TYPHUS A RECHUTE. - TYPHOÏDE BILIEUSE
Le typhus à rechute ou fièvre récurrente (relapsing fever) et la typhoïde bilieuse sont plus rares dans les armées que le typhus exanthémalique et la fièvre typhoïde, leur étude nous occupera moins longtemps. Griesinger décrit séparément la fièvre récurrente et la typhoïde bilieuse, mais il a soin de faire remarquer que la typhoïde bilieuse n'est probablement qu'une forme grave de la première; comme les faits qui se sont produits dans ces dernières années tendent à confirmer cette manière de voir (1), nous réunirons ces deux variétés du typhus récurrent dans le même chapitre.
Historique. Géographie médicale. — En 1842-1843, la fièvre à rechute régna à l'état épidémique dans plusieurs villes d'Écosse; les médecins écossais la regardèrent comme une maladie nouvelle, mais il fut bientôt prouvé qu'elle avait déjà été observée.
D'après Griesinger, il est fait mention de cette fièvre dans les épidémistes anciens de l'Irlande (Barker, 1741 ; Gheyne, 1816-1821) (2). En 1817, Baleman observait le typhus à rechute à Londres, Duncan et Burns en Écosse ; O'Brien, en 1826, a donné une bonne description de la maladie qui régnait alors en Irlande, et Graves décrit sousje, nom de fièvre jaune des Iles-Britanniques (3) la typhoïde bilieuse' (Dublin, 1820).
A partir de 1840, le typhus à rechute prend une grande extension, en 1842 il règne en Irlande en même temps que le typhus exanlhématique; en Écosse (Dundée, Édimbourg, Glascow) (4) jusqu'en 1844; de 1846 à 1848, il se montre à Londres, Liverpool, Manchester, où il est importé probablement par les émigranls irlandais. Paterson a
(1) Frcrichs, Maladies du foie, traduct., p. 181.
(2) Griesinger, op. cit., p. 336.
(3) Graves, Leçons cliniques.
(4) V. Rose Kormaek et Wardell, Histoire de la fièvre épidémique, 1843. Relation de la fièvre épidémique d'Edimbourg (Craigie), de Glascow (Smith et Mackensie), de Dundée (Arrott). Joumai médical et chirurgical d'Edimbourg, 1843.
prouvé que les premiers cas derelapsing fevcren 1847, à Edimbourg, furent observés sur des Irlandais misérables, il s'écoula trois mois avant que les Ecossais tussent atteints.
Dans les grandes épidémies irlandaises de 1847 à 1848, la fièvre récurrente a occupé une large place à côté du typhus; Jenner, à cette époque, observait le relapsing fever à Londres et en donnait une excellente description (1).
En Silésie (1847), le typhus récurrent s'est développé à côté du typhus exauthématique (Dummler, Bœrensprung) ; Lange, à Kœnigsberg, a observé une épidémie très-meurtrière de typhoïde bilieuse (2). Griesinger a rencontré en Egypte (1851) le typhus récurrent en même temps que la typhoïde bilieuse. C'est sans doute à la typhoïde bilieuse qu'il faut rapporter l'épidémie décrite par Larrey dans sa relation de la campagne d'Egypte (3); la maladie sévit principalement sur les blessé? après la bataille d'Héîiopolis et le siège du Caire (1800), elle était caractérisée par une fièvre rémittente, des vomissements bilieux, de l'ictère, des hémorrhagies, un état typhoïde très-prononcé dans les cas graves,. 260 blessés sur 600 périrent de cette maladie qui était contagieuse; Larrey rapproche cette épidémie de la fièvre jaune et du typhus ictérode; une épidémie analogue régna pendant l'automne de 1800 dans l'armée du grand vizir campée sur la côte de Jaffa.
H. le Dr Tholozan a observé au Val-de-Grâce, en 1855, une vingtaine de cas de typhus à rechute; il n'y eut aucun décès, l'auteur ne dit pas sous quelle influence s'est produite cette petite épidémie (4).
Pendant l'été de 1864, il se développa à Saint-Pétersbourg une épidémie dont on ne reconnut pas tout d'abord la nature, les mots de peste, de typhus furent prononcés, et l'on s'émut jusqu'à Paris; il s'agissait d'une épidémie de typhus à rechute, ainsi que le prouvèrent MM. Botkin et Herrmann; M. le professeur Charcot a écrit dans la Gazelle hebdomadaire l'histoire de cette épidémie (5).
Tout d'abord le typhus à rechute et la typhoïde bilieuse régnèrent
(1) De la non-identité du typhus, de la fièvre typhoïde et de la fièvre récurrente top. cit.).
(2; Beobacht. am Krankenbette, Kœnigsberg, 1850.
(3) Mémoires de chirurgie militaire, t. II, p. 18. Campagne d'Égypte : « Fièvre jaune considérée comme complication des plaies d'armes à feu. n
(4) Gazette médicale, 8 décembre 1855.
(5) Gazelle hebdomad. 14 avril 1865. Voir aussi, à propos de cette épidémie, Communie, du I)' Pelikan (Acatl. de méd., séance du 18 avril 18G5); — Communie, du Dr P. Doubowitski (Gaz. des hop., 20 avril 1865); — Lettre du Df Brcdow [Gctietle hebdom., 5 mai 1865); — Rapport de M. Bergeron (Acad. de méd., séance du 20 juin 1865).
à l'exclusion du typhus exanlhématique, puis les cas de typhus devinrent de plus en plus nombreux, et à la fin de l'épidémie ils dominèrent le typhus à rechute; on s'explique ainsi l'opinion différente émise par les auteurs sur la nature de la maladie, suivant que leurs travaux concernent le commencement ou la fin de l'épidémie.
Sur 14 722 admissions aux hôpitaux de Saint-Pétersbourg, il y en eut 7097 pour typhus, 7625 pour fièvre récurrente; et sur 2034 décès, 1198 furent dus au typhus, 836 à la fièvre récurrente (lettre du Dr Bredow).
Avant 1805, le typhus à rechute était inconnu à Saint-Pétersbourg; mais, d'après le Dr Bernstein, il aurait régné à Odessa en 1863 (Charcot, loc. cit.).
M. le Dr Morache a observé en Chine des cas àerelapsing fever(i), et M. le Br Arnould a décrit une petite épidémie de typhus à rechute (2), qui en 1867 se déclara au pénitencier d'Ain el Bey, précédant ainsi de très-peu la grande épidémie de typhus de 1868.
En somme, les foyers du typhus récurrent en Europe sont les mêmes que ceux du typhus; l'Irlande, la Silésie, l'Écosse, l'Angleterre, la Russie, sont le théâtre ordinaire de ces épidémies; la typhoïde bilieuse a régné souvent à côté du typhus récurrent, mais on l'a observée aussi très-loin de ces foyers; en Egypte elle est assez commune (Larrey, Griesinger), la maladie 'parait s'étendre, dit Hirsch, à toute la côte orientale et aux îles de la Méditerranée (Malte, Minorque, Mahon); elle a été confondue souvent avec la rémittente bilieuse. D'après les observations d'Annesley, de Twining, la typhoïde bilieuse existe dans l'Inde; on peut rapporter à cette même maladie les épidémies qui onfrégné en Amérique parmi les nègres (Philadelphie, 1821; Caroline du Nord, 1829), le fait de l'immunité des nègres pour la fièvre jaune doit faire croire qu'il ne s'agissait pas de celle-ci (3).
Étiologie. — La fièvre récurrente règne souvent en même temps que le typhus, c'est ce qu'on a vu en Angleterre et en Irlande (1847), à Saint-Pétersbourg (1865) ; il n'est pas rare de voir la fièvre récurrente dominer au début des épidémies, puis le typhus prendre peu à peu sa place. « Dans les épidémies mixtes, dit Murchison (4), là proportion relative des cas de typhus et de fièvre à rechute a varié suivant les temps et suivant les lieux ; mais, en règle générale, la proportion des cas de fièvre à rechute s'est toujours montrée plus grande
(1) Notice sur une épidémie de typhus avec cas de relapswg fever (loc. cit.). ' (2) Du typhus à rechute, épidémie observée au pénitentier d'Ain el Bîy, province de Constantine (loc. cit.).
(3) A. Hirsch, Handbuch der hislorisch. Geogr. Pathologie, 1859, p. 17-2.
(4) Traité des fièvres continues, 1862, p. 299.
au commencement qu'à la lin des épidémies. A mesure que les épidémies ont progressé le typhus a pris la place de la fièvre à réduite. »
On a vu aussi des épidémies de typhus à rechute sans mélange de typhus, plus souvent encore des épidémies de typhus sans fièvre à rechute ni typhoïde bilieuse. Jenner (op. cit.) a bien fait ressortir les différences qui séparent le typhus de la fièvre récurrente comme de la fièvre typhoïde, et il a montré que la fièvre récurrente n'engendrait pas le typhus, pas plus que le typhus la fièvre récurrente, ce qui devrait être s'il s'agissait de deux formes d'une même maladie ;Ja fièvre récurrente ne donne pas l'immunité pour le typhus êxanlhématique, mais, chose curieuse, elle ne la confère pas pour elle-même.
La fièvre à rechute, dit Jenner, peut attaquer deux fois le même individu, et cela dans l'intervalle de quelques mois, contrairement à ce qui se passe pour le typhus et la fièvre typhoïde. « On ne doit pas ouhlier qu'aucune de ces trois affections n'a d'effet prophylactique à l'égard des deux autres. Le Dr Barllett cite plusieurs cas d'individus affectés successivement de fièvre typhoïde et de typhus; les historiens de l'épidémie de fièvre a rechute qui a régné en Ecosse en 1843 rapportent des exemples de typhus survenu chez des individus à peine guéris de la maladie régnante et vice versd (1). »
Le relapsing fever est donc produit par un miasme particulier, distinct de ceux du typhus exanthématique et de la fièvre typhoïde,' mais on ne saurait nier que le typhus et la fièvre récurrente prennent naissance dans des conditions de milieu qui présentent une grande analogie. La fièvre récurrente, comme le typhus, est Iransmissible, et ses épidémies s'expliquent souvent, par l'importation, mais comme le typhus elle peut aussi se développer de toutes pièces.
-M. le Dr J. Arnould attribue aux circonstances suivantes le typhus a rechute du pénitencier d'Ain el Bey : 1° agglomération d'un grand nombre d'hommes dans le même local ; 2M&îoh pérmaiïe nielle"" £a^r dece local par le miasme humain; 3r'fatigue sans réparation suffisante par le sommeil pendant le rhamadan; 4° jeune prolongé alimentation irrégulière chez bon nombre de détenus l^îdahtlé même temps; 5" état moral de dépression chez quelques-uns d'entre eox;6« variations thermométriques, chaleur prématurée, froid noclurne (loc. cil.).
On a accusé l'inanition de faire naître la fièvre récurrente, d'où le oom de typhus de famine qui lui a été donné par quelques auteurs (Maretasoa); .1 est vrai que les épidémies de fièvre récurrente ont
I; t'-nner, op. cit., p. 233.
coïncidé plusieurs fois (Irlande, Silésie) avec la femme mais cette condition évidemment favorable à l'éclosmn du re apsvng lever comme T le du typhus n est pas nécessaire; à Saint-P tersbourg, en 865, e lividus atteints n'avaient pas eu à souffrir de la faim; en 1808, u Vrdn's oui sont morts de la cachexie famélique eu s. grand nombre n'ont eu ni le typhus ni la fièvre récurrente. Si la lamine joue e rôle de cause prédisposante, c'est uniquement en portant à son comble h misère des populations, et en déterminant l'encombrement dans L rrrands centres où les habitants des campagnes se réfugient in- Sment pour chercher secours (Irlande 1847 Algérie 1808). Quant à la typhoïde bilieuse, forme plus grave de la fièvre a rechute, nous ne savons pas sous quelle- influence «lie se développe; 1, fréquence de cette forme en Egypte et sur les bords de la Med.teiranée tendrait à faire croire que c'est la chaleur qui imprime un ca- ' ractère'particulier au relapsing fever et qui exalte état bilieux, mais il ne faut pas oublier que la typhoïde bilieuse a été observée en Irlande et à Saint-Pétersbourg comme en Egypte.
d. Uptas récurai se fait dans les mêmes eondirions nue ceïTe du typhus exanthematique.
simple. Relapsing fever. Typhus a rechute proprement DIT Ha fièvre débute brusquement, sans prodromes; les malades s ont pris d'un frisson violent avec céphalalgie frontale, douleurs lombah-es vomissements; on pourrait croire, dit Jeûner, a l'invasion de S La peau esi sèche et brûlante, la température s e eve aSmen à 40- et môme 42- centigrades dans Vaisselle (J. Arnould , o ils est fréquent (100 à 120 pulsations). Les phénomènes i er- SrlÏJtaés que dans la fièvre typhoïde, la prostration e t bien moins grande; insomnie, quelquefois délire; soif vive, anor^Ze blanche constipation. Au bout de cinq à dix jours Z ; 'trS » orZndante'survient, le pouls et la température
— -, et dès le ^:^^^Z ouéri, il demande à manger; cependant la faiblesse gene
le Ta m <e ' la périodede rémission dure de quatre a quatorze jeu, eu eû mo en e Lareehuteest marquée par un fmson eomm sept en movenu .MhMafo vomissements; le pouls et la
aébut du V^^^ZX»» de la normale, remontent
TWHUS A HECHOT& S9J q [Joe seconde rechute a lieu dans un petit nombre de cas. Alors le malade, se croyant convalescent vers le septième jour, gagne une récidive vers le quatorzième* puis se croyant de nouveau convalescent entre le dix-septième et le vingt et unième jour, se voit de nouveau sa.si d'une rechute entre le vingt et unième et le vingtnnquieme, jusqu'à ce qu'enfin la convalescence s'établisse d'une manière ddinilive du vingt-cinquième au vingt-huitième jour. Dans d autres cas, au contraire, la maladie se termine à la fin du premier septénaire sans que le malade éprouve la moindre récidive. » (Jenner, op. et., p. 231.) Il n'est pas rare d'observer uuî teinte iclérique de la peau, et ces cas de relapsing fever avec ictère forment une transition naturelle pour arriver à la typhoïde bilieuse. Jamais les malades ne présentent m les taches rosées lenticulaires de la lièvre typhoïde m l exanthème du typhus. Des sudamina parfois très-abondants ont fait •nier dans quelques épidémies le nom de fièvre sudorale à la raa- • ladie; Griesinger pense que la fièvre récurrente a été décrite plus d'une fois sous le nom de suelte, il n'est pas possible d'attribuer au relapsing fever les grandes épidémies de suelte anglaises (voy. Des grandes épidémies) ; l'herpès labial a été noté par quelques auteurs.
Dans les cas graves, les malades tombent dans le coma ou bien la mort arrive dans le collapsus, mais la mortalité est très-faible- on peut dire que de toutes les maladies typhoïdes le relapsing fever est la plus bénigne, la mortalité ne dépasse pas 6 à 8 pour 100 elle est en moyenne de 3 à 4 pour 100.
Forme bilieuse. Typhoïde bilieuse. - Elle a été bien décrite par Griesinger et par les observateurs de Saint-Pétersbourg (épid de 186a); les auteurs anglais, Jenner, Murchison, ne paraissent pas lavoir rencontrée, Graves l'a décrite, mais il s'est mépris complètement sur la nature de l'épidémie qui régnait à Dublin en 1826 en W' 1 attribuant à la fièvre jaune. '
Au début, céphalée, vertiges, prostration, frissons, douleurs dans les membres. La fièvre est vive et continue à la période d'étal ; céphalée violente, injection des yeux et du visage; vomissements, diarrhée douleurs abdominales à la pression dans la région épkastrinue' langue sèche, fendillée; l'ictère se développe le plus fréquemment tk^^i ver, le quatrième ou le sixième jour; tuméfaction de la rate qui dé passe le rebord des fausses côtes; faiblesse extrême, adynamie état typhoïde. La mort arrive souvent au milieu d'un collapsus subit èt inattendu, ou bien l'amélioration se produit rapidement et s'accom bagne de sueurs abondantes. A la dernière période, deshémorrha-ies peuvent survenir soit à la peau, soit à la surface des muqueuses h tumescence de la rate est si considérable qu'on l'a vue se rompre' et
donner lieu à des hémorrhagies internes (Griesinger, op. cil., p. 35G).
La description 'de la typhoïde bilieuse de Saint-Pétersbourg est parfaitement conforme à celle de Griesinger. M. le professeur Gharcot, qui à résumé le travail du D' Herrmann, après avoir parlé de la forme simple du typhus récurrent, ajoute : ce La forme bilieuse (febris recurrevs biliosa, biliose typhoïde) en diffère seulement par la prédominance des symptômes hépatiques. Dès l'origine on observe des vomissements bilieux presque incessants, l'ictère est plus prononcé; il s'y joint de bonne heure des accidents cérébraux, un état de collapsus en même temps que des hémorrhagies s'opèrent par diverses voies, et ainsi se trouve reproduit le tableau symptomatique de l'ictère grave; le pronostic en pareil cas est des plus sérieux, mais il ne faut encore désespérer de rien; alors même que le coma persiste depuis plusieurs jours on peut voir, sous l'influence des moyens irritants et surtout des affusions froides, la guérison survenir. Les cas les plus graves sont ceux dans lesquels le malade rend des selles liquides, noirâtres, et vomit une matière noire semblable à du marc de cafe ou à du sang plus ou moins altéré. La teinte ictérique est alors poussée à l'extrême; le coma et l'état de collapsus (algidité, cyanose des extrémités) sont aussi prononcés que possible, et la terminaison fatale a lieu en général du dixième au douzième jour de la maladie (1). »
Entre la fièvre récurrente simple et la typhoïde bilieuse grave, qui a tant d'analogies symptomaliques avec la fièvre jaune, il y a toute une série d'intermédiaires ; la récurrente simple peut s'accompagner d'ictère, et la typhoïde bilieuse être suivie de rechutes.
Anatomie pathologique. - L'altération la plus remarquable porte sur la rate, elle présente des degrés qui correspondent aux différentes périoâeTde la maladie (2). Lorsque les malades meurent pendant le premier accès, la rate considérablement hypertrophiée peut mesurer jusqu'à 0»,28 de long et peser quatre livres et demie; le parenchyme est dur, cassant, d'un brun rouge parsemé le plus souvent de corpusculer blanchàtres de la grosseur de 0,002, quelquefo.s reunis en fovers de la grosseur d'un pois ou d'une lentille, mais pouvant aussflaire défaut. Chez les malades morts à la fin du deuxième accès l'hypertrophie de la rate est moins considérable, on trouve souvent à la surface des exsudais péritonéaux légers, le parenchyme splenique est sec et cassant et présente de la tuméfaction des corpuscules de Malpighi; aune période ultérieure on observe parfois des translormations des exsudais en détritus gangreneux ou purulents.
(1) Charcot, op. cit. Gazette hebdom., 18G5, p. 226. ^
(2) KiUtncr, Petersburge.r medicinischt Zeitschrift, 186o.
TYPHUS A RKCnUTE. 208
Sur cent el une autopsies Griesinger a constaté trois lois la rupture de la rate; sous l'influence de la congestion violente dont elle est le siège dans la typhoïde bilieuse, la raie tend à prendre Ja forme d'un cvlindre. « Dans la très-grande majorité des r is, dit Griesinger, la rate est parsemée de plusieurs milliers de petits foyers d'un gris jaunâtre, un peu adhérents à la substance environnante; ce ne sont autre chose que les corpuscules de Malpighi remplis et entourés d'un exsudât; ils son!, au début, durs, de la grosseur d'un grain de pavot ou de millet; dans beaucoup "de cas ils subissent de bonne heure la transformation purulente, tout le tissu de la rate renferme alors d'innombrables petits abcès non réunis ensemble et contenant chacun une goutte de pus (1). »
On voit que ces altérations ne ressemblent pas à celles qui se produisent sous l'influence de la malaria.
Les ganglions mésenlériques sont souvent tuméfiés, infiltrés; mais on ne rencontre jamais les ulcérations des plaques de Peyer, qui caractérisent la fièvre typhoïde.
Le docteur Kûttner (loc. cit.) a souvent trouvé le cœur pâle et mou comme dans le typhus; celte altération explique la faiblesse du pouls et des battements du cœur à la période de rémission, faiblesse quelquefois telle que la mort arrive par arrêt du cœur, par syncope; le même observateur a aussi noté, chez les malades morts de typhoïde bilieuse, des dégénérescences graisseuses des muscles, du foie et des reins.
Diagnostic. — La fièvre récurrente simple est d'un diagnostic assez facile, on peut la confondre seulement avec le typhus qui l'accompagne dans un assez grand nombre d'épidémies, mais la marche de la température, l'existence presque constante de rechutes, l'absence d'exanthèmes, ne peuvent pas laisser longtemps place au doute.
La typhoïde bilieuse, surtout quand elle se produit isolément, sans accompagnement de typhus à rechute, est d'un diagnostic plus difficile, elle a été décrite mainte fois sous le nom de fièvre jaune (Graves, Barcjay), ou confondue sur les bords de la Méditerranée avec la rémittente bilieuse d'origine palustre. Dans les cas où la typhoïde bilieuse s'accompagne d'hémorrhagies, d'hématémèses, il faut avouer qu'elle prend tout à fait le masque de la lièvre jaune, mais des ressemblances symplomatiques ne suffisent pas pour autoriser à confondre des maladies qui présentent au point de vue anatomique et au point de vue éliologique de très-grandes différences. La fièvre jaune est une maladie à foyer bien limité, qui ne se développe jamais en
(1) Griesinger, op. cit., p. 3.17.
sj94 MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.
Europe qu'à la suile d'importations, au Mexique même la fièvre jaune ne règne que sur les côtes, elle ne s'élève jamais sur les hauts plateaux où l'on rencontre le typhus; si la fièvre jaune n'était que la typhoïde bilieuse, on ne voit pas pourquoi à Mexico elle ne sévirait pas à côté du typhus, quand partout ailleurs le typhus à rechute et le typhus exanthématique présentent une si grande affinité.
Les altérations anatomiques sont différentes, du reste, clans ces deux maladies et les séparent très-nettement. La dégénérescence graisseuse du foie est la lésion dominante dans la fièvre jaune, tandis que l'altération si remarquable de la rate clans la typhoïde bilieuse n'est pas mentionnée par les auteurs qui se sont occupés avec le plus de soin de l'analotnie pathologique de la fièvre jaune.
Il n'est pas plus possible de confondre la lyphoïde bilieuse avec la rémittente bilieuse d'origine palustre : la typhoïde bilieuse ne règne jamais qu'à l'état épidémique, souvent à des intervalles éloignés, elle n'a pas de prédilection pour les anciens fébricitanls, elle se développe clans des pays où le miasme palustre a très-peu d'activité, comme en Irlande, à Saint-Pétersbourg ; au contraire, la rémittente bilieuse palustre ou rémittente hématurique est particulière aux pays chauds et palustres; elle revient avec la régularité de la période endémo-épidémique et ne fait des victimes que parmi les anciens fébricitants; la première est contagieuse, importable, la seconde ne l'est pas; enfin les lésions anatomiques sont différentes, l'hypertrophie énorme de la rate avec formation d'exsudals clans les corpuscules de Malpighi et abcès miliaires consécutifs, ne ressemble pas à l'hypertrophie simple qui s'observe dans les fièvres palustres.
Un fait serait favorable à l'identité de ces deux formes : Griesinger a obtenu de très-bons effets du sulfate de quinine dans la typhoïde bilieuse; mais Griesinger observait en Égypte, la typhoïde bilieuse se compliquait peut-être d'un élémçnt palustre; en Europe on n'a pas constaté cette efficacité du sulfate de quinine, on a vu qu'au contraire il était impuissant à prévenir les rechutes clans le relapsing fever.
De petites épidémies de fièvre bilieuse (épidémie de Gaillon, par exemple) présentent quelques analogies avec la typhoïde bilieuse, nous en parlerons plus loin et nous essayerons de faire la part de la typhoïde bilieuse et celle des autres causes dans la classe si mal définie des fièvres bilieuses.
Mortalité. — Nous avons dit que la fièvre récurrente simple avait une mortalité très-faible : 2 à 4 pour 100 (Murchison); la typhoïde bilieuse est d'un pronostic beaucoup plus sévère; lorsqu'elle se mêle à la fièvre récurrente simple, elle augmente la gravité des épidémies, et lorsqu'elle règne seule, la mortalité peut être très-considérable; à
KœnîgsbWg : (Lange), lesjleiix^iers des malades succombèrent; Larrey, GriesÎDger en Egypte ont eu aussi un très-grand nombre de morts par typhoïde bilieuse.
Pendant la première partie de l'épidémie de Saint-Pétersbourg, alors cpie le typhus exanthématique ne s'était pas encore joint au typhus récurrent, la mor talité était de 10,77 pour 100 à l'hôpital d'OboukolT, où observait le docteur HeiTmaun; la typhoïde bilieuse fournissait le plus grand nombre de décès; comme à Kœnigsberg, les malades atteints de celle forme grave succombaient dans la proportion de 2 sur 3. •
Prophylaxie. Traitement. — Les mesures prophylactiques sont les mêmes que pour le typhus; le typhus suit souvent de très-près la lièvre récurrente, il faut donc, lorsque la fièvre récurrente apparaît, prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter celle transformation d'une forme bénigne en une forme grave : éviter l'encombrement dans les hôpitaux, disséminer les garnisons, etc."~"
La fièvre récurrente et la typhoïde bilieuse étant transmissibles, il v a lieu de se garantir contre la contagion et l'importation : isoler les malades dans des hôpitaux spéciaux, etc.
^T^fTïevre récurrente n'exige pas une intervention thérapeutique bien active, il n'est pas possible de prévenir la rechute à l'aide du sulfate de quinine. Au début de la typhoïde bilieuse il est utile d'adminislrer des purgatifs salins ou de l'huile de ricin, et de prescrire le sulfate de quinine lorsque apparaît l'ictère (0,75 à 2 gr. en vingtquatre heures pendant plusieurs jours); Griesinger en Egypte a obtenu d'excellents effets de celte médication, qui dans les pays non palustres est d'une efficacité moins bien établie.
PETITES ÉPIDÉMIES DE FIÈVRES BILIEUSES DE CIVÏT A-VECCII1 A , DE SAINT-CL.OUD ET DE LOUHCINE.
Du chaos des fièvres bilieuses on dégage peu à peu quelques entités morbides bien caractérisées ; la fièvre jaune, la typhoïde bilieuse, la rémiltente bilieuse et la pernicieuse ictérique ou hématurique ont aujourd'hui leurs places marquées dans le cadre nosologiquc; mais bon nombre de faits attendent encore à la porte, en vain on cherche à les caser, ce n'est pas une raison pour les supprimer. Parmi les petites épidémies de fièvres bilieuses dont la nature cl les causes restent à l'état de problème, nous citerons celles de Gaillon (185U), de Civila- Vecchia (1859), de Saint-Cloud et de Lourcine (1805), ces trois der-r
nièrcs observées dans l'année; l'épidémie de Dublin (182G) doit être rapportée, comme nous l'avons dit, à la typhoïde bilieuse.
Frerichs place l'épidémie de Gaillon parmi les (ormes épidémiques de l'ictère ; il n'est pas possible de confondre les petites épidémies dont nous parlons avec les ictères saisonniers qui régnent en même temps que les embarras gastriques, les érysipèles, etc., à la fin de l'été ou à l'automne (voy. Maladies saisonnières); d'un côté nous avons une maladie qui se limite soit à une prison, soit à une caserne, et qui tient évidemment à des causes locales, de l'autre une maladie qui s'observe sur toutes les personnes soumises aux mêmes conditions générales, clans la population civile comme dans l'armée, et pour une même garnison dans tous les corps qui en font partie; d'un côté, des maladies qui peuvent prendre des formes graves et souvent mortelles, de l'autre des ictères simples ou avec embarras gastrique qui guérissent sans peine.
Les épidémies de Gaillon, de Civila, de Saint-Cloud et de Lourcine ne constituent pas une entité morbide bien caractérisée, aussi n'essayerons-nous pas de les réunir dans une description générale, nous nous contenterons de résumer l'histoire de chacune d'elles et de rechercher à quelles causes on peut les rattacher.
Épidémie de Gaillon (1). — L'épidémie commença au mois de mai, à la maison centrale de Gaillon, et dura cinq mois environ; 47 détenus furent frappés, 14 succombèrent.
La durée de la maladie était de douze jours en moyenne, mais la convalescence était très-longue, trente-huit jours en moyenne, et au bout de ce temps les malades étaient encore trop faibles pour reprendre leur travail. M. le docteur Carville distingue deux périodes.
Première période ou période d'incubation (six jours en moyenne) : la maladie débutait le plus souvent par un frisson plus ou moins violent, puis les malades accusaient de -la céphalalgie, un affaissement général allant jusqu'à la prostration; la fréquence du pouls était très-modérée (84 en moyenne, 87 dans les cas graves, 75 dans les cas légers); d'après M. Carville, la température de la peau ne dépassait pas la normale, mais le thermomètre ne fut pas appliqué. La diminution, la suppression même delà sécrétion urinaire a été notée dans les cas graves; chez les 47 sujets atteints, les urines renfermaient de la matière colorante biliaire. Le ventre avait sa conformation naturelle 27 fois sur 47, dans les autres cas il était empâté, légèrement tendu ou ballonné; 28 fois sur 47 il y avait une sensibilité
(1) lielalion du docteur Carville, De l'ictère grave êpidémiqtie {Arch. gén. de méd., 1861).
Él> IDLMŒS DE SAINT-CLOIÎD, DE LOURCINE, ETC. 29 anorm&le, soit générale, soit bornée à la région épigaslrique, ettlans un pareil nombre de cas les malades se plaignaient de nausées ou bien étaient pris de vomissements bilieux. Langue tantôt blanche, tantôt visqueuse, sèche et rouge sur les bords; gène de la respiration (10 cas); insomnie dans 40 cas; anorexie dans tous; constipation 20 l'ois, diarrhée 8 fois, hoquet 2 fois, épislaxis 3 fois.
Deuxième période ou d'explosion (durée moyenne G jours '/s) : l'ictère apparaissait présentant des nuances variées généralement en rapport avec la gravité de la maladie, les vomissements se montraient de nouveau- ou apparaissaient pour la première fois s'ils avaient manqué pendant la première période; on observait une diminution dans le nombre et la force des pulsations du cœur, enfin des hémorrhagies (épislaxis dans 15 cas, hématémèse dans 2, purpura 3 fois); la dyspnée, le hoquet, la somnolence et le délire survenaient souvent à la fin de cette période; 2 fois la mort fut précédée de véritables attaques d'éclampsie.
11 malades succombèrent; voici les principaux résultats des autopsies : dans deux cas, le foie avait perdu de sa consistance et présentait une teinte jaune uniforme (pas d'examen histologique) ; dans un cas, l'intérieur du foie était jaune d'ocre avec un pointillé rouge très-fin; dans les huit autres cas, le foie n'était pas altéré. — Les reins étaient généralement décolorés, augmentés de volume et de poids dans 6 cas, avec diminution de consistance; — 10 fois sur 11 la rate était profondément altérée; dans le seul cas où elle fut trouvée intacte, la mort était survenue en deux jours; ramollie, quelquefois même diffiuente, la rate était en même temps hypertrophiée 7 fois sur 10. — Muqueuse digeslive souvent injectée, quelquefois ecchymosée, pas d'ulcérations; dans 9 cas on nota au voisinage de la valvule iléoale quelques plaques de Peyer un peu plus développées qu'à Uétat normal. — Cœur vide ou renfermant très-peu de sang noir, liquide. — Congestion passive des poumons (3 fois). — Turgescence sanguine du cerveau (3 cas dont 1 avec hémorrbagie méningée).
Dans 12 cas, dont M. le docteur Carville n'a pas tenu compte, la manifestation iclérique fit défaut, cependant il s'agissait de maladies développées très-probablement sous la même influence que les premières.
M. le docteur Carville décrit ces faits sous le nom d'ictère grave épidémique; l'ictère grave est une maladie sporadique, en général mortelle, et qui s'accompagne d'une dégénérescence graisseuse constante du foie sans altération de la rate, les faits observés à Gaillon ne sauraient être rapportés à celte cause ; M. le docteur Carville rapproche aussi l'épidémie de Gaillon du typhus ictérode (typhoïde bilieuse),
ce rapprochement nous paraît plus heureux, les malades présentaient en effet quelques-uns des caractères de la typhoïde bilieuse, et la rate était constamment altérée, mais la maladie était apyrélique; la rate n'avait pas les caractères qu'elle présente dans la typhoïde bilieuse : hypertrophie très-considérable, hyperplasie des follicules pouvant aller jusqu'à la suppuration, enfin la maladie ne se montra pas contagieuse. M. le docteur Carville, dans sa relation, excellente du reste, a négligé un peu l'élude des causes, il serait nécessaire de savoir dans quelles circonstances se développa celte épidémie, comment les détenus étaient logés, nourris, quelle eau ils buvaient, etc.
Épidémie de Civita-Vecchia (1). — Elle survint en hiver, à l'époque où les fièvres sont rares à Civita et dans la campagne romaine, surtout les fièvres de première invasion; les malades atteints de fièvre bilieuse n'étaient pas d'anciens fébricilanls, aucun ne présentait les signes de la cachexie palustre, fait important à noter, car nous savons que la rémittente bilieuse hématurique ne s'observe que chez des individus déjà éprouvés par les fièvres; tous les malades provenaient d'une même caserne dans laquelle il y avait, paraît-il, un peu d'encombrement.
La fièvre débutait assez brusquement, les malades accusaient de la céphalalgie, des douleurs dans les membres, souvent ils étaient pris de vomissements bilieux ; des hémorrhagies se produisaient soit à la peau (pétéebies), soit à la surface des muqueuses, enfin l'ictère apparaissait pâle ou très-foncé, et il amenait à sa suite les symptômes qui lui font habituellement cortège : coloralion foncée des urines, ralentissement du pouls, constipation, érythèmes de la peau; plusieurs fois les épislaxis très-abondantes nécessitèrent le tamponnement des fosses nasales; quelques malades eurent du purpura sans ictère.
Sur 47 cas de fièvres bilieuses il y eut à Civita 4 décès; les malades succombaient dans un état ataxo-adynamique très-prononcé; dans une autopsie le foie fut trouvé pâle, couleur feuille-morte, foncé et congestionné dans une autre.
Le sulfate de quinine n'avait aucune action sur la marche de la maladie, les acides furent donnés avec avantage.
Épidémie de Saint-Cloud (2). — Cette épidémie, qui se déclara au mois de mai 1865, régna exclusivement sur des troupes casernées à Saint-Cloud dans un même quartier (artilleurs de la garde impé-
(1) Frilsch dit Lang, thèse de Strasbourg, 1861.
(2) Rapport sur la maladie qui a régné pendant le mois de mai 1865 sur les troupes casernées à Saint-Cloud, par M. Worms {Rec. mém. méd. militaire, 1865).
ÉPIDÉMIES DE SAINT-l'.LOl'O, DE I.OIHCI.NK, ETC. 299 riale, 1" rêgimeot de grenadiers); 40 malades furent envoyés à l'hôpital milUaire du Gros-Caillou; M. le Ur Worffis décrit ainsi qu'il suit les symptômes qu'ils présentaient :
« Les malades entraient à l'hôpital au quatrième, cinquième ou, au plus tard, au sixième jour de l'invasion, qui selon leur dire était marquée par un frisson caractérisé; ce frisson survenait à la fin de la nuit ou le malin, quand ils cessaient leur service de garde, quelquefois dans le milieu du jour, après un travail ou une fatigue exceptionnels. Ce frisson ne se répétait plus et faisait bientôt place à un sentiment de chaleur fébrile, de malaise général, d'anorexie et de courbature très-pénible; chez quelques-uns, des vomissements de matières bilieuses avaient décidé le médecin du corps à administrer un vomitif ou une purgalion.
» Le cinquième ou sixième jour, qui était celui de l'entrée à l'hôpital, la courbature avait fait place à des douleurs très-vives dans les membres inférieurs, les lombes, les muscles du thorax et de l'abdomen; ces douleurs, pour beaucoup d'entre eux, rendaient impossible le transport par la voiture; on les voyait courbés en deux par la douleur, se traîner péniblement vers les salles, soutenus ou portés par leurs camarades; quelques-uns poussaient des cris au moindre mouvement et au plus léger attouchement.
b La figure portait l'empreinte d'un extrême abattement; le pouls serré et dur variait entre 70 et 00 pulsations; la chaleur de la peau n'avait rien d'extraordinaire; la langue était nette ou légèrement enduite ; l'anorexie était complète.
» Dans les cas légers et sous l'influence du traitement, tous ces phénomènes cédaient au bout d'un ou deux jours, et une transpiration assez abondante conduisait promptement à une convalescence qui n'était ni accidentée ni prolongée.
Dans les cas qui devaient être plus graves, on constatait au début, sur plusieurs de ces hommes, en dehors des symptômes ci-dessus énumérés, des signes d'engouement pulmonaire; les crachats étaient Ç^wfe rouillés, et l'oreille percevait des râles crépitants,, mais sujets à changer de place quand l'examen était renouvelé.
» Chez presque tous la peau était plus chaude, la céphalalgie assez intense, et l'insomnie persistait depuis le début; les yeux offraient chez un grand nombre d'entre eux cette injection de la conjonctive si commune dans le typhus, et qui fait ressembler l'œil à celui du chien malade. La constipation sans ballonnement du ventre était la règle. Le foie et la rate (que l'hypéresthésie musculaire ne permit de percuter que plus tard) ne présentaient aucune modification de volume. Ces organes d'ailleurs n'ont jamais semblé participera la maladie.
9 Le premier jour rarement, plus souvent le deuxième et le troisième jour après l'entrée, il survenait une épistaxis abondante et très-difficile à arrêter, qui, eu se renouvelant, nécessitait l'emploi des injections de perchlorure de 1er et du tamponnement.
« Dans un des cas graves, l'bémorrhagie a eu lieu par les oreilles, avec des douleurs très-vives et rupture de la membrane du tympan. L'épistaxis était immédiatement suivie d'une suffusion ictérique d'un jaune brun ayant la nuance de la gomme-gutle et dans quelques cas •de l'ocre; les muqueuses des gencives étaient boursouflées et saignantes; l'haleine était fétide, et la muqueuse du palais était jaune. Cet ictère s'établissait pour ainsi dire d'une seule pièce, sans procéder graduellement de la sclérotique aux téguments de la face et du reste du corps, comme cela a lieu dans l'ictère apyrétique.
» Les urines, qui jusque-là avaient été rares et rouges, mais dans lesquelles cependant l'examen oculaire et chimique constatait la présence de la matière colorante de la bile, brunissaient et se rapprochaient de la coloration des urines dans l'ictère ordinaire, sans cependant jamais prendre cette teinte foncée de porter qui est si commune dans cette sorte d'ictère.
» Le pouls perdait de fréquence pour redescendre pour ainsi dire brusquement (dans le cas où l'amélioration survenait) à GO, 50 pulsations et quelquefois au-dessous.
» Les quelques pétéchies et suffusions sanguines qui avaient apparu assez rares à la partie supérieure et antérieure de la poitrine s'effaçaient.
» La convalescence commençait de suite, mais languissante, l'appélit laissait à désirer, les forces revenaient difficilement; à l'ictère qui s'éteignait succédaient une décoloration chlorotique et les signes d'une anémie prononcée; pendant leur séjour à l'hôpital, on les distinguait à première vue parmi tous les malades à leur pâleur caractéristique. Les digestions étaient irrégulières; dans un seul cas l'ictère a reparu, mais pour peu de temps.
» Dans les cas que j'ai qualifiés de Irôs-graves, les épistaxis se répétaient jusqu'à trois et quatre fois et n'étaient qu'avec peine arrêtées par le tamponnement. Le pouls gagnait en fréquence et perdait sensiblement en force; la suffusion ictérique de la conjonctive, au lieu de pâlir en même temps que l'ictère général, se fonçait d'une manière très-marquée.
» Les pétéchies se multipliaient, des traînées ecchymoliques bleuâtres vergelaient les bras, les hypochondres, les aines; les mains se cyanosaient jusqu'à l'avant-bras, la peau se refroidissait sur tous les points; le malade n'était plus qu'un cadavre parlant, car même
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dans cette situation et avec un pouls à peine perceptible, au milieu d'une stupeur profonde, l'intelligence restait intacte. »
M. le docteur Worms attribue celte épidémie à l'usage de l'eau d'une citerne mal curée et contenant des malières en décomposition. Le rapport de M. le docteur Fropo, annexé à celui de M. Worms (loc.t ci'/.), constate que le réservoir dans lequel on puisait l'eau pour la boisson des troupes n'avait pas été nettoyé depuis cinq ans et qu'il contenait des détritus animaux et végétaux de toute nature, les rais avaient un facile accès le long de ses bords et laissaient partout des traces de leur passage. Les soldats se plaignirent de la mauvaise qualité de l'eau; d'après M. le docteur Vergé, médecin-major aux grenadiers de la garde, celle eau avait une saveur desagréable et une odeur assez prononcée; le curage du réservoir fut ordonné, on en retira beaucoup de vase infecte et de débris organiques, et dès lors l'épidémie disparut. Au moment où l'épidémie commença, les grenadiers venaient d'arriver de Paris, mais les artilleurs occupaient depuis longtemps la caserne de Saint-Cloud et ils faisaient usage de l'eau de la citerne sans en être incommodés. 11 faut donc admettre, comme le fait remarquer M. Worms, que cette eau avait pris tout à coup des propriétés toxiques.
Aucun malade ne succomba, les acides donnèrent de bons résullats. Épidémie de la caserne de Lourcine (Paris, 1865) (1). — « A dater du 25 juillet, le médecin chargé du service de Lourcine vit tout à coup se présenter à sa visite un assez grand nombre de malades accusant des symptômes semblables et réclamant tous des vomitifs. Les plus gravement atteints furent envoyés à l'hôpital, les moins malades gardés à la chambre. Il entra au Val-de-Grâce 6 malades le 27; 6, le 28; 10, le 29; 10, le 30; 2, le 1" août; 2, le 2; 13, du 2 au 15; en tout 49.
» La maladie de Lourcine n'attaquait pas, comme la plupart des petites épidémies militaires, les hommes jeunes et nouvellement incorporés, mais bien des sous-officiers et de vieux soldats. Parmi les malades je trouve des hommes de 25, 30, 31, 38, 40 et 45 ans. La maladie de Saint-Cloud a frappé des hommes de la garde; dans l'épidémie de Gaillon, la période de la vie de 40 à 70 ans paye le tribut le plus lourd à la maladie.
* L'invasion était subite, le plus souvent le soir ou pendant la nuit. Elle surprenait l'homme au lit, à la promenade, en faction, par des
(I) P.elalion d'une petite épidémie de (ièvre rémittente bilieuse qui s'est déclarée à la caserne de Lourcine pendant les mois de juillet et août 1805, par L. Lavera» liïec. mém. Tnéd. militaire 1800;.
frissons, du vertige, une faiblesse allant jusqu'à la syncope. Les frissons revenaient, le lendemain une ou plusieurs fois dans la journée, étaient suivis d'une fièvre plus ou moins violente pendant la nuit, avec insomnie fatigante. Le malade subissait dès le début un abattement absolu des forces, ne pouvait se tenir debout, s'asseoir dans son lit répondre aux questions ou ne le faisait que d'une voix faible et éteinte, comme dans le choléra. L'intelligence était presque constamment intacte; une seule fois il y eut du délire au début. Les malades se rendaient compte du caractère extérieur des douleurs. « Ce n'est pas » dans la tête que je souffre, nous disait un sous-officier intelligent, » c'est en dehors, sous la peau. » Les douleurs nerveuses constituaient les symptômes principaux : elles siégeaient à la tête, au front, le long du racbis, à l'épigastre, et toujours aux mollets, où la douleur était si vive qu'on arrachait des cris et quelquefois des pleurs aux malades on y exerçant une pression. Celte douleur empêchait le malade de se tenir debout. Ces douleurs constituaient les symptômes du début, aussi bien que la faiblesse, et persistaient avec elle pendant toute la convalescence. Lorsque la rachialgie était très-violente, les malades ne pouvaient se coucher sur le dos. Comme fait particulier, nous avons noté l'hypereslhésie épigastrique, et M. Godelier a observé un cas de contracture des mâchoires.
» Avec la faiblesse et les douleurs se développait une fièvre avec redoublement vespéral et frissons répétés dans la journée. Cette fièvre, dont la durée a varié de quatre à huit jours, était d'autant plus développée que l'ictère l'était moins; elle se caractérisait par un pouls moins développé que clans la fièvre typhoïde, mais plus fréquent; une chaleur cutanée moins élevée, une peau sèche non sudorale, et principalement de l'anxiété respiratoire et une fréquence extrême des mouvements d'inspiration. Chez un seul malade nous avons noté la turgescence de la face et l'injection de la conjonctive. Une fois il se développa une éruption de roséole sur le tronc et les membres; chez un autre malade, un urticaire sur la poitrine, les épaules, les cuisses. Pendant la fièvre, les urines étaient claires, abondantes et ne donnaient qu'exceptionnellement un précipité par l'acide azotique. »
Le pouls d'abord accéléré (100, 110 pulsations) se ralentissait progressivement (00, 70 pulsations), et pendant la convalescence il tombait souvent au-dessous de la moyenne. La chaleur s'élevait à peine à une température fébrile (le chiffre de 38° dans l'aisselle n'est pas dépassé); la respiration était notablement accélérée, dans un cas terminé par la mort les inspirations ne pouvaient pas se compter.
« C'est à la fin de la période fébrile qu'apparaissaient les hém.or-
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rfaftgteS, 19 cinquième, neuvième, ou dixième jour. L'cpistaxis s'est montrée sur le dixième des malades; une seule fois elle a été trèsabondante. Les taches péléchiales ont été plus rares. Une seule fois il y a eu hématurie avec suppression des urines.
« Avec l'abattement des forces, les douleurs des mollets, la fièvre, qui étaient les symptômes constants, il existait toujours des symptômes du côté des organes digestifs.
» Chez tous les malades il y a eu, pendant six, huit, quinze jours, une répugnance absolue pour tout aliment portée à un point que je n'ai jamais observé chez le soldat. A l'inappétence a succédé quelquefois de la voracité. La soif n'était pas vivement accusée; Ja langue, presque toujours plate, humide, couverle d'un enduit peu épais-, s'est séchée dans les cas graves, et a pris chez les ictériques une teinte jaunâtre.
» Presque tous les malades ont eu des nausées et des vomissements bilieux spontanés ou provoqués. Chez tous le ventre était souple, sansmétéorisme. La constipation était larègle. Chez deux malades seulement, le foie dépassait les fausses côtes. La rate, explorée avec soin, ne s'est montrée qu'une seule fois développée, pendant une convalescence difficile, ehezunmaladeatteint de lésion organique du cœur.
» Les svmptômes précédents appartenaient à la première période de la maladie; leur durée était de six à huit jours, la maladie se terminant par une convalescence relativement assez longue. Sur la moitié des malades, ils étaient suivis, vers le sixième ou dixième jour,, d'ictère plus ou moins grave entraînant toujours une convalescence plus longue, avec anémie et faiblesse excessive.
» L'ictère s'est manifesté aussi bien chez les malades qui n'avaient pas présenté d'hémorrhagie que chez ceux qui en avaient été atteints. Tantôt pale d'une teinte citrine, d'autres fois couleur safranée avec des bandes rouges irrégulières, il a duré de six à dix jours, et a présenté son maximum d'intensité chez un malade qui a succombé dans un état algide, avec hématurie, suppression d'urine, délire et convulsions. Les malades ictériques ont eu, la plupart, des vomissements bilieux; tous accusaient une constipation opiniâtre. Chez un malade qui a succombé, les matières fécales étaient dures, argileuses et privées de bile.
» Les urines, comme la couleur de la peau, présentaient des teintes différentes, variant de la couleur vin de Madère au brun noirâtre. Par l'acide azotique, elles passaient de la teinte acajou au vert et au bleuindigo. Chez le malade qui est mort, elles précipitaient abondamment par la chaleur et l'acide azotique, et montraient au microscope des globules de sang décolorés par l'eau de dissolution.
» Les urines ictériques examinées par M. Jaillard lui ont donné les caractères suivants : elles se conservaient sans se putréfier, conlenaicnl de la biliverdine, laissaient déposer spontanément de longues aiguilles en fer de lance (acide urique). Traitées par la chaleur et l'alcool, elles donnaient des houppes cristallines de leucine. M. Jaillard n'y a pas trouvé de sucre.
» La maladie de Lourcine a eu en général deux périodes : la période fébrile et la période iclérique, suivie d'une convalescence assez longue. Les cas légers n'ont présenté que la première. La durée moyenne a été de douze jours. Quelques malades ont prolongé leur séjour à l'hôpital au delà de vingt-cinq jours.
» Uii seul cas s'est terminé fatalement; il est relatif à un malade porteur de tubercules pulmonaires en voie de régression. Les lésions récentes consistaient clans la coloration ictérique des tissus, une hypérémie de l'intestin, la distension de la vésicule biliaire, une hypérémie des reins, avec altération granuleuse de l'épithélium, 1er degré de Henlé (1). »
Mon père recherche avec le plus grand soin une cause locale à cette épidémie locale, et il la trouve dans la mauvaise qualité de l'eau servant à la boisson des troupes casernées à Lourcine. Le réservoir, qui était de bois doublé de plomb, recevait des eaux de Seine filtrées; complètement ouvert à sa partie supérieure, ce réservoir occupait toute l'étendue d'une chambre de 4m,50 de. long, 4m, 30 de large et 3m,40 de haut, située à côté de la cuisine « infectée d'une quantité innombrable de rats ». Ces eaux ne renfermaient pas trace de plomb, ce qui s'explique par leur nature bicarbonatée, mais des matières organiques en assez forte proportion.
, Ces petites épidémies de Gaillon, de Civita, de Saint-Cloud et de Lourcine présentent des ressemblances incontestables, il n'est pas possible d'admettre qu'il s'agisse d'une entité morbide nouvelle, d'une maladie qui n'aurait eu que ces quatre manifestations, et l'on est amené naturellement à leur chercher une place clans le cadre nosologique. On a rapproché ces épidémies de la rémittente bilieuse, de la typhoïde bilieuse et de la fièvre jaune. Est-il nécessaire de démontrer que la fièvre jaune, maladie infecto-contagieuse, grave, toujours importée en Europe, caractérisée anatomiquement par la dégénérescence graisseuse du foie, ne présente que des analogies symplomatiques très-superficielles avec les petites épidémies que nous étudions? On peut exclure aussi l'idée de typhoïdes bilieuses- ou de rémittentes bilieuses d'origine palustre. A Gaillon, d'après M. Carville, la tempé-
(1) L. Laveran, méni cité. Rec. mém. mil. militaire. 3- sûrio, t. XVÎ, p. 19-24..