CHAPITRE III
En garnison le soldat n'est pas plus exposé aux vicissitudes atmosphériques que les ouvriers de bon nombre de professions; en temps de guerre il n'en estplus ainsi, elc'est alors surtout que les influences saisonnièrès exercent une action puissante sur la santé des troupes. Le soldat en campagne couche sur la terre nue et souvent détrempée par les pluies, il lui faut passer des heures entières immobile dans les Irancbées comme en Crimée, sous la neige et la pluie, ou fournir de longues marches sous un soleil ardent comme dans les guerres d'Afrique et des Indes; les privations inséparables de l'état de guerre augmentent encore la susceptibilité de l'organisme aux influences alinosphériques en le débilitant.
« Le rapport qui lie les maladies au retour régulier des saisons n'est nulle part plus fortement saïsissable que dans les camps... Les maladies de la saison chaude ont surtout fixé l'attention des médecins d'armée, parce que, dans les camps comme dans les campagnes, les influences atmosphériques dominent le règne pathologique influencé plutôt dans les villes par les causes spécifiques des maladies (1). i
Pringle a étudié avec soin l'influence des saisons sur les maladies des armées, iWej^mmanjîe de ne fairejmjyrer^ les troupes jmjçampagne qu'au commencement d'aadl; dans cet heureux temps on choisissait la belle saison pour s'exterminer, la guerre moderne n'a plus de ces délicatesses. L'état sanitaire de l'armée anglaise, nous dit Pringle, était généralement satisfaisant pendant l'été, mais vers le milieu ou la lin d'août le nombre des malades augmentait beaucoup, l i dysenterie devenait la maladie dominante.
On peut dire de toutes les maladies saisonnières ce que Sydenham disait du choléra-morbus : elles reviennent chaque année avec la régularité des oiseaux de passage ; l'action des saisons se faisant sen-
($) t.. Laveran, De la mortalité des armées en campagne, loc. cil.
tir à la fois sur un grand nombre de personnes, les maladies saisonnières peuvent prendre l'apparence épidémique; nous verrons plus loin que la dysenterie de nos climats, qui est essentiellement une maladie saisonnière, a eu souvent ce caractère dans les armées en campagne. C'est pour désigner celle influence générale des saisons sur la marche des maladies qu'Hippocrate emploie le mot mAm»» constitution. ' '
Les constitutions d'Hippocrate ne correspondent pas exactement à nos maladies saisonnières, les saisons en Grèce étant beaucoup moins marquées que dans nos climats. La constitution d'Hippocrate embrasse parfois le cours d'une année entière; Hippocrate note d'abord quels ont ete les phénomènes atmosphériques prédominants, la direction des vents par exemple : c'est ainsi qu'il parle d'une constitution boréale (1); il décrit ensuite les maladies qui ont régné pendant cetle période et il donne à la fin de chacune de ses constitutions quelques observations particulières.
Depuis Hippocrate le mot constitution a changé plusieurs fois de sens, si bien qu'il n'est pas aujourd'hui, en médecine, de mot plus vague, d'expression appelant autant de commentaires.
Sydenham reconnaît l'action des saisons sur la marche des maladies, mais il emploie surtout le mot constitution pour caractériser une action secrète et inexplicable de Vair, qui donne aux maladies un caractère particulier et nécessite une thérapeutique spéciale. « Il y a diverses constitutions d'années qui ne viennent ni du chaud ni du froid, ni du sec ni de l'humide, mais plutôt d'une altération secrète et inexplicable qui s'est faite dans les entrailles de la terre. Alors l'air se trouve infecté de pernicieuses exhalaisons qui causent telle ou telle maladie, tant que la même constitution domine. Enfin, au bout de quelques années, cetle constitution cesse et fait place à une autre. Chaque constitution générale produit une fièvre qui lui est propre etqui, hors de là, ne paraît jamais; c'est pourquoi j'appelle cessortes de fièvres stationnaires ou fixes. (2) »
C'est grâce à celte théorie que le mot constitution a été détourné de son sens primitif et qu'il a été employé non pour désigner, comme dans les livres hippocratiques, l'état des maladies pendant une période donnée et le rapport des maladies aux phénomènes météorologiques, mais pour marquer la prédominance de tels ou tels caractères du règne morbide; c'est ainsi qu'on a été amené à décrire des constitu-
ai) Épidémies, liv. I. Traduct. de Daremberg, p. 238.
(2) Sydenham, Médecine pratique. Traduct. de A. -F. Jault, in Encyclopédie des sciences médicales, p. 26.
lions bilieuses, nerveuses, adynamiques, inflammatoires, et qu'on s'est autorisé plusieurs fois d'un prétendu changement de constitution pour bouleverser la thérapeutique.
.Nous reconnaissons volontiers que les maladies présentent à certaines époques des caractères communs et, pour ainsi parler, un air de famille, mais nous ne saurions admettre l'influence occulte que Sydenham invoque pour expliquer les constitutions stationnaires; certaines modifications dans le sol d'un pays, dans les habitudes, dans les mœurs de ses habitants, font bien mieux comprendre les changements de constitution dont parle Sydenham. Les années de disette ou d'abondance, les guerres sanglantes ou les longues périodes de paix, l'abandon de la culture de la terre dans un pays, le dessèchement des marais dans un autre, l'alcoolisme, la syphilis, la vaccine, sont autant de causes qui modifient lentement le tempérament de générations entières; ce ne sont pas les maladies qui se modifient, mais le terrain sur lequel elles se développent. Ces influences, qui n'ontriend'occulte, expliquent parfaitementles faits observés càLondres par Sydenham lui-même : à cette époque, les marais de Woorfield, voisins de Londres, étaient une source puissante de maladies, et les effluves provenant de ces marais communiquaient à tout le règne pathologique les caractères qu'il présente dans les pays à fièvres; plus tard les marais furent desséchés, les fièvres disparurent, mais le scorbut leur succéda et marqua de son empreinte toutes les maladies régnantes, comme avait fait avant lui le miasme palustre. Le mot constitution ne représente plus aujourd'hui aucune idée précise, et le mieux serait de l'abandonner complètement; au lieu de dire : la constitution médicale est caractérisée par telles et telles maladies, ne serait-il pas plus simple de dire : les maladies régnantes sont, etc. Mais ou se figure avoir dit quelque chose de plus, quand on a parlé de constitution médicale, et par conséquent on en parlera longtemps encore.
C'est surtout dans les climats tempérés que l'on peut étudier les maladies saisonnières; à mesure qu'on se rapproche des pôles. ou de l'équajeuH'influence deTsaisons se confond avec celle du climat, le-, maladies-saisonnières se confondent avec les climatiques.
Les maladies saisonnières se divisent en maladies d'été et d'hiver, I premières rappelant, quoique de loin, le règne pathologique des climats chauds, tandis que les secondes sont un diminutif des maladies des pays froids. Tandis que les maladies climatiques, par suite de l'action prolongée des mêmes causes, donnent lieu à des lésions graves, indélébiles, et présentant une grande tendance à la ebronicité les maladies saisonnières, passagères comme les causes qui les pro-
(luisent, ne font le plus souvent qu'effleurer l'organisme. La dysenterie des pays chauds devient facilement chronique, tandis que la dysenterie de nos climats, bien qu'elle puisse prendre des formes aiguës très-graves, se dissipe en général sans laisser de traces.
Les saisons exercent une influence manifeste sur la marche d'un grand nombre de maladies qu'on ne saurait confondre cependant avec les saisonnières : les fièvres palustres se développent lorsque le soleil de juillet et d'août a fait évaporer en partie l'eau des marais; le scorbut s'observe de préférence au printemps, lorsque les provisions de l'hiver sont épuisées et que les productions nouvelles du sol ne sont pas encore assez avancées pour fournir des végétaux frais en abondance; l'ergolisme se déclare après la moisson; les maladies contagieuses sont plus communes en hiver, parce que l'homme s'enferme alors dans' ses habitations et s'expose à toutes les causes d'infection et de contagion pour échapper au froid.
Maladies de la saison froide. — L'air froid irrite la muqueuse des voies respiratoires : les laryngites, les bronchites, se multiplient dès que la température s'abaisse. Pendant quatre années consécutives M. le professeur L. Colin a observé au Val-de-Gràce que le chiffre maximum des entrées pour bj&ochiles correspondait au mois de janvier (I). Du reste la bronchite simple tue rarement dans l'armée, où l'on a affaire à des adultes vigoureux et bien constitués; elle ne devient grave que lorsqu'elle complique d'autres étals morbides : telle est la bronchite asphyxique, qui il plusieurs reprises a donné lieu dans l'armée à de petites épidémies extrêmement graves; nous aurons l'occasion de montrer plus tard qu'il ne s'agit pas d'une maladie saisonnière, mais d'une maladie spécifique, d'une rougeule des bronches.
La jMeurjîsie est après la bronchite une des maladies les plus fréquentes de la saison froide. En quatre années M. L. Colin (op. cit.) a observé, dans un seul service du Yal-de-Gràce, 229 cas de pleurésie. Les chiffres maxima des entrées pour celte cause correspondaient aux mois suivants :avril et septembre (1802), — septembre (1801), — octobre et juin (18T]o7r7Ledéveloppement de la maladie semble tenir plus aux variations brusques de température, comme celles des équinoxes, qu'au refroidissement progressif de l'atmosphère dans la marche des saisons, refroidissement dont l'influence est pourtant notable, la moyenne des entrées en janvier pendant trois ans étant de six, celles des mois de juillet n'étant que de deux. » (L. Colin, op. cit., p. 90.)
(I) L. Colin, Études cliniques de médecine militaire, i>. <SG.
La pleurésie affecte quelquefois la forme dite latente, les symptômes réaclionnels sont très-peu marqués, le point de côté fait défaut, répanchement augmente en silence, et lorsque les malades se ' plaignent d'oppression pour la première fois, on est étonné de constater la présence d'un épanchement abondant. On a exagéré la fréquence de cette forme insidieuse dans l'armée, et je ne crois pas, pour ma part, qu'elle y soit plus fréquente que dans la population civile, mais il y a des choses qu'on répète toujours parce qu'elles ont été dites une fois. L'épanchement pleurétique peut être la preniière manifestation de (a tuberculose^; la relation inverse peut exister également, la pleurésie devient le point de départ de la tuberculose; nous aurons à revenir sur celte question à propos de l'étiologie de la tuberculose.
Le médecin militaire est appelé si souvent à traiter des pleurétiques, que quelques mots sur un sujet si controversé dans ces dernières années ne paraîtront pas, je pense, hors de saison. La thoracentèse avec ou sans aspiration a joui, à un certain moment, d'une faveur très-grande; M. le professeur Béhier, dans un mémoire lu à l'Académie de médecine (séance du 30 avril 1872), a été jusqu'à proposer de ponctionner tous les épancbements, quelle que fût leur abondance. MM. Sedillot et Chassaignac (l)se sont élevés contre celte dangereuse innovation; chose curieuse, les chirurgiens donnaient l'exemple de la prudence aux médecins.
Les accidents auxquels peut donner lieu la tboracentèse sont nombreux, et quelques-uns présentent une gravité extrême. A la suite de la ponction la mieux faite les épanchements séreux peuvent subir la transformation purulente, la pleurésie devient empyème, complication redoutable !
I.ne première ponction donne issue à une sérosité cilrine transparente, dans laquelle se forme par le repos un caillot blanchâtre et mou, mais le liquide se reproduit. A la deuxième ponction la sérosité st. est déjà un peu louche, au microscope on y trouve un grand nombre de leucocytes ou de globules de pus, ce qui est tout un ; à la troisième ponction la transformation purulente est complète. On me dira que ce -ont là des faits rares; moins rares peut-être qu'on ne le pense; en tout cas, il suffit qu'ils se soient présentés quelquefois, pour commander la plus grande prudence.
A la suite de la tboracentèse on voit survenir quelquefois une cxpectoralion albiirnirieuse que les premiers observateurs attribuèrent à nue perforation de la plèvre, produite au moment de la ponction (2);
(1) Académie de médecine, juin, août 1872.
>■>) Marotte, Académie de médecine, séance du 28 mai 1872.
le liquide ainsi évacué ressemble, en effet, à celui de l'épanchemenl. 11 est bien prouvé aujourd'hui que ce phénomène n'est pas dû à la perforation de la plèvre (spontanée, dans les efforts de toux, ou par le trocart au moment de la ponction); mais à une congestjmijHjImpuaire comparable à celle qui se produifdu~coTé~des organes abdominaux après l'écoulement de l'ascite; cette explication, émise dès 1853 par M. Pinaud et soutenue en 1873 par MM. Hérard et Moutard-Martin à la Société médicale des hôpitaux, a rallié aujourd'hui tous les observateurs (1). Parfois-la congestion pulmonaire est tellement forte, que les malades succombent à un œdème aigu du poumon (2). C'est là une raison qui doit engager à faire usage du trocart de petit calibre pour la thoracenlèse lorsqu'elle est nécessaire, et à laisser le liquide s'écouler lentement sjmsjaire^ usage de l'aspiration; une simple baudruche adaptée au trocart suffit pour empêcher l'introduction de l'air dans la poitrine. L'afflux de sang consécutif à l'aspiration peut déterminer encore la rupture des vaisseaux de nouvelle formalion des fausses membranes pleurétiques; lorsqu'on sait combien les parois de ces vaisseaux sont délicates, on s'étonne même qu'un pareil accident ne soit pas plus fréquent; à la suite de ces ruptures la pleurésie devient hémorrbagique et souvent purulente.
Les anciens procédés de traitement de la pleurésie fournissent du reste d'assez beaux résultats pour qu'il soit inutile, dans la grande majorité des cas, de recourir à la ponction. M. le professeur L. Colin rapporte (lac. cil.) que, sur 229 cas de pleurésie traités dans son service, il n'y eut qu'un décès (une péricardite compliquait clans ce cas la pleurésie); or, M. L. Colin n'avait jamais fait usage de la thoracenlèse; les partisans du trocart auraient bien de la peine à présenter une statistique plus favorable.
On objecte que par les anciennes méthodes (diurétiques, vésicatoires, tartre stibié) on n'obtient pas une guérison aussi radicale qu'avec la ponction. J'ai souventvu, pour ma part, des épanchemenls complets se résorber sans laisser de trace de leur passage; mais admettons qu'il reste des fausses membranes, que le poumon ne reprenne pas immédiatement toutes ses fonctions, faut-il, pour éviter cet inconvénient, mettre la vie du malade en danger?
La pleurésie peut, à vrai dire, donner lieu à la mort subite; mais c'est là un accident rare, et il n'est pas prouvé que la thoracenlèse sup-
(1) Voir à ce sujet: Comptes rendus de la Société médicale des hôpitaux, 2.3 mai 1873;— ,Ga%elle hebdomadaire, 13 juin, 12 septembre 1873;— thèse do M. Tcrriilon. Paris, 1873.
(2) Société rie biologie, 7 juin 1873. Communication de MM. Liouville, Dumonl- Pallier {Gazelle hebdom., 13 juin 1873).
arime ce danger. D'après M. le professeur E. Vallin, la mortsubite est due à des^jmilialIe^-C-érébrjiLes-dont le point île départ peut être soit dans le cœur refoulé, soit dans les veines pulmonaires du poumon que comprime l'épanchement (1). Chez des pleurétiques on a vu survenir quelquefois des œdèmes subits d'un des membres inférieurs, et des plaques gangréneuses qui s'expliquent fort bien pan des embolies yjmanjjiuj)Oumon com^rjmé. Si cette théorie est exacte, et elle repose déjà sur quelques faits incontestables, comment la thoracentèse empécherait-elle les thrombus formés dans les veines pulmonaires de se détacher? En amenant la dilatation brusque du poumon et en rétablissant tout à coup la circulation pulmonaire, elle devrait même faciliter la migration des thrombus, la formation des embolies cérébrales.
En somme, nous croyons que la thoracentèse ne doit intervenir dans le traitement de la pleurésie que lorsque l'épanchement, extrêmement abondant, est par lui-même une cause de suffocation; la ponction supprime alors l'obstacle mécanique qui entrave la respiration et la circulation, l'indication est formelle ; la vie du malade est. en danger, et si la thoracentèse amène des accidents, le médecin aura la consolation de penser que la mort aurait été plus prompte encore sans son intervention.
La pneumonie n'est pas comme ]a j3leurésie une maladie jie la saison froide. Les malades atteints de pneumoni^elffrent souvent par groupes à l'hôpital, et ces petites épidémies (L. Colin, op. cit., p. 125) ne coïncident pas avec l'abaissement de la température. C'est aux mois de juillet, mars, avril, septembre que M. L. Colin a reçu dans ses salles le plus de pneumonies, tandis qu'aucun cas ne s'est présenté dans les mois suivants : janvier, février (18G0-1862), décembre (1861). ftous verrons plus loin (maladies des climats froids) que la bronchite et la pleurésie sont fréquentes dans les pays froids, tandis que la pneumonie s'y développe plus rarement que dans nos régions tempérées. L'évolution cyclique, régulière, de la pneumonie lobairc, sa fréquence à certaines époques qui ne coïncident pas toujours avec des variations brusques de température, la rapprochent bien plus des fièvres éruplives et de l'érysipèle que des inflammations franches.
Mais si la pneumonie lobairc aiguë, franche, ne relève ni de la saison froide, ni des climats froids, il n'en est pas de même des conges- Uon- pulmonaires, des broiicho-pncumonieset des pleuro-pncumonies, qui règnen! souvent avec une grande fréquence aux époque? les plus
(\) Gaielle Itebdomad.. i lévrier 1870. — vembre 1871.
S. I-AVERAS.
Recueil mètn. de. méd. miWaitc, iio-
ôU MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.
froides de l'année. Au mois de décembre 1874, par un lemps très-froid et neigeux, je recevais, dans mon service du Val-de- Grâce, un grand nombre, de malades atteints de congestions pulmonaires avec expectoration sanguinolente, et de bronebo-pneumonies doubles.
On range généralement le rhumatisme parmi les maladies de la saison froide et des climats froids. Il faut distinguer sous ce rapport le rhumatisme articulaire aigu, fièvre rhumatismale des auteurs anglais, du rhumatisme ebronique (rhumatisme noueux, nodositésd'Héberden, arthrite rhumatismale monoarticulaire, rhumatisme musculaire). Le rhumatisme aigu est aussi distinct du rhumatisme ebronique que la pneumonie lobaire aiguë peut l'être de la pneumonie chronique; il n'y a, entre ces maladies, que des analogies de siège; si la pneumonie chronique succède bien rarement à la pneumonie fibrineuse, le rhumatisme noueux ne remplace presque jamais le rhumatisme articulaire aigu. L'influence du froid humide sur le développement du rhumatisme chronique est parfaitement démontrée, on l'observe particulièrement dans la saison froide et dans les pays froids; tandis que le rhumatisme aigu, plus commun dans les pays tempérés que dans les climats froids, se développe aussi souvent dans la saison chaude que dans la saison froide. Au mois de jmlh3Li8T4, les maladies qui dominaient dans les hôpitaux de Paris, et en particulier au Yal-de- Gràce, élaientje rhumatisme articulaire aigu et l'érysipèle de la face. Trc^îsseluTdans saTUinique (3^ecTuT, t. III, p. 394), a insisté surla connexion qui existe entre ces deux maladies; il y avait alors dans les salles de l'Hôlel-Dieu une épidémie simultanée de rhumatisme et d'érysipèle. « Il n'y a pas seulement, dit Trousseau, analogie morbide entre ces deux affections, qui n'ont d'inflammatoire que l'apparence, il y a corrélation. Elles n'ont pas seulement le même génie migrateur, elles peuvent se remplacer l'une l'autre, et, par exemple, le rhumatisme peut succéder à l'érysipèle. » M. Michel Peter n'a pas laissé tomber cette idée du maître : « Tlus d'une analogie rapproche, dit-il, le rhumatisme de l'érysipèle; comme l'érysipèle, le rhumatisme n'est pas une inflammation franche; comme lui, il sévit souvent sous la forme épidémique, et une épidémie de rhumatisme succède souvent à une épidémie d'érysipèle; comme l'érysipèle, le rhumatisme est mobile; comme lui, il est une inflammation des membranes el non des parenchymes, seulement l'érysipèle frappe surtout les membranes tégumentaires : peau el membranes muqueuses en rapport avec l'air; le rhumatisme affecte de préférence les membranes des cavités closes, membranes séreuses splauchniques et articulaires. » (Art. Angine, Diction, encyclop. des sciences médicales.)
HÀCADIËS SAISONNIÈRES:. M
Dans ces derniers temps, J^L Jaccoud(l) a appelé l'attention sur la fréquence de l'endocardite dans l'érysipèle; ce serait là une nouvelle ressenibtancé"âvéc le rhumatisme articulaire aigu; mais nous croyons que cette complication est rare, beaucoup plus rare que ne l'a annoncé M. Jaccoud; depuis que noire attention a été appelée sur ce sujet nous auscultons avec grand soin tous les malades atteints d'érysipèle, et dans aucun cas nous n'avons trouvé les signes de l'endocardite.
Le rhumatisme aigu peut envahir successivement le péricarde, l'endocarde, les plèvres, le péritoine, les méninges, chez un même malade, comme dans une observation publiée par M. Blachez (2)^on pourrait presque dire que le rhumatisme aigu est un érysipèle îles séreuses.
Maladies de la saison chaude. — Au commencement du printemps, lors des premières chaleurs, .les embarras gaslriques se multiplient; les fièvres vernales ont parfois une durée do plusieurs jours; on leur donne les noms de fièvre gastrique, de fièvre inflammatoire, de synoque; sous l'action du soleil du Midi ces fièvres prennent une gravité particulière, et à mesure qu'on se j^jpjproçjie des ti^jajies, elles revêtent de plus en plus l'apparence de la rémittente des pays Chauds! >"uus verrons du reste qu'une partie seulement des fièvres rémittentes méritent le nom de climatiques et que la plupart d'entre elles relèvent bien plutôt du miasme palustre que de la chaleur. Les lièvres vernales n'ont le plus souvent en France aucune gravité, elles cèdent facilement à un éméto-catharlique; sur les bords de la Médi- i terranée, elles prennent déjà des formes plus graves. '
Thion de la Chaume a décrit la rémittenje^jiiiple en Corse ; elle régnait en même temps que la dysenterie dans la grande armée de potogne (Gilbert); elle a constitué le fond de la pathologie de l'armée française d'Italie en 1859 (Cazalas, mém. cit.); elle va par nuances insensibles se fondre dans la rémittente d'Afrique en passant par les formes moins intenses auxquelles les médecins anglais ont donné le nom de fièvre méditerranéenne, affection observée par Mac Cregor en Egypte (1800), Followey en Espagne (18-23), Hennen à Malte (1825), Clegohrn à Minorque (1844), Hood à Philadelphie et dans les régions salubres des Ktats-Unis; par les médecins militaires français dans tes régions non marécageuses de l'Algérie; tandis que, dans les régions moins chaudes, elle est comme le premier degré de la fièvre typhoïde (L. Laveran, Recherches sur la mortalité des armées en campaync, loc. cil.)
(1) Leçons clinique*, 1873, p. 786.
(î) Gazette hebdomadaire, 7 août 1871.
La dysenterie a été à toutes les époques un des fléaux les plus terribles pour les années eu campagne; c'est surtout à la fin de l'été et à l'automne, comme le fait remarquer Pringle, çjuë la dysenterie devient êpidémique dans nos climats.
L'armée de Henri V, roi d'Angleterre, eut tellement a souffrir de la dysenterie après son débarquement à Harfleur (1415), qu'elle fut bientôt réduite, disent les historiens, au quart de son effectif, et après Azincourt il fallut la ramener en Angleterre (1).
En 1607 la dysenterie régna épidémiquement a Lyon, où elle fut importée, dit Ozanam, par les troupes qui revenaient de la campagne d'Italie, pendant laquelle les deux armées avaient eu fort à souffrir des flux de ventre; elle commença à l'Hôlel-Dieu, où l'on avait envoyé un grand nombre de militaires dysentériques.
En 1635 la dysenterie sévit sur l'armée française du Brabant hollandais et s'étendit cà la population civile; la ville de Nimègue en fut ravagée. Ces deux derniers faits prouveraient en faveur deJa contagion du mal.
Dans l'été de 1677 l'armée danoise en Scanie eut fort à souffrir de la dysenterie; on attribua l'épidémie, ditBrandt, médecin de l'armée danoise, à l'eau croupie que buvaient les soldats (2).
Au mois d'août 1718 une épidémie de dysenterie se déclara sur les garnisons prussiennes de -la Poméranie; la population civile ne fut pas épargnée.
Après la bataille deDeltingen (1743) (Pringle), les troupes anglaises couchèrent sur le champ de bataille sans tentes et exposées cà une grande pluie; huit jours après la bataille, cinq cents hommes étaient atteints de dysenterie et, en quelques semaines, la moitié de l'armée l'avait ou venait d'en relever. La dysenterie, parut avant la saison des fruits, fait observer Pringle; elle continua en juillet, août, et ne disparut que lorsqu'on eut quitté le terrain infecté par les déjections des malades (3). Le même fait, se reproduisit pendant les campagnes de 1744 en Flandre et de 1747 dans le Brabant hollandais.
Pringle, qui avait eu si souvent l'occasion d'observer la dysenterie des camps, a parfaitement tracé son histoire; comme Sydcnbam il s'efforce de démontrer qu'on a grand tort d'accuser les fruits de causer la dysenterie; il décrit très-bien la maladie et formule un traitement rationnel. ,
Pendant l'été de 1757 une armée française de 25 000 hommes
(1) Ozanam, op. cit., t. 111, p. 281.
(2) Cité par Ozanam, op. cit., t. 111, P-
(3) Pringle, op. cil . p. 20.
MALADIES SAISONNIERES. 53
traversa l'électoral tic Mayence; la dysenterie fit dans celte armée de nombreuses victimes £L-s^ûinmjmiqmi£Uix^ (1). A la
même époque, les troupes prussiennes et impériales en étaient ravagées eu Bohème.
Le docteur Chamseru, médecin de l'armée française, a écrit l'histoire des maladies qui régnèrent sur les troupes pendant la guerre de 1792, en Champagne. A un été pluvieux succéda un automne frais et humide; l'apparition de la dysenterie coïncida avec ce changement de température. L'armée ennemie, composée de Prussiens, d' Autrichiens, de Hessois et d'émigrés français, était déjà parvenue à Sainte- Menehould et à Chàlons lorsqu'elle fut arrêtée dans sa marche par l'affaire de Grand-Pré, le 20 septembre. Dix jours après, cette armée était obligée de battre en retraite; la mortalité par dysenterie était énorme parmi ces troupes; les hôpitaux de Longwy et de Verdun furent encombrés de dysentériques, et la maladie ne tarda pas à envahir l'armée française, où elle exerça ses ravages jusqu'au mois d'octobre (2).-
En 1793 la dysenterie régna sur l'armée française d'Italie ; das chaleurs excessives pendant le jour, les brouillards et l'humidité de la terre durant lamûT^urent, d'après Desgenettes (S), les causes de celle"épidémie. Nos soldatsTmîânqlîi^^
gues continuelles, présentèrent des dysenteries très-graves et souvent Trrorréllës. Les-~voïontaires des départements du Cantal, du Puy-de- Dome et de l'Aveyron furent particulièrement frappés.
La garnison de Mantoue eut à souffrir en 1811 d'une dysenterie épidémique; plus de 1000 soldats en furent atteints. La maladie, au dire de Pisani (4), prit un caractère infectieux bien manifeste dans les salles de l'hôpital;- elle se communiqua aux malades entrés pour j d'autres affections et surtout aux convalescents, ainsi qu'aux médecins l et aux infirmiers.
En 1812 l'armée française traversant la Pologne fut frappée d'une épidémie de dysenterie.
Pendant la guerre de Crimée les diarrhées et les dysenteries furent très-communes dans l'armée française; elles contribuaient à affaiblir les hommes, qui étaient pris ensuite de scorbut, de typhus, de congélations. De mai à septembre 1855, 9919 diarrhéiques furent traités dans
'Ii Dehorne, Journal de médecine militaire, 1784.
(2) Chamseru, Journal ijénéral de médecine, t. 1AV. Cité par Ozanam, op. cit., t. III. p. 303.
(3] Note pour servir à l'histoire de la médecine militaife de 1 année d'Italie. Ozanarn. op. cit., t. NI, p. 3Ul.
(4) Cilé par Ozanam, op. cit., t. III, p. 307.
les hôpitaux de Constantinoplc et donnèrent 1478 décès, ou 10 0/0. On voit que dans les conditions déplorables où se trouvait notre armée la diarrhée avait pris une gravité exceptionnelle (1).
Le tableau suivant montre que la diarrhée et la dysenterie ont fait un grand nombre de victimes dans l'armée américaine, surtout pendant la deuxième année de la guerre.
NOMBRE DES MALADIES ET DES DÉCÈS PAU DIARRHÉE ET DYSENTERIE DANS CHACUNE DES TROIS HÉGIONS (2).
Malades.
Morts.
Malades
sur 1000 h.
d'effectif.
Morts
sur 1000 h.
d'effectif.
Malades.
Morts.
Malades
sur 1000 h.
d'effectif.
Morts sur 1000 h.
d'effectif
Région atlanti-
Région centrale Région du Paci-
TotàUX. .
Pendant le siège de Metz (1870) la dysenterie a été une des maladies les plus communes dans l'armée assiégée, et souvent elle se présentait à notre observation sous les formes qu'elle prend dans les pays chauds; ici comme en Crimée l'influence d'une alimentation vicieuse s'ajoutait à l'action de la saison.
Là dysenterie a été observée souvent dans certaines garnisons, particulièrement dans celle de Versailles. MM. Périer (3), Masselot et Follet (4) ont décrit l'épidémie qui régna en 1842 sur cette garnison. C'est aux mois d'août et de septembre, après un été très-chaud et très-sec, que la dysenterie devint épidémique; elle débuta par la Ménagerie, espèce de ferme située à l'ouest de Versailles ; les casernes de l'Est furent les plus maltraitées, par la suite; la caserne dite d'Artois, qui était placée cependantdans de bonnes conditions hygiéniques, Tut la plus ravagée (Masselot et Follet), j/eaii qu'un boit à Versailles est de fort mauvaise qualité; elle séjourne dans des bassins décou-
(1) Fauvel, Histoire médicale de la guerre d'Orhnl, p. 158.
(2) Statistiqus de la guerre des Étals- Unis, tableau XXVI.
(3) Journal de médecine de Beau, 1843.
(A) Mémoire sur l'épidémie dysentérique qui a régné à Versailles dans les mois d'avril, septembre et octobre 1842. (Arch. gén. de méd., avril, mai 1843.)
maladies saisonnières. 55
verte, et il y lombe nécessairement une foule de substances organiques que la chaleur fait entrer en fermentation; c'est là une cause bien suffisante de dysenterie, il n'est pas nécessaire de faire intervenir le miasme palustre comme font MM. Masselot et Follet.
A l'automne les entrées pour diarrhée et dysenterie se multiplient presque toujours dans les hôpitaux militaires; au mois de septembre 187 i, j'avais dans mon service du Val-de-Gràce des dysentériques en grand nombre, et l'un d'eux succomba très-rapidement à une dysenterie contractée à Paris.
Mon père a trouvé que sur 1000 décès à Paris il y en avait 10 par dysenterie, et que, pour les principales villes de garnison, ce rapport allait à -21 pour 1000; mais dans ce dernier chiffre sont comptés les décès dus à une épidémie de Metz; il faut ajouter aussi que bon nombre de malade?, après avoir contracté des dysenteries chroniques en Algérie ou aux colonies, viennent mourir dans les hôpitaux de France.
La dysenterie saisonnière de nos climats est, à l'intensité près, la même maladie que la dysenterie endémique des pays chauds; il n'y a pas lieu de décrire à part ces deux formes morbides, et ce que nous dirons plus tard de la symptomalologie, de l'anatomie pathologique, du traitement et de la prophylaxie de la dysenterie des pays chauds s'appliquera fort bien à la maladie saisonnière dont nous venons d'esquisser l'historique dans les armées; nous y renvoyons le lecteur. f hkbk.
Le cholérajiostras (choléra simple, choléra sporadique) a été observé delous temps dans les armées; Pringle le place avec raison parmi les imiladies saisonnières de rjtéjm de Pautomne.
Van Swieten fait mention du choléra-morbus, nommé vulgairement trousse-galant (1) ; c'est, dit-il, une affection fréquente à la fin de l'été et au commencement de l'automne, caractérisée par une évacuation subite et immodérée d'humeurs par le haut et par le bas.
Dans le traité de médecine d'armée de Monro on trouve aussi un chapitre intitulé : Du choléra-morbus, vulgairement dit trousse-galant. « Le choléra-morbus, dit Monro, ou les évacuations subites et violenles par les vomissements et les^selles, ont été Irès-fréquents dans ^fo*"^ les mois rie juillet et août 1761, et, spécialement à Munster, plusieurs |n;r-onnes eu ont été attaquées. » Plusieurs malades eurent des attaques très-fortes; cependant Monro ajoute : « 11 n'est mort personne, du moins dont j'aie été instruit (2). y>
té chapitre \\. de Ilecker est consacré au choléra-morbus, cl Co-
<\) Description des maladies det armées, op. ri t., p. SI 'ii Médecine d'armée, op. cil., t. II, r> 209,
lombier, comme Van Swielen et Monro, traite du choléra-morbus, vulgairement appelé trousse-galant. Les soldats y sont sujets, dit-il, dans les camps, surtout pendanUes grandes chaleurs et à la fin-de. l'été. Voici la descriptio^delTolomblerTle^ correspond pàrlâîtement à ce que nous appelons choléra-nostras, choléra simple. « On reconnaît cette maladie aux évacuations fréquentes, tant par le vomissement que par les selles, d'une matière acre, bilieuse, jaune, porracée ou noirâtre, accompagnées de violents efforts, d'une douleur considérable dans le ventre et de vives épreintes ; la soif est ardente, les forces sont abattues, le visage est plombé, les extrémités sont froides et les crampes fréquentes. Dans cet état le pouls est faible et petit, quoique fréquent; il survient des syncopes, et les malades rejettent presque tout ce qu'ils avalent (1). » 11 n'est pas question, comme on voit, des selles riziformes si caractéristiques du choléra vrai, non plus que d'une période de réaction succédant au stade algide; la question de contagion n'est même pas posée, et il est facile de voir que les auteurs n'attribuent pas cà celte affection une grande importance. Cette colique, dit Colombier, ne dure guère plus de 24 heures; les soldats y sont très-sujets dans les camps, surtout pendant les grandes chaleurs et à la fin de l'été.
Ces témoignages montrent bien que le choléra simple a été observé dans les armées européennes avant l'apparition du choléra indien; mais quel rapport peut-on établir entre cette maladie saisonnière, si peu redoutable, et le choléra épidémique, qui dans ses expansions envahit les continents les uns après les autres sans être arrêté par les différences de saisons ou de climats, et dont l'apparition inspire un si juste effroi? Sans doute il y a analogie symplomalique entre la période algide du choléra indien et le choléra simple; mais les maladies les plus différentes ne peuvent-elles pas offrir de ces ressemblances superficielles? L'empoisonnement par le tartre stibié n'a-t-il pas la plus grande analogie avec le choléra, si bien qu'il a reçu le nom de choléra stibié? L'individu empoisonné par le phosphore ne présenle-t-il pas quelques-uns des principaux signes de la fièvre jaune? C'est l'élude des causes bien plus que celle des symptômes qui doit servir de base à la classification des maladies; on doit s'efforcer de réunir les affections dont l'éliologic est commune, si différentes que soient leurs manifestations symplomatiques, et de séparer celles qui reconnaissent des causes différentes, si grandes que soient d'ailleurs leurs analogies symplomatiques.
11 ne faudrait pas croire, du reste, que le choléra-noslras ne diffère
(1) Colombier, Médecine militaire, op. cit., t. III. p. 331.
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pas symptomatiquement du choléra indien : dans le choléra simple, la diarrhée est séreuse, bilieuse, .nais non riziforme, ce qui tient a ce que l'épithélium intestinal ne se desquame pas comme dans e choléra vrai; dans le choléra simple on n'observe pas la période de réaction, exagérée jusqu'à l'état typhoïde, qui, dans le choiera indien, succède presque toujours au stade algidc.
\u mois d'août 1871, nous observions à Paris plusieurs cas do choléra-nostras; ta fièvre typhoïde, les embarras gastriques bilieux, les diarrhées, les dysenteries, régnaient alors avec une grande fréquence dans la garnison aussi bien que dans la population civile. Deux fois les cholérines reçues à cette époque à l'hôpital militaire Sain'-Marlin se terminèrent par la mort, et nous eûmes l'occasion de constater qu'il existait dans les deux cas de la psorenlérie , mais pas de d^quamation intestinale. La psorenlérie a perdu toute valeur comme caractère anatomique du choléra indien depuis qu'elle a été signalée dans un grand nombre de maladies étrangères au choléra (1).
En 1669 Sydenham signalait déjà ces cas de choléra-morbus qui reviennent, dit-il, sur la lin de l'été et au commencement de l'automne, aussi constamment que les hirondelles au commencement du printemps elle coucou vers le milieu de l'été (°2).
Le choléra-nostras peut être provoqué par l'ingestion de boissons très-froides. En 1825, à Paris, un grand nombre de personnes furent BBÎffiés des symptômes du choléra simple, on les crut empoisonnées, mais une enquête démontra que la cause de ces accidents étajtdans les boissons glacées dont les chaleurs excessives avaient rendu l'usage ^rëique~iénéral. PeTïïlânrTeTé il faudra veiller avec soin à ce que les hommes ne boivent pas à la pompe en rentrant de la manœuvre, surtout si l'eau qui sert à la boisson est une eau de source trèsfroide. La boisson hygiénique qui, clans un grand nombre de corps, est mise à la disposition des soldats en été, donne d'excellents résultats; celte boisson, conservée dans des tonneaux, n'a pas, au moment de l'ingestion, une température trop basse, et la réglisse, le citron et le rhum qu'on y ajoute, quoique clans de très-faibles proportions, suffisent pour la rendre agréable au goût et moins indigeste que l'eau pure.
Lorsqu'un malade est pris de diarrhée cholériforine, il faut^ lui faire prendre immédiatement quelques gouttes de laudanum et l'envoyer à l'hôpital. Bien que le choléra simple ne soit pas généralement une affection grave, il exige cependant un traitement actif et l'em-
\i) Art. Choléra, Diction, cncijclop. des sciences médicales.
rl, Sy.lctiham, MédetiM pratique. Constitution êpidétHiqua de l'unnéo 16C£
ploi de moyens dont on ne dispose pas clans les corps de troupes A l'hôpital, le traitement varie suivant que L'algidité est plus ou moins marquée. Il suffit le plus souvent de mettre le malade à la diète complète d'aliments et de boissons, de lui prescrire 10 à 20 gouttes de laudanum et de la glace afin de calmer la soif vive et les vomissements ; si l'algidité est plus prononcée et s'accompagne de crampes on fera faire des frictions sèches sur les membres et l'on prescrira une boisson chaude, un peu excitante, du thé alcoolisé par exemple.
Plusieurs maladies peuvent être confondues avec le choléra-noslras^ et il faut se défier de ce diagnostic lorsque la maladie se termine par la mort. La lièvre typhoïde en particulier peut présenter un tableau spnptomatique tout à fait analogue. Au mois d'octobre 1874, un jeune soldat du 4e bataillon de chasseurs était apporté au Val-de- Grâce; le billet d'entrée portail : cholérine; le malade avait eu des vomissements et de la diarrhée; il était, quand je le vis, dans un état de prostration et d'algidilé très-marqué; face cyanosée, extrémités froides, pouls filiforme; le ventre était douloureux à la palpation, ce qui me fit songer à une péritonite bien plutôt qu'à une cholérine.' La mort eut lieu dans la nuit qui suivit l'entrée a l'hôpital, et l'autopsie nous révéla : 1° une péritonite très-nettement caractérisée par l'existence de fausses membranes qui recouvraient le péritoine dans une grande étendue; 2° dans l'intestin grêle, les lésions de la fièvre typhoïde à la première période : tuméfaction molle des plaques de Peyer, psorentérie abondante sans ulcérations ni perforation. Je n'affirmerais pas aujourd'hui que les deux malades qui succombèrent en 1871 à de prétendues cholérines, et dont j'ai parlé plus haut n'étaient pas au début de fièvres typhoïdes; la fièvre typhoïde était alors épidémique à Paris, et dans les deux cas nous trouvcàmes, à l'autopsie, une psorentérie extrêmement abondante.
En même temps que les diarrhées cholériformes, les ictères abondaient dans les salles de l'hôpital militaire Saint-MartrnlùTmois d'août et de septembre 1871 ; ces ictères étaient simples, sans fièvre; dans tous les cas ils se terminèrent très-rapidement par guérison ; les malades ictériques appartenaient à différentes casernes, et à la même époque on observait un grand nombre d'ictères dans la population civile (1). C'est un caractère constant des maladies saisonnières d'étendre leur règne sur les différentes classes de la population soumise aux mêmes influences atmosphériques. Des épidémies semblables d'ictères simples ont été notées par difierënTs'aiiteiirs ; le plus souvent elles surviennent à la fin de l'automne. En 1834, M. Lévy
(1)Acad. des sciences,.séance du 20 décembre 1871. Communie, de M. Decaisne.
MALADltS SAISONNIÈRES. 59
«h wviit une petite épidémie d'ictères simples sur le 11e de ligne (1) ;
M doc tour C a rapporté un lait analogue qui s'est produ.1 a Las au mois de lévrier le thermomètre passa brusquement de - ï 'à + TA et à la suite de ce changement de température nn grand nombrf de soldats du génie en garnison dans la citadelle d Arras furent pris d'ictère simple. M. le docteur Rizet vo.t dans la production de cette épidémie un effet du miasme palustre parce que , deuS :ou ^y trois mois auparavant on avait emi une pièce d eau située a 100 ^
mètres de la citadelle, et que les détritus provenant du curage avaient
été accumulés sur les bords. Le miasme palustre à Arras, au mois de
février, par une température de - * à + 5-U Nous ne saurions
partager l'opinion de M. Rizet (2).
Ces épidémies d'ictère simple n'ont rien de commun avec les fièvres
bilieuses des casernes de Lourcine et de Saint-Cloud dont nous nous
occuperons plus tard.
,1, Recueil mém. de méjl. militaire, 1835, t. XXXVIII. (<£) Recueil mém. de méd. militaire, juillet 1867.
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