DES MALADIES VIRULENTES
prétendu virus septicéonque de M. DaVaîne (1) aux virus varioleux, syphilitique; les accidents dus au sang putréfié se produisent sans incubation, et ils ont d'autant plus de gravité que la dose de poison a été plus forte; ce n'est pas ainsi que se. comportent les virus.
.Nous avons déjà discuté la question de la virulence de la tuberculose (voy. Tuberculose), nous n'y reviendrons pas.
Nous avons vu que l'activité des virus résidait dans les corpuscules solides qui s'y trouvent en suspension. De quelle nature sont ces granulations? Est-e? de la matière organique ou organisée? La pathologie animée a eu de tout temps des défenseurs ;. sans remonter jusqu'à Lucrèce, Linné a publié dans les Aménités académiques une dissertation dans laquelle il cherche à établir que toutes les maladies contagieuses sont dues à des animalcules qui se transportent des individus malades aux individus sains; Linné décrit entre autres Vacants dysenteriœ. Uaspail, partisan non moins absolu de cette théorie, séduisante par sa simplicité et parles promesses qu'elle semblait faire à la thérapeutique, va jusqu'à imaginer un acare de la scarlatine!
Bien entendu, personne n'a jamais pu voir après Linné le parasite de la dysenterie, après Raspail celui de la scarlatine; mais l'idée a sur- :. et les progrès de l'histologie ont permis de poursuivre avec plus de chances de succès la recherche d'êtres microscopiques dans les humeurs virulentes.
En 1 840 le professeur Henle, de Gœtlingue, émit l'idée que les fièvres exanthémateuses étaient dues à la formation de parasites végétaux (2).
La découverte de quelques maladies parasitaires épidémiques sur les végétaux ou les animaux était bien faite pour encourager les physiologistes et les médecins à marcher dans cette voie. La maladie des pommes de terre est occasionnée par le bolrylis infestans, celle de la vigne par Y oïdium tuckeri ou par le phylloxéra; le microzymas bombycis est la cause de la maladie des vers à soie (3), pourquoi- l'homme n'aurait-il pas, lui aussi, ses maladies épidémiques parasitaires? En même temps, la classe des maladies parasitaires proprement dites s'élargissait; on découvrait Y oïdium albicans, cause du muguet, YachorionAe Schœnlein, cause de la teigne faveuse, le Irichophyton de la menlagre et de l'herpès circiné, le microsporon furfur du pityriasis, versicolor, la irichinose, etc.
En 1808, le professeur Halliôra publié un ouvrage dans lequel il at-
U) Acarl. de méd., séances du 17 septembre et du 8 octobre 1872. ■: Benlè* PothologtMche Unlersiiclivngen, 1810.
(3i Oiif-riu-Ménevill lieuue et Magasin de zoologie pure et appliquée, etc., 2° létîs, t. I, p. 565. Paris, 1849.
Iribue à des organismes végétaux : la rougeole, la variole, la vaccine,, la claveléc, le typhus et. la fièvre typhoïde, le choléra, etc. On trouvera dans ce livre (1) deux planches dans lesquelles Ilallier a figuré les. champignons microscopiques qui, d'après lui, produisent les maladies énumérées ci-dessus.
Klob, Thome, l'acini, attribuent comme Ilallier le développement du choléra à des corpuscules parasites sur la nature desquels ils ne sont pas d'accord.
MM. Coze et Kelly, r-) mit constaté l'existence de bactéries dans la variole, soit directement chez l'homme, soit chez des animaux inoculés avec les humeurs recueillies chez des varioleux. L'inoculation de ces humeurs chargées de bactéries (B. lermo,B. bacillas) produit non pas la variole chez les animaux (chiens, lapins, cobayes), mais une infection analogue ;'i celle que détermine le sang putréfié, quelle que soit sa provenance ; quoi qu'en disent MM. Coze et Fellz, l'infection n'a ici auc ;araclère de spécificité. On n'a pas démontré la
présence des bactéries au début de la variole, il est bien probable que dans celle maladie comme dans un grand nombre d'autres, elles ne se développeul que consécutivement; elles sont effet et non cause.
Il paraît démontré cependant que les bacléridies sont les agents de transmission ei de développement de la maladie charbonneuse. D'après M. Davaine, !" leur apparition précède les premiers symptômes de la maladie charbonneuse ; 2° on les retrouve chez l'homme dans la pustule maligne ; 3" le sang charbonneux est apte à transmettre la maladie tanl qu'il contient des bactéridies; -i° chez les animaux en gestation, les bactéridies ne passent pas de la mère au fœtus; or si l'apparition des bactéridies était consécutive, si la maladie, se développait sous l'influence d'un virus insaisissable, ce dernier pourrait traverser le placenta, cl l'un retrouverait des bactéridies dans le sang du fœtus (3>.
MM. Leplat el .billard mil pu injecter sans accident des vibrioniens dans le sang des animaux ; cela prouve seulement qu'il y a bactéridies et bacléridies, el que celles que contenaient les infusions végétales employées par MM. Leplat et Jaillard dans leurs expériencesn'étaient pas des bactéridies charbonneuses.
Ce qui frappe surtoul dans le mode d'action des virus, c'est la dis-
(1) Parasitoloyische Uvtersïichmgen bewglîch auf die pflanzlichen Orfanismen bei Maseru, Uungertyphm, Darinlyphus, Blaiiern, -Kvhpoeken, etc. Leipzig, 1868.
(2) Recherchas expérivientales sur ta présence des infusoires el l'état du sang, dans les malad. infectieuses, par L. Coze et V. Feltz. Strasbourg, I8(iii.
(3) Davaine, art. lUaf.iwr., Diction, encyclop. des se. méd.
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proportion qui existe entre la cause et l'effet : il suffit d'une quantité de viras inappréciable à l'œil nu pour produire une variole qui tue en quelques jours ou une syphilis' qui dure plusieurs années; toutes les théories de la virulence sont fondées sur celte remarque.
Une petite quantité de ferment suffit pour transformer une grande masse fermeutescible, il était naturel de comparer l'action des virus s. celle des ferments, on n'y a pas manqué, de là est né le nom de maladies zymotiques. Lorsque M. Pasteur eut démontré que chaque fermentation était produite par un organisme vivant, végétal ou animal, se reproduisant avec une rapidité prodigieuse, on poussa la comparaison plus loin et on assimila les virus aux ferments, les maladies virulentes à des fermentations; nous avons vu plus haut que la nature animée des virus n'était nullement démontrée.
Le phénomène connu en chimie sous le nom d'action catalylique devait être mis aussi à contribution'; d'après M. le professeur Ch. Robin, les virus et certains principes immédiats du genre albuminoïde qui existent normalement dans nos humeurs, sont corps isomères, les virus ont la propriété de modifier la composition de leurs isomères et Se régénèrent ainsi incessamment.
L'action intime des virus n'est pas connue; nous voyons la cause : le virus; l'effet : la maladie virulente; mais l'intermédiaire nous échappe; n'en est-il pas presque toujours ainsi dans les sciences? yous ne savons le pourquoi de rien.
Les virus, avons-nous dit, sont les agents de la transmission des maladies virulentes, de la contagion de ces maladies.
Anglada (1) et Trousseau (2) font intervenir dans la définition de la contagion l'idée de l'élaboration d'un produit morbide par l'organisme malade, par suite ils excluent du cadre des maladies contagieuses les maladies parasitaires. Une définition des maladies contagieuses qui ne comprend ni la gale, ni la teigne, ni la mentagre n'est pas acceptable, et à la longue définition d' Anglada nous préférons de beaucoup celle de M. le professeur Bouillaud : « La contagion est l'acte par leque4 une maladie déterminée se communique d'un individu qui eu est affecté à un individu sain au moyen d'un contact soit immédiat, soit médiat. »
On admet généralement trois modes de contagion : 1° par inoculation; 2° par contact médiat; 3° par contact immédiat. Il faut toujours que les particules solides des virus arrivent au con-
'! Anglada, Traité de la conlaijion, 1853.
(■!■ Trousseau, Clinique. Leçon sur la contagion
tact immédiat de nos 1issu>, et M. le D* Diculafo.y (1) propose avec quelque raison de réduire à deux les trois modes précédents :
L — Contagion par inoculation, c'est-à-dire avec effraction, suivant l'expression de llicord.
IL — Contagion par les voies naturelles, quel que soit du reste le mode d'apport du principe contagieux.
La plupart des maladies virulentes sont inoculables : .variole, vaccine, syphilis, morve, rage, charbon ; quelques-unes sont à la fois inoculables et transmissibles à distance : variole, morve; enfin il en est deux, la rougeole et la scarlatine, qui ne se transmellcni que par les voies naturelles, du moins leur inoculabilité n'a pas été jusqu'ici clairement démontrée.
Les poisons et les venins introduits dans l'organisme a dose suffisante donnent lieu immédiatement à des accidents, il suffit pour cela que l'absorption ait eu le temps de se faire; il n'en est pas ainsi des virus, qui ont tous une période de latence à laquelle on a donné le nom d'incubation. La maladie se -prépare dans le silence, l'organisme porte en lui le germe d'une affection qui peut-être sera mortelle, et cependant toutes les fonctions s'accomplissent régulièrement jusqu'au jour où la maladie éclate; rien de plus curieux que cette période d'incubation qui peut être très-longue (rage).
La transmission des maladies par les virus n'est pas fatale, nécessaire, comme l'est l'intoxication quand il s'agit de poisons. Un animal plongé clans une atmosphère qui contient de l'oxyde de carbone meurt au bout d'un temps donné si le gaz toxique s'y trouve en quantité suffisante; étant donnés le poids de l'animal et la quantité de gaz oxyde de carbone contenue dans l'atmosphère, on peut, calculer au bout de combien de temps la mort se produira. Au contraire, les virus n'agissent sur l'organisme qu'autant qu'ils rencontrent un terrain favorable; lorsque la clavelée règne dans un troupeau, un certain nombre de moulons sont épargnés; cependant, vivant côte à côte avec les animaux infectés, ils ont absorbé comme eux du virus claveleux; on a fait respirer le même air à des chevaux atteints de morve età,des chevaux sains, ces derniers n'ont pas pris la maladie, et cependant la morve est une maladie contagieuse, transmissible à distance; même pour les virus fixes, l'inoculation n'est pas toujours efficace, toutes les morsures de chiens enragés ne donnent pas la rage.
Faut-il s'étonner si les virus n'ont pas une action toujours identique, si la question de terrain intervient pour modifier ou empêcher cette action? Quelques maladies parasitaires des plus coniagieuses
(1) De la contagion, thèse de concours pour l'agrégat., 1872.