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Subaiguës. Pleurésies avec tubercule

> Chroniques. Phthisie pulmonaire 4

(I) Mémoire sur la rougeole des adultes (Gaiette média de Paris, 1817 n 351-

Une observation plus prolongée aurait peut-être augmenté encore le nombre des affections consécutives tuberculeuses; tels quels, ces chiffres confirment l'opinion de F. Hoffmann, de Stoll, de P. Frank, de Rayer, de Guersanl, qui rangent lapbthisie parmi les complications tardives de la rougeole.

J'ai eu plusieurs fois l'occasion de constater que les individus tuberculeux avaient une certaine prédisposition pour la rougeole; peut-être faudrail-il dire : la rougeole vient souvent compliquer la tuberculose et en accélérer l'évolution, au lieu de : la pblhisie est une des complications les plus fréquentes de la rougeole. Les faits observés par moi ne sont pas nombreux, et je ne veux pas en tirer une conclusion hâtive, mais cette façon nouvelle d'envisager les rapports de la rougeole et de la tuberculose me parait digne de l'attention des cliniciens.

Poursuivons l'étude des rougeoles anomales dans l'armée. En 1860, lors de l'épidémie observée au Val-de-Gràce, la maladie débutait par une fièvre rémittente accompagnée d'abattement des forces, quelquefois de diarrhée; l'éruption se produisait régulièrement avec plus ou moins de confluence; les complications étaient rares au début; mais lorsque l'éruption arrivait à sa période de décroissance, « il se produisait des phénomènes gastro-intestinaux à forme cholérique, et plus souvent une lente asphyxie par un mucus bronchique très-abondant ou une production surabondante de leucocytes sur toute l'étendue de la muqueuse bronchique. Il semblait que la réaction manquât aux convalescents; la faiblesse succédait à la fièvre (4). » La bronchite capillaire, la diarrhée cholériforme, telles furent les causes de la gravité de celte épidémie.

Les phénomènes gastro-intestinaux ont compliqué les épidémies de rougeole : en 1832 a Berlin, en 1837 à Hambourg, en 1844 à Dublin (Hirsch); d'après Morehead et Mac-Gregor, ils compliquent souvent la rougeole dans les pays chauds. Dans les climats froids et tempérés, pour une épidémie dans laquelle ces symptômes sont signalés comme très-fréquents et très-graves, on en trouve dix où les complications thoraciques tiennent la première place.

Au mois de janvier 1859, la rougeole el la fièvre typhoïde régnent dans la garnison de Saint-Étienne; sur un effectif de 1609 hommes, 66 sont atteints de rougeole et 14 succombent; comme toujours, ce sont les jeunes soldats qui sont presque exclusivement frappés (2).

(1) L. Laveran, Des influences nosocomiales, etc., loc. cil- Ci) Epid. de f. typhoïdes rubéoliques, par MM. Sonrier et Aspol {Rec. militaire, octobre, 1862).

ItOl'GEOLE. Ml

« De nombreuses bronchites déterminées par le froid de l'hiver el surtout par l'atmosphère poudreuse de Saint-Étienne, disent MM. Sonner el Aspol, devaient naturellement, par le degré d'irritation de la iiiinpieuse trachéale, appeler l'exanthème morbilleux vers ces organes : c'est en etVet ce qui est arrivé ; dans tous les cas sans exception nous trouvons la toux sèche, opiniâtre, avec expuition visqueuse, muco-purulente, survenant par quintes (toux férine), râles sibilants et muqueux dans toute la poitrine... Quand l'éruption s'inscrit en caractères énergiques et tenaces à la peau dans un état de moiteur continue, on peut prédire hardiment une terminaison heureuse; mais au contraire quand elle pâlit, disparaît pour revenir à peine marquée, il faut s'attendre à une complication des plus graves. » (Mém. cité.) Les crachats étaient puriformes, nummulaires, d'un blanc jaunâtre, visqueux, ou bien l'expectoration était séro- muqueuse, composée de pelotons volumineux, opaques, nageant au milieu d'une sérosité abondante légèrement trouble; il ne survenait pas de pneumonie franche; les poumons subissaient une sorte de carnification, sur la coupe ils présentaient des marbrures lie de vin et laissaient suinter une grande quantité de liquide sanguinolent, spumeux; dans le cœur on trouvait des caillots fibrineux volumineux formés de couches concentriques se prolongeant dans les gros vaisseaux.

A Saint-Étienne, la fièvre typhoïde régnait en même temps que la rougeole, mais nous ne saurions partager l'opinion de MM. Sonrier et Aspol, qui considèrent ces deux maladies comme développées sous l'influence de la même cause et qui les décrivent sous le nom de fièvres typhoïdes rubéoliques.

M. Robiquet, â Givet, a insisté sur la fréquence des complications thoraciques chez les soldats atteints de rougeole (1).

M. le docteur Vézien, dans un rapport sur une épidémie de rougeole observée à Dunkerque (2), distingue le catarrhe ordinaire de la rougeole de la bronchite capillaire qui s'est présentée chez six de ses malades et qui a causé trois fois la mort; il n'hésite pas à attribuer à la rougeole un certain nombre de bronchites qui ne s'accompagnaient pas d'éruption. « Pendant la durée de l'épidémie, dit-il, nous avons reçu un certain nombre de malades atteints de bronchite plus ou moins grave que l'on doit également mettre sur le compte de la rougeole, bien que l'on n'ait pu noter aucune éruption cutanée apparente. La rougeur particulière de l'arrière-gorge et du voile du palais, l'as-

1 fie la pneumonie el île la rougeole (fiec. mém. méd. militaire, décembre 1862).

(i) Fiec. mém. méd. militaire, octobre 1871.

pect caractéristique des crachats, plusieurs lois la desquamation de la face, de l'olorrhée (2 fois), des névralgies faciales (2 fois), nous ont semblé être des signes diagnostiques suffisants pour attribuer la maladie à une rougeole anomale clans laquelle l'éruption se serait bornée à la muqueuse respiratoire. Sur sept cas, trois ont été très-graves, l'un d'eux s'est accompagné d'anasarquc et d'albuminurie aujourd'hui passée à l'état chronique; un autre a déterminé au quinzième jour la mort d'un militaire atteint de tuberculisation pulmonaire. »

Les lésions anatomiques chez les malades morts de bronchite capillaire pendant l'épidémie de Dunkerque étaient parfaitement conformes à celles décrites par F. Villar à Versailles, M. Lévy à Paris, Sonrier et Aspol à Saint-Étienne, parfaitement conformes aussi à celles qui se rencontrent dans la bronchite capillaire épidémique. « La muqueuse, dit M. Vézien, est rouge, tuméfiée depuis le larynx jusqu'aux dernières ramifications bronchiques; la rougeur est plus marquée à l'embranchement des grosses bronches. A la coupe du poumon, toutes les bronches laissent échapper un liquide muco-purulent, aéré et trèsabondant, surtout d'un côté (trois fois du côté droit). Les veines sont gorgées d'un sang noir demi-liquide. Ganglions bronchiques hypertrophiés... Le cœur a toujours renfermé du sang noir et coagulé clans les oreillettes; caillots fibrineux fermes et blancs dans les deux ventricules. Ces caillots se continuent dans l'aorte et l'artère pulmonaire en masses allongées solides, du volume du doigt... La coagulation fibrineuse du sang se prolonge en longs filaments que l'on retire des artères. » (Mém. cité.)

Au mois de décembre 1874, j'observai au Val-de-Grâce une petite épidémie de rougeole, il faisait très-froid, la neige était tombée en abondance, elles complications thoraciques étaient fréquentes. Un infirmier du service prit la rougeole, l'éruption se produisit assez régulièrement, mais disparut vite, la dyspnée était considérable; la face cyanosée, les extrémités froides, annonçaient une gène extrême de la circulation et de la respiration; de l'emphysème se montra à la base du cou du côté gauche et à la partie antérieure du thorax; en pressant la peau avec le doigt, on sentait la crépitation caractérislique qu'on a souvent l'occasion d'observer à la suite des plaies de poitrine et des fractures de côtes; le malade succomba. A l'autopsie nous observâmes ce qui suit : les deux poumons étaient volumineux, engoués et emphysémateux, il y avait aux sommets quelques petites granulations tuberculeuses; des bulles d'air emprisonnées dans le tissu cellulaire du médiaslin postérieur montraient le chemin qu'avait suivi l'air pour arriver sous les téguments du cou; la muqueuse bronchique était trèsvivement injectée, recouverte de mucosités abondanles, enfin les ca-

BRONCHITE CAPILLAIRE ÛPIDEMQUE. 393

viles du cœur renfermaient des caillots blancs fibrincux, résislaiïtflj qui se prolongeaient dans les vaisseaux.

Dans quelques épidémies, les complications.tboraciques de la rougeole se sont montrées avec une telle fréquence et ont si bien absorbé par leur gravité l'attention des observateurs, que la complication a été prise pour la maladie elle-même; c'est ainsi que des épidémies de rougeole anomale ont été décrites sous les noms de bronchite capillaire de Nantes, de bronchite asphyxique, de catarrhe suffocant épidémique, de concrétions fibrineuses du cœur, etc. Ces petites épidémies, observées presque toutes dans l'armée, méritent d'autant plus de nous arrêter que leur histoire n'est pas faite et qu'elles sont en général assez peu connues. Dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, c'est à peine s'il est fait mention de ces formes si graves, si intéressantes pour le médecin militaire; l'auteur de l'article Bronchite dit simplement : « L'influence épidémique doit être également invoquée; MM. Rilliet et Bartbez l'admettent. Une épidémie a été observée en 1840 et relatée par MM. Mahot, Bonamy, Marcé et Malherbe. M. Fauvel reconnaît également cette influence. » Nous allons voir que l'influence épidémique qui a provoqué l'épidémie de Nantes était tout simplement la rougeole.

Bronchite capillaire épidémique. Historique. — La première épidémie de bronchite capillaire dont neus ayons une relation exacte (1) est celle de Nantes, 1840-1841. Dans le, courant des mois de novembre et décembre 1840, la température devint froide et humide, et vers la même époque la rougeole et la scarlatine se joignirent à la variole qui n'avait pas cessé de régner depuis deux ans; vers le milieu de janvier, les fièvres éruptives (rougeole, scarlatine) augmentèrent de fréquence, et les bronchites extrêmement nombreuses commencèrent à revêtir des formes graves, le froid était alors sec et très-vif. Tantôt les bronchites étaient simples, tantôt elles prenaient les caractères du catarrhe suffocant, et se terminaient alors presque toujours par la mort; la réunion de la bronchite aux fièvres éruptives était très-commune, disent les observateurs de Nantes; c'est en février que la bronchite capillaire fit le plus de victimes.

L'épidémie porta presque exclusivement sur la garnison de Nantes, qui se composait d'un .bataillon du 20e de ligne, du 72e de ligne et de deux escadrons du 8° lanciers. Le bataillon du 20° de ligne

(I) Relation d'une épidémie de bronchite capillaire observée à l'Hôtel Dieu de Santés, par MM. Mahot, Bonamy, Marcé ci Malherbe.

m MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES,

était logé dans une ancienne raffinerie où les soldais se trouvaient exposés à toutes les vicissitudes atmosphériques, le casernement du 72» de ligne n'était pas beaucoup meilleur. Au commencement de l'hiver, le 20° et le 72° de ligne reçurent un grand nombre de conscrits qui avaient été obligés de faire de longues marches par un temps affreux; les escadrons de lanciers, dont le dépôt était à Pontivy, ne reçurent pas de recrues ; aucun lancier ne succomba à la bronchite capillaire, landis que les conscrits du 20° et du 72e de ligne furent très-fortement éprouvés.

Les circonstances dans lesquelles s'est développée cette épidémie de Nantes vont se reproduire pour toutes les autres; on peut les résumer ainsi :

1° Fréquence des fièvres éruptives et spécialement de la rougeole. 2° Fréquence des bronchites développées sous l'influence d'un hiver très-froid. 3° Arrivée des conscrits.

La même année (1840), la bronchite capillaire règne sous forme épidémique à Metz, à Saint-Omer et à Lyon.

A Metz, en même temps que des rougeoles nombreuses, on observe des bronchites rapidement suppurées, h forme asphyxique, à marche rapide et trop souvent mortelle, frappant comme la rougeole les re crues nouvellement incorporées (1).'

En 1840, 10000 hommes environ avaient été réunis à Saint-Omer pour la formation des dix bataillons de chasseurs d'Orléans; ils étaient répartis entre les casernes de la ville et des baraquements situés à l'est de Saint-Omer; pendant l'automne, l'état sanitaire fut très-satisfaisant, mais l'hiver, très-rigoureux, amena un rapide accroissement dans le nombre et la gravité des maladies. «Vers la lin de décembre, dit M. J. Périer (2), apparurent en plus grand nombre des affections aiguës du poumon, et pendant le mois de janvier la rougeole sous forme épidémique sejoignit à ces diverses maladies qui la compliquaient souvent. Pendant la première moitié de janvier, la rougeole se montra souvent simple et bénigne; c'est pendant la deuxième moitié de ce mois que parut le catarrhe suffocant simple ou accompagné de la ' lièvre éruptive régnante, cette dernière condition était la plus ordinaire. Les deux affections sévissaient indistinctement sur les chasseurs du camp et sur ceux de la ville, sans cependant qu'elles se soient étendues aux habitants ; les officiers jouirent de la même immunité. »

(1) L. Laveran, Recherches sur les causes de mortalité de l'armée servant à l'intérieur, loc. cit.

(2) Élude complémentaire sur Pringle, p. 113.

BRONCHITE CAPILLAIRE KIMDK.MIQL'E. 395 A Lyon, la bronchite capillaire régna au mois de novembre 1840, elle atteignit surtout les jeunes soldats, au nombre de 000, qui venaient d'arriver dans cette garnison; la maladie a été décrite sous le nom singulier d'épidémie de concrétions librineuses du cœur, bien fait pour dérouter les épidémistes (1).

En 1841, l'établissement des fortifications de Paris avait nécessité la réunion d'un assez grand nombre de troupes à Paris et dans les environs ; au mois de novembre, sous l'influence d'un froid vif et de pluies abondantes, on vit se dessiner nettement, dit M. .1. Péner (2), une constitution catarrbalc riche en bronchites et en flux abdominaux. » A la suite de nombreuses bronchites qui s observaient à cette époque, apparurent quelques cas de rougeole ; les premiers, disséminés, passèrent comme inaperçus à cause de leur peu d'importance; mais bientôt les cas devinrent nombreux et graves, et en moins de trois jours indiquèrent la présence d'une sérieuse épidémie. » (J. Périer, lac. cit.) C'est alors que se montrèrent les bronchites capillaires; le 4e de ligne, campé à Romainville, fut particulièrement éprouvé et la maladie sévit surtout sur les jeunes soldats qui venaient d'arriver au corps.

En 1851-1856, M. J. Périer observe encore la bronchite capillaire qui règne sur les troupes réunies au camp de Boulogne, les jeunes soldats étaient nombreux, le temps humide et froid, la rougeole régnait, car M. J. Périer dit : «Si la rougeole complique le catarrhe, au moment où l'exanthème paraît, les accidents fébriles semblent parfois se calmer » (3).

Une petite épidémie de bronchite capillaire a été observée par M. le docteur Widal à Milianah, épidémie peu importante par le nombre des cas, mais intéressante parce qu'elle nous montre que le catarrhe suffocant s'est montré en Algérie dans les mêmes circonstances qu'à Nantes, à Metz, à Paris, à Lyon, à Saint-Omer, à Boulogne.

L'hiver est des plus rigoureux et comme de mémoire d'homme on n'en avait pas observé à Milianah, pluies torrentielles, neiges abondantes au mois de mars; — les bronchites sont si fréquentes que presque pas un des militaires de la garnison n'est épargné ; clans l'espace de trois mois, 143 malades sont soignés h l'hôpital militaire pour bronchite; — la rougeole règne à Milianah, quatre fois sur huit la rougeole et le catarrhe suffocant coexistent; — enfin l'épidémie né sé-

(1) liée. mém. méd. militaire, 1812. — Armand, thèse de Montpellier, 23 juillet I84i.

Ci) Etude COmplém. sur Pringle, p. 117.

3 Histoire médicale du camp de Boulogne, 1851-1850, par M. J. Périer (Rec. mém. méd. militaire, 1850;.

m MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.

vit que sur un régiment, le 87°, et dans ce régiment elle frappe surloul

les jeunes soldats récemment arrivés de France (1) En 1870-1871, la bronchite capillaire a régné sur la garnison de

Pans pendant le siège, c'eta.t bien évidemment la même maladieou'à

Nantes, a Saml-Omer, etc. « Vers le milieu de décembre, dit M ledoc-

teur Brouardel (2), on amena des mobiles, des soldats qui' étaienl atteints d une aphonie presque complète. Leur état ne semblait pas alarmant, la fièvre était peu intense, les forces seules étaient dans un grand état de prostration, mais l'habitas extérieur ne rappelait pas

apparence typhoïde. Après un séjour de quelques heures, quelquefois U un jour ou deux à l'hôpital, les poumons des malades étaient tout a coup envahis: par une sécrétion bronchique dont l'abondance «'lait telle qu une spume écumeuse sortait parles narines et la bouche La lace, le tronc, les membres, se cyanosaient, le pouls était faible et

requent, I intelligence intacte jusqu'aux derniers moments, et le malade succombait quelquefois en quelques heures, d'autres fois en 24 ou 48 heures. Ces accidents suivants survinrent parfois au décours d une rougeole. »

Dès le mois de novembre, dit M. le professeur L. Colin (3), apparurent quelques cas de rougeole, puis celle affection devint de plus en plus fréquente jusqu'au commencement de janvier 1871, pour diminuer rapidement en février; sous l'influence d'un froid très-vif, la rougeole pnl des formes graves et se compliqua dans bon nombre de cas de bronchite capillaire; à l'époque où l'épidémie atteignit son maximum de gravité, l'éruption morbilleuse était légère, fugace, mal caractérisée, mais elle manquait rarement d'une façon complète. M. le professeur L. Colin, témoin de ces faits, ne s'y est pas trompé, il a reconnu la bronchite capillaire de Nantes; a Paris, comme dans toutes les autres épidémies, dit-il, la bronchite capillaire s'est développée sous l'action de trois causes : froid intense, constitution médicale exanthématique caractérisée par la prédominance de la rougeole, agglomération exceptionnelle de recrues et de jeunes soldats.

Il est a remarquer qu'en dehors de ces épidémies, le catarrhe suffocant est rare chez l'adulte, on en trouve une observation dans la clinique d'Andral (4), il s'agit précisément d'un malade atteint de rougeole.

(1) Etudes sur diverses épidémies et particulièrement sur une épid. de catarrhe suffocant, par M. Widal (Rec. mém. méd. militaire, février 1806).

(2) Les Maladies pendant les sièges de Paris et de Mel% [Reçue des cours scientif., 1872).

(3j La Variole et la Rougeole pendant le siège de Paris. 187C-187I. (4) Andral, Clinique. Maladies de poitrine, t. 1. p. 235.

BRONCHITE CAPILLAIRE ENDEMIQUE. 397

Description générale. — Au début, la bronchite s'accompagne d'une lièvre rémittente comme celle de la rougeole et de frissonnements répétés; une toux opiniâtre fatigue les malades, l'expectoration est généralement facile et très-abondante. Les crachats, d'un blanc jaunâtre, opaques, pesants, arrondis, non aérés, adhèrent au vase ou nagent dans un liquide limpide, salivaire; ils sont formés de mucus et de pus en proportions variables; à Nantes, la partie purulente dominait presque toujours, la sécrétion bronchique était si exubérante qu'immédiatement après l'excrétion d'une grande quantité de mucosités, les conduits aériens s'obstruaient de nouveau, quelquefois les crachats étaient striés de sang.

La dyspnée, toujours considérable (d'où les noms de catarrhe suffocant, asphyxique), n'a pas les mêmes caractères que dans la pneumonie ou dans la pleurésie; dans ces dernières maladies, les mouvements respiratoires sont précipités, mais incomplets, la dilatation latérale du thorax est imparfaite à cause de la douleur qui accompagne chaque mouvement d'inspiration; dans le catarrhe suffocant, il n'y a pas de point de côté, rien n'arrête le développement du thorax, toutes les puissances inspiratrices sont mises enjeu, la poitrine se dilate largement, mais en vain; il semble que les malades assis dans leur lit et luttant contre l'asphyxie soient placés dans le vide ou clans un milieu irrespirable. L'orthopnée s'accompagne d'angoisse précordiale avec leinte cyanique de la face, refroidissement des extrémités et tendance â la syncope.

La sonorité du thorax est souvent exagérée par l'emphysème; à l'auscultation on trouve le murmure vésiculaire affaibli, des râles sibilants et muqueux dans toute l'étendue de l'appareil respiratoire, le râle sous-crépitant domine; « le râle sous-crépilant, disent les observateurs de -Nantes, fut véritablement le râle de l'épidémie ». (Mém.cité. p. 89.) A Bicêtre (1870-1871), la pneumonie lobulaire compliquailassez souvent le catarrhe suffocant (L. Colin). Les battements du cœur sont précipités, sourds, petits, irréguliers, par suite de la formation de caillots fibrineux.

La plupart des malades présentent des éruptions morbilleusesplusou moins régulières, mais les taches souvent rares et pâles peuvent passer I naperçues, la gravité de la complication thoracique absorbant l'attention du médecin comme celle du malade. Parmi les observations qui figurent dans le mémoire de MM; Mahot, Bonamy, Marcé et Malherbe, on en trouve plusieurs (obs. II, VI, par cxemple)oùla bronchite capillaire s'accompagnait d'une éruption morbilleuse type; mais les médecins de Nantes ne voient là qu'une coïncidence; d'aulres fois l'éruption étaitrnoins bien caractérisée : «On vit quelquefois, dans le cours d'une

bronchite capillaire, apparaître chez un malade des taches rubéoliques souvent bornées à une seule partie du corps, sans que cette éruption eût été précédée par aucun des prodromes ordinaires.» (Mém. cité., p. 140.)

A Metz, à Saint-Omer, à Paris, à Boulogne, à Milianah, la coïncidence du catarrhe suffocant et de l'éruption morbilleuse est notée dans un g rand nombre de cas. « A Bicétre, dit M. L. Colin (op. cit., p. 1 31»), l'éruption a presque toujours apparu, le plus souvent légère et fugace, à tel ou tel moment de l'affection ; c'est à partir de l'époque où l'épidémie atteignit son maximum de gravité que l'exanthème fut le moins bien caractérisé ; mais il manqua rarement, et chez plusieurs malades entrés à une période avancée, nous pûmes constater des lâches brunâtres ecchymoliques qui persistent habituellement sur le Ironc lorsque l'éruption rubéolique a pâli. »

Parmi les complications les plus ordinaires de la bronchite capillaire, comme parmi celles de la rougeole, on a noté les parotides, l'otite, la diphthérite, cette dernière survenant principalement dans les salles encombrées comme l'étaient celles de l'hôpital de Nantes en 1840 et celles du Val- de-Grâce en 1860.

Le diagnostic est facile, d'autant plus que le catarrhe suffocant se présente très-rarement à l'état sporadique, et que l'on est guidé par les circonstances qui ont présidé à son développement : fréquence des maladies calarrhales et de la rougeole, arrivée récente de jeunes soldats. A Nantes, disent MM. MahotetBonamy, lorqu'on avait vu un seul de ces malades, on reconnaissait ensuite la bronchite asphyxique sans avoir besoin d'interroger les sujets qui en étaient affectés. La dyspnée extrême, l'expectoration si caractéristique, les râles sous-crépilants disséminés dans toute l'étendue de la poitrine, sont les principauxsignes diagnostiques; il faut rechercher dans tous les cas et avec le plus grand soin s'il n'existe pas d'éruption morbilleuse, ou du moins quelques taches brunâtres, derniers restes d'un exanthème en voie de décroissance.

Le pronostic du catarrhe suffocant est extrêmement grave. Les médecins de Nantes ne donnent pas le chiffre de la mortalité par bronchite capillaire, qui a dû être très-élevé si l'on en juge par celui de la mortalité générale à l'hôpital de Nantes pendant l'épidémie; au mois de février, sur 298 fiévreux, il y a 38 décès, soit 1 sur 8; au mois de mars; 27 décès sur 247, soit 1 sur 9. A Boulogne, M. J.. Périer a, sur 94 cas, 40 décès, soit 42.55 sur 100 (1); à Milianah, M. Widal perd 6 malades sur 8; enfin, à Bicêtre, sur 457 malades atteints de rougeole ou de catarrhe suffocant, ilenmeurtl68,soit35.7Gpourl00(L. Colin, op. cit.).

(1) J. Périer, Étude compk'in. sur Prinyle, p. 125.

BRONCHITE! CAPILLAIRE ÉPIDÉMIQUE. 391) Anatomie pathologique. — Le larynx, la trachée-artère et les * bronches sont remplis de muco-pus analogue à celui (le l'expectoration ; quelquefois ce liquide est tellement abondant qu'il reflue dans la bouche et les fosses nasales, il s'écoule au dehors au moindre mouvement qu'on imprime au cadavre. Les poumons sont volumineux, emphysémateux; lorsqu'on les presse entre les doigts on a la même sensation que donne un oreiller de plume neuf et bien rempli (Laënnec); sur les surfaces de section du parenchyme pulmonaire on voit sourdre une infinité de gouttelettes jaunâtres (pus remplissant les petites bronches) ; le? muqueuses trachéale et bronchique apparaissent très-vivement injectées quand on les a débarrassées du pus qui les recouvrait. Les lésions de la pneumonie lobulaire viennent souvent se mêler aux précédentes.

Le cœur renferme des caillots blancs fibrineux, résistants, enchevêtrés dans les valvules et les muscles papillaires; ces caillots, dont la formation est évidemment antérieure à la mort, se prolongent clans les veines caves et les artères pulmonaires. Quelques auteurs, frappés de l'abondance de ces concrétions fibrineuses, ont voulu leur faire jouer le principal rôle dans la pathogénie du catarrhe suffocant, mais ces caillots peuvent manquer, et il est certain que lorsqu'ils se forment, c'est seulement à la dernière période, sous l'influence de la longue asphyxie que subissent les malades.

Les autres organes ne présentent aucune lésion constante.

Nature. — MM. Mahot, Bonamy, Marcé et Malherbe, clans un historique où ils confondent la bronchite capillaire épidémique avec la grippe, parlent de la coïncidence fréquente des maladies catarrhales et des fièvres éruptives (op. cit., p. 14), mais ils n'insistent nulle part sur le rapport bien plus étroit qui nous semble exister entre la rougeole et la bronchite capillaire de Nantes. Au reste, ces observateurs ne se prononcent pas nettement sur la nature de l'épidémie qu'ils décrivent, ils l'attribuent au froid, aux mauvaises conditions de casernement des corps plus spécialement frappés, aux fatigues de la route chez les recrues qui venaient d'arriver; conditions évidemment importantes, mais qui, suivant nous, ne suffisent pas à expliquer l'apparition du catarrhe suffocant épidémique. Les mêmes circonstances présidaient la même année dans d'autres villes au développement de la méningite cérébro-spinale; pourquoi ici la bronchite capillaire, là la méningite épidémique? — Le froid, la fatigue, l'arrivée des conscrits, l'encombrement, ne sont évidemment, dans les deux cas, que des circonstances adjuvantes.

Cette étiologie banale ne paraît pas suffisante à M. J. Périer, qui regarde le catarrhe suffocant comme une maladie spécifique et con-

tagieuse, mais non comme une rougeole des bronches. « Nous croyons, dit-il, que les affections catarrhales suffocantes doivent être rangées au moins à côté de la fièvre typhoïde dans la classe des pyrexies^pii ont des caractères anatomiques et physiologiques constants, la question de spécificité et celle de contagion étant réservées parce qu'elles demandent une longue observation et des faits nombreux (1). »

M. le docteur Brouardel a émis sur le catarrhe suffocant une opinion fort originale, mais si peu d'accord avec l'observation des faits ;>vec la nature épidémique de la maladie, que nous ne croyons pas devoir y insister. M. Brouardel pense que le catarrhe suffocant qu'il a observé à Paris pendant le siège était dû à la paralysie a frigore du pneumogastrique (mém. cité).

Mon père, qui en 1840 avait eu l'occasion d'observer 'en même temps la rougeole et la bronchite capillaire à Metz, insistait, dans son cours du Val-de-Gràce, sur les rapports étiologiques qui existent entre ces maladies; MM. les professeurs L. Colin et E. Vallin ont adopté cette opinion; nous n'aurons pas à la défendre longuement, car les faits que nous avons cités sont des arguments qui valent tous les raisonnements théoriques. Nous avons insisté assez longuement sur les circonstances étiologiques de la bronchite capillaire épidémique pour qu'il soit superflu d'y revenir; parlout la bronchite capillaire a régné à côté de la rougeole, dans les mêmes conditions où s'observent les petites épidémies de rougeole chez l'adulte, c'est-à-dire dans l'armée et sur de jeunes soldats depuis quelques mois seulement au service; la symptomalologie et l'analomie pathologique sont véritablement identiques dans le catarrhe suffocant épidémique et, dans la rougeole compliquée de bronchite capillaire, les descriptions de F. Villar et de Michel Lévy font presque double emploi avec celles de MM. Mahot, Bonamy et J. Périer, nous croyons donc pouvoir conclure que la bronchite capillaire épidémique n'est pas une entité morbide distincte, mais une rougeole anormale, une rougeole des bronches. Pourquoi la rougeole prend-elle cette forme si grave, si insolite? C'est ici que le froid intervient, et voici très-probablement comment se passent les choses ': la rougeole règne sous forme épidémique; un abaissement anormal de la température provoque un grand nombre d'affections catarrhales; la muqueuse des bronches, irritée, enflammée chez les hommes qui contractent alors la rougeole, appelle les manifestations morbides, et l'éruption se localise dans les voies respiratoires, comme on voit les pustules de la variole se développer de préférence sur les surfaces rubéfiées par un sinapisme; l'éruption cutanée avorte ou

(1) Etude complém. sur Pringle, p. 123.

BRONCHITE CAIMLLAIIÏK ÊPIDÊMIQUE. ' i0,

fait défaut. « La rougeole, disent MM. Rilliet et Bardiez, se manifeste par une fluN.on inflammatoire de la peau et des muqueuses; la marche normale de la maladie dépend d'un équilibre conservé entre ces doux sortes de (luxions, celle qui se fait sur la peau doit en général dominer (h. » La rougeole sans exanthème est aujourd'hui admise par tous les auteurs, Trousseau a très-bien décrit le catarrhe suffocant; dans certains cas, dit-il, l'éruption exauthémalique tout entière se porte vers les bronches, l'éruption cutanée peut manquer, le dia- ^osfac biologique est alors très-difficile (2). Nous avons vu que • • \ d ar, M. Lévy Vézien avaient observé des bronchites capillaires rubéoliques sans le moindre exanthème. La. contagion de la bronchite capiUaure ep.demique/inexplicable pour ceux qui ne voient dans cette maladie qu une inflammation franche des voies aériennes, s'ex ,1 . e au contnure très-faedement quand on admet qu'il s'agit d'un catarrhe spécifique, d'une rougeole des bronches

Tra.tement. Prophylaxie. - Dans la rougeole normale l'cvpecation, 1 hygiène, suffisent pour obtenir d'excellents résultats;, nature

charge de la guénson. Les malades doivent être placés' dans de ailes bien aerees, non encombrées et chauffées convenablement les conditions de milieu sont plus importantes pour la roug,o l c'

IZ af Aa,UeS' " ™-d^*> les épidémies si rav s"

8IU e de 1860 se sont produites dans des salles encombrées. « Si 1 on jette un coup d'œd d'ensemble sur les maladies fébriles, on con-

a te que les unes, les fièvres de marais par exemple, s'améliorent par le fa du séjour du malade à l'hôpital et subissent peu l'influence des coud, ons nosocomiales; d'autres, au contraire, notammen e cl o

ra la rougeo e la fièvre typhoïde, s'aggravent manifestement ans le m.l.eu hospitalier.. Il importe donc de surveiller plus activement dans ces maladies que dans d'autres les conditions d'une bonne aeranon et toutes celles qui concernent la salubrité médical m" m comprise du régime hospitalier (3). »

Huxam a insisté sur le danger des refroidissements chez les malades allemts de rougeole; il né faut certainement pas ensevelir le, malades sous les couvertures comme on faisait autrefois, mais il est necessa.re qu'ils respirent un air suffisamment chaud; à Paris nen '••'"'Ne siège, ie défaut de combustible a été une des principales causes de la gravité de la rougeole (L. Colin).

Ln grand nombre de médications ont été employées sans succès

(1) Traité des malad. des enfants, t. [Il, p. 264.

(2) Clinique, t. 1, p. U9.

(3; L. Lavcran, Des influences nosocomiales, etc., loc. cil

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