‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 100 sur 127 · A. I.AVERA5, -JO · texte numérisé non relu

A. I.AVERA5, -JO

rations, tantôt des couches de matière qui suivront les mêmes transformations (1). »

Dans la forme ulcéreuse les plaies atteintes de pourriture augmentent chaque jour d'étendue par suite d'une véritable gangrène moléculaire de la peau et du tissu cellulaire; j'ai vu la pourriture ulcéreuse dénuder progressivement tout un avant-hras, tout un pied. Les bords des plaies incessamment rongés, taillés à pic et un peu décollés, ne paraissent pas enflammés, ils ne sont ni rouges, ni tuméfiés, ni très-douloureux à la pression; le fond est grisâtre, sanieux, mais non recouvert de fausses membranes. La forme gangréneuse est plus redoutable encore que la précédente, car ses progrès sont plus rapides, et il est plus difficile de l'arrêter dans sa marche envahissante.

Les plaies les plus petites, celles qui étant en pleine voie de cicatrisation n'inspirent plus aucune inquiétude, peuvent se compliquer tout à coup de pourriture. Dans la forme gangréneuse les bords des plaies sont rouges et tuméfiés, des lambeaux de peau et de tissu cellulaire spbacélés, noirâtres ou grisâtres, se détachent facilement à l'aide de quelques coups de ciseaux, chaque jour il faut recommencer ce nettoyage et chaque jour la plaie s'élargit; le fond des plaies est sanieux, constitué par des bourgeons charnus de mauvaise nature laissant suinter du sang, ou bien par des lambeaux de tissu cellulaire morlilié.

L'élargissement des plaies par la pourriture (ulcéreuse ou gangréneuse) se fait le plus souvent d'une façon régulière, dans toutes les directions à la fois, de telle sorte que les ulcérations ont des bords arrondis et présentent même une forme exactement ronde quand la région et la forme primitive de la plaie s'y prêtent. Parfois la pourriture ne se contente pas d'élargir les plaies, elle les creuse, les parties sous-jacentes à la peau se mortifient, les os eux-mêmes peuvent devenir noirâtres et se déliter sous forme d'une véritable poussière osseuse.

Le début de la pourriture d'hôpital était souvent marqué chez nos blessés par des frissons qui faisaient craindre l'infection purulente, l'appétit se supprimait, la langue était chargée et quelques-uns accusaient de vives souffrances dans la plaie qui allait être envahie.

L'encombrement exerce la plus fâcheuse influence sur la marche de la pourriture. Au mois d'octobre 1870, à Metz, nous avions isolé dans une salle de la caserne Chambière cinq blessés atteints de pourriture; à l'aide d'applications répétées de perchlorure de fer

(1) Legouest, op. cit., p. 849.

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nous avions réussi à arrêter la pourriture, les plaies se cicatrisaient sur leurs bords, le fond était recouvert de bourgeons cbarnus d'excellente nature; les nécessités du service obligèrent à faire occuper par des fiévreux tous les lits vacants; aussitôt la pourriture d'hôpital reprit sa marche.

h la même époque l'érysipèle régnait sur les blessés de Chambière et j'observais dans mon service, mais dans des salles exclusivement consacrées aux fiévreux, deux cas de diphthérite pharyngienne qui se terminèrent par la mort.

Les formes ulcéreuse et gangréneuse de la pourriture d'hôpital ne présentent en somme aucune ressemblance avec la diphthérite cutanée; ce qui domine dans la pourriture d'hôpital, c'est la tendance au sphacèle, les tissus frappés de mort sont éliminés soit sous forme moléculaire (variété ulcéreuse), soit sous forme de lambeaux plus ou moins étendus (variété gangréneuse); les plaies ne se recouvrent pas de fausses membranes et leur extension progressives lieu sur toute leur circonférence; dans la diphthérite cutanée, ce qui domine, c'est la tendance à la production de fausses membranes, cellesci en s'imbibant de sang et de pus peuvent simuler la gangrène, comme font les fausses membranes du pharynx, mais la gangrène est un fait tout exceptionnel. La plaie envahie par la diphthérite ne s'étend pas nécessairement et quand elle le fait, c'est d'une façon bien différente de celle de la pourriture; le liquide exsudé irrite les parties déclives, l'épiderme se soulève et se détache en permettant ainsi à la maladie de s'inoculer sur de nouvelles plaies qui se réunissent à la première.

La pourriture à forme pulpeuse telle qu'on la trouve décrite dans le livre de M. le professeur Legouest présente seule quelques analogies avec la diphthérite cutanée. La formation de fausses membranes épaisses à la surface des plaies est indiquée en effet; mais M. le professeur Legouest ne parle pas de la diphthérite, et il est probable que quelques malades au moins auraient présenté des angines ou des laryngites diphthéritiques s'il se fût agi de la diphthérite cutanée vraie.

Tout en faisant quelques réserves pour celte forme pulpeuse qu'il ne nous a pas été donné d'observer, nous croyons pouvoir conclure que la pourriture d'hôpital est une maladie bien différente de la diphthérite; ces affections cependant ne sonl pas sans présenter quelques rapports au point de vue étiologique : l'encombrement, la vicialion de l'air des grands hôpitaux qui exercent une influence incontestable sur l'apparition de la diphthérite, président toujours à celle de la pourriture d'hôpital; on peut aussi rapprocher de ce groupe morbide

l'érysipèle Iraumalique qui naît dans les mêmes -circonstances ; qui, comme la pourriture et la diphthérite, vient compliquer les plaies et les moindres excoriations, qui se propage enfin par contagion (1).

Prophylaxie. — Quand la diphthérite se montre dans une caserne, il faut isoler immédiatement les malades et rechercher si des circonstances locales n'ont pas favorisé le développement et la propagation de la maladie. Si les lieux où sont casernées les troupes sont bas et humides, on s'efforcera de faire changer ou modifier du moins le casernement; s'il existe de l'encombrement dans les chambrées qui fournissent le plus do malades (comme cela eut lieu pendant l'épidémie d'Avignon), on fera évacuer et désinfecter ces chambrées; àLunévilleen 1874 l'épidémie d'angine diphthéritique disparut dès qu'on eut ordonné l'évacuation et la désinfection des salles qui avaient fourni les malades.

Guersant attribue à l'encombrement le grand nombre des cas de diphthérite qui s'observent à Paris, à l'hôpital des enfants; l'encombrement qui donne lieu dans les salles de blessés h l'érysipèle et à la pourriture d'hôpital favorise dans les salles de fiévreux l'apparition de la diphthérite, surtout s'il s'agit de malades atteints de rougeole ou de scarlatine.

Pour le traitement de l'angine diphthéritique, nous renvoyons le lecteur aux belles leçons de Trousseau; la diphthérite culanée cède aux applications locales (acide chlorhydrique, calomel en poudre) et il est probable que le perchlorure de fer qui réussit bien contre la pourriture d'hôpital serait employé aussi avec succès contre la diphthérite cutanée.

(1) Mémoire lu à l'Académie de médecine le 20 novembre 1866, par M. le baron Larrcy.

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