‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 124 sur 127 · I. CORPS DE TROUPES · texte numérisé non relu

I. CORPS DE TROUPES

Moyens préservatifs. — I. — Dans les circonstances où l'on peut prévoir le retour prochain de l'épidémie de choléra, bien que cette épidémie paraisse devoir être moins grave que celles de 1832 et de 1849, les règles hygiéniques recommandées en tout temps dans l'armée, et dont la vigilante application lui a été, en particulier, si profitable aux époques précitées, doivent être rigoureusement observées. On' insistera spécialement sur les dispositions suivantes :

II. — Éviter ou diminuer l'encombrement des habitations en réduisant, autant que possible, le nombre des chambres, et en les distribuant dans toutes les parties disponibles affectées au logement; même, au besoin, étendre celui-ci.

III. — Renouveler, pendant le jour, l'air des chambres par l'ouverture permanente ou souvent répétée des fenêtres et des portes; défendre, toutefois d'ouvrir les croisées le matin, et d'établir des courants d'air avant que les hommes soient complètement habillés. Entretenir constamment pendant la nuit et le jour, lorsque les fenêtres sont fermées, une ventilation modérée, sans trop grand refroidissement de la chambre et sans courant nuisible, à l'aide de ventouses et de ventilateurs appropriés à cet usage, s'ils existent; établir ces moyens, s'ils n'existent pas. Lorsque le temps sera froid et surtout froid et humide, multiplier, dans les chambres, les foyers particuliers, lesquels ont le triple avantage de donner une chaleur tempérée, de détruire l'humidité, de faciliter l'aération, conditions particulièrement essentielles pendant une épidémie de choléra, tandis que les chauffoirs communs, installés dans une salle unique par caserne, souvent même clans une salle où couchent des hommes, peuvent devenir des sources d'infection, à raison de la profonde viciation de l'air qu'y occasionne une trop grande réunion de personnes. En tout état de choses, empêcher les soldats de s'assembler en trop grand nombre simultanément dans les chambres chauffées et défendre d'y fumer.

IV. Ne conserver dans les chambres aucun homme qu'une indisposition, même légère, obligerait à garder le lit; le faire entrer, suivant le cas, à l'infirmerie ou à l'hôpital.

V. — Déterminer deux ou trois repos, d'une heure au moins chacun par jour, dans les ateliers d'ouvriers; pendant ces intervalles, faire évacuer le local et en tenir les fenêtres ouvertes.

VI. — Éviter, autant que possible, le dépôt dans les chambres habitées, des objets d'équipement et de harnachement produisant et entretenant une Odeur fétide et malsaine, tels que bottes, schabraques, etc.

(I) uidiotj Code des Officiers de santé, p. 871.

Vil. - Tenir la main à l'exécution scrupuleuse des prescriptions relatives a la propreté des casernes et autres logements militaires.

\ 111. - Faire blanchir à la chaux les murs des chambres, des corridors des escaliers, si cette opération n'a pas été faite depuis un an.

VL - Veiller à ce que le balayage soit fait avec le plus grand soin, et que les ordures ne séjournent ni dans les chambres, ni dans les corridors m dans les cours. '

X - Faire enlever tous les trois jours les fumiers; ne pas les conserver en tas dans la cour, ni à proximité des casernes.

XL - Pourvoir partout les latrines de portes battantes, se fermant d'ellesmêmes heparer, s il y a lieu, le dallage des cabinets ; remettre en bon état ou établir toutes les dispositions destinées à empêcher la stagnation des liquides et a faciliter le nettoiement ; à cet effet, entre autres, arrondir, au moyen d un ciment convenable, tous les angles du bas, et peindre les parois, a l'huile et au blanc de zinc : le blanc de plomb, dans ces lieux s'altère tres-promptement par l'action des émanations hydrosulfurées Entretenir continuellement l'aération des latrines : les faire laver à grande eau deux fois par jour et les asperger ensuite d'une solution de sulfate de fer a JO grammes de sel ferrique par litre d'eau.

XII. - Supprimer les baquets dans les lieux clos où ils sont employés ou les faire confectionner de la manière la plus convenable, pour prévenir' autant que possible, l'exhalation des gaz fétides; dans le même but y verser tous les matins après le nettoyage, un demi-litre de la solution de sulfate de fer précitée.

XIII. — Placer, dans les latrines qui ne seront pas suffisamment assainies par ' les moyens indiqués à l'article xr,dans les ateliers, salles de police, prisons dans tous les lieux où l'infection peut se produire, de larges terrines pleines

d eau chlorurée obtenue d'après cette formule :

Hypochlorile de chaux sec { partie

•• 12 parties.

Laissez déposer cl décantez.

La solution sera renouvelée toutes les fois que les médecins le jugeront convenable.

XIV. — Faire opérer l'enlèvement immédiat des immondices ou en faciliter l'écoulement dans les égoûts, fossés, canaux, cours d'eau,qui se trouvent dans le voisinage des logements militaires.

■\ V - Recommander aux hommes l'entretien de la plus grande propreté ,1 ^ / ? , indm i-HI.., tant par le changement fréquent de linge que par les lotions WTA, 1 y de diverses parties du corps.

%%l - Redoubler d'attention à l'égard des ordinaires : faire tourner à leur profit l'économie résultant de la substitution d'une partie du pain de punition au pain de soupe précédemment acheté chez les boulangers IMer particulièrement i ce que la viande soit de bonne qualité, mieux cIiom-, plus musculeuse; en augmenter la quantité; diminuer l'usage des légumes aqueux, qui sont généralement relâchants, celui des légumes secs •

faire alterner les légumes avec le riz, que l'on devra ne pas faire trop cuire, mais faire simplement crever; car, c'est parce qu'il est ordinairement trop cuit, réduit en véritable colle, que cet excellent aliment plaît peu aux soldats; donner au bouillon plus de sapidité et de parfum, qualités essen- . tielles pour la digeslibilité, en y mettant quelques ^Lous. de girofle, un bouquet d'herbes aromatiques, etc. Interdire les végétaux crus, salade,' concombre, radis, etc.; les salaisons, le lard. Du vin, qui pourra être accordé par des décisions spéciales, sera demandé chaque fois que la nécessité en sera reconnue.

XVII. — Rappeler aux hommes les dangers de l'ivrognerie et de 1 intempérance, et insister d'autant plus sur ce point que l'expérience de 1849 a démontré que le plus léger excès peut devenir l'occasion de la maladie; exercer une grande surveillance sur les boissons et les aliments solides débités dans les cantines et les cabarets fréquentés par les soldats, particulièrement sur les viandes de charcuterie, dont l'altération peut produire un véritable empoisonnement; empêcher formellement la vente de ces viandes dans les cantines.

XVIII. — Veiller rigoureusement à ce que les hommes soient en toutes circonstances, suffisamment vêtus pour se préserver du froid, de l'humidité de l'effet de brusques transitions de température. Tenir la main a ce que! pendant la nuit, les militaires, obligés de se lever pour satisfaire quelques besoins, ne sortent de la chambre que le corps vêtu du pantalon et delà capote, la tête couverte et les pieds convenablement chausses; instituer les gardes de chambrée pour exiger l'observation de ces précautions.

XIX - Toute fatigue excessive, tout ce qui tendra à débiliter étant une condition de prédisposition à l'invasion de la maladie, il importe de ménager les forces des soldats par une diminution de travaux. Ne commencer ies° exercices des troupes que lorsque le froid des nuits est dissipe et après le déjeuner, les suspendre ou les abréger quand le temps est frwd et hu-

- Diminuer autant que possible, le nombre des postes pendant la toit; réduire à une heure le temps de faction de jour et de nuit; donner en toute saison, la capote de guérite, pour qu'il en soit fait usage, selon le Loin, soit le our e! la nuit, soit la nuit seulement. Même « cheur des nuits pendant la faction peut être nuisible. Surveiller d une manièTe toute expresse la tenue des corps de garde, sous le rappor du renouvellement de l'air et sous celui de la température, qui est trop souvent cTesZ laisser aux hommes qui descendent la garde la journée entière

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déXXn r- Le traitement de certaines maladies n'exige pas moins d'atten- XXII. — Le "a1™: nivaiène On doit particulièrement apporter l on que toutes les parties de 1 hygiène, un qou V* fonctions une grande discrétion dans l'emploi des ïïq digestives, provoquent des évacuations et d^^^^^T ie* vomitifs les purgatifs, les émissions sangu.nes. Dans la blem.oirha.ie,

en particulier, il convient d'être réservé dans l'administration du copaliu et d'en surveiller les effets.

Pre.miehs SECOURS. — XXIII. — Rempli de confiance dans le savoir, l'expérience et le zèle des médecins de l'armée, le conseil de santé se bornera à de brèves indications sur le diagnostic, le traitement de la maladie dont il s'agit, et sur la conduite de ces médecins en face de l'épidémie.

XXIV. — L'observation des épidémies précédentes de choléra a constamment démontré que cette affection présente des chances de guérison d'autant plus grandes qu'elle a été traitée à une époque plus rapprochée de son début, et, plus que toute autre maladie, elle est annoncée par des phénomènes précurseurs. Il est donc de la plus grande importance de prendre des dispositions telles que, dès les premières atteintes du mal, les militaires puissent réclamer et trouver auprès d'eux les secours de la médecine.

XXV. — A cet effet, il y aura à organiser dans chaque corps de troupes un matériel, un personnel et l'administration des soins.

XXVI. — Relativement au matériel, on annexera aux infirmeries régimentaires, ou l'on désignera dans les quartiers où il n'y aura pas d'infirmerie, une localité suffisamment spacieuse et salubre, d'accès facile, au rez-de-chaussée autant que possible; on la pourvoira des moyens nécessaires pour la chauffer et y faire toutes les préparations convenables, ainsi que de quelques chemises en laine, de brosses et de morceaux de flanelle pour frictions, de briques ou mieux de cruchons, de médicaments indiqués pour les premiers secours. Ces objets, à l'exception des moyens de chauffage, seront demandés sur bons et d'après les règles en vigueur en proportion des besoins prévus, soit dans les magasins centraux des hôpitaux militaires, soit dans les pharmacies militaires du heu ou des villes environnantes, et, à Paris, Marseille et Alger, dans la pharmacie centrale, la réserve ou le dppôt des médicaments. Dans les casernes, les forts et les autres établissements éloignés de plus de deux kilomètres de l'hôpital militaire le plus voisin, on donnera à cette localité un développement et un approvisionnement suffisants pour constituer un dépôt de premier secours.

XXVII. — En ce qui concerne le personnel, dès que la maladie aura éclaté dans une place, un service de garde, en médecins militaires et en plantons, sera établi par quartier ; si l'importance du service l'exige, des officiers de santé de l'hôpital militaire du lieu ou d'un hôpital militaire voisin pourront être détachés, ou des requis pourront être commissionnés sur place. Les uns et les autres seront mis sous les ordres du médecin chargé du service sanitaire du corps, celui-ci prendra lui-même des mesures afin d'être averti à temps, soit de jour, soit de nuit, pour se rendre prornptement auprès des hommes chez lesquels la maladie se serait déclarée.

XX VI IL — Les plantons consisteront en soldats dont le nombre sera indiqué par le médecin chef de service proportionnément aux cas qui exigeront des soins immédiats; ils seront adjoints au sous-officier ou au caporal ou brigadier d'infirmerie, là où il y aura une infirmerie, ou mis sous les ordres d'un sous-officier, ou d'un caporal, ou brigadier, là où il n'y aura pas d'infirmerie.

XXIX. — Quant à l'administration des soins, elle aura pour base les mesures suivantes :

XXX. — Les visites des officiers de santé des corps se feront exactement deux fois par jour au moins, clans toutes les casernes.

XXXI. — En temps de choléra, la diarrhée est le premier symptôme de la maladie : on a d'autant plus de chances de prévenir le développement de cette maladie, qu'on traite la diarrhée dès le début. En conséquence, tout homme atteint de diarrhée si légère qu'elle soit devra immédiatement se présenter ou être signalé aux officiers de santé; mais ceux-ci, d'euxmêmes, devront s'enquérir de l'état sanitaire à cet égard par tous les moyens à leur disposition; on ne saurait trop le leur recommander.

XXXII. — On fera d'ailleurs connaître, sans retard, aux officiers de santé toutes les indispositions dont les militaires seront atteints.

XXXIII. — L invasion de la maladie n'est pas toujours identique, et, par conséquent, on devra agir différemment, selon les particularités que cette invasion présentera. Ainsi :

a. Les diarrhées simples pourront être traitées à la caserne, dans la salle spéciale.

b. Si la diarrhée persiste, ou se manifeste, dès l'abord, avec intensité, qu'elle occasionne quinze à vingt selles par jour; si les selles sont blanches ryziformes, s'il y a vomissements et crampes, envoi immédiat à l'hôpital ; à plus forte raison si le caractère de la maladie est plus prononcé.

c. Dans les casernes éloignées de plus de 2 kilomètres d'un hôpital militaire, on traitera sur place, dans le dépôt précité, les cas déterminés de choléra, surtout si l'invasion est brusque, la marche rapide ; à plus forte raison les cas foudroyants, tous ceux enfin dans lesquels l'interruption des soins et les causes d'aggravation, pendant un trajet tel que celui qui est indiqué, laisseraient inévitablement faire à la maladie, occasionneraient même un progrès irréparable.

XXXIV. — Dans les cas de diarrhée simple, l'expérience a démontré au Conseil de santé que la meilleure médication .consiste à faire boire trèsmodérément, à administrer le premier jour, en deux fois, à deux heures d'intervalle, une potion contenant 15 à 20 gouttes de laudanum de Sydenham dans 90 grammes de véhicule; à faire prendre un quart de lavement avec 6 à 15 gouttes du même laudanum; à répéter cette injection deux, trois ou quatre fois le même jour, selon que la précédente aura été gardée ou rendue. Le second jour, diminuer le laudanum à l'intérieur; en supprimer l'administration en lavement et y substituer l'extrait de ratanhia à la dose de 6 à 12 grammes par lavement. Pour boisson ordinaire, infusion de tilleul chaude à doses modérées.

XXTV. — Dans le cas où l'homme doit être envoyé à l'hôpital, le transport s'effectuera en voiture ou sur un brancard couvert, le malade -ayant été préalablement enveloppé de couvertures de laine sous lesquelles seront placés des cruchons pleins d'eau chaude ou des briques chauirées, particulièrement auprès des membres inférieurs et de la colonne vertébrale. Lorsque le transport ne pourra être immédiat, on portera, en attendant, le malade

à la salle indiquée à l'article 26, et on lui administrera les premiers secours suivants : le coucher dans un lit chaud, lui mettre une chemise de laine préalablement chaull'ée, le frotter avec de la flanelle chaude ou des brosses à frictions, lui faire boire une petite quantité d'une boisson aromatique chaude.

XXX VI. — Lorsqu'il y aura lieu de traiter le malade au quartier, conformément au paragraphe c de l'article 33, dans les cas foudroyants ou à marche rapide où il s'agit de réchauffer le malade, de rétablir la circulation et les mouvements du cœur, de réprimer les évacuations qui l'épuisent, des infusions de camomille, de sauge, de mélisse, des cruchons d'eau chaude aux pieds, des frictions avec la flanelle imprégnée d'alcool, d'eaude-vie ou d'huile camphrée, des quarts de lavement laudanisés, etc., remplissent les indications, et le succès est au prix de la persévérance dans l'emploi bien réglé de ces simples moyens auxquels il faut ajouter, dans les cas d'affaissement, d'adynamie, etc., l'usage intérieur de l'acétate d'ammoniaque à la dose de 10 à 30 grammes par jour, avec ou sans addition de laudanum, suivant le nombre des évacuations. La réaction obtenue, il importe de la soutenir, car fréquemment elle oscille et tombe, il devient urgent de procéder, sans délai, à un nouveau réchauffement. Une fois celte réaction bien décidée, il faut diriger le malade sur l'hôpital avec les précautions prescrites à l'article précédent.

XXXVII. — Les dépenses exceptionnelles pour l'amélioration de l'ordinaire, l'achat de combustible, des vases ou ustensiles divers, feront l'objet d'un supplément de solde qui sera alloué, par décision spéciale, à raison de trois centimes par homme et par jour pour Paris et la banlieue, et de deux centimes partout ailleurs.

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