‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 30 sur 127 · PENSIONNÉS · texte numérisé non relu

PENSIONNÉS

sortis guéris.

MORTS

— des mains et des pieds

En tout : 5290 cas de c

ongélations.

ARMÉE ANGLAISE

Le rapport sur le service de santé de l'armée anglaise

donne les résultats

généraux suivants :

Congélations. . 2389 cas.

Morls..: 463

Tous les médecins de Crimée s'accordent à reconnaître que les congélations ne s'observaient guère que sur des hommes affaiblis et / malingres. Les gangrènes, dit M. Tholozan (2), frappèrent surtout les hommes affaiblis par des maladies antérieures; plusieurs fois elles survinrent alors que les malades étaient aux ambulances depuis plusieurs jours. Les accidents de congélation, dit M. Fauvel (3), se produisaient quelquefois dans le trajet de l'ambulance au point d'embarquement. Les hommes qui n'étaient pas débilités par la diarrhée ou le scorbut étaient très-rarement frappés de congélation; il n'y en eut aucun cas parmi les officiers.

(1) Chenu, Statistique delà guerre de Crimée, p. 512.

(2) De l'acrodynie ( Gai. rnéd. Paris, 1861 ).

(3) Histoire médicale de la guerre d'Orient, p. 99.

Presque tous les malades accusaient, comme cause de la grangène des extrémités inférieures, le froid humide qu'ils avaient éprouvé pendant les gardes dans les tranchées.

Bien que l'on fût averti par l'expérience du premier hiver passé devant Sébastopol, on ne prévint pas la réapparition de ces accidents. A la fin de décembre 1855, six cents cas de congélations étaient évacués sur Constantinople. « Après l'expérience acquise, dit M. Fauvel, on ne devait pas s'attendre à voir, cet hiver, un tel accident se reproduire en nombre aussi considérable dans notre armée à l'état de repos. »

(Op. cit., p. 187.)

En Crimée le thermomètre ne descendit pas au-dessous de — 20°, et il est très-certain que, sans l'état de débilitation profonde où se trouvaient nos soldats, ils auraient parfaitement supporté ce degré de froid comme ont fait les officiers.

Dans le rapport sur l'état sanitaire de l'armée anglaise en Crimée (Londres, 1858, p. 362), il est dit: « Les cas appelés congélations furent, suivant le témoignage des hommes eux-mêmes, contractés dans des circonstances qui ne montraient point de raisons suffisantes pour cet effet dans le degré de froid. Il vaudrait mieux les appeler gangrènes par tendance scorbutique exagérées par le froid. »

Pendant la guerre de 1870-1871 de nombreux cas de congélations ont été observés h Paris et clans les armées de la Loire et de l'Est.

Description des accidents produits par le froid. — Ces accidents peuvent être locaux ou généraux. Les accidents locaux relèvent plutôt du chirurgien que du médecin; ils ne nous arrêteront pas longtemps.

Les parties frappées de congélation sont blanches, insensibles ; « nous ne nous sentons pas marcher, » disaient les hommes en Crimée (1) ; la peau des pieds devenait blanche, ridée; et quand, dans latente, les malades s'enveloppaient les pieds d'une couverture, la chaleur amenait des douleurs insupportables; ils étaient forcés de se découvrir, de laisser leurs pieds exposés à l'air froid du dehors. Si les hommes en cet état persistaient à chausser leurs souliers durcis par l'humidité, tous les points comprimés, surtout les articulations,^ devenaient le siège d'une inflammation qui se terminait par la gangrène.

JSouvent la gangrène ne survient que si les parties congelées sont I exposées tout à coup à une chaleur vive : pendant la retraite de Russie, tous ceux qui s'approchaient des feux de bivouac pour s'y chauffer les mains et les pieds étaient frappés de gangrène des extrémités;

(1) Notice tur l'année d'Orient, par M. Quesnoy, in Rec. de mém. de méd. militaire,

ainsi mutilés nos soldats tombaient en grand nombre aux mains de l'ennemi (1).

En Crimée, M. Tholozan a toujours observé la gangrène sèche; la surface des tissus mortifiés était tout particulièrement desséchée; les tissus ainsi gangrenés se conservaient très-facilement sans se décomposer, soit qu'on attendit l'élimination, soit que l'on eût pratiqué l'amputation et conservé la partie amputée.

On distingue pour les congélations, comme pour les brûlures, plusieurs degrés d'après la profondeur des tissus lésés ; il est très-remarquable que des agents aussi opposés que le chaud et le froid puissent produire des lésions* presque identiques.

Le froid humide peut donner lieu à des symptômes assez analogues à çeux de l'acrodyflie. En Crimée, pendant l'hiver de 1851-1855, bon nombre d'hommes furent atteints de ces symptômes, qui consistaient en fourmillements accompagnés de douleurs très-vives dans les extrémités; on crut d'abord qu'il s'agissait de la maladie décrite à Paris en 1828 sous le nom d'acrodynie, mais bientôt la plupart des médecins de Crimée abandonnèrent cette idée et reconnurent dans cette prétendue acrodynie les effets locaux du froid humide (Baudens, Scrive, Harmy, Quesnoy). Dans un rapport daté de Constantinople, 4- janvier 1855, M. Fauvel écrit : « Je crois savoir à présent à quoi m'en tenir sur la nature de l'affection que j'ai signalée dans mon précédent rapport sous le nom d'acrodynie. Des faits analogues en grand nombre se sont succédé sans interruption à chaque arrivage de Crimée en même temps que des cas de gangrène plus ou moins étendue des extrémités inférieures. Il a été facile par une étude attentive d'acquérir la conviction que tous ces faits se rattachaient à une cause unique, savoir : l'action plus ou moins énergique du froid sur les extrémités inférieures. » (Fauvel, op. cit., p. 90.)

M. le docteur Tholozan presque seul a maintenu le diagnostic : acrodynie, qui avait été porté tout d'abord. (De l'acroiynie, loc. cil.)

Larrey a très-bien décrit Jcs phénomènes qui précèdent la mort dans l'asphyxie par le froid. Après avoir dit quelaroutede Miedneski à Wilna était couverte de cadavres, il ajoute :

« La mort de ces infortunés était devancée parla pâleur du visage, par une sorte d'idiotisme, par la difficulté de parler, la faiblesse de la voix et même la perte totale de ce sens, et, dans cet état, quelquesuns marchaient plus ou moins longtemps conduits par leurs camarades ou leurs amis; l'action musculaire s'affaiblissait sensiblement, Jcs individus chancelaient sur leurs jambes comme des hommes ivres;

>i) Larrey, Mémoires, t. IV, p. 135.

la faiblesse augmentait progressivement jusqu'à la chute-du sujet, signe certain de l'extinction totale de la vie.

» La marche non interrompue et rapide des soldats réunis en masse obligeait ceux qui ne pouvaient la soutenir à quitter le centre de la colonne pour se porter sur les bords du cbemin et le côtoyer; séparés 'le celte colonne serrée et abandonnés à eux-mêmes, ils perdaient bientôt l'équilibre, et tombaient dans les fossés remplis de neige, d'où ils pouvaient difficilement se relever : ils étaient frappés aussitôt d'un engourdissement douloureux, passaient ensuite à un état d'assoupissement léthargique, et, en peu de moments, ils avaient terminé leur pénible existence. » (Larrey, op. cit., t. IV, p. 127.)

Larrey fait remarquer que la mort par congélation frappait surtout les personnes soumises à une abstinence prolongée. Schrimpton (mém. cité) a bien décrit aussi l'asphyxie par le froid : Le sujet éprouve, dit-il, un engourdissement général, quelquefois de la douleur dans les membres et aux aines ; la contraction musculaire ne se fait plus qu'avec difficulté. La face est rouge, tuméfiée-, les lèvres sont bleuâtres, les yeux saillants, les mains se gonflent et rougissent; te pouls est petit et faible, la respiration est lente; les yeux prennent l'expression de l'égarement, la marche est incertaine, vacillante; le malade conserve sa connaissance, mais on dirait un homme ivre; on le relève et il retombe.

L'asphyxie survient quelquefois très-brusquement lorsque des individus atteints des premiers degrés de congélation sont transportés tout à coup dans un local très-chaud.

Plusieurs théories ont élé proposées pour expliquer l'asphyxie parle froid. D'après Pouchet, il y aurait intoxication du sang par les globules du sang déformés, mais la déformation des globules du sang n'est pas démontrée, et même, chez des animaux soumis a la congélation, on a retrouvé les globules du sang parfaitement intacts (1).

On pourrait prétendre que la mort arrive, dans certains cas au moins, par le même mécanisme que chez les individus soumis à la décompression, après avoir séjourné dans l'air comprimé. M. le professeur Rameaux a prouvé que dans ce dernier cas il se faisait des embolies aériennes dans les vaisseaux pulmonaires, d'où l'asphyxie; explication qui a été vérifiée et complétée par les expériences de M. Bert. Chez l'individu congelé qu'on transporte tout à coup dans une pièce chaude, les gaz contenus en excès clans le sang (acide carbonique) tendent à s'échapper tout à coup, et il peut se faire qu'il se produise des obstructions dans les poumons; le fait est que dans ces; cas la mort peut être extrêmement prompte.

(1) L. Laveran, Recherches sur la mortalité des armées en campagne, loc. cit.

M. le passeur Michel attribue l'asphyxie par le iroid à des cmbohes, Lus à des embolies qui ont pour point de dépa le P atteintes de congélation : le sang se coagule dai s les a seau?

partie «Jk '-sque la circulation J»d, «abolies capillaires sont versées dans la. circulation el vont b^ei le, vaisseaux des poumons vl). Cette explication s adap ^ J«ez Jnen l Un ait relaté par M. Michel et en général aux accidents de congés l^ùreVn s'observent chez des individus at^ ^ latioïs ou de brûlures partielles ; on ne saurait accep ,1er pou rta». où l'asphyxie par le froid se produit rapidement et sans être précédée

de gangrènes partielles.

pWhyiJe. Traitement. - Des hommes bien vêtus et ne nouais peuvent résister aux températures les plus basses qui aient été

ë éeTteLst le principe qui doit servir de guide dans la prophylaxie de Snts de congélatil 11 faut proportionner raUme^aUon au degré de froid que doit supporter l'organisme; il faut m et t * d ^autant plus de bois dans le poêle que la chambre est plus ^ ^ marine on a compris la nécessité d'augmenter la ration des équipages T, t mats polaires; il est certain que nos soldats, mieux nourric^nraient parfaitement résisté au froid pendant la retraite de Russie

et devant Sébastopol. . .,

Lorsqu'une colonne en marche est soumise à un froid rigoureux, il faut veiller avec grand soin à ce que le soldat puisse faire la soupe; c'esl en campagne comme en garnison, le seul mode d'ahmen at.on ^troupier français ; lorsqu'il ne peut pas faire la soupe, il reste a a diète ou à peu près ; du vin, de l'eau-de-vie à petite dose, peuvent rendre de grands services ; mais il faut prévenir les hommes que s enivrer dans ces conditions, c'est se suicider; il sera sage défaire fermer les cantines tout en distribuant une ration d'eau-de-vie. Pendant la campagne de Russie on a eu plus d'une fois l'occasion de constater les mauvais effets des alcooliques pris à haute dose ; lorsque l'armée, exténuée de fatigues et de privations, arrivait dans une ville, les soldats, naguère si disciplinés, n'écoutaient plus la voix de leurs chefs ; ils forçaient les portes des magasins et mettaient les provisions au pillage. Cela eut lieu en particulier à Wilna; la plupart des hommes firent un usage immodéré d'eau-de-vie, ce qui multiplia, dit Larrey, le nombre de malades, fil développer la gangrène des extrémités et causa la mort de plusieurs. (Larrey, op. cil., t. IV, p. 100.)

Lorsque le froid est très-vif et qu'il tombe de la neige, les marchés doivent se faire en colonne serrée, et les étapes doivent être

1, Élude clinique et expérimentale des embolies capillaires, par V. Felte.

7i MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.

courtes ; car la fatigue vient vite dans ces conditions, et il faut s'attacher à ne laisser personne en arrière : tout homme qui s'arrête et qui s'endort est un homme mort.

Au camp ou au bivouac on s'efforcera d'allumer les feux pour faire la soupe, mais on mettra près de chaque feu des sentinelles qui devront empêcher les hommes de venir y chauffer leurs membres engourdis; enfin on fera connaître aux troupes par la voie du rapport les précautions qu'il faut prendre pour éviter les gangrènes locales.

Lorsqu'une partie est engourdie par le froid, on doit se garder de la soumettre à l'action brusque de la chaleur; il faut la frotter avec de la neige ou de la glace; les frictions sèches conviennent aussi; enfin on peut plonger la partie congelée dans l'eau froide; c'est par ce procédé, dit Larrcy, que les Russes font dégeler le poisson. Dans le cas d'asphyxie par le froid, le malade ne sera pas transporté dans une atmosphère chaude, qui aggraverait infailliblement son état, si même elle n'amenait pas une mort immédiate. On fera avaler au malade quelques gorgées d'une boisson stimulante et on le frictionnera avec de la neige ou bien à sec. Les sinapismes, les ventouses, au besoin la saignée, seront employés pour combattre les congestions pulmonaires. Les règles à suivre dans le traitement de l'asphyxie par le froid ont été formulées, il y a fort longtemps, par le Conseil de santé; les voici :

1° Transporter l'asphyxié dans un lieu frais, l'envelopper d'une couverture, ou de paille, de foin; 2° le déshabiller et couvrir son corps de linges trempés dans l'eau froide ; 3° aussitôt que les membres commencent à perdre de leur roideur, imiter les mouvements d'inspiration et d'expiration, et frotter le corps avec de la neige ou de l'eau froide; 4° à mesure que la roideur se dissipe, on augmente la température, et on la porte' peu à peu jusqu'à 30 degrés ; 5° quand il se manifeste des signes de vie, on place l'asphyxié dans une température modérée; 6° on donne une infusion théiforme tiède avec quelques gouttes d'eau-de-vie; 7° s'il y a propension à l'engourdissement, eau vinaigrée, lavements de savon, de sel, etc. (1).

Pour le traitement des gangrènes locales nous renvoyons le lecteur aux traités de chirurgie, et particulièrement au Traité de chirurgie d'armée de M. le professeur Legouest (2).

(1) Instruction générale et méthodique rédigée par le Conseil de santé des armées sur les secours à donner aux asphyxiés, in Recueil de mém. deméd. militaire, t. LVI (Ire Série), p. 353.

(2) Traité de chirurgie d'armée, 1863, p. 796.

Maladies .les altitudes. Mal de montagnes.

«S,», on pet rapprocher des para froids < 50 avec „„e grande élévation au-dessus dn mveau de la no, , on » <*£ I» verticale «^^tUà

horizontale; il ,.a cependant un élément ou, .,„„

S nombre d'autres voyageurs : Saussure, Lepdeur, Ma lu

P raccélération de la respiration, la dyspnée, les palpi-

les résultats annoncés par les autres voyageurs (2)

La Quantité d'air inspiré au sommet du mont Blanc est mon s ^.Grands-Mulets, et a cette dernière Lyon; mais le nombre des inspirations augmente (36 n .spira onsau

mmetdumontBlanc,,^^ à ces hauteurs est considérable, même quand on Teste . 1 semble que les muscles thoraciques soient enroidis et que les co es ^nt serrées dans un étau. Au sommet du mont Blanc, le moindre m uvement amène de l'essoufflement; mais après deux heures de repos 2s malaises disparaissent peu à peu; la respiration redescend a 25 par minute, mais reste pénible.

La circulation s'accélère considérablement, bien que la marche sotttrès-lente; le nombre des pulsations s'élève progressivement t e % ïScSSta normal) à 80, 108, 116, 128, 136, 160 (Lortet);

M)J U ROI de Méricourt, art. Alt.tui.es in Dict. encyclopédique des se. méd. \ PhyrichgU du mal de montagnes, par Lortet, in RM» des cours saenUfiques, 28 janvier 1870.

artère est presque vide, le pouls très-dépressible. La face est pâle avec une légère teinte de cyanose, céphalalgie, somnolence. Après deux heures de repos au sommet du mont Blanc, le pouls bal encore 90 a 108 fois par minute. Des tracés sphygmographiqucs annexés au mémoire de M. Lortet montrent qu a ces hauteurs la tension arté-

prônoncés ^ lempS ^ Y * dicr°tismc des I,lus

4n^,K!a^!neff0rtS muSCulàires de Ascension, la température, entre 1UOU et 4810 mètres, peut baisser de 4° à 6° centigr. Dès qu'on s'arrête quelques minutes la température remonte brusquement à son chiffre, normal. C'est donc bien aux efforts musculaires extraordinaires nécessités par l'ascension, dit M. Lortet, qu'est dû cet abaissement de la température, et le savant professeur de Lyon explique ce phénomène par la théorie de la transformation des forces Dans la montagne, surtout à de grandes altitudes et sur des pentes neigeuses tres-roides où le travail mécanique de l'ascension est considérable, il faut une quantité de chaleur énorme pour être transformée en force mécanique; cette dépense de force use plus de chaleur que organisme n'en peut produite; delà le refroidissement du corps — M. Lortet a pris les températures sous la langue, et il est à craindre que le courant d'air froid qui traverse les fosses nasales pendant 1 ascension n'ait contribué à produire l'abaissement de la colonne mercurielle.

Il n'est pas douteux que lorsqu'on fait à pied l'ascension d'un pic élevé, des troubles variés se produisent du côté de la respiration, de la circulation et de la calorification ; on a expliqué ces symptômes morbides par la raréfaction de l'air des altitudes. D'après M. Jourdanet, qui a exploré le Mexique et l'Amérique tropicale, l'homme qui s'élève sur une haute montagne n'absorbe plus une quantité suffisante d'oxygène à cause de la raréfaction de l'air, et les troubles variés qui se produisent alors dépendent de Vanoxémie (1). M. Jourdanet a forcé un peu les couleurs du tableau où il nous peint le mal de montagnes, ainsi que le prouvent les observations de M. le docteur Coindet (2), qui, pendant la guerre du Mexique, a eu l'occasion d'explorer les mêmes régions que M. Jourdanet (plateau d'Anahuac). Nos soldats n'ont pas éprouvé de troubles graves lorsqu'ils se sont élevés sur les hauts plateaux du Mexique. M. le docteur Coindet a constaté sur 250 Français que le îïombre d'inspirations par minute était de 19,36

(1) Des altitudes de l'Amérique tropicale. Paris, 1861.

(2j L. Coindet, le Mexique considéré au point de vue médico-chirurgical. Paris,

en moyenne, et sur 250 Mexicains de 20,297; cette fréquence plus grande de la respiration doit compenser la raréfaction de l'air. D'autre part, il faut se rappeler que l'oxygène n'est pas dissous dans le sang, mais en grande partie combiné aux globules rouges, et que, par suite, la pression barométrique n'exerce pas une influence bien considérable sur la quantité d'oxygène renfermée dans le sang. Sur le plateau de l'Anabuac la moyenne d'exhalation d'acide carbonique n'est pas moindre qu'au niveau des mers (Coindet), d'où l'on peut conclure que l'hématose n'est pas sensiblement entravée.

Des faits nombreux prouvent que les troubles décrits sous le nom de mal de montagnes tiennent bien plutôt aux efforts musculaires nécessités par l'ascension, qu'à la raréfaction de l'air.

1° Dans les ascensions faites en ballon on n'observe pas ces troubles, à moins de s'élever à de très-grandes hauteurs.

En 18Û4 MM. Biot et Gay-Lussac s'élevèrent à 3898 mètres sans éprouver d'autre phénomène morbide que l'accélération du pouls; la respiration, disent-ils, n'était nullement gênée. La même année, dans une nouvelle ascension, Gay-Lussac s'élevait à 7016 mètres : le froid était vif, la respiration accélérée autant que le pouls; mais, dit Gav-Lussac : « J'étais encore bien loin d'éprouver un malaise assez désagréable pour m'engager à descendre. »

MM. Barrai et Bixio en 1850 s'élevèrent à la même hauteur (7016 mètres); ils écrivent dans leur relation : « Nos doigts sont roidis par le froid, mais nous n'éprouvons aucune douleur d'oreilles, et la respiration n'est nullement gênée. »

Glossher, au mois de septembre 1862, s'éleva à9 ou 10000 mètres; il faillit périr, mais le baromètre marquait alors 0m,40 et le thermomètre — 38°,5. (Le Roy de Méricourt, loc. cil.)

Des villes populeuses et très-prospères sont établies à 3 et 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Les habitants de Bogota, Potosi, Quito (2600 à 3000 mètres), ont la même agilité, la même force musculaire que ceux des côtes; un combat célèbre, celui de Pichincha, s'est livré à une hauteur peu différente de celle du mont Rose (4736 mètres, Boussingaull). En Bolivie on trouve à 4000 et 4500 mètres, des villages peuplés -d'habitants très-vigoureux et très-actifs. (Guilbert, cité par A. Le Roy de Méricourt, loc. cil )

Y. Jacquemorit dans l'Himalaya a séjourné sans aucun préjudice ni pour lui, ni pour ceux qui l'accompagnaient, à des hauteurs de 5000 et 6200 mètres.

M. Gavarret explique très-bien, par la loi de transformation des forces, pourquoi Paéronaute dans son ballon n'éprouve pas les mêmes

troubles morbides que le voyageur qui gravit péniblement le flanc abrupte et couvert de neige d'une haute montagne.

« Lorsqu'un homme s'élève en ballon, il ne fait aucune dépense de force mécanique; toute la chaleur produite par la combustion organique est employée à maintenir sa température propre, et l'activité de la respiration est uniquement réglée par la température du milieu ambiant. Comme la température extérieure s'abaisse à mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère, la combustion devient un peu plus active pour maintenir à son degré normal la température du corps, et la respiration s'accélère un peu, ainsi que le pouls; là se bornent les accidents; la combustion n'est jamais assez considérable pour que l'exhalation pulmonaire ne puisse pas suffire à l'élimination complète de l'acide carbonique.

» Au contraire, lorsqu'un homme fait à pied l'ascension d'une haute montagne, il accomplit une quantité de travail mécanique qui varie avec le poids de son corps, la hauteur du point où il s'élève et la nature du terrain. La combustion respiratoire doit fournir l'équivalent calorifique de la force mécanique ainsi dépensée, indépendamment de la quantité de chaleur nécessaire au maintien de la température physiologique; la consommation des matériaux organiques est excessive, les forces s'épuisent rapidement, les mouvements respiratoires et circulatoires s'accélèrent considérablement pour permettre l'absorption de la quantité d'oxygène nécessitée par l'activité de la combustion, et pour débarrasser le sang d'un excès d'acide carbonique.

» Lorsque la marche est lente, la force dépensée dans un temps donné est faible et les troubles fonctionnels ne sont pas considérables. Mais si l'ascension s'opère rapidement, l'exhalation gazeuse, bien que très-activée, n'est plus suffisante pour maintenir la composition normale du sang, qui reste sursaturé d'acide carbonique; alors la respiration devient anxieuse, la dyspnée devient extrême et s'accompagne de céphalalgie, de vertiges et de somnolence. On comprend encore facilement pourquoi une halte de quelques instants suffit pour faire disparaître tous ces accidents. Du moment où l'homme est au repos,, la dépense -.de force cesse, l'activité des combustions respiratoires s'abaisse rapidement au degré strictement nécessaire au maintien desa température propre... Comme conséquence de ces considérations, nous nous croyons autorisé à dire que la majeure partie des troubles fonctionnels caractéristiques du mal de montagnes doit être rapportée à une véritable intoxication par l'acide carbonique dissous en trop forte proportion dans le sang (1). »

(1) Gavarrct, art. Altitudes, in Dicl. encyclop. des se. méd., t. III, p. ill-M2*

Cette explication tirs-plausible s'accorde bien avec l'observation des faits Dans ces derniers temps, M. P. Bert a repris la question au point de vue expérimental : de ses expériences il semble résulter nue la diminution de la pression barométrique peut produire L'anoxémie, comme l'avait dit M. Jourdanel, et qu'on aurait tort de négliger cette circonstance, qui peut contribuer pour sa part à la production du mal de montagnes. M. P. Bert a soumis des animaux à des pressons barométriques très-faibles dans des appareils qui permettent le renouvellement de Pair et l'extraction du sang artériel, sans qu'il soit nécessaire de retirer l'animal du milieu artificiel où il se trouve placé: et il a constaté que quand la pression barométrique diminuait, par la 'raréfaction de l'air autour de l'animal, la quantité des gaz du sang diminuait également. Dans ces expériences la diminution de l'oxygène du sang devenait manifeste dès que la pression diminuait de 20 centimètres, c'est-à-dire dans des conditions a peu près égales à celles où se trouvent les habitants du plateau d'Anahuac (1). MM. Croce Spiriêlli et Sivel, qui se sont élevés en ballon jusqu'eà 7400 mètres, ont pu constater à ces hauteurs les bons effets des inhalations d'oxygène.

Il reste prouvé néanmoins que les troubles qui accompagnent l'ascension des hautes montagnes sont dus bien plutôt aux efforts musculaires qu'à la raréfaction de l'air et à la diminution de l'oxygène du sang.

Pour les hauteurs que les armées peuvent être appelées à franchir, il n'y a pas lieu de se préoccuper de la raréfaction de l'air; en franchissant lentement les pentes des montagnes, on évitera les symptômes morbides qui accompagnent les ascensions rapides.

M. Coindet énumère parmi les principales maladies qu'il a eu l'occasion d'observer sur le plateau d'Anahuac, les laryngites, les angines, les bronchites, l'emphysème, les maladies du cœur et les h 'morrhagies cérébrales; il note la rareté de la phthisie (2). Dans les pays chauds et malsains, les lieux élevés fournissent des refuges excellents aux malades et aux convalescents, qu'ils soustraient aux influences délétères de la plaine; nous aurons plusieurs fois l'occasion de parler dans cet ouvrage des sanatoria établis par les Anglais sur les contre-forts de l'Himalaya, et de leurs excellents résultats.

(1) P. Bert, Leçons de physiologie comparée de la respiration. Paris, 1870.

(2) Coindet, le Mexique, 1800, t. III. Hygiène des alliludes. ^ t

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