‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 37 sur 127 · JJ · texte numérisé non relu

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Les individus faibles, débilités par les maladies antérieures, par/" des excès ou des fatigues, sont prédisposés comme les nouveaux

venus.

La dysenterie est si souvent associée aux fièvres palustres, que plusieurs auteurs : Boudin, Baly, Haspel, Cambay, Hare, Grant, etc., ont attribué au même miasme le développement de ces deux maladies. Nous avons montré plus haut que la fièvre et la dysenterie ne coexistaient pas toujours dans les mêmes localités, et que certains foyers de malaria, comme la campagne romaine, voyaient très-rarement naître la dysenterie. Si les deux maladies contribuent si souvent de concert à l'insalubrité des pays chauds, c'est que la chaleur joue un rôle important, quoique différent, dans la pathogénie de toutes deux; c'est aussi que la fièvre, en débilitant l'organisme, favorise l'invasion de la dysenterie. Sous l'influence de conditions climatériques extrêmes, la dysenterie prend une physionomie particulière; n'en est-il pas ainsi pour les lièvres? Les rémittentes et les pernicieuses d'Algérie et des Indes ne ressemblent guère aux fièvres intermittentes de nos climats; cependant la cause est la môme, c'est toujours le miasme palustre.

La dysenterie des pays chauds ne relève pas plus du quinquina que la dysenterie de nos climats, et les auteurs qui admettent que le même miasme peut produire tantôt la dysenterie et tantôt les fièvres ne vont pas jusqu'à proposer de traiter la dysenterie par le sulfate de quinine.

Datronlaa n'admet pas que le miasme palustre soit la cause de la dysenterie; mais il croit à l'existence d'un miasme particulier dysentérigène, différent du précédent; bon nombre d'auteurs recon-

naissent comme lui une colite simple et une colite spécifique ; nous avons déjà dit à propos de la dysenterie saisonnière que celle distinction n'avait pas sa raison d'être. La dysenterie des pays chauds n'est pas une maladie spécifique relevant d'un miasme; ceux même qui invoquent ce deus ex machina de l'étiologie reconnaissent que leschangfiinenls brusques de température et les écarts de régime gïïuyenl provoquer la dysenterie; qudîe^est donT^TrlïïiTùTO^e miasme, dont on arrive si souvent à se préserver en réglant convenablement son régime et en portant une ceinture de flanelle?

Nous avons vu que la dysenterie saisonnière de nos climats se cbivebDppaU souvent en automne k la suite de variations brusques de température, tïmôln^l1épiîlémîé qui régna sur les troupes anglaises après la bataille de Dettingen (Pringle); J^variajmns^lejejrip^^ ne jouent pas un rôle moins important dans l'étiologie de la dysenterie des pays chauds. En Algérie, la dysenterie règne surtouf~pèndaid les mois les plus chauds, alors que le soldat est exposé h une température de 50° à 60° au soleil, et dans la nuit à une température de 15° tout au plus; ces fortes variations de la température du nyclhémère constituent une des principales causes de dysenterie (L. Laveran, Cambay); de même aux Indes (Annesley, Morehead).

Les soldats en Algérie se couchent volontiers en dehors de leurs tentes pour éviter la chaleur; ils se refroidissent et sont pris de dysenterie; les officiers, qui s'abritent pendant la nuit et qui observent mieux les préceptes de l'hygiène, en sont attaqués bien plus rarement. En Algérie, dit Cambay (op. cit., p. 33), nous avons eu occasion de trader la dysenterie chez des hommes qui avaient passé peu de jours auparavant une rivière à gué ou à la nage et qui avaient été obligés de garder leurs vêtements humides sur le corps. En France, ces hommes auraient pris des 'bronchites ou des pleurésies; en Algérie, c'est du côté de l'intestin que se faisait la localisation morbide.

Si les dysenteries sont si fréquentes dans la province d'Oran, cela tient aux brusques changements de température qui sont le caraclère dominant de la constitution atmosphérique (1).

Des faits nombreux démontrent que l'ingestion d'eaux corrompues, stagnantes, marécageuses, peut donner lieu à la dysenterie (L. Colin (2), Annesley, Cambay). En 1813, lors de l'expédition du génénd Bedeau dans le petit désert, les soldats, obligés denTarcher

il) Cattcloup, Recueil mém. de médecine militaire, 1845, t. LVI1I, p. 37.

(2) De l'ingestion des eaux marécageuses comme cause de la dysenterie el des fièvres intermittentes, par L. Colin (Ann. d'Injg. publ. cl de méd. lég., i1' série, 1872, t. XXXVI1F).

DYSENTERIE. 107 pendant 18 heures presque sans s'arrêter, sous une chaleur de 50» à 60» et réduits à boire une eau malsaine, ¥?oup.ssanle, provenant de puits où l'on avait jeté des moutons morts, furent atteints de dysenteries très-raves avee gangrène de la muqueuse intestinale (Cambay). -

Une mauvaise alimentation, des alternatives d^xçès et de privations ^ eo.nlnToV^bleTvI^oTivent en temps d'expédition, sont très-capa- bles de produire la dysenterie (Catcl, Annesley, Cambay, Haspcl); Annesley a montré que le régime tj^isj^u^^ de l'Européen dans les payscbaucls amenait une pléthore abdominale et prédisposait singulièrement à la dysenterie. « Le travail outre du lube digestif y fait naître une prédisposition particulière à l'irritation, qui se termine très-souvent par les affections du l'oie, la diarrhée et la dysenterie. » (Cambay, op. cit., p. 43. )

Urès la razzia d'une tribu arabe on a fréquemment constate Tinlwîelr^ trop annualisée; les soldats mangeaient

avec avidité les moutons tojnbés^entreje^^ pendant quel-

qlIeTïoôTsTdïTîr^ cit., p. 46), presque tout le corps

d'armée avait la diarrhée ou la dysenterie.

Nous avons déjà dit que Jes excès, les fatigues, prédisposaient à la f-^fâ dysenterie ; en Algérie, nos pauvres fantassins, que les Arabes surnommaient les soldats chameaux, étaient plus souvent atteints que les cavaliers.

La rétention des matières fécales, I^con^ation prolongée peut contribuer à provoquer la colite; -mais Virchow a eu grand tort de faire de cette circonstance, tout à fait secondaire, la cause principale de la dysenterie (1). <~)

La dysenterie n'est pas une maladie contagieuse. « Je n'ai rien observé, dit mon père, qui me permette d'établir la contagion de la dvsenterie, et mon attention a été tellement dirigée sur ce point de son histoire, que si les faits négatifs peuvent prouver la non-contagion d'une maladie, je me crois autorisé à dire que la dysenterie n'est pas contagieuse. » (Documents, etc., loc. cit.) Il est certain qu'on malade atteint de dysenterie ne peut pas communiquer son mal aux personnes qui l'entourent; les nombreux dysentériques qui chaque année sont évacués d'Algérie sur la France n'ont jamais importé la dvsenterie à Marseille, et il n'a jamais été question de leur faire faire quarantaine. Mais qu'un campement soit infecté par les selles de nombreux dysentériques, que l'air, le sol, les eaux potables, / k soient souillés par ces produits, la dysenterie pourra prendre une extension épidémiqoe. Des salles d'hôpital encombrées de blessés cl

1> KrUgityphv» imd Ruhr. Arcli. f. path. An., t. MI, p. I.

de dysentériques s'infectent de telle sorte, qu'un individu sain ne peut plus y séjourner sans être pris de coliques vives et de dysenterie, ainsi que j'eus l'occasion de l'observera l'hôpital Cliambièn- pendant le siège de Metz : c'étaitlàun des nombreux signes dj Lencombrement et de l'infection des salles^Uans les camps on a souvent constaté l'infection du sol par les selles dysentériques; on ne peut, dit Pringle, arrêter le développement de la maladie qu'en quittant le. j^mjiijîJecTé. Lind, Sennert, Fred. Hoffmann, Zimmermann, CuUên; Tissot, Desgenetles, Broussais, L. Laveran, Cambay, Haspel, n'ont pas expliqué autrement l'extension épidémique de la dysenterie. Ce n'est pas là de la contagion, et il n'est pas prouvé que les selles dysentériques soient plus nuisibles que toute autre matière animale en décomposition; il n'y a dans cette infection du sol absolument rien de spécifique.

Anatomie pathologique. — On sait depuis longtemps que la dysenterie s'accompagne d'ulcérations intestinales; les altérations macroscopiques du gros intestin ont été très-bien décrites par MM. Haspel, Calteloup et Cambay. Généralement, dit M. Haspel, l'altération cstjjornée à la muqu£iu|e^du gros intestin^ elle est criblée d'une ç\^,j:,<, infinité de petits trous ou parsemée d'ulcérations arrondies qui forment souvent par leur réunion des surfaces assez larges et irrégulières encore isolées les unes des autres; plus tard la presque totalité du côlon et du rectum est dépouillée de la muqueuse, qui laisse seulement çà et là des espèces d'ilols plus ou moins saillants ; dans certains cas même l'intestin n'offre plus aux yeux qu'un vaste ulcère. MM. Catteloup et Cambay ont vu chez des sujets morts de dysenterie la muqueuse intestinale détachée presque complètement et formant comme un second canal dans l'intérieur du gros intestin.

Dans leur mémoire sur la dysenterie de Versailles (1843), MM. Masselot et Follet rangent sous cinq chefs principaux les altérations de l'intestin (1) :

1° Injection de la muqueuse;

2° Epaississement et consistance exagérée (infiltration, hypertrophie de toutes les tuniques du gros intestin, sauf la séreuse) ;

3° Développement anormal des villosités (?) et des follicules clos;

4° Ulcérations qui peuvent débuter par le sommet des follicules ou les villosités, ou bien avoir pour point de départ des gangrènes de la muqueuse;

5° Fausses membranes ; MM. Masselol et Follet reconnaissent que les fausses membranes pelliculaires décrites par Thomas, Gély

(1) Archives gén. de méd., 1843.

DYSKNTKRIE. i0'J

I et Cruveilhier ne sont très-probablement que des débris d épïthéhum, Pendant longtemps on se contenta dcccs notions un peu vagues^ et la plupart des auteurs répétèrent ^^ù^aSS^^mS^-débutaient dans les follicules clos; d'autres ne s'embarrassaient pas dTTaVoir comment se produisaient les ulcérations : « J ai presque toujours trouvé, dit Dulroulau, La désorganisation si complète, une pourriture si générale, et ces lésions se produisent souvent si promplement qu'il m'a semblé que tous ces éléments devaient être lrappes simultanément. Les distinctions de siège et d'ordre de succession indiquées par les observateurs qui ont voulu pénétrer plus avant dans le mécanisme anatomo-patliologiquc de ces lésions, me semblent des vues de l'esprit sans grande utilité pratique. » ;

En Ulemagne, la confusion était pins grande encore : l'individualité de la dvsenterie, si bien établie par les observateurs anglais et français se perdait dans l'histoire confuse des maladies diphthéritiquea, et les ânatomo-pàthôlogistes allemands, après avoir fait de la dysenterie le type des affections diphthéritiques ulcéreuses, en arrivaient a décrire une dvsenterie utérine!

\ eôlé de la forme diphlhérilique admise par Virchow, Rokilansky, Klebsr Nienieyer, BambergôFlûîcjrFune autre forme caractériséé par la suppunujcj^lliculairc. Les follicules goliHés renfermeraient' "Sabord mnmucuTvîsqueux, et les selles muqueuses seraient le résultat de l'élimination du contenu des follicules. C'est à celte deuxième forme de la dysenterie que Virchow donne le nom de dysenterie catarrhale. M. le docteur Kelsch a très-bien montré que le mucus des n i selles provient des glandes en tube dilatées et non des follicules >T' clos; les follicules isolés sont, comme chacun sait, des glandes Kj^ closes, des ganglions lymphatiques en miniature, incapables/ de j ^ W

sécréter du mucus. 7**-^/

i.'.-l grâce aux travaux de Baly (1) en Angleterre, de Charcot (2) ^^t\ et de Kelsch (3) en France, que nous possédons enfin des notions \ , précises sur l'hislogenèsc des lésions dysentériques. 'tt'k, !v

S Baly et Oiiarcot résument ainsi les lésions intestinales de la dys- A' \ cnlerie :

\ * 1° Rougeur, aspect dépoli, boursouflement de la muqueuse,

; QuUtOtdtm leclures delivred an tlie Collège of physiciens, february 1817 London médical Gittelte, 1847, t. XXXVII, p. W2). (i) Thèses de MM. Chapelle et Sacher. Paris, 1853.

3 CoiUtibvtiôn à l'anal, palhol. de la dysenterie chronique (Arch. de physiol-, juillet 1873;.— Contribution d l'anat. palhol- de la dysenterie aiguë (moine recueil, novembre 1873;.

cpaississement et infiltration plastique de la sous-muqueuse, gonflement des follicules; 2° Élimination en masse des follicules;

3° Élimination de lambeaux plus ou moins étendus de muqueuse qui sont toujours reconnaissantes à la présence des follicules de Lieberkiihn ;

4° Ulcérations consécutives de la celluleuse.

Notre collègue le docteur Kelsch a étudié d'abord les altérations anatomiques de la dysenterie chronique, puis celles de la dysenterie aiguë; nous adopterons le même ordre; dans la dysenterie aiguë une désorganisation trop rapide delà muqueuse ne permet pas de suivre aussi bien que dans la dysenterie chronique d'emblée la marche des lésions anatomiques.

A l'état normal la paroi- du gros intestin est constituée par trois tuniques : muqueuse, fibreuse ou sous-muqueuse, musculeuse doublée elle-même par le péritoine; au microscope, on distingue un plus grand nombre de couches, qui sont, en allant de la surface muqueuse vers la tunique charnue ':

1° La muqueuse proprement dite, formée par des glandes en tube ou de Lieberkiihn presque accolées les unes aux autres ; ces glandes, recouvertes à leur surface libre par un épithélium cylindrique, calicifonne, qui repose, comme presque tous les épitliéliums, sur une couche endolhéliale, sont doublées à leur face profonde par un tissu conjono lif. très-délicat. Le rôle que MM. Masselot et Follet font jouer aux villosités intestinales m'oblige à rappeler qu'il n'y a pas devillosités dans le gros intestin ;

2° Une couche musculeuse très-ténue qui se trouve interrompue au niveau des follicules clos;

3° La couche vasculaire de Daellinger, formée par le riche réseau capillaire de l'intestin ;

4° La tunique fibreuse ou sous-muqueuse, qui renferme les follicules- clos;

5° La tunique charnue.

ïïanstej^^ éléments subissent les altérations

suivantes (Kelsch, loc. cit.) :

«. Trame fibro-vasculaire fondamentale; Entre les tubes glandulaires de Lieberkiihn il se forme un tissu embryonnaire très-délicat; de petits bourgeons charnus s'intercalent entre les glandes, et peu à peu le tissu de végétation se substitue a l'élément sécréteur.

b. Glandes. Au lieu d'être juxtaposées comme à l'étal normal, les glandes de Lieberkûlin sont dissociées par ie tissu conjonctif intermédiaire^ qui les déforme, les étrangle, leur imprime des directions

DYSENTERIE. 111 anormales dont les figures annexées aux mémoires de Kelsch donnent une excellente idée. Le revêtement épUhélial sejéjjar^sou- ,JIilLiUU±iojLdeJ^ sans que "l^cetlùTèT^rcilbrmes pré-

sentent aucune trace d'altération ; les glandes en tubes deviennent méconnaissables, et, de lait, elles n'existentplus, car c'est l'épithélium qui constitue la glande.

Les glandes en tube dilatées et remplies d'un mucus vitreux peuvent donner lieu à la forniatjmub2.lLeiil!Ja^clui ont été confondus par Bamberger avec des follicules clos.

Le plus souvent ]eg follicules clos sont malades , hypertrophiés tout d'abord, doubléTôu triplés de~vôïûme; peu à peu leur contenu est résorbé, et à la place du follicule on trouve des culs-de-sac distendus par' du mucus. Ces culs-de-sac, formés par des glandes en tube altérées, sont déformés, aplatis contre le fond de la cavité du follicule, et communiquent avec l'intestin par une sorte de trajet évasé. Lorsque le follicule clos disparaît, la couche glandulaire est attirée pour remplir le vide qui se produit, et cet effondrement se conçoit d'autant mieux, que la couche musculeuse superficielle fait défaut au niveau des follicules clos.

Cette description se rapporte surtout à la dysenterie chronique d'emblée, à ces diarrhées dysentériques si communes en Cochinchine.

Danslaj/#seHj^ dans la dysenterie chronique,

ie travail morbide se concentre sur la zone vascjilaire de la membrane celluleuse, la muqueuse ne prend qu'ûlïê^^ârtsecondaire dans le processus (Kelsch).

La muqueuse du gros intestin est vivement injectée et notablement épaissie ; à l'œil nu on dirait quelquefois. qu'il n'existe pas d'ulcérations alors que la muqueuse manque dans presque toute la hauteur du gros intestin, comme le démontre l'examen hislologique; il ne reste ça et là que des îlots formés par des glandes de Lieberkùhn dont l'épithélium est conservé. Le réseau vasculaire présente un développement extraordinaire, toutes les branches sont gorgées de globules rouges et blancs; à côté des vaisseaux on trouve des amas de corpuscules purulents. •

La tunique celluleuse, lorsque la muqueuse a été éliminée, forme lasuriace des parties malades"; elle est énormément épaissie par suite *rbrTuTïrê1ac7Ton des faîscêlnTx du tissu conjonctif, les lymphatiques sont obstrués par de grandes cellules polyédriques (Kelsch). La couche musculeuse sous-glandulaire disparait, ainsi que les follieulèTclos ;Ta celluléîîiïï", hypertrophiée d'une façon inégale donne lieu à des saillies, à des mamelonnements qui ont été décrits depuis longtemps, mais dont la nature était mal connue jusqu'ici.

Au mois de septembre 1874, un jeune soldai du 129° succombait aune dysenterie aiguë dans mon service au Val-de-Grâce ; la dysenterie, quoique contractée à 'Paris, avait amené la mort en 17 jours, et l'on va voir que les lésions anatomiques étaient aussi profondes qu'elles peuvent l'être dans la prétendue dysenterie miasmatique des pays chauds :

La paroi du gros intestin était doublée au moins d'épaisseur, et la surface interne présentait sur un fond d'un rouge brunâtre un grand nombre de tacbes grises. L'injection presque ecchymolique de la muqueuse s'arrêtait juste au niveau de la valvule iléoca3cale, et, sauf une bypertrophienotable des follicules clos, on eût dit à l'œil nu que l'intestin grêle n'était pas altéré.

L'examen histologique fait avec le plus grand soin nous montra les altérations suivantes : 1° gros intestin : c'est à peine si l'on trouvait à la partie supérieure quelques culs-de-sac des glandes en tube, derniers vestiges de la muqueuse; la surface inlernedugros intestin était constituée depuis l'anus jusqulTlâjpvule iléo-cœcàlc parlmHjssp de nouvelle formation analogue à. celui des bourgeons ebarnus; la cellulëuse, considérablement hypertrophiée, était infiltrée d'éléments jeunes, les vaisseaux sanguins étaient augmentés de volume et de nombre comme devait le faire prévoir l'injection si vive constatée à l'œil nu.

2° Intestin grêle : outre l'hypertrophie des follicules clos, la muqueuse de l'iléum présentait des altérations très-remarquables : un [issu de nouvelle formation soulevait la couche glanduleuse et s'élevait entre les glandes en tube; sur beaucoup de points ces glandes avaient complètement disparu, ou l'on ne trouvait plus que quelques culs-de-sac dont l'épilhélium était intact, quoique détaché déjà et prêt à être éliminé (1).

Ainsi les altérations dysentériques de l'intestin aboutissent bien, comme HaspèTT- Câmbay, Catleloup, l'avaient dit, à l'élimination complète delà muqueuse du gros intestin; cette tunique est remplacée dans toulè~~son étendue par unTîssu de nouvelle formation analogue à celui des plaies en suppuration. Biais les altérations ne se bornent pas là, comme on le croyait autrefois, et la muqueuse de

(1) 11 y a malheureusement une cause d'erreur, la muqueuse intestinale s'altère très-rapidement après la mort, cf sur tous les cadavres, lorsqu'on a lavé l'intestin, on constate que les glandes de Licberkuhn sont altérées et en partie éliminées. On évite en partie cette cause d'erreur en ayant soin de ne pas laver l'intestin et de le plonger immédiatement dans l'alcool (Ranvicr). Bien entendu, lorsqu'il existe comme dans le cas précédent une prolifération active et une accumulation trèsnette de jeunes éléments entre les tubes, il n'est pas possible d'admettre une altération cadavérique.

l'iuleslia grêle se prend après celle du gros intestin. Dans la dysenterie chronique on trouve un amincissement très-considérable de la muqueuse de l'intestin grêle avec atrophie complète de l'élément Saadulaire (Kelsch), et il sera très-intéressant de rechercher jusqu'où peuvent remonter les altérations dans le tube digestif; les papilles de la langue sont complètement détruites chez les malades atteints de dysenterie chronique, la muqueuse stomacale n'est peut-être pas épargnée davantage.

Si le gros intestin était seul malade dans la dysenterie, comme on le croyait autrefois, on ne comprendrait pas pourquoi il est si difficile d'alimenter les dysentériques, on ne s'expliquerait ni l'amaismssemeut extrême suite de l'aulophagic, ni le marasme qui succède à l'inanition.

Après les altérations du tube digestif, celles des autres organes ne présentent que peu d'intérêt; le foie cependant est souvent le siège d'abcès qui paraissent dépendre tantôt de, la dysenterie, tantôt d'une he^atile idiopathique ; nous aurons l'occasion dans le chapitre suivant de nous expliquer à ce sujet.

La rate est généralement petite, non ramollie, contrairement à ce qui arrive lorsque la mort est la suite d'une fièvre palustre. Les ganglions mésentériques sont injectés, hypertrophiés. D'après Treitz (1), la dysenterie serait toujours sous la dépendance d'une néphrite (dysenterie urémique); il suffit pour mettre à néant celte singulière théorie de dire que les altérations rénales sont rares dans la dysenterie et que dans les cas mêmes où elles se produisent, elles n'ont pas le caractère de lésions primitives (Zimmerrnann, Deulsche Klinik, 1860, n° 42 ; Kelsch, loc. cit.). Le malade dont nous avons parlé plus haut, mort en 17 jours de dysenterie aiguë, avait des reins parfaitement normaux.

Les organes thoraciques sont le plus souvent à l'état sain ainsi que les centres nerveux.

StmptomatologiÉ. — Dysenterie aiguë. — Tantôt la dysenterie est précédée de diarrhée pendant quelquesjours (Cambay), tantôt elle s'établit d'emblée (AnnesTëy")7Le début est marqué par des frissons irréguliers, un affaiblissement du système musculaire, des coliques qui suivent le trajet du gros intestin et se concentrent bientôt vers Je rectum; les selles deviennent muqueuses, slriées de sang, la langue est blanche, la soif vive, les traits sont tirés. Si le malade est vigoureux, arrivé depuis peu dans les pays chauds, il y a dès le début réaction générale, élévation de la température, fréquence du pouls; la face est rouge et injectée ainsi que les conjonctives.

(I) Prngtr Vierlelwhrift, Bd. IV, 11. Jahrijawj.

Les selles deviennent de plus en plus fréquentes et s'accompagnent d'une sensation de chaleur et de cuisson à l'anus, le malade a au périnée une sensation de pesanteur qui lui fait croire qu'il a quelque chose à expulser, et qui provoque sans cesse des contractions douloureuses (épreinles) ; le ventre est généralement déprimé, rarement douloureux à la pression, les selles sont sanguinolentes, quelquefois formées de sang pur; les matières sont inodores ou présentent une odeur fétide, gangréneuse. À mesure que la maladie fait des progrès, le nombre desselles s'accroît jusqu'à 20, 30, 60, 100 dans les vingtquatre heures; l'urine devient de plus en plus rare et épaisse, il existe du ténesme vésical comme du ténesine anal.

L'amaigrissement et la faiblesse augmentent rapidement, les traits sont tirés, les yeux enfoncés dans les orbites, les extrémités froides, le pouls est petit, dépressible. Le malade, tourmenté sans cesse par le besoin d'aller à la selle, ne repose plus la nuit, et cette privation de sommeil contribue à l'épuiser.

Lorsqu'on intervient à l'aide d'un traitement approprié, ou bien spontanément lorsque la maladie est légère, on peut voir les symptômes s'amender; les selles, moins nombreuses et moins sanguinolentes, sont précédées de moins de coliques, les Irails sont moins tirés, la peau moins sèche, les urines sont excrétées comme à l'état normal; pendant longtemps encore l'intestin conserve une susceptibilité particulière, les malades sont impressionnables au froid, et la tendance aux rechutes est très-prononcée.

Dans d'autres cas, la dysenterie continuant à s'aggraver, les malades tombent dans l'état typhoïde (dysenterie typhoïde), ou dans une adynamie profonde (dysenterie putride, adynamique); ces formesj^ djmtabje^jiej£j^ se produire d'emblée, ejest ce

qu'on observe souvent chez le soldat en compagne fatigué par des marches continuelles, exposé à toutes les vicissitudes atmosphériques, soumis enfin A des "privations" suivies d'excès plus nuisibles encore. La dysenterie adynamique, dit Cambay (op. cil., p. ~0), est aussi meurtrière que la peste et la fièvre jaune; on peut même dire qu'elle l'est plus, parce que ces dernières maladies n'apparaissent que de loin en loin parmi les troupes dans les pays chauds, tandis que la dysenterie y règne presque constamment.

La faiblesse des malades est telle, qu'ils ne peuvent plus se lever pour aller à la selle, la bouche est sèche, la langue et les dents fuligineuses, la soif vive, quelquefois le malade réclame des aliments dont la digestion est impossible; l'abdomen se creuse, il est pâteux, très-chaud, tantôt indolore, tantôt, au contraire, douloureux à la pression. Un ténesme continuel (lormino), tourmente le malade, qui

DYSgHTflKlE; 115

, rend à chaque effort que quelques mucosités glaireuses qui ont i^été comparées à du fntjde grenouilles ou à de la raclure de boyaux. La muqueuse anale tumétiée vient faire hernie au-dessous du sphincter paralvsé; quelquefois même on voit pendre au dehors un lambeau de muqueuse. La prostration est extrême; le malade, indifférent à tout ce qui l'entoure, répond cependant encore d'une voix éteinte aux questions qu'on lui adresse ; l'intelligence, quoique affaiblie, se conserve souvent jusqu'à la fin.

Dans ces formes graves, des portions entières de la muqueuse intestinale peuvent être expulsées, comme Celse et Arelée l'ont dit; si le fait a été nié, c'est par des auteurs qui n'avaient pas observé dans les pays chauds; ce sont bien des lambeaux de muqueuse qui sont ainsi éliminés et non des fausses membranes; malgré ces pertes de substance souvent très-étendues, la guérison peut encore avoir lieu (Annesley, Cambay).

Mon père a rapporté l'observation d'un malade atteint de dysenterie aiguë grave qui rendit un décimètre de sa muqueuse intestinale et qui guérit complètement (1). Calteloup a observé plusieurs faits de ce genre (2). Le docteur Stovel, cité par Morehcad (loc. cit.), a vu vingt pouces de la muqueuse conservant la forme d'un tube rendus par un Indien; la muqueuse avait été expulsée le 29 janvier 1852, et le malade vécut encore pendant cinq mois. Dutroulau donne (op. cit.) l'observation très-curieuse d'un malade qui rendit en deux fois une portion de la tunique intestinale longue de 35 cenlimètreset qui guérit cependant. Le ténesme vésical est presque to u j ouj,s__trèaipj:ono nçé dans ces dysenteries gangrérieuses : « Il m'est arrivé, dit Dutroulau, sur ce seul symptôme, d'inspecter l'anus et de trouver des portions de muqueuse gangrenée engagées dans son orifice. » (Op. cit., p. 541.)

Jl n'est pas nécessaire d'admettre une forme particulière de la dysenterie : dysenterie gangréneuse (Dutroulau), phlegmoneuse (Cambay); le travail pathologique marche plus vite qu'à l'ordinaire, la muqupiise est éliminée en gros au lieu de l'être en détail, voilà toute la différence.

Les symptômes si graves que nous avons énumerés peuvent s'amender un jour ou deux avant la mort, les douleurs tombent tout à coup, l'abdomen devient souple et indolent, les selles sont bien moins fréquentes, l'espérance renaît, elle malade après tant de souffrances jouit de quelques instants de repos. Malheureusement on

ili L. L-ivf.ran, lleairil mém. de méd. militaire, 1853.

î Observation* de dtj%cnlerie aii/ue, avec détachement de la membrane rnlufltèlist du ijrr,%\nle»lin (même recueil, 1841).

Ht; MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.

pourrait donner à cet état le nom de mieux de la mort comme à l'amélioration trompeuse qui dans la lièvre jaune précède les vomissements noirs. Le corps du dysentérique se recouvre d'une sueur froide, visqueuse, et dégage une odeur cadavéreuse; la langue, les extrémités, se refroidissent, le pouls est filiforme, la voix éteinte, et un hoquet continuel annonce une mort imminente.

La dysenterie typhoïde, avec délire, agitation, souhresauts des tendons, carphologie, est plus rare que la précédente, le malade tombe dans la somnolence, la stupeur, le coma.

Des ulcérations intestinales profondes peuvent provoquer une péritonite locale ou généralisée ; le malade accuse des douleurs abdominales vives qui augmentent par la plus légère pression; des frissons des vomissements bilieux se produisent; le ventre se tend, et ce ballonnement douloureux contraste avec l'insensibilité et l'affaissement qui sont ordinaires dans la dysenterie; lorsqu'il y a perforation de l'intestin (Annesley, Cambay), on observe tous les symptômes de la péritonite aiguë, à moins que la mort n'arrive très-rapidement dans le collapsus.

La marche de la dysenterie aiguë est plus ou moins rapide, mais cite est toujours continue ; la forme intermittente décrite par quelques auteurs n'existe pas plus que la pernicieuse dysentérique. « La pernicieuse dysentérique dans laquelle il n'y aurait de selles que pendant la durée de l'accès esUun être de raison. » (Maillot.)

La durée de la dysenterie aiguë n'a rien de régulier, la maladie peut parcourir toutes ses périodes en quelques jours ou durer plusieurs septénaires. Cambay n'a jamais vu la mort arriver avant le Lulème ou le dixième jour. Dans dix cas mortels A. F.int a trouve que la maladie avait duré :

Dans 2 cas 6 jours.

Ce qui donne une durée moyenne de neuf jours seulement d). Des analyses du sang dans la dysenterie ont ele faites a Je. sai les r MM Masselot et Follet, à Alger par MM. Léonard et Foley. Les

JSS "enrs donnent les Aes suivants (*) (moyenne de

huit analyses) :

(1) A. Flint, Résumé de recherches cliniques. Paris, 4854,

(2) Mém. cité {Arch. gén. demêd., 1843).

Eau

Fibrine

Globules

Albumine et matières fixe

ou subaiguë: la diarrhée chronique des pays chauds, si commune en Cochinchine, a la plus grande analogie avec la dysenterie chronique.

Le malade atteint de dysenterie chronique est prodigieusement anémié (2) émacié; sa faiblesse est si grande, que souvent il ne peut plus se'lever ; on le trouve dans son lit ramassé et comme pelotonne sur lui-même ; la peau est sèche, écailleuse, d'un jaune sale qui n'est ni la teinte de l'ictère, ni celle du cancer; la température du corps est au-dessous de la normale; le pouls, petit, dépressible, ne bat que cinquante ou soixante fois par minute; les extrémités sont fréquemment œdématiées, plus rarement on observe de l'anasarque et des épanchements dansles cavités séreuses; les traits sont tirés, les joues creuses, les pommettes saillantes, les yeux enfoncés clans les orbites; les conjonctives, injectées surtout au bord libre des paupières, sécrètent du muco-pus;la langue est lisse, vernissée comme celle d'un scarlatineux à la période de desquamation ; il n'existe plus une seule papille, et les extrémités du nerf lingual, privées de leur épithélium prolecleur, présentent une sensibilité anormale; la soif est vive, l'appétit conservé ou même exagéré. Les aliments ingérés ne sont plus ni digérés, ni assimilés, et le malade meurt de faim malgré les aliments qu'on lui donne et ceux qu'il se procure en fraude. « Ceux qui éprouvent cet appétit vorace et qui n'ont point d'aliments à discrétion, comme dans les hôpitaux militaires par exemple, portent la prévovance à faire, al'insu du médecin, des provisions qu'ils cachent avec

(I) Itedterdu* tur l'élut du sanrj dans le.i maladies endémiques de l'Algérie {Recueil mém. de mèil. militaire, I81G, t. LX, p. 201,205).

î Sur d?iix malades atteint Ho dysenterie c'ironiqueconlractéc en Cocli incliino, j'ai l:o.i t 1 543 900 et 1 713 120 globules rouges par centimètre cube, au lieu de t 500000 (chiffre normal) Procédéde numération imaginé par M. le docteur Molassez.

soin à tous les regards ; el souvent, après les avoir vus expirer en mangeant, on trouve sous leur oreiller, clans leur paillasse, du pain, du fromage, du jambon, des œufs, des fruits, des pommes déterre, etc. (1). »

Si l'altération anatomique était bornée au gros intestin, comme on l'a cru pendant longtemps, on ne comprendrait pas celle inanition au sein de l'abondance, car la muqueuse du gros intestin ne joue qu'un faible rôle dans l'acte de la digestion-, mais nous avons vu que la muqueuse de l'intestin grêle était, elle aussi, altérée, atrophiée, incapable de remplir ses importantes fonctions; c'est là ce qui explique pourquoi il est toujours difficile et souvent impossible de nourrir les dysentériques.

L'abdomen est le plus souvent indolore, rétracté, creusé en forme de bateau; la paroi abdominale, extrêmement amincie, paraît reposer sur la colonne vertébrale, qu'on sent par la plus légère pression (Gambay); plus rarement le ventre est dur, méléorisé oubien empâté, et de volume normal; le ténesme est moins marqué que dans la dysenterie aiguë, et les garde-robes sont bien moins nombreuses (six à dix dans les vingt-quatre heures en moyenne); les selles ont un tout autre caractère qu'à la période aiguë, elles ne renferment plus de sang; au milieu de muco-pus ontrouve parfois des matières fécales dures, arrondies, ovillées; d'autres fois elles sont simplement diarrhéiques.

Les ulcères intestinaux peuvent déterminer des rétrécissements et donner lieu à des tumeurs stercorales par rétention.

Lorsque la maladie ne cède pas aux médications appropriées, le marasme succède à la faiblesse; la face cadavéreuse, les yeux ternes, la voix éteinte, la peau froide et couverte d'ecchymoses, caractérisent celte longue agonie; le malade peut mourir de syncope ou s'éteindre lentement en conservant jusqu'au bout son intelligence, « comme une lampe qui cesse de brûler faute d'huile » (Cambay, op., cit., p. 40-2).

La durée de la dysenterie chronique varie de plusieurs mois à plusieurs années; dans ce dernier cas il y a des périodes de mieux suivies bientôt de rechutes. La mort arrive souvent dans la saison froide dans l'adynamie et le marasme, ou bien à lasuile de complications.

Les complications du côté du foie sont si fréquentes, qu'on a pu décrire' une dysenterie hépatique (Cambay). Nous croyons qu'il serait bon de diviser ce qui a été réuni jusqu'ici sous le nom d'abcès du foie, de décrire au chapitre des complications de la dysenterie les abcès métastatiques qui en dépendent, et de former une classe à part des

(1} Fournîer, cité- par Cambay, op. cit., p. 39G.

Uta!m proprement dites; malheureusement la contusion a été s» 1 complète jusqu'ici, que nous devons renoncer à sortir d une ornière trop bien tracée, la distinction que nous proposons ne pourra s établit nue °ràce à des observations nouvelles.

UâiaOMStie de la dysenterie est facile. La seule difficulté consiste à savoir bien apprécier quel est le degré des altérations intestinales : l'inspection des selles a, à ce point de vue, une grande importance, car îe^nahnVvWa^ celle des lésions, et, mieux encore que les cyliudres trouvés dans l'urine des albuminuriques, on peut les comparer à des messagers fidèles envoyés par les organes malades.

Pour donner une juste idée de cette correspondance des selles et des lésions anatomiques, nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter le passage suivant à notre collègue Kelsch : « Chaque période du mal se reflète dans les déjections alvines; au début, elles sont consli- • l tuées par une matière glaireuse pelotonnée qui n'est autre chose que KajWJ du mucus vitrifc^mTdTTnïy^sécrétion glandulaire; ce mucus est babiluellement mélangé en proportions variables à du sang; delà des variantes d'aspect comparées à du frai de grenouilles, des crachats de pneumonique, etc. Ces selles traduisent l'bypérémie, l'irritation sécrétoirc de la muqueuse. On y trouve comme éléments morpboloïiques des cellules épithéliales, des corpuscules de mucus et un gramfnombre d'infusoires mobiles. Les corpuscules rouges y sont toujours fort nombreux...

| » Si la maladie ne s'arrête pas, qu'elle passe au degré suivant qui 1 est celui de l'expiation de la muqueuse, les selles nous indiqueront encore fidèlement ce progrès accompli par le mal. En effet, comme b-s glandes mucipares sont détruites, impliquées qu'elles sont dans les squames morTiTiéeTdëTirtûnique interne, les selles perdront leur caractère glaireux ; elles sont d'Ordinaire1 alo^g^itujgg^yaT^Ta 'léTôshTroûg^ ù . ,

D^vTc^^osité, qui a reçu le nom de la^une^chair, nagent des pellicules, des concrétions membraniformes, rarement des lambeaux ' étendus, plus rarement encore des cylindres membraneux complets...

> Quand le malade ne succombe pas à ceLle période- et que, la maladie payant peu à peu à l'état chronique, le travail d'exfoliation ^ s'arrête après avoir produit de vastes ulcères qui sécrètent incessamment du pus, alors les selles changent une dernière fois d'aspect; on n'y trouve plus ni mucus, ni sérosité, ni raclures de boyaux; ce n'est plïis qu'une sanie purulente, ichoreuse, souvent grise ou ardoisée, cette dernière coloration étant due au sang plus ou moins altéré qui vient s'y mélanger. » (Conlrib. à l'anal, pathol. de lu dysenterie aiguë, toc. cil.)

Le pronostic varie naturellement avec la forme; on ne meurt pas plus de diarrhée que de fièvre intermittente simple, ditDulrouhiu, on meurt à peu près aussi souvent de dysenterie grave que de fièvre pernicieuse, mais il succombe beaucoup plus de malades de dysenterie chronique que de fièvre arrivée à la chloro-anémie ^c'est la persistance de la dysenterie qui fait sa gravité. Sur 100 hommes atteints de dysenterie dans les pays chauds il en meurt, suivant les localités, de 35 à 50. Le pronostic de la dysenterie saisonnière de nos climats est infiniment moins grave, cependant elle a donné lieu quelquefois dans les armées en campagne à des épidémies meurtrières.

Si le malade atteint de dysenterie chronique peut quitter les pays chauds pour un climat plus favorable, il aura de grandes chances de guénson ; sinon, des rechutes continuelles et des complications (abcès du foie) entraîneront presque falajement la mort.

Prophylaxie. — Si la dysenterie se développait sous l'influence d'un miasme analogue au miasme palustre, la prophylaxie ne pourrait pas jouer un grand rôle, il faudrait se contenter de marquer d'un point noir les foyers du miasme dysentérique et recommander au voyageur de les éviter comme Te marin fuit les écueils. Nous avons montré que cette hypothèse du miasme dysentérique était aussi inutile que peu fondée, et que la dysenterie des pays chauds relevait des mêmes influences que la dysenterie de nos climats; les mesures prophylactiques à prendre sont les mêmes pour ces deux maladies ou plutôt pour ces deux variétés d'une même maladie; seulement, clans les pays chauds, en raison de la tendance plus grande qu'a la dysenterie à se produire et à revêtir des formes graves, les précautions doivent être bien plus minutieuses, Variations brusques de température, refroidissements, excès dans le régime, mauvaise qualité de l'eau ou des alijnjmls, telles sont les principales causes (pie nous avons assignées à la dysenterie; la prophylaxie découle de l'étiologie.

Les troupes venant d'Europe ne seront pas envoyées dans les pays chauds pendant la saison épidémique (période des grandes et brusques variations nycthéniérales); pjmjj^lgérie, par exemple, on choisira les mois d'octobre et de novembre; on veillera avec soin à ce que le soldat, très-insouciant et par suite très-imprudent de sa nature, ne s'expose pas inutilement au refroidissement nocturne, à ce qu'il couche sous sa lente, et on lui fournira à sou entrée en campagne une ceinture de flanelle. Les vêlements trop légers prédisposent à la dysenterie, les Arabes l'ont compris, de temps immémorial ils portent des vêtements de laine hiver comme été, et de chaudes ceintures. Lorsque autrefois nos soldats partaient pour des expéditions de deux

M (,-ois mois sans couvertures ni ceintures de flanelle, avec de mauvais panlalonsde toile, il ne faut pas s'étonner, ditCambay, s'ils étaient décimés par la dysenterie.

Pendant les marches on ne peut guère s'opposer à ce que le soldat boive de l'eau fraîche quand il en rencontre ; du reste, l'excitation produite par la marche aussitôt reprise atténue les inconvén.ents de celle imprudence, et quand l'eau est de bonne qualité on observe ra- . rement des accidents; mais s'il s'agit d'eau stagnante et saumàlre, il fat) empêcher à tout prix le soldat d'en faire usage avant qu'elle ait été purifiée soit par la fdtration, soit par l'ébullition. Durant un long voyage en àbyssinie le docteur H. Blanc est parvenu à se préserver de toute maladie en avant soin de faire bouillir et de filtrer l'eau servant à sa boisson lorsqu'elle n'avait pas les caractères d'une eau potable ; au contraire, toutes les personnesqui l'accompagnaient et qui ne prenaient pas la même précaution furent atteintes de fièvre et de dysenterie (1).

Il faut autant que possible empêcher le soldat de faire des excès , de nourriture et de boisson, si capables dans les pays chauds de provoquer la dysenterie. Pringle a insisté avec raison sur l'innocuité des fruits, mais cela s'entend seulement des fruits mûrs, les fruits verts peuvent très-bien occasionner la diarrhée et la dysenterie ; or, le soldat n'est pas difficile sur cet article, tout ce qui tombe sous sa main lui est bon; en campagne les officiers devront veiller à ce que les soldats ne pillent pas les vergers sur les bords des roules, ainsi que nous ûu/^ l'avons vu faire trop souvent dans la dernière campagne : la discipline et la santé des troupes s'en trouveront beaucoup mieux.

(1p L'eau de mare non filtrée peut en outre donner lieu à des accidents graves occasionnés panïïntroduction de petites sangsues dans la gorge ou dans les voies P oà { aériennes. Les sangsues se fixent soit à la partie postérieure des fosses nasales, soit dans le pharynx, parfois môme dans la trachée ; elles provoquent des hémoptysies répétées, des accès de suffocation, enfin l'asphyxie quand elles oblitèrent l'entrée des voies aériennes. Lacretelle a rapporté l'histoire d'un soldat qui succomba à un accident de ce genre (Journal universel, 1828). La sangsue médicinale se détache spontanément dès qu'elle s'est gorgée de sang, aussi est-elle beaucoup moins à craindre que te sangsue de cheval, hirudo sanguisorbaiïo Lamark, hœmopis (Moquin- Tandon). Les hœmopis pénètrent souvent dans les narines, le pharynx ou les voies aériennes des animaux (d'où le nom de sangsues de cheval) ; elles restent fortement attachées aux muqueuses alors môme qu'elles ont sucé le sang pendant plusieurs jours; il y a des exemples de sangsues qui ontséjourné ainsi pendant plus de quinze jours dans les voies aériennes. « La plupart des faits, peut-être tous, rapportés par les auteurs, relatifs à des sangsues logées dans les voies digestives ou aériennes de notre e?pèce doivent être attribués à des hœmopis. Lorsqu'on se trouve dans un pays où ces animaux sont abondants, il ne faut boire dans les sources et surtout dans les marcs qu'avec beaucoup de précautions. Ces annélides, qui dans leur jeunesse n'atteignent quelquefois que 2 ou 3 milliinèlrcs de longueur et qui ont à peine

m MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.

Lorsque la dysenterie s'est développée dans un camp, il fautcFaindre

/ l'infection du sol, la propreté du camp sera entretenue d'une façon minutieuse, les fosses servant de latrines seront assez nombreuses et commodément installées de façon à ce que les malades puissent s'y rendre; plusieurs fois par jour ou recouvrira les matières avec une couche de terre. Les émanations des selles dysentériques ne sont pas seules à redouter, toutes les matières animales en décomposition peuvent produire le même résultat; les cadavres des hommes et des

i chevaux seront enterrés profondément, loin du camp, et autant que possible on évitera de séjourner longtemps sur les points qui auront servi de champ de bataille ou de campement à l'ennemi. Les eaux servant à la boisson des troupes doivent être l'objet d'une surveillance particulière; les latrines doivent ère placées loin des sources ou des puits ; enfin, lorsqu'un camp est infecté et que la dysenterie prend le caractère épitfêraique, il faut insister pour qu'on l'abandonne, c'est souvent le seul moyen de mettre fin à l'épidémie.

Traitement. — Sydenham, Pringle, Zimmermann, ont insisté, il y a longtemps, sur le danger des préparations opiacées dans la dysenterie et sur l'indication formelle des purgatifs. Contre la dysenterie saisonnière de nos pays, presque tous les purgatifs réussissent; les purgatifs salins, par exemple, donnent souvent d'aussi bons résultais que l'ipéca lui-même. Il en est du traitement de la dysenterie comme de celui des fièvres palustres : dans les pays tempérés on trouve beaucoup de succédanés du sulfate de quinine qui ne sont nullement applicables aux formes graves de l'impaludisme ; de même la dysenterie des pays tempérés est curable par des moyens qui échouent dans les

l'épaisseur d'un fil, sont entraînés par l'eau et avalés sans qu'on s'on doulo. » (Moqnin-Tandon, Élém. de ao'ologie méd. Paris, 1860, p. 189.)

Le laryngoscope a permis plusieurs fois do. découvrir la présence de sangsues dans le larynx et de les extraire à l'aide de pinces à polypes; il faut se rappeler qu ■ lej sangsues adhèrent avec, beaucoup de force à la muqueuse ; le doctiourClementi, qui a eu l'occasion d'extraire une sangsue, fixée dans la trachée, estime qu'il dut employer une traction de deux kilogrammes environ; il échoua à l'aide des pinces à polypes ordinaires, dont les mors glissaient sur la peau de la sangsue, et il dut faire usage d'une pince dont les mors étaient armés de petites dents analogues à des hameçons (Gazette médicale italienne, 1874-, n° 48). Dans les cas où l'on n'a à sa disposition ni laryngoscope, ni pinces spéciales, et où la sangsue engagée dans le larynx détermine des accès de suffocation qui menacent l'existence du malade, il ne faut pas hésitera pratiquer la laryngotomie ou la trachéotomie; les inspirations soufrées ou chloroformées sont rarement suffisantes pour faire lâcher prise à la sangsue. Vovez : Baizeau, Des accidents produits par les sangsues et de leur fréquence m Algérie (Gazette médicale, 1803, p. GI3); — Giosué Marcacci,Gase//e médAlalUmie, 1871, p. 22; — Trolard, Algérie médicale, 1870, n» 21); — Masse, in Morgagni, fascicule d'octobre, 1874, p. 750; - Clementi, Archive* gén. de médecine, février

DYSENTERIE. 123 pivs chauds; c'est aux médecins exerçant dans les pays chauds qu'il appartient de formuler le traitement de la dysenterie comme celui des fièvres.

Des I840j mon père préconisait le calomel et l'ipéca à liante dose (Documents pour servir à l'histoire des maladies du nord deV Afrique, loe. cit.); Cambay emploie un traitement mixte : calomel, purgatifs salins, antiphlogistiques; llaspel, le calomel associé à l'ipéca. Dutroulau prescrit dans les cas ordinaires le petit-lait manaé (30 gr. de manne pour 50 gr.de petit-lait à prendre par demi-verres toutes les heures) pendant trois jours au moins; il réserve l'ipéca et le calomel pour les formes graves. Il est assez difficile de tracer les indications spéciales de l'ipéca et du calomel dans la dysenterie aiguë ; les uns préfèrent le calomel (médecins anglais des Indes), les autres l'ipéca, mais les indications spéciales de ces deux excellents antidysentériques sont très-mal formulées jusqu'ici.

Le calomel peut être administré cà dose fractionnée : cinq centigrammes en dix paquets à prendre d'heure en heure, ou bien à dose massive : un à deux grammes dans les vingt-quatre heures en une ou plusieurs fois; ce dernier procédé donne des résultats bien plus satisfaisants et expose moins à provoquer la salivation.

La racine d'ipécacuanha peut être employée en poudre ou en infusion. Pison donnait 8 grammes de poudre d'ipéca infusée en bouillie dans 1-20 grammes d'eau; Pringle, 1 gr. 20; si les coliques étaient très-violentes, 0.-25 de poudre toutes les deux heures, jusqu'à production de vomissements ou de selles diarrhéiques. Dans la méthode brésilienne, on fait infuser pendant vingt-quatre heures 8 grammes de racine d'ipéca concassée dans 200 ou 300 grammes d'eau chaude, le malade boit cette infusion en plusieurs fois dans la journée, chaque matin on verse sur la racine d'ipéca une nouvelle quantité d'eau chaude; de cette façon l'infusion va s'affaiblissant de plus en plus.

MM. Monard frères ont associé l'ipéca au calomel et à l'opium; les pilules de Segond renferment aussi ces trois médicaments dans les proportions suivantes :

li. Ipéca en poudre 0.40

Calomel 0.20

Extrait aqueux d*ophim 0.05

Sirop de nerprun Q. S.

M. pour six pilnl"s à prendre toutes les deux heures dans la journée.

Ces pilules ne nous ont donné de bons résultats que dans les cas ou la dysenterie n'avait pas un caractère d'acuité très-prononcé ou lorsque ries purgatifs plus énergiques avaient déjà modifié la nature

des selles; pour être efficaces elles doivent être préparées depuis peu.

Sous l'influence des purgatifs les selles perdent plus ou moins rapidement le caractère dysentérique; le calomel donne aux évacuations uue couleur vert foncé; les épreintcs, le lénesme, disparaissent en même temps que la nature des selles se modifie.

La thérapeutique a beaucoup moins de prise sur la dysenterie chronique que sur la dysenterie aiguë, trop souvent elle est impuissante à réparer des lésions profondes: comment refaire une muqueuse intestinale, quand elle a en grande partie disparu?

C'est surtout aux médications locales qu'il faut avoir recours, en même temps qu'on s'efforce de nourrir le malade.

Les lavements médicamenteux au nitrate d'argent et à la teinture d'iode ont été préconisés par Delioux de Savignac, qui les formule ainsi (op. cit.) :

R. Teinture d'iode 10 à 20 gr.

Iodurc potassique là 2 —

Eau 200 -

M. pour un lavement.

R. Eau distillé? 250 gr.

Blanc d'oeuf h°i.

Azotate d'argent cristallisé 0.10, 0.20 ou 0.30 centigr.

Chlorure de sodium 0.10, 0.20 ou 0.30 —

M. pour un lavement.

Il se forme, d'après Delioux de Savignac, un azolo-albuminale d'argent qui est très-peu irritant pour l'intestin.

Trousseau conseille le nilrale d'argent en pilules dans la diarrhée chronique, et les lavements au nitrate d'argent dans la dysenterie chronique :

R. Eau distillée 500 gr.

Nitrate d'argent 0.25

M. pour un lavement.

Lorsque ce lavement provoque des douleurs, on peut le faire suivre d'un lavement laudanisé ; il est bon de commencer par de faibles doses de nilrale d'argent (0 gr. 10).

Les lavements médicamenteux ne s'adressent qu'aux ulcérations du gros intestin; or, nous avons vuquelu muqueuse de l'intestin grêle présentait aussi des altérations. C'est l'atrophie de celte muqueuse, la plus importante au point de vue de la digestion et de l'absorption, qui explique la difficulté d'alimenter les malades. Dans quelle mesure les altérations sont-elles réparables? Nous nu le savons pas, et il serait très intéressant d'éludier à ce point de vue l'intestin d'individus

nui après avoir eu des dysenteries graves succombent à d'autres L ni 11 faut prescrire des aliments qui sont digérés par 1 estomac partie supérieure de l'intestin grêle, car ce sont la les portions es moins malades du tube digestif : la viande crue convient parfcUe- „,ent et lorsque les malades la prennent facilement, elle donne d'excellents résultats; l'autophagie s'arrête, les forces renaissent, et les ulcères intestinaux se cicatrisent. '

Dan, ces derniers temps on a préconisé leregimejacte dans la dysenterie chronique (1), et ce traitement, employé surtout dans les hôpitaux de la marine, a donné de bons résultats; a 1 hôpital deBiest le, dysentériques étaient enfermés dans une salle spéciale afin qu .1 leur fût impossible de se procurer tout autre aliment que le lait, annuel on joignait le sous-nitrate de bismuth à haute dose. J ai vu quelnue, malades venant de Cochinchine qui avaient été soumis a ce reiime leur état en avait été amélioré, mais des rechutes n avaien t pas tardé à se produire. Le régime lacté calme les douleurs et produit un .oula-ement manifeste pendant les premiers jours, mais il est tresdifficilement supporté, et si l'on insiste, les malades ne lardent pas a s'affaiblir et à dépérir. La première condition de ce traitement serait d'avoir d'excellent lait; or, dans les grandes villes on n y peut pas ,on-er et s'il était parfaitement démontré que le régime lacté guent Ja dysenterie chronique, la première chose à faire serait d'envoyer les malades dans une campagne ou dans une petite ville ou 1 on pourrait leur procurer en abondance un lait pur et nourrissant.

Les toniques, le vin, le quinquina, le fer, trouvent naturellement leur emploi, ils contribuent à soutenir l'organisme défaillant et a prolonger la lutte, mais dans les pays chauds ces moyens seront souvent impuissants à enrayer la marche de la maladie, et la guerison ne sera possible que si le dysentérique peut changer de climat. Il ne faut pas attendre trop longtemps pour conseiller ce déplacement, car chaque jour de relard accroît les brèches de la muqueuse d.geslive et les rend moins réparables; il faut se souvenir que les dysentériques sont extrêmement sensibles au froid, et veiller à ce qu'ils n'arrivent pas dans nos pavs tempérés pendant l'hiver, surtout s'ils doivent résider dans des régions relativement froides et non dans lé midi de l'Europe.

1 Du traitement de la dysenterie chronique de Cochinchine par le régime lacté mixte, par le docteur J. Berthier. Thèse de Montpellier, 1874

Voyez aussi l'article du Lait Diclionn. cncyclop.des sciences médicales, par M. Dechambre.

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