ÉPIDÉMIES DE SAINT-CLOUD, DE LOUKCINE, ETC
rature îles malades ne s'élevait pas au-dessus île la normale, au Valde-Gràce le chiffre de !J80 n'est pas dépassé, c'est à peine si ces maladies méritent le nom de fièvres; sur le cadavre on ne trouve pas les lésions de la rate caractéristiques de la typhoïde bilieuse ou de la rémittente palustre; à Saint-Cloud, comme à Gaillon et à Lourcinc, l'épidémie se développe en dehors de toute inllueuce palustre; à Civita, c'est pendant l'hiver, alors que le miasme sommeille, que la maladie prend naissance, et elle ne cède pas au sulfate de quinine; nous avons déjà dit que ces petites épidémies si bien localisées ne pouvaient pas s'expliquer davantage par les influences saisonnières qui donnent lieu parfois à l'ictère épidémique.
Les causes des épidémies de Gaillon et de Civita n'ont pas été étudiées avec tout le soin désirable, et nous sommes obligé de nous ■en tenir aux faits observés à Saint-Cloud et à Lourcinc. MM. Worms et L. Laveran n'hésitent pas à attribuer ces deux épidémies à la mauvaise qualité de l'eau; à Saint-Cloud, une citerne qui n'avait pas été curée depuis longtemps et qui renfermait une grande quantité de débris organiques, est évidemment cause des accidents, qui disparaissent dès que les soldats font usage d'eau plus saine; de même à Lourcine. Mais quel est le principe toxique que renfermaient ces eaux?
Quand on lit les observations recueillies en 1865 au Gros-Caillou et au Yal-de-Grâce, on est frappé de la ressemblance qui existe entre les symptômes observés chez les malades venus des casernes de Saint-Cloud et de Lourcine, et les descriptions qui ont été faites de l'empoisonnement par !e phosphot;eXpiiiil£dose. Chez l'homme on n'observe guère que l'intoxication parle phosphore donné à haute dose, dans- un but criminel (je ne parle pas de l'empoisonnement par les vapeurs phosphorées, suivi de nécroses du maxillaire, etc., il y a là des conditions spéciales à certaines professions), mais chez les animaux on a pu étudier à loisir les symptômes de l'intoxication subaiguë, et l'on a constaté que de très-faibles doses de phosphore données à des chiens suffisaient pour déterminer les troubles suivants (1) : perte de l'appétit, soif vive, sécheresse de la bouche et du museau dénotant un peu de fièvre; vomissements, puis ictère delà sclérotique et apparition de pigment biliaire dans les urines, saignement des gencives; une des conséquences de l'ictère est de faire tomber le pouls; les urinçs deviennent quelquefois albumineuses. Quand les chiens succombent, on trouve assez souvent de petites ecchymoses
(1) Elude* cliniques et expérimentales sur l'empoisonnement aigu par le phosphore, par Lebert et 0. Wyss {Arch. gin, de méd., 1868,1.
A. LAVERAS. on
à la surface des séreuses et des muqueuses, l'eslomac présenle seulement de la rougeur sans ulcérations ni eschares, enfin le foie est atteint à un degré variable de dégénérescence graisseuse.
L'empoisonnement par l'arsenic donne lieu aussi à quelques-uns des symptômes observés au Gros-Caillou et au Vàl-de-Grâce : vomissements, ictère, purpura (1).
C'est évidemment avec des empoisonnements par le phosphore ou l'arsenic que les petites épidémies de Saint-Cloud et de Lourcine présentent le plus de rapports; reste à dire comment du phosphore ou de l'arsenic a pu être introduit dans l'eau de ces casernes. Les rats étaient fort nombreux à Saint-Cloud et à Lourcine, ils avaient accès dans les réservoirs souillés de leurs cadavres, or dans les établissements militaires on empoisonne les rats avec des pâles phosphorées ou arsenicales et il est possible que telle soit l'origine des épidémies dont nous parlons. C'est là évidemment une hypothèse, mais une hypothèse probable, et à l'occasion, si de pareilles épidémies se montraient de nouveau, il ne faudrait pas négliger de rechercher dans les eaux la présence du phosphore ou de l'arsenic, ce qu'on n'a pas songé à faire lors des épidémies de Saint-Cloud et de Lourcine.
(1) Tardieu, Étude médico-légale sur l'empoisonnement. Paris, lâ67, p. 326.