‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 115 sur 127 · GUÉRISONS · texte numérisé non relu

GUÉRISONS

Les deux tiers.

La moitié.

Un dixième.

Un vingtième.

Presque aucune

Très-peu.

Beaucoup.

Dans la plupart des cas.

La maladie, tout en diminuant de gravité, conserve ses caractères; l'épidémie observée par Chalin de Vinario en 1382 à Avignon est bien la peste à bubons : d'après cet auteur la contagion était la principale cause d'extension de la maladie.

Pendant tout le cours du xvQ siècle, les épidémies de peste se succèdent rapidement, elles sont fréquentes surtout en Allemagne; les principales sont celles de 1449, de 1460, de 1473 et de 1482.

Au xvie siècle la peste est endémique en Allemagne; en Hollande, en Italie; l'épidémie de Milan est connue par les relations de Manzoni et de Machiavel, elle gagna Padoue et Venise en 1557 (N. Massa). L'épidémie la plus considérable du xvi° siècle est celle qui a été dé-

(1) L. Colin, art. Quarantaines, Diction, encyclop. des se. méd.

(2) Haeser, Op. cit., p. 139.

PESTE A BUBONS. 0UJ

crite en Hollande par P. Foreslus (1572-1571); elle s'étendit à une grande partie de l'Europe} fit échouer l'expédition du sultan Amurat contre Venise, ravagea l'Italie, Malle et la Sicile, et alla se terminer en 1585 à Breslau.

A partir de la fin du xvi° siècle, la peste commence à devenir plus rare en Europe, cependant au temps de Sydenham la peste s'observait encore tous les vingt ou trente ans à Londres.

Lors de l'épidémie de 1665, 8000 habitants de Londres périrent; i! est intéressant de voir que Sydenham admet l'importation, et que s'il invoque une constitution atmosphérique particulière, il dit aussi qu'elle n'est pas suffisante pour expliquer l'apparition de la peste. « J'ai de grands soupçons, dit-il (i), que la disposition de l'air, quelque pestilentielle qu'elle soit, est incapable d'elle-même de causer la peste, et que cette maladie subsistant toujours en quelque endroit, ou par un foyer ou par sa communication avec quelque pestiféré, elle est apportée des lieux infectés dans les autres, où elle ne devient épidémique qu'au moyen d'une certaine disposition de l'air qui la favorise. Sans cela je ne comprends pas comment il peut se faire que dans un même pays une ville est affligée de la peste, qui y fait de srands ravages, tandis qu'une autre ville peu éloignée de la première s'en garantit absolument en s'interclisant tout commerce avec la ville pestiférée. C'est ainsi que par les soins et la prudence du grand-duc de Toscane la peste qui ravageait il y a peu d'années presque tonte l'Italie ne pénétra point du tout dans la Toscane. » Nous verrons plus tard que la contagion de la peste a été niée par un grand nombre d'auteurs, nous tenions à constater que Sydenham se range dans le camp des conlagionistes.

La maladie commençait presque toujours par un frisson analogue à ceux de la fièvre intermittente, puis survenaient des vomissements; les malades se plaignaient d'une douleur précordiale et d'une fièvre ardente qui duraient jusqu'à la mort ou jusqu'à l'apparition d'un bubon; à côté de ces formes régulières il y avait des cas foudroyants dans lesquels la mort survenait en quelques heures par suite d'une véritable sidération, et des cas légers dans lesquels les bubons se manifestaient sans fièvre et étaient pour ainsi dire les seuls signes de l'infection; ces variétés se retrouvent dans presque toutes les épidémies.

Sydenham avoue le plus naturellement du monde qu'il quilla Londres pour échapper à la contagion ; on se figurait encore à c elte

(1) Sydr-rihnrn, Médecine pratique. Traduct. de A. F. Jault, in Encijclop. des se. méd., p. CC.

époque que la peste élait envoyée par la Providence pour punir les hommes; partant de ce principe, on s'étonne même de voir Sydenhâm discuter le meilleur traitement de la peste, pourquoi ne pas laisser s accomplir le châtiment céleste? Dans un autre chapitre Svdenham discute très-sérieusement la question de savoir s'il faut traiter les maladies vénériennes, question qu'il résout, il faut le dire par l'affirmative. '

La longue série des épidémies de peste se termine en Angleterre par celle de 1688 à Londres, en France par celle dite de Marseille ou de Provence (1720); Aix, Toulon, Marseille, eurent fort à souffrir de celte épidémie, dont l'origine suscita de vives controverses entre les partisans de la contagion et de l'importation et leurs adversaires.

En Russie la dernière manifestation épidémique est la peste de Moscou (1770); la maladie régna en Hongrie et en Gallicie iusqu'en!797. J

Lors de l'expédition française d'Égypte la peste sévit sur notre armée ; peu après le débarquement quelques cas de peste furent observés à Damiette, mais c'est h Jaffa seulement que la maladie prit une extension considérable. Les malades mouraient au cinquième ou au sixième jour, quelquefois plus rapidement; les bubons se montraient en général aux aines, quelques malades en avaient dans les aines et dans les aisselles; les charbons n'avaient pas de siège bien déterminé, ils étaient souvent au nombre de deux ou trois chez le même malade.

On a cité plus d'une fois l'exemple de Desgenettes s'inoculant impunément la peste pour démontrer que la maladie n'est pas inoculable; on va voir que lui-même n'attribue pas une bien grande importance scientifique à l'expérience faite sur lui-même et qu'il ne nie nullement la transmission de la maladie : « Ce fui pour rassurer les imaginations et le courage ébranlé de l'armée, qu'au milieu de l'hôpital je trempai une lancette dans le pus d'un bubon appartenant à un convalescent de la maladie au premier degré et que je me lis une légère piqûre dans l'aine et au voisinage de l'aisselle sans prendre d'autres précautions que celle de me laver avec de l'eau et du savon qui me furent offerts. J'eus pendant plus de trois semaines deux petits points d'inflammation correspondants aux deux piqûres, et ils élaient encore très-sensibles lorsqu'au retour d'Acre je me baignai en présence d'une partie de l'armée clans la baie de Césarée.

» Cette expérience incomplète et sur laquelle je me suis vu obligé de donner quelques détails à cause du bruit qu'elle a fait, prouve peu de chose pour l'art; elle n'infirme point la transmission de la contagion démontrée par mille exemples; elle fait seulement voir que les

conditions nécessaires pour qu'elle ail lieu ne sont pas bien déterminées (1). »

Depuis le départ de France jusqu'à la fin de l'an VIII, c'est-à-dire en ilcux ans et demi, sur un effectif de 30 000 hommes, 1689 seulement moururent de la peste (Desgeneltes, op. cil., p. 173); quarante médecins militaires étaient parmi les victimes.

àssalini (2), Savaresi (3), Larrey (4), Pugnet (5), ont décrit celle épidémie.

Dans les trente premières années de ce siècle la peste fait encore plusieurs apparitions en Europe; des épidémies sont observées clans les îles elles ports de la Méditerranée et de la mer Noire, à Malle, a Corfou, à Odessa, en Grèce (1827-1828), dans les principautés Danubienne- ( 18-28). Constantinople, qui avait été la première étape de la peste en Europe, est aussi sa dernière, de là elle se répand sur les côtes de la mer Noire, en Asie Mineure; Trébizonde, Smyrne, Tripoli, sont envahies à plusieurs reprises.

En Syrie la peste s'est montrée pour la dernière fois en 1838-1841 ; depuis 1841, dit Griesinger, aucun cas de peste n'a été observé à Constantinople; depuis 1843 la maladie a disparu de la Turquie d'Asie et depuis 1844 de l'Égypte (6). Celle disparition a coïncidé à Constantinople et à Alexandrie avec l'adoplion de mesures sanitaires importantes; la peste ne règne plus .en Egypte même à l'état sporadique : Griesinger, pendant un séjour prolongé en Egypte, n'a pas pu en observer un seul cas; chaque fois qu'on l'a conduit auprès de prétendus pestiférés, il a trouvé, dil-il, des individus atteinls de toute autre maladie et spécialement de bubons vénériens.

Il est douteux s'il faut rattacher à la peste la maladie qui a régné plusieurs fois aux Indes et qui est connue sous le nom de peste de Pali et de peste indienne; sa première apparition remonte au mois de mai 181"); une seconde épidémie très-meurtrière se développa à Pali au mois de juillet 1836, enfin la même maladie a été observée encore en 1846, 1847 et 1849. Morehead l'a décrite sous le nom de fièvre rémittente infectieuse; elle s'accompagnait d'une grande tendance à l'adynamie, de dyspnée et souvent d'hémoplysies; des tu-

(1) Desgeneltes, Histoire méd. de l'armée d'Orient, 2° ériit. Paris, 1830, p. 47.

(2) Observation» sur la maladie appelée peste, aie. Paris, an IX.

(3 Mémoire sur la peste, etc., in Rec. de mémoires sur l'Égypte. Paris, an X,

H) Mém. de chirurgie militaire, 1812, t. I, p. 31 G.

(~>)}lém. sur les fièvres de mauvais caractère du Levant et des Antilles. Lyon et Paris. 1804.

(6) flricsinger, Traité des maladies infectieuses. Trad. de I.cmattrc, p. 3G5.

meurs se développaient aux aines, aux aisselles, à la nuque, il n'y avait ni charbons ni pétéchies. Morehead, Pearson et Hirsch ne veulent pas que l'on confonde celle maladie avec la vraie pesle dont elle diffère, disent -ils, par une grande tendance à l'inflammation des poumons. Ces auteurs font remarquer aussi que ces épidémies sont nées sur place, que la peste à bubons n'a pas été importée aux Indes- ce dernier argument ne doit pas faire exclure l'idée de pesle, comme nous le verrons plus loin. La pesle de Pâli a en somme une grande analogie avec les épidémies de peste à bubons qui s'accompagnent parfois de localisations pulmonaires et d'hémoptysies abondantes (1).

En 1858 on pouvait croire que la peste à bubons allait prendre rang parmi les maladies éteintes à côté de la peste antique; depuis quatorze ans il n'en était plus question, même en Egypte, quand une •petite épidémie éclala au mois d'avril 1858 dans un campement d'Arabes nomades et misérables à 8 heures de Benghazi (régence de Tripoli) ; de là la peste, car c'était bien elle, se répandit su/les localités voisines. Depuis 30 ans la maladie n'avait pas été observée dans ce pays, elle ne régnait pas alors en Égyple, el il faut bien admettre que la maladie prit naissance sous l'influence de conditions particulières aux localités envahies; le pays avait eu à souffrir d'une longue sécheresse et de la famine.

En 1867, un foyer nouveau tout aussi spontané que le premier se montre sur les bords de l'Euphrate, à peu de distance de la ville de Hillé; la maladie débute comme à Benghazi, sur des Arabes nomades, et reste circonscrite dans un étroit district qui n'avait pas souffert de la famine; l'inondation de l'Euphrate avait été seulement plus forle qu'à l'ordinaire (peste de Mésopotamie.)

Un troisième foyer est observé au commencement de 1871 au nord de la Perse, dans un très-petit village du Kurdistan persan, au sud du lac d'Ourmiah; les Kurdes, nomades en été, habitent pendant l'hiver des réduits étroits, encombrés et malpropres; la maladie remonta le cours des rivières et atteignit Baneh, près de la frontière turque, la contagion était manifeste, comme à Benghazi et sur les rives de l'Euphrate. La population du Kurdistan persan n'avait eu à souffrir ni de la famine, ni des inondations.

En 1874, une nouvelle épidémie est signalée en Mésopotamie, près de l'Euphrate, un peu au-dessous de la localité atteinte en 1807 ; la maladie se développe encore sur des Arabes nomades, les eaux de l'Euphrate avaient été grossies pardes pluies très-abondantes; comme

(1) Hirsch, Op. cit., t. I, p. 209.

dans les épidémies précédentes, le mal disparut dès le début des fortes chaleurs (1).

La même année la peste fait une nouvelle apparition près de Benghazi, dans la régence de Tripoli; vers les premiers jours du mois d'avril 1874, elle éclate à Merdji, village distant de 20 heures de Benghazi, sur des Arabes nomades. Notre regretté collègue le docteur Laval, qui se trouvait alors en congé dans la régence de Tripoli, se transporta immédiatement à Merdji, afin de prendre les mesures nécessaires pour circonscrire la peste; imitant les plus beaux exemples de dévouement médical qui se puissent citer, le docteur Laval s'enferma dans un quartier isolé avec les pestiférés, quinze jours plus tard il succombait à la peste (2).

Le 3 août 1874 l'office sanitaire de Djeddah signalait une maladie analogue à la peste clans le village de Doga à quatre jours au sud de la Mecque; par mesure de précaution le pèlerinage delà Mecque fut interdit cette année (3). Be nouvelles informations tendent à démontrer que la peste n'a pas régné cà Boga, mais dans plusieurs villages situés sur le plateau de Toumouma dans le pays des Assyrs (4).

Ces derniers faits montrent bien que la peste peut se développer encore aujourd'hui avec tous ses caractères d'autrefois et qu'il ne faut pas nous trop presser de désarmer contre elle.

Etiologie. Mode d'extension. Contagion. — Comme la peste semblait avoir pris naissance en Egypte et qu'elle y avait été endémique pendant de longues années, il était naturel de lui chercher des causes dans des conditions particulières à l'Egypte; on a accusé surtout la cessation de la pratique des embaumements, l'ensevelissement des cadavres dans les villes, dans les maisons, les émanations du Nil débordé, la misère, l'incurie des classes pauvres. L'absence d'hygiène publique ou privée a contribué certainement à faire de l'Égypte, pendant de longues années, le foyer de prédilection de la peste; la disparition de cette maladie a coincidé avec l'application de mesures sanitaires excellentes, adoptées en Egypte et à Constantinople depuis une quarantaine d'années, en particulier avec la création de cimetières en dehors des villes, mais il faut dire qu'au moment où cette réforme a eu lieu, la peste était déjà depuis de longues années en voie de décroissance.

D'après .M. le docteur Tholozan la peste peut se développer sur

(1) Tholozan, Des foyers d'origine de la pesle de 1858 « 1871. {Comptes rendus de VAcad.de» se., t. LXXIX, p. 1351.)

(2) Journal officiel de la République française, 1G et 17 janvier 1871. Gaietle helidom., 2 octobre 1871.

(t; Gaietle hebdomadaire, 22 janvier 1875.

tous les sols et à toutes les altitudes; sa genèse ne lient ni aux conditions particulières de terrain, ni aux influences météorologiques. La lamine est une circonstance prédisposante, rien de plus; l'épidémie de Benghazi a coïncidé avec la famine, mais celles de 'Mésopotamie (1867), du Kurdistan persan (1871), se sont montrées dans des districts qui n'avaient pas été éprouvés par ce fléau (1). Les inondalions, les pluies abondantes, sont signalées dans quelques épidémies, mais elles font complètement défaut dans d'autres. Le seul fait commun aux dernières épidémies, très-importantes à considérer au point de vue de l'étiologie de la peste, parce que le développement spontané, de toutes pièces, ne semble pas discutable, c'est que ces épidémies ont pris naissance parmi des populations misérables, sur des Arabes nomades ou sur des Kurdes vivant dans des conditions analogues d'incurie, de malpropreté et de misère. Les mêmes circonstances président dans d'autres pays à l'apparition du typhus, pourquoi la peste ici et le typhus là? Évidemment la cause première, de la pesle nous échappe, et nous devons nous contenter d'examiner comment les épidémies de peste s'étendent et se propagent; c'est là, à vrai dire, le côté le plus intéressant de la question, pour nous Européens, car jusqu'ici la pesle n'a jamais pris naissance spontanément qu'en Asie et en Afrique, et toutes les épidémies observées en Europe ont élé le fait d'une importation.

Quand on étudie le mode de propagation d'une maladie épidémique, il faut s'atlacher surtout aux premières manifestations de la maladie, aux premiers pas qu'elle fait en dehors de son berceau, il se forme par la suite des foyers secondaires qui amènent des perturbalions dans la marche des épidémies et qui compliquent leur itinéraire. Or, en agissant ainsi pour la peste, on voit que les épidémies du vi° et du xiv° siècle ont été manifestement importées en Europe : la première a débuté à Constantinople, la deuxième en Crimée, et de là la maladie s'est répandue dans les ports de la Méditerranée, puis dans l'Europe entière; l'itinéraire de la peste noire est aussi facile à tracer que celui des premières épidémies cholériques; la maladie suit les grandes voies de communication, elle aborde les continents par les grands ports, elle ne devance jamais la rapidité des moyens de locomotion usités à l'époque. Plus tard, la peste devint endémique dans plusieurs contrées de l'Europe; il n'est pas facile de remonter à la source de toutes les épidémies qui se succédèrent pendant les xiv°, xv°, xvie et xvn° siècle, cependant nous avons vu que Sydenham admettait la nécessité d'une importation. A mesure

(I) Tholozan, Communie, à l'Acad. des sciences. Séance du 14- juillet 1873.

PliSTE A BL'lîONS. WJ

que la peste abandonne l'Europe, et qu'elle y fait de plus rares apparitions, le mode de propagation de la maladie redevient plus facile à constater; l'importation est parfaitement démontrée pour les épidémies de Marseille (1720), de Moscou (1770), de Noja (1815), de Grèce (1827).

La peste régnait depuis le mois de mars 1720 en Palestine et en Syrie, lorsqu'arriva à Marseille (25 mai) le vaisseau du capitaine Chataud venant de Syrie; six hommes étaient morts pendant, la traversée, le 27 mai un matelot mourut encore à bord; trois autres bâtiments venant également de pays infectés arrivèrent le 30 mai. Ces bâtiments furent mis en quarantaine; la peste se déclara sur les gardes de la quarantaine et sur les portefaix employés au transbordement des marchandises (1) ; les médecins de Marseille méconnurent la maladie, et lorsqu'on prit des mesures rigoureuses contre les équipages infectés, il n'était plus temps; des cas de peste se montrèrent dans différents quartiers de la ville et malgré tous les efforts de la municipalité, il ne fut plus possible d'arrêter l'épidémie dans sa marche. En présence de ces faits, on ne comprend pas l'entêtement avec lequel Chicoyneau nia la contagion (2); peut-être l'idée de dégager la responsabilité des médecins de Marseille n'était-elle pas étrangère à celte conviction.

A Sainte-Tulle la peste débuta à la suite de l'arrivée d'une femme qui avait été chercher un nourrisson à Marseille. La femme mourut trois jours après son arrivée, ainsi que son nourrisson; le lendemain cinq personnes qui avaient accompngné le convoi et qui entouraient le corps à l'église tombèrent malades de la peste (3). La maladie fut également importée à Toulon (4).

En 1769 les Russes étaient en guerre avec les Turcs, ces derniers importèrent la peste en Valachie et en Moldavie, beaucoup de Russes moururent de la peste a Yassi; l'été suivant, le mal fut importé en Pologne, puis à Kiev. La peste de Moscou (1770) débuta par l'hôpital militaire et prit au mois de juillet une grande extension; vers la miaoùt il y avait i à 600 décès par jour; au commencement de septembre, 700, 800 et même 1000; Mcrlens n'estime pas à moins de 100000 le chiffre des victimes (5).

(I, Journal abrégé (le ce qui s'est passé en la ville de Marseille depuis quelle est affligée de la contagion. Tiré du mémorial de la chambre de l'Hôtel de Ville lenu par le sieur Pichally de Croislainle. Paris, 1721.

(2) Lettre de M. Chicoyneau. Lyon, 1721.

(3) Fodéré, art. I'kste, Diction, des se. tnéd.

a Relation de lapesle de Toulon en 1721 par d'Antrcchaus. Paris, 1756. (S) Merlens, Histoire de la pesle de Moscou.

Le 29 mars 1813 le navire San-Niccolo venant d'Alexandrie où régnait la peste,- arrivait à Malte; deux hommes étaient morts pendant la traversée; le navjre fut mis en quarantaine et l'équipage reçu au lazaret, où le capitaine et son domestique succombèrent à la pestepeu de jours après la maladie se répandit dans toute la ville sans* qu'on sache exactement comment se fit la transmission (1). Le' docleur Calvert s'est appuyé sur ce fait pour soutenir que le principe de la peste est diffusible dans l'atmosphère à une distance plus ou moins grande; lors de la peste de Messine en 1743, l'épidémie s'était développée aussi à la suite de l'arrivée d'un navire ayant la peste à bord, bien que ce navire eût été mis en quarantaine; il est impossible d'affirmer qu'aucune personne, garde de santé, médecin, etc., n'a servi dans ces cas de trait d'union entre les malades du lazaret et les habitants de Malte ou de Messine, qu'aucune infraction aux mesures quaranlenaires n'a été commise, et on ne peut pas accepter comme démontré que des personnes enfermées dans un lazaret et n'ayant aucune communication avec le dehors puissent donner la peste à la ville voisine.

En 1815, la ville de Noja, dans le royaume de Naples, fut envahie par la peste, toutes les communications officielles prouvent que la maladie y fut importée de la côte de Dalmatie (2) ; il y eut d'abord quelques cas isolés et douteux, puis l'épidémie prit rapidement une grande extension. La ville de Noja fut entourée d'un cordon de troupes, aucun cas ne fut observé en dehors de ce cordon (3).

En 1816, alors que la peste était sur son déclin dans l'Albanie, deux pauvres paysans l'importèrent à Céphalonie ; ils avaient trouvé sur leur roule les cadavres de deux individus morts delà peste et s'étaient emparés de leurs vêtements; ils furent les premières victimes, et la maladie se répandit d'abord sur tous ceux qui avaient eu des rapports avec eux (4).

En 1818 la peste fut importée au lazaret de Venise, huit individusexposés par leurs fonctions à la contagion furent atteints de peste et sans les précautions minutieuses que l'on prit, la maladie se serait très-probablement étendue (5).

En 1827 la Grèce était depuis très-longtemps exempte de la peste, mais la maladie sévissait sur l'armée égyptienne au sud de la Morée ;.

(1) R. Calvert, Meclico chirurg. TransacL, t. VI, p. 1.

(2) Gratwille, Mémoire sur la peste. Cité parLittré, art. Peste, Diction, en 30 vol. Çd) Morea, Histoire de la peste de Noja. Naples, 1817.

(4) Granville, Mém. surlapesle. (Loc. cit.)

(5) Granville, Mém. sur la peste. (Loc. cit.)

l'épidémie éclata dans l'armée grecque à la suite d'un échange de prisonniers (1).

L'isolement a souvent réussi à protéger des réunions d'hommes, plus ou moins nombreuses, au milieu même des foyers épidémiques de la peste, ce qui tend à démontrer que l'air n'est pas infecté dans ces localités, et que la contagion proprement dite joue un rôle important.

En 1835, l'école de cavalerie de Ghizeh, qui renfermait 600 personnes, fut mise en quarantaine; il ne s'y développa aucun cas de poste, la maladie régnait cependant avec force dans un village situé au pied des murs de cette école. Le palais de Schoubra, dans lequel Mehemet-Ali se trouvait avec 300 personnes, était isolé par un double cordon sanitaire, la peste n'y fit aucune victime. L'école polytechnique du Caire fut mise en quarantaine et la peste ne se montra chez aucune des personnes isolées, tandis que presque toutes celles qui formaient le cordon sanitaire en étaient atteintes : il fallut remplacer quatre fois les portiers frappés de mort. A l'école dite Académie de Toura, 450 personues furent complètement préservées par l'isolement, tandis que la peste faisait de nombreuses victimes parmi les habitants du village de Toura et parmi les personnes chargées de former le cordon sanitaire; de même encore pour un camp où se trouvait un régiment d'artillerie à cheval (2).

L'inoculation de la peste a été tentée plusieurs fois avec succès : en 181-2 un médecin anglais, White, pratiqua sur lui-même de fortes frictions clans la région de l'aine avec le pus d'un bubon; le jour suivant il s'inocula le même pus au poignet, la peste se déclara vers le troisième ou quatrième jour, un anthrax survint au point frictionné, White succomba au septième ou huitième jour (3).

En 1824 un pharmacien nommé Céruti s'imagina d'inoculer la peste d'une façon préventive, ainsi qu'on l'avait pratiqué longtemps pour la variole; sur six personnes, qui se laissèrent inoculer, cinq moururent.

En 1835 des expériences furent faites au Caire sur cinq condamnés à mort, en présence deGaetani Bey, de Clot Bey, de Lachaise et de Bulard; un seul des condamnés prit une peste bénigne; il avait été inoculé avec du sang de pestiféré.

Desgenettes, Clot Bey et l'runcr ont essayé sans succès de s'inoculer

Mi G<me, Relation de la pette qui a régné en Grèce en 1827 cl 1828. Paris, 1838. il) Bulard, De la peste orientale, p. 27 et suivantes. Paris, 18391 Cite par Littré, Loc. cit.

'3/ Griesingcr, Op. cil , p. 309.

la pesle, mais ces faits négatifs ne prouvent rien contre les faits positifs rapportés ci-dessus.

Clot Bey (1) nie la contagion de la pesle, mais il admet que c'est une maladie infectieuse et qu'on peut la contracter en séjournant pendant longtemps dans un local infecté; il est bien difficile de dire où s'arrête la contagion et où commence l'infection, de là les discussions interminables auxquelles ont donné lieu ces deux mots. Il est à remarquer que les médecins observant en Égypte se sont prononcés en général contre la contagion de la peste, de même beaucoup de médecins observant aux Indes ont nié la contagion du choléra. Dans les foyers endémiques de la peste ou du choléra, on est mal placé pour décider de ces questions; la transmission de l'homme à l'homme n'est qu'un des modes, et souvent un mode très-accessoire des exacefbations épidémiques qui paraissent obéira des influences générales telluriques ou autres; il faut aussi considérer que dans ces pays, par le fait même de l'endémicité du mal, beaucoup d'individus peuvent jouir d'une certaine immunité; c'est ce qui a lieu pour la fièvre jaune, qui s'attaque rarement, comme on sait, aux individus acclimatés et qui ne récidive jamais.

Une première atteinte de peste donne une immunité presque complète; les individus qui ont eu la peste sont connus en Orient sous le nom de Mortis, ils sont employés de préférence auprès des pestiférés, ils ne prennent aucune précaution en soignant les malades, ils couchent et mangent dans leur voisinage, enterrent les morts et se servent de leurs hardes.

C'est dans des lieux jusque-là épargnés par la pesle et envahis tout à coup par une épidémie qu'il faut étudier la manière dont naît et se propage la maladie; or nous avons vu que toutes les épidémies de peste, en Europe, s'étaient développées à la suite de l'imporlalion et nous avons cité un grand nombre de faits qui prouvent la contagion.

Les influences climatériques et saisonnières ne paraissent pas avoir une bien grande importance sur le développement de la peste; Hirsch a trouvé que 87 épidémies aux xvnr et xix° siècles se réparlissaient ainsi (2) :

Hiver 17

Printemps 22

Été . v..i>j>rw..iv^.v>, 26

Automne 22

D'une façon générale, on peut dire que la peste règne surlout par

(1) Recherches et considérations sur la peste. Paris, 1840.

(2) Hirsch, Op. cit., t. I, p. 200.

les températures modérées, que la chaleur et le froid extrêmes lui sont contraires, mais il y a à celle règle des exceptions nombreuses :• en 1574 à Heidelberg, en llr25 à Londres, en 1710 à Marienbourg, en 1738 en Ukraine, la peste a régné par des froids rigoureux; à Malle eu 1813, à Alger en 1817, une chaleur excessive n'a pas mis obstacle à son développement; en Egypte on a remarqué que le règne desvenls chauds favorisait Féelosiou et l'extension de la maladie (Prosper Alpin, Larrey, Pruner).

En résumé : 1° la peste à bubons n'est pas une maladie éteinte, et il faut s'attendre à voir de nouveaux foyers épidémiques analogues à ceux de ces dernières années se développer soit en Asie, soit en Afrique; '2° la peste est une maladie transmissible, toutes les épidémies de peste qui ont régné en Europe ont été la suite de l'importation, et il y a lieu de prendre des mesures sanitaires pour s'opposer à de nouvelles invasions.

Prophylaxie. — Nous avons dit plus haut que la pesle noire avait inspiré les premières mesures quarantenaires ; l'établissement des provéditeurs de santé à Venise date de 134-8. Pendant longlemps les mesures adoplées contre la peste furent à la fois insuffisantes et vexaloires jusqu'à l'inhumanité, c'est seulement à notre époque que des règlements logiques, fondés sur une connaissance exacte de la maladie et de son mode d'extension, ont été adoptés par la plupart des nations civilisées.

Au xvnc siècle les villes pestiférées sont mises tout entières en quarantaine, entourées d'un cordon de troupes, et il est ordonné aux postes de tirer sur tous ceux qui veulent enfreindre la consigne; les habitants sont obligés de se renfermer chez eux, la circulation dans les rues n'étant permise qu'aux employés chargés de la surveillance et de l'approvisionnement; pour recevoir des vivres, chaque famille descend par la fenêtre un panier de fer-blanc suspendu par une chaîne! Ces quarantaines générales de toute une ville furent encore prescrilesdans loute leur rigueur à Toulon et à Aix en 1 720 (1).

C'est une très-mauvaise tactique en temps de guerre que d'attendre l'ennemi chez soi, il vaut beaucoup mieux le prévenir, l'attaquer chez lui, et l'empêcher de reconstituer son armée en s'emparant de ses places forles et de ses arsenaux; de même il est plus facile d'arrêter les maladies épidémiques à leur naissance, de les étouffer dans leur loyer, d'empêcher leur importation chez nous, que de lutter avec un mal qui a déjà jelé de profondes racines, et qui met en défaut tous les cordon* sanitaires imaginables dans des pays aussi peuplés (pie l'Kurope. Tel est le raisonnement très-juste qui a inspiré le système

(1) L. Colin, art. Oj arantaines, Diction, encyvlop. des se. méd.,3 série, t. F, p. 20.

quaranlcnaire actuellement en vigueur contre la peste, le choléra et la fièvre jaune. Des médecins sanitaires ont été établis en Orient pour signaler l'apparition des maladies épidémiques contagieuses; les provenances des pays infectés sont soumises à des mesures quarantenaires déterminées parla conférence internationale de 1851, mesures ratifiées pour la France par le décret du 27 mai 1853. De nombreux efforts ont été tentés également pour éteindre les foyers d'endémicilé de la pesle, pour circonscrire les petites épidémies qui dans ces dernières années se sont montrées sur différents points. Les mesures sanitaires adoptées à Constantinople, à Alexandrie et au Caire ont puissamment contribué à la disparilion de la peste en Turquie et en Égypte. Dans les petites épidémies de 1858, de 1 867, de 1871 et de 1874, les mesures d'isolement ont eu pour effet de limiter les foyers; il faut dire que dans ces circonstances l'éloignement des localités atteintes, leur isolement au milieu de pays peu habités et sans communications fréquentes avec le reste du monde ont facilité la lâche; si ces épidémies, au lieu d'éclater à Benghazi, sur les bords de l'Euphrate et dans le Kurdistan, s'étaient produites à Constantinople, à Alexandrie, ou au Caire, il eût été plus difficile de s'opposer à leur développement.

D'après M. le docteur Tholozan, la pesle de Mésopotamie resla limitée grâce aux mesures prises par l'administration sanitaire de Turquie; lors de la peste du Kurdistan, « le gouvernement persan ordonna aux gouverneurs de prendre des mesures restrictives trèssévères ;'on défendit toute communication avec les pays infectés; on prescrivit dès le début l'abandon des villages et la dispersion de la population dans la campagne sous des lentes ou sous des abris en branchages très-usités dans le Kurdistan pendant la saison d'été. On conseilla des campements séparés pour les malades et pour la partie saine de la population; la destruction, par le feu, des hardes, des effets, des tapis; le nettoyage à fond des localités infectées; l'abandon complet de certains villages où la population avait presque lolalement disparu (1) ».

Au lieu d'emprisonner, comme autrefois, les habitants des villes ou des villages atteints, au lieu de les condamner à rester au milieu du foyer pestilentiel, on prescrit aujourd'hui en OrhmtTévacu^^ quartiers atteints par l'épidémie et le campemeiiTTJesTmbilants hors des villes ; les malades sont isolés et installés autant que possible dans des baraques construites dans un lieu élevé et sur un terrain sec (2).

(1) Tholozan. Cité par L. Colin, art. Quarantaines.

(2) L. Colin, art. Quarantaines. Loc. cit., p. 121. Voyez aussi A. Proust, Essai sur l'hygiène internationale. Paris, 1873.

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