CHAPITRE XXXV
SUETTE. GRIPPE. DENGUE.
SHETTE.
On trouve clans les auteurs grecs la description d'une maladie que Littré a rapprochée avec beaucoup de raison de l'a suette anglaise : elle est désignée sous les noms de maladie cardiaque et de diaphorèse. <(. Les écrits d'Hippocrate, dit Littré, n'en présentent aucune trace ; après Galien le souvenir s'en efface de plus en plus, de sorte que cette maladie a du naître sous les successeurs d'Alexandre et cesser vers le 11e siècle de l'ère chrétienne (1). »
La maladie cardiaque s'annonçait par une sensation de froid, par delà stupeur; le pouls devenait petit, fréquent, plus tard inégal, et même il disparaissait complètement; dans la plupart des cas,' le corps ruisselait de sueur; les malades étaient tourmentés par une dyspnée, une oppression qui allaient quelquefois jusqu'à la syncope; les extrémités se refroidissaient, la peau se ridait; les malades mouraient en conservant leur raison jusqu'au dernier moment.
Le caractère épidémique de la maladie cardiaque ne permet pas de la rapporter aux fièvres pernicieuses sudorales.
L'histoire de la maladie épidémique connue sous le nom de suette anglaise est assez obscure, car nous ne possédons sur les épidémies auxquelles elle a donné lieu de 1485 à 1551 que très-peu de documents dignes d'intérêt; néanmoins Hecker (2), Griiner (3) et Haeser ( h ont reconstitué celte histoire avec beaucoup de talent.
La première épidémie éclata en Angleterre pendant la guerre des df.ix Roses, peu après la victoire d'Henri Tudor sur Richard III à Boffworth (22 août 1485) ; l'épidémie s'étendit rapidement de l'ouest
<\) Littré, fM» ijrande* épidémies. (Loc. cit.)
i% i. V. C. Hecker, Uer enylixc.he Scltweiss. Berlin, 1831.
nllLTmiGrUn':T,SCripU're'' de ml0re anVlko >W'r*Me»> ouvrage publié par ( I) Haeser, Op. cil., p. 299.
67(j MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.
à l'est du pays de Galles à Londres ; à la fin de l'année elle avait envahi toute l'Angleterre, causant partout de grands ravages et répandant la terreur. La marche et les symptômes de la maladie sont peu connus. « C'était une fièvre ardente précédée d'un frisson de courte durée, accompagnée d'un grand abattement des forces, de vives douleurs à l'épigastre et dans la tète, de somnolence et d'une sueur fétide qui marquait sa fin; les malades étaient tourmentés par une chaleur insupportable, les refroidissements étaient mortels. » (Hecker). La mort arrivait quelquefois en huit ou dix heures, les hommes[les plus forts succombaient.
La deuxième épidémie prit naissance à Londres en 1507, elle fut plus bénigne que la première; on manque de renseignements sur l'extension qu'elle prit. Une épidémie de peste à bubons lui succéda.
La troisième épidémie, plus meurtrière encore que la première, éclata au mois de juillet 1518 ; les malades mouraient en deux ou trois heures. La classe pauvre eût surtout à souffrir, mais les autres ne furent pas épargnées, plusieurs professeurs des universités d'Oxford et de Cambridge succombèrent à cette maladie, qui enlevait, sur beaucoup de points, le tiers ou la moitié de la population. L'épidémie dura six mois et s'étendit sur toute l'Angleterre ; l'Irlande et l'Ecosse jouirent de la même immunité que lors des épidémies précédentes. La suette se montra à Calais, mais elle ne frappa, dit-on, que les Anglais, pas un Français ne fut atteint.
La quatrième épidémie, celle de 1529, estuncdes plus importantes, parce que cette fois la maladie ne resta pas localisée à l'Angleterre, elle se répandit sur une grande partie de l'Europe, et éveilla l'attention générale. La suette apparut en Angleterre dans les derniers jours de mai 1529, elle s'étendit rapidement surtout le royaume; aussi meurtrière qu'en 1518, elle débutait sans symptômes prémonitoires, et tuait en cinq ou six heures; l'Irlande et l'Ecosse furent encore épargnées.
Le 25 juillet 1529, la suette éclate à Hambourg où elle est importée par un navire anglais qui avait perdu plusieurs hommes en mer; en vingt-deux jours 1000 personnes succombent a Hambourg; bientôt la maladie s'étend aux villes voisines, et la marche progressive de l'épidémie semble prouver, comme son importation à Calais (lo07) et a Hambourg, qu'il s'agissait d'une maladie transmissible.
L'extension de l'épidémie importée à Hambourg se fait dans toutes les directions ; vers l'est, la suette, suivant d'abord les rives de la Baltique, atteint : Lubeck, Brème, Yarden, Stetlin, Dantzig, Kœmgsberg (septembre 1529); puis elle gagne la Lithuanie, la Livonie, la Polo-
STJETTE. ^77 «ne efh Russie. Eu Livonie elle se montre en 1530, cl enlève les
deux tiers de la population.
Vers le nord, la suelte envahit le Dancmarck, la Suède et la Norwéçe; à Copenhague, 400 personnes meurent en un seul jour.
Vers le sud ouest l'épidémie s'étend sur la. Westphalie et des rives du Weser à celles du Rhin : Cologne, Juliers, Spire, Nuremberg, Strasbourg, Mulhouse sont successivement frappées. A Augsbourg dans les premiers jours de l'épidémie 1500 personnes sont atteintes, 800 meurent.
Le Wurtemberg, le duché de Bade, lePalatinat, la Bavière, eurent aussi beaucoup à souffrir; l'épidémie se propagea en Autriche jusqu'à Vienne, alors assiégée par Soliman, tandis qu'en Suisse elle allait s'éteindre à Baie, à Solcure et à Berne. La France fut complètement épargnée.
Le 13 avril 1551, une cinquième épidémie prit naissance sur les bords de la Severn cà Shrewsbury ; son intensité et sa généralité n'avaient pas d'exemple; la mort arrivait en quelques heures, les habitants effrayés s'enfuyaient en masse enÉcosse, en Irlande, en France; la ville de Londres ne fut envahie qu'au mois de juillet; l'épidémie dura six mois; elle épargnait les étrangers qui étaient en Angleterre, tandis qu'elle suivait les Anglais dans les Pays-Bas, en France et en
Espagne. ',' .
Si la suelte anglaise n'avait pas donné lieu a la grande épidémie de 15-29, on pourrait la citer comme exemple curieux d'une maladie propre à une race; en tout cas il reste prouvé que tes Anglais jouissaient pour la suelte d'une singulière prédisposition : à Calais en 1518, les Anglais sont seuls atteints, en 1551 les étrangers soutépargnés'en -Angleterre, tandis que les Anglais réfugiés sur le continent ne sont pas à l'abri de la maladie; la suetle debule toujours eiv Angleterre; l'Ecosse et l'Irlande sont épargnées.
° Voici d'après Haeser quels étaient les principaux symptômes de la suelte anglaise (1) : la maladie débutait brusquement ou bien elle s'annonçait p°ar de l'oppression, des palpitations, une faiblesse extrême, des douleurs rhumatismales; les malades étaient pris la nuit ou le matin d'un court frisson accompagné de tremblement et dans les cas irraves de convulsions; puis survenait le stade de chaleur, modéré ou très-violent, avec des fourmillements aux mains et aux pieds. Foreslus signale une douleur particulière à l'extrémité des ongles, la paralysie des bras, des douleurs sourdes dans les extrémités et surtout sous la plante des pieds, des crampes musculaires. Les phénomènes ca-
(I; Haov;r, Op. cit., p. 305.
ractéristiques étaient : un tremblement persistant, des palpitations de cœur, des douleurs à la région précordiale, une vive anxiété de la dyspnée et, chez plusieurs, de la bouffissure, de la cyanose de la lace Le pouls était fréquent et irrégulier; les palpitations violentes persistaient plusieurs années, quelquefois même toute la vie(Fernel). Dans les cas graves, on observait des convulsions, des nausées, des vomissements, un délire furjeux, ou encore une somnolence profonde avecdouleurs sourdes dans la tôle.
Au bout d'un temps plus ou moins long, quelquefois même dès le début de la maladie, des sueurs se produisaient tantôt modérées, tantôt accompagnées de coliques et d'odeur fétide. En même temps apparaissait un gonflement de la face ou seulement des paupières, des lèvres, des mains, des pieds, des hypochondres. Malgré l'abondance des sueurs, la sécrétion des urines n'était pas diminuée, il n'y avait pas de constipation. La plupart des auteurs signalent des éruptions cutanées (miliaire).
La durée de la maladie était de 15 à. M heures, et dans bon nombre de cas les accidents cérébraux entraînaient la mort plus rapidement encore; la guérison survenait par des sueurs abondantes, des urines critiques; la convalescence était rapide, mais les rechutes, étaient fréquentes et graves.
La méthode diaphonique essayée à plusieurs reprises ne donna que de mauvais effets, et après avoir tenté différentes médications, on en vint à l'expeclalion et on se contenta de soumettre les malades à un régime tliélétique convenable.
La maladie n'épargnait ni âge, ni sexe, les hommes adultes étaient plus grièvement atteints que les vieillards et les enfants; les personnes d'une forte constitution et celles qui se livraient à des excès étaient prédisposées.
D'après Haeser la suelle anglaise doit être regardée comme une maladie particulière qui se rapproche de la grippe par son mode d'extension et de la suette picarde par ses symptômes.
Griesinger pense qu'on a confondu plus d'une fois la suette avecla fièvre récurrente ; la fièvre récurrente peut s'accompagner en effet de sueurs profuses et d'autre part dans la suette anglaise les rechutes étaient fréquentes; mais la suette anglaise évoluait bien plus rapidement que ne fait le relapsing fever et c'était une maladie très-meurtrière, tandis que la fièvre à rechute est la moins grave des maladies typhoïdes; si la fièvre récurrente a régné en même temps que la suette, c'est comme maladie accessoire, concomitante.
Il n'est pas non plus possible de faire de ces épidémies de sudor anglicus des manifestations de la peste; à la vérité, la peste régnait
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avec onegrâttde fréquence en Europe aux m et xvi° siècles, et en 1507 elle succéda à lasuelle; mais les symptômes delà suetle anglaise sont trop différents de ceux de la peste à bubons pour qu'on soit autorisé à faire ce rapprochement, qui du reste n'a pas été fait par les médecins du xvi" siècle.
Boudin (1), J. Guérin (-2) et Grisolle (3) ont assimilé la suetle anglaise à la suetle picarde, les analogies symptomatiques sont en effet très-nombreuses entre ces maladies; les formes graves de la suetle picarde sont, au point de vue clinique, identiques au sudor anglicus.
L'épidémie de suelte miliaire décrite par G. Welsch à Leipsik en 1659 esl, d'après Rochoux (% la première sur laquelle nous possédions des renseignements précis; depuis celte époque la maladie a été observée un grand nombre de fois en France, particulièrement en Picardie, d'où le nom de mette picarde. Las principales épidémies sont celles d'Abbeville en 1718 (5), d'Hardivilliers en 1773 (6), de Beauvais, l'épidémie de 1821, sur laquelle Rayer a publié une monographie très-détaillée (7), enfin l'épidémie de Poiliers (1845), observée par Orillard (8) et Grisolle.
La suetle miliaire a régné plus souvent clans les campagnes que dans les villes; parmi les relations d'épidémies de suetle que nous possédons, beaucoup sont dues à des médecins de Paris ou desgrandes villes envoyés dans tel ou tel village pour observer la maladie; j'ai cherché en vain dans les auteurs qui se sont occupés des maladies des armées des exemples de suetle miliaire. De Meyserey eut l'occasion d'observer la maladie, mais ce fut dans la population civile, à Serrâaise, près d'Orléans (9); il avait été chargé d'étudier celte petite épidémie et d'en rechercher la nature et les causes. « Les malades, dit-il, étaient presque lous baignés, de sueurs abondantes; leur fièvre communément n'était pas considérable; mais ils se plaignaient de douleurs et de pesanteur de tète, de quelque douleur et d'un grand resserrement de la poitrine et de lassitudes douloureuses dans les membres, de démangeaisons et de picotements incommodes à la
II) Traité de géogr. et de stat.méd , art. Sijette. (2) Rapport à l'Acad. de tnèd., 9 septembre 1853. (3; Traité de pathologie interne.
(4) Art. Scette, Diction, en 30 vol.
(51 Hi:llf,t, Dit». Paris, 1733, in-K
(6) Teûrier, Mémoire sur la suetle qui a régné à llardivilliers au mois de mal, 1777. (In Mum. delà Société rogale de méd. de Paris, 1 777.)
(7) Rayer, Histoire de l'épidémie de suetle miliaire qui a régné en 1821 dans les départements de l'Oise et de Scine-et-Olse. Paris, 1822, in-8".
(8; Onzième bulletin de la Société de rnéd. de Poiliers. (rj) De Uejtetej, La médecine d'armée, t. Il, p. 172.
peau, avant, pendant et même après la sorlie des sueurs des taches pourprées, des pustules et des boutons miliaires. La 'plupart des malades avaient de grandes et continuelles inquiétudes, la bouche mauvaise, quelquefois amère, des envies de vomir, une pesanteur d estomac, dégoût ou défaut d'appétit, et cependant la langue' n'avait pas coutume d être chargée et il n'y avait ni soif, ni ardeur considérai, e. Les malades étaient fort abattus et avaient communément le ventre fort resserré. » La maladie s'attaquait surtout aux hommes es plus vigoureux et les faisait périr quelquefois en 15 ou 18 heuresla mort arrivait dans le délire ou le coma plus rarement à la suite de diarrhées profuses; les cadavres se putréfiaient avec une grande rapidité. De Meyserey rapproche avec raison cette maladie de la suelte anglaise.
Colombier parle aussi de la suette miliaire, qui de son temps était endémique en Picardie, mais il ne dit pas en avoir observé un seul cas dans l'armée (1).
La suette miliaire a des foyers très-limilés, on ne l'observe guère qu en France, dans le sud-ouest de l'Allemagne et en Italie.
En France, la suette bornée d'abord à la Picardie, a donné lieu à de petites épidémies dans les déparlements de Seine-et-Oise de la Loire-Inférieure, de l'Eure, de Seine-et-Marne, de l'Allier du Bas- Rhin, du Puy-de-Dôme, de l'Aube, de la Haute-Garonne, du Rhône, de la Dordogne, de la Vienne, de l'Hérault, du Var et de l'Oise.
Dans les Pays-Bas, dans l'Allemagne centrale et dans l'Allemagne du Nord la suette n'a donné lieu qu'à des épidémies très-isolées, elle est restée complètement étrangère aux autres contrées de l'Europe, ainsi qu'aux autres continents des deux hémisphères (2).
Les auteurs du xvne et du xvme siècle attribuent une importance beaucoup trop grande à l'éruption miliaire; les nombreuses relations de fièvres miliaires que nous leur devons témoignent de la plus étrange confusion; toutes les maladies fébriles qui s'accompagnent de sudamina deviennent des fièvres miliaires. De nos jours cette confusion n'a pas cessé entièrement, les médecins italiens en particulier font jouer encore un grand rôle à l'éruption miliaire. La miliaire blanche peut se produire dans toutes les maladies fébriles, elle est particulièrement commune dans la tuberculose aiguë, la fièvre typhoïde et la scarlatine, maladies qui appartiennent à des classes très -différentes; ranger dans une même classe toutes les maladies qui s'accompagnent de miliaire serait à peu près aussi sensé que. de
(1) Colombier, Médecine militaire, 1778.
(2) Hirsch, Op. cit., p. 259.
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réunir toutes les maladies qui s'accompagnent de sécheresse de la langue ou de tout autre symptôme aussi banal.
M. J. guérin (rapport cité) a bien montré que la présence ou l'absence de la miliaire n'avait pas l'importance que quelques auteurs avaient voulu lui attribuer et qu'il ne fallait pas chercher dans celle éruption la caractéristique de la suette. D'après M. J. Guérin la suette anglaise et la suette picarde sont deux variétés d'une même espèce morbide; la première constitue une l'orme grave, la deuxième une forme légère, mais dans les deux cas la nature de la maladie est la même; dans le premier cas l'intoxication est telle que les malades sont pour ainsi dire foudroyés, l'organisme n'a pas le temps de réagir; dans le second l'intoxication, moins aiguë, laisse à l'action éliminatrice de la peau le temps et le moyen de se manifester comme elle le fait dans- toutes les affections fébriles éruplives. Une étude attentive des cas de suette anglaise dans lesquels un amoindrissement de l'action toxique a permis au cortège symptomatique de se produire, montre que la plupart des symptômes n'étaient qu'une manifestation exagérée de ceux qu'on retrouve dans les cas les plus accusés de suette picarde. Les taches rouges qui précèdent l'éruption miliaire, les symptômes de constriction gastrique et de strangulation, les phénomènes nerveux les plus graves ont été fréquemment observés dans la suette anglaise comme dans la suette picarde; l'extrême rapidité de la mort survenue parfois en deux ou trois heures, l'absence de l'éruption miliaire et même de la sueur dans quelques cas de suette picarde ont nivelé toute différence entre ces deux maladies (J. Guérin, op. cil.).
L'analogie symptomatique est évidente, mais qui nous dira pourquoi la suette du xvie siècle a montré une si singulière prédilection pour la race anglaise? pourquoi elle a pris une extension si considérable sans jamais s'étendre en France; pourquoi, au contraire, à partir du xvnc siècle la suette s'est localisée en France et n'a plus donné lieu qu'à de petites épidémies sans aucun lien entre elles, épidémies qui au point de vue de leur extension et de leur gravité sont si peu comparables à celles du xvi° siècle?
On rapproche généralement la suette miliaire des fièvres éruplives, sans beaucoup de raison à ce qu'il me semble : l'éruption de miliaire peut manquer; la maladie n'est pas contagieuse, on a tenté sans succès l'inoculation de la sérosité des vésicules; la suelte atteint surtout les adultes cl règne plus volontiers dans les campagnes que dans les villes; est-ce ainsi que se comportent la variole, la rougeole et la scarlatine? La suelte miliaire semble se développer bien plutôt sous l'influence d'un miasme d'origine lelluriquc que sous l'action d'un
virus élaboré par l'organisme humain. Une température moyenne et une grande humidité telles sont les conditions atmosphériques les plus favorables à 1 eclosion de la suetle, les cinq sixièmes des épidémies ont éclaté pendant l'été ou au printemps.
GP.1PPE.
C'est en 1580 qu'eut lieu la première grande épidémie de grippeavant cette époque on ne trouve dans les auteurs que la relation d'épidémies partielles qui se rapportent aux maladies catarrhales vulgaires, ou à la coqueluche (épidémies décrites par Mézeray, de Thou, etc..) bien plutôt qu'à la grippe (4).
L'épidémie de 1580 régna sur l'Europe entière, aussi 'a-t-elle été décrite par les médecins de tous les pays : Forestus, Mercatus, Bockelius, Reusnerus, Sennert, Salins Diversus, Zacutus Lusitanus, Vilalba, etc.; de l'Europe elle s'étendit à l'Asie et à l'Afrique.' Les malades étaient pris de douleurs gravatives dans tout le corps avec fièvre ardente, toux, coryza, rougeur des yeux et vertiges. La grippe, dans celle épidémie comme dans les suivantes, ne se "montra meurtrière que pour les vieillards, les valétudinaires et les infirmes; elle régna dans les temps de froid et de chaleur, de sécheresse et de pluie, presque tout le monde était atteint, sans distinction d'âge, de sexe ni de conditions, les oiseaux mêmes ressentaient l'influence épidémique, car ils abandonnaient les pays où il se trouvaient, et les oiseaux de passage émigraient avant le temps (°2).
En 1590 la grippe reparaît, elle est décrite en Allemagne par Sennert.
Au xviic siècle les épidémies sont nombreuses, parmi les plus importantes nous citerons celles de 1658 (décrite par WilMs); de 1663 (dans la haute Italie) ; de 1669 en Hollande; celle enfin de 1675 qui s'étendit à toute l'Allemagne et à l'Angleterre (Sydenham).
En 1691 le catarrhe épidémique règne en Allemagne, les troupes confédérées en sont atteintes à Frankenlhal et a Manheim; l'épidémie venait de Hongrie (3).
En 1729 la grippe parcourt toute l'Europe, depuis les confins de la Russie jusqu'à l'Espagne; Fréd. Hoffmann a décrit cette épidémie; Mo/gagni en dit quelques mots dans sa treizième lettre; au mois de
(1) Ozanam, Op. cit., t. I, p. 97-99.
(2) Raige-Delormc, art. Grippe, Dictionn. en 30 vol.
(3) J. ,1. Wepfer, cite par Ozanam, Loc. cit., p. 120.