins grave entraînant toujours une convalescence plus longue, avec anémie et faiblesse excessive.
» L’ictère s’est manifesté aussi bien chez les malades qui n'avaienl pas présenté d’hémorrhagie que chez ceux qui en avaient été atteints. Tantôt pâle d’une teinte citrine, d’autres fois couleur safranée avec I des bandes rouges irrégulières, il a duré de six à dix jours, et a présenté son maximum d’intensité chez un malade qui a succombé dans un état algide, avec hématurie, suppression d’urine, délire et convulsions. Les malades ictériques ont eu, la plupart, des vomissements bilieux; tous accusaient une constipation opiniâtre. Chez un malade qui a succombé, les matières fécales étaient dures, argileuses et privées de bile.
» Les urines, comme la couleur de la peau, présentaient des teintes différentes, variant de la couleur vin de Madère au brun noirâtre. Par l’acide azotique, elles passaient de la teinte acajou au vert et au bleuindigo. Chez le malade qui est mort, elles précipitaient abondamment
ipar la chaleur et l’acide azotique, et montraient au microscope des^ globules de sang décolorés par l’eau de dissolution.
» Les urines ictériques examinées par M. Jaillard lui ont donné les caractères snivanis : elles se conservaient sans se pnlréficr, contenaient de la hilivenline, laissaient déposer spontanément de long:nes aiguilles en fer de lance (acide urique). Traitées par la clialenr et l’alcool, clics donnaient des lioui)pes cristallines de lencine. M. Jaillard n’y a pas trouvé de sucre.
» La maladie de Loiircine a eu en général deux périodes ; la période fébrile et la période ictérique, suivie d’une convalescence assez longue. Les cas légers n’ont présenté que la première. La durée moyenne a été do douze jours. Quelques. malades ont prolongé leur séjour à riiôj)ilal au delà de vingt-cinq jours.
» Un seul cas s’est terminé falalemenl; il est relatif à un malade porteur de tubercules pulmonaires en voie de régression. Les lésions récentes consistaient dans la coloiaition ,icléri(pie des tissus, une liypérémie de rintestin, la distension de la vésicule biliaire, nue liypéréinie des reins, avec altération granuleuse de l’épithélium, 1" degré de llcnlé (I). »
Mon père recherche avec le plus grand soin une cause locale à cette é[)idémic locale, et il la trouve dans la mauvaise qualité de l’eau servant à la boisson des troupes casernées à Lourciue. Le réservoir, qui était de bois doublé de plomb, recevait des eaux de Seine liltrécs; complètement ouvert à sa partie supérieure, ce réservoir occupait toute rétendue d’une chambre de de long, 4“,30 de
large et 3“,40 de hatit, située à coté, de la cuisine « infectée d’nne quantité innombrable de rats ». Ces eaux ne renfermaient pas trace de plomb, ce ([ui s’expli(pie par leur nature bicarbonatée, mais des matières organiipies en assez forte proportion.
Ces petites épidémies de Caillou, de Civita, de Saint-Cloud et de Lourciue présentent des ressemblances incontestables, il n’est pas possible d’admettre qu’il s’agisse d’une entité morbide nouvelle, d’une maladie qui n’aurait eu que ces quatre manifestations, et l’on est amené naturellement à leur chercher une place dans le cadre nosologique. On a rapproché ces épidémies de la rémittente bilieuse, de la typhoïde bilieuse et de la (ièvre jaune. Est-il nécessaire de démontrer que la fièvre jaune, maladie infecto-contagieusc, grave, toujours importée en Europe, caractérisée anatomiquement par la dégénérescence graisseuse du foie, ne présente que des analogies symptomatiques très-superficielles avec les petites épidémies que nous étudions? On peut exclure aussi l’idée de typhoïdes bilieuses ou de rémittentes bilieuses d’origine palustre. A Caillou, d’après M. Carville, la tempé-
(1) E L:ivcran, tiiL'in cité. Rec. méin. méd. mililaire. 3» série, l. \VI, p. 19-“2 t.