‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 95 sur 127 · POSTES · texte numérisé non relu

POSTES

MALADES sur

1000 hommes d'effectif.

DÉCÈS sur

1000 hommes d'effectif.

L'alcoolisme chronique étant en rapport de fréquence avec l'alcoolisme aigu, on peut conclure des chiffres précédents que l'alcoolisme est beaucoup plus fréquent dans l'armée anglaise que chez

(1) Ely, mém. cité (Rec. mém. méd. militaire, 3» série, t. XXIX, p. 256).

nous, résultat qu'il faut attribuer eu partie au climat; l'alcoolisme augmente dé fréquence «à mesure qu'on se rapproche des pôles et diminue vers l'équaleur, sauf chez les étrangers qui, comme les Anglais, apportent leurs goûts et leurs habitudes dans les pays chauds.

M. E. Lancereaux évalue à un vingtième environ la mortalité par alcoolisme (aigu ou chronique) dans les hôpitaux de Paris (1); les chiffres cités plus haut ne sont pas comparables à ceux de M. E. Lanêeraux, car ils ne tiennent pas compte, tant s'en faut, de tous les décès tins à l'alcoolisme, néanmoins on peut affirmer que dans nos hôpitaux militaires on n'observe pas un décès par alcoolisme sur 20 décès généraux, ni même un sur 40.

Formes. — Les boissons alcooliques prises h doses modérées constituent un tonique excellent, mais à forte dose ou à doses répétées elles deviennent toxiques, et l'empoisonnement qu'elles produisent est aigu, subaigu ou chronique.

Alcoolisme aigu. — L'alcool produit d'abord une excitation du système nerveux cérébro-spinal, et, si la dose est suffisante, la motilité, la sensibilité et l'intelligence sont abolies successivement, le coma succède à la période bruyante de l'ivresse ; le tableau de l'alcoolisme aigu a été fait trop souvent, il est d'observation malheureusement trop banale pour nous arrêter; nous renvoyons le lecteur aux excellentes descriptions de J. Frank, de Michel Lévy (2), de L. Lallemand et M. Perrin (3).

L'alcoolisme aigu peut s'accompagner de phénomènes convulsif qu'il ne faut pas confondre avec les attaques épileptiformes de l'alcoolisme subaigu; Percy, qui vit deux fois l'ivresse convulsive se terminer par la mort, accuse surtout l'eau-de-vie de grain et le genièvre de la produire (4). MM. L. Lallemand et Perrin ont eu l'occasion d'observer plusieurs fois cette forme au Val-de-Grâce, de 1843 à 1854 : les soldats rentraient le soir à la caserne sans paraître ivres, les convulsions se déclaraient au milieu du sommeil avec tant de violence que plusieurs hommes vigoureux avaient de la peine à maintenir les malades, la face était pâle, les yeux brillants, les pupilles dilatées ou contractées, les mâchoires serrées. L'eau- de-vie qui avait donné lieu à ces accidents, examinée avec soin, était fabriquée avec de l'eau, de l'alcool et du caramel, sans autres substances étrangères (5).

(\) Art. At.r.oousMe, Diction, encyclop. des se. mèd. (2> Traité tfliygiène, 3° édit., t. Il, p. 59.

(3) bu rote de l'alcool et des (inesthétiques dans l'organisme, Paris, 1860. 'I Diction, des se. médic, l. XXVI, p. 21!). (5) L. I.allf!manrl ni M. Perrin, op. cit., p. 105.

Quand l'ingestion de l'alcool a lieu très-rapidement, les buveurs peuvent mourir en quelques instants, comme foudroyés; M. P. Tardieu cite l'exemple suivant : un individu avait parié qu'il boirait d'un trait un litre d'eau-de-vie, il trouva parieur et s'exécuta; peu de minutes après avoir achevé de boire, cet individu s'affaissa sur luimême, il expira sans avoir repris connaissance, après une agonie d'environ 16 heures. Notons en passant que celui qui avait accepté le pari fut condamné à 200 francs d'amende pour homicide par imprudence (1).

L'intoxication aiguë par l'alcool s'accompagne de congestions violentes vers la tête et vers les poumons, congestions qui peuvent entraîner très-rapidement la mort; Devergie a trouvé que sur 40 cas de mort subite, 14 fois l'alcool était coupable (2); les hémorrhagies cérébrales et surtout méningées sont assez communes. Deux fois j'ai vu des accidents cérébraux très-graves succéder à l'alcoolisme aigu; dans un cas, le malade fut pris d'hémiplégie droite avec aphasie; ces symptômes, dus sans doute à une petite hémorrhagie méningée, comprimant le lobe antérieur gauche, se dissipèrent assez promptement, au bout d'une vingtaine de jours le malade était guéri; le deuxième malade apporté à l'hôpital Saint-Martin dans le coma de l'ivresse, succomba au bout de vingt-quatre heures sans avoir repris connaissance, et l'autopsie permit de constater une hémorrhagie méningée qui siégait, chose rare, au-dessus de la dure-mère, entre celle-ci et la calotte du crâne; l'hématome avait la grosseur du poing, et lorsque la duremère fut incisée, on constata une forte dépression de la substance cérébrale, qui, du reste, n'était pas altérée.

La mort par congestion pulmonaire s'observe principalement chez des individus qui étant en état d'ivresse sont surpris par le froid; l'exposition au froid arrête la transpiration cutanée si abondante chez l'individu ivre, elle entrave l'élimination de l'alcool, et c'est ainsi qu'on s'explique comment le froid exagère souvent les symptômes de l'ivresse (Rochoux).

Gasté a rapporté (3) plusieurs cas d'asphyxie et de broncho-pneumonie suite d'ivresse (qu'il ne faut pas confondre avec la pneumonie des ivrognes).

Alcoolisme subaigu. — C'est l'état qu'on observ.e chez des individus

(1) Étude médico-légale et clinique sur l'empoisonnemetil, par A. Tardieu, 1867, p. 8-17.

(2) De la mort subite et de ses causes (Ann. hyg. puhl. et de méd. légale, 1838, t. XX, p. 176>.

(3) Mémoire sur l'ivresse considérée sous le double rapport de la médecine et de la discipline militaire (Rec. mém. méd. militaire, 1813, t. LIV, p. 209).

qui ont commis des excès répétés, ce n'est pas encore l'alcoolisme chronique, ce n'est plus l'alcoolisme aigu, qui disparaît rapidement avec sa cause, c'est-à-dire dès que l'organisme s'est débarrassé de l'alcool en excès.

M. le professeur Lasègue a très-bien décrit le délire qui survient souvent chez ces malades (1) ; les accès de délire alcoolique peuvent se produire brusquement chez des individus jusque-là parfaitement sains d'esprit, et sans que l'alcoolisme se traduise par aucun autre trouble. Les malades ont des hallucinations de la vue, de l'ouïe pendant la nuit; ils se croient poursuivis, menacés, et c'est souvent ainsi que commencent les accès dont nous parlons; les hallucinations redoublent, et les malades cherchent par tous les moyens possibles à se délivrer de la persécution dont ils se croient l'objet. La tendance au suicide est une conséquence de cet état; tantôt le malade hésite, il se livre à un commencement d'exécution, puis il s'arrête, tantôt Faction suit de près la résolution. Les suicidés alcooliques, dit M. Lasègue, n'ont pas recours aux moyens de suicide qui supposent une préméditation, presque toujours ils se jettent à l'eau, se pendent, s'étrandent ou se frappent avec des instruments tranchants (2).

Généralement ce délire disparaît au bout de quelques jours, le retour du sommeil marque la fin de l'accès.

C'est aussi à l'alcoolisme subaigu qu'on doit rapporter les attaques épileptiformes qui ont été signalées par un grand nombre d'auteurs comme une des conséquences possibles de l'intoxication par l'alcool; on observe assez souvent ces convulsions clans les régiments, les hommes sont envoyés à l'hôpital pour que l'épilepsie soit constatée, mais comme les malades se trouvent soumis à un régime sévère, les accès se suppriment; à leur rentrée au corps, les militaires reprennent leurs habitudes, et l'épilepsie alcoolique reparaît (3). Les convulsions peuvent présenter les trois phases de l'attaque d'épilepsie véritable, ou prendre la forme du vertige épileptique (4). Ces phénomènes disparaissant à l'hôpital, grâce à la sobriété forcée du malade, on pourrait croire qu'il y a simulation, mais en général les attaques convulsives sont précédées ou accompagnées par quelques autres symptômes de l'alcoolisme : tremblement, troubles gastriques, insomnies, hallucinations, etc. Enfin, en cas de doute, on peut toujours demander dans les corps des renseignements sur la conduite des

il) Arch. gén. de méd., 1809.

(il Lasngue, Arch. gén. de méd., 1KG9, t. II, p. 157.

('.',) L. Lallomand et M. l'nrrin, op. cit., p. 175.

Hj laêtfae, lue. cil. {Arch. gén. de méd., 1889j t. I, p. C7I

hommes (1); l'alcool peut aussi exaspérer une épilepsie véritable, multiplier les attaques.

D'après M. le docteur Magnan, l'épilepsie alcoolique relève non de l'alcool mais de l'absinthe; quand on fait ingérer à des animaux de l'essence d'absinthe à haute dose, on voit se produire des phénomènes convulsifs que M. Magnan décrit ainsi (2) : l'animal tombe <mr le côte et il est pris de convulsions toniques qui le courbent en arc sur le côté latéral, « puis surviennent des convulsions cloniques avec écume quelquefois sanguinolente aux lèvres et morsures à la langue évacuations alvines, quelquefois éjaculation. Au bout d'une à deux miaules l'animal se relève tout hébété, et après quelques instants reprend ses allures pour retomber encore une ou plusieurs fois dans un laps de temps très-variable. Dans l'intervalle des crises l'animal est quelquefois effrayé et présente de véritables hallucinations. » Mais, M. Magnan le reconnaît lui-même, on ne peut expliquer ainsi que les attaques épileptiformes de l'alcoolisme ou plutôt de l'absinthismeaigu et non celles de l'alcoolisme subaigu ou chronique; or ces dernières sont de beaucoup les plus communes; l'alcoolisme aigu présente quelquefois la forme convaLsive, mais ces convulsions ont rarement un caractère épileptiforme bien manifeste.

Alcoolisme chronique. — On a remarqué depuis longtemps que le caractère de l'alcoolisme aigu variait avec la nature des boissons alcooliquesquiavaientserviàle provoquer, l'ivresse du Champagne n'est pas la même que celle de la bière ou de l'eau-de- vie de grains et de betteraves ; cela lient sans doute à la différence des préparations, à l'acide carbonique, aux essences qui viennent compliquer et modifier l'action de l'alcool, mais cela dépend aussi des habitudes individuelles, du degré de culture intellectuelle. La nature des boissons alcooliques exerce aussi unegrande influence sur lapbysionomie de l'aleoolique chronique. L'alcool ingéré agit d'abord sur la muqueuse stomacale et l'irrite d'autant plus que le poison est moins dilué; puis l'alcool est absorbé par les veines, il passe dans la veine porte et dans le foie; enfin, versé dans la circulation générale, son action principale se porte sur les centres nerveux. Si l'alcool est très-fortement dilué, la muqueuse stomacale et le foie sont bien moins irrités, mais les reins, chargés en grande partie d'éliminer cette grande masse de liquide, s'byperémient et s'altèrent facilement. Cela nous explique la différence si considérable qu'on observe par exemple entre le buveur d'eau-de-vie et

(1) Boisseau, Des maladies simulées, Paris, 1870, p. 72.

(2) Expériences comparatives sur l'action de Valcool et de l'absinthe, par M. Magnan (Cas. méd. de Paris, 1879, p. 482.) — Recherches de physiologie pathologique avec l'alcool et l'essence d'absinthe. Epilepsib (Archives de physiologie, 1873, p. 115).

le buveur de Hên ; lo premier est amaigri, efflanqué, sa physionomie morose, son caractère emporte et difficile i dictent l'état de sa muqueuse stomacale et de sou foie cirrhotique; le buveur de bière au contraire est gras et rose, son estomac est dilate pour emmagasiner la grande quantité de bière qui s'y accumule journellement, mais la muqueuse elle-même n'est pas malade, et le buveur de bière avant un bon estomac a en général un bon caractère; mais ses reins, dont le travail est considérablement augmenté, ont une prédisposition morbide évidente, d'où chez lui la fréquence de l'albuminurie. L'empoisonnement chronique par l'absinthe a aussi ses caractères spéciaux : des accès de délire furieux, l'aliénation mentale, la paralysie générale.

La gastrite, exilée aujourd'hui du reste de la pathologie, se retrouve chez les ivrognes; il suffit de réfléchir à la grande quantité de substances que nous ingérons, depuis la moutarde et le kari jusqu'à la glace et aux liqueurs les plus fortes, pour se convaincre que la muqueuse stomacale est très-peu irritable au .moment des repas ; il n'en est pas de mèmejquand cette muqueuse est surprise à l'état de repos, à l'état d'anémie, elle n'est plus protégée alors par sa sécrétion spéciale, elle s'hyperémie ou s'ulcère; de là le danger des alcooliques pris à jeun, le matin en se levant ou même avant les repas. L'alcoolisme est une cause assez fréquente de l'ulcère stomacal, de l'ulcère rond; la gastrite alcoolique se traduit par des vomissements {vomilus matotintts potatorum), du pyrosis, de l'anorexie.

Il est parfaitement établi aujourd'hui que dans la grande majorité des cas la cirrhose du foie est d'origine alcoolique, les Anglais lui ont donné le nom significatif de gin drinkers' hiver (foie des buveurs de gin). Tantôt la cirrhose suit une marche lente et progressive, le foie diminue de volume, il se produit de l'ascite, on ponctionne et on reponctionne les malades qui vont ^'affaiblissant et finissent ' par succomber; d'autres fois la mort arrive plus rapidement au milieu d'accidents aigus : ictère, délire, état typhoïde, coma. Dans ces derniers cas, le foie est généralement moins atrophié que dans les premiers, mais les cellules hépatiques ont subi une dégénérescence graisseuse très-marquée ; chez deux sujets morts à l'hôpital Saint-Martin, qui peuvent être regardés comme des types de ces deux formes, le foie pesait, chez le premier, 800 grammes seulement ; chez le second, mort à la suite d'accidents nerveux, 1270 gr.; ces deux militaires, adonnés aux boissons alcooliques, avaient fait la campagne du Mexique et abusé de l'eau-dc-vie extrêmement rorlc qui est connue au Mexique sous le nom A'aqua ardente. M. le docteur Aron a décrit ces accidents nerveux de la cirrhose sous le nom d'ictère grave alcoolique (i). Que le

(\) GaselU hebdom., 1809, ri" 41, 45, 48.

fonctionnement du foie soit empêché par une hépatite difTuse aiguë, par une dégénérescence rapide, ou bien que les éléments sécréteurs du oie soient atrophies étouffés pour ainsi dire par l'hypertrophie de la rame fibreuse, le résultat est le même, le foie ne peut plus éliminer les produits exçremenlitiels dont il est l'émonctoire naturel, cl les accidents de 1 achohe se déclarent; c'est à la cessation des fonctions du ioie plutôt qu à un empoisonnement par les éléments de la bile qu'il mut attribuer l'intoxication du sang (1).

Tous les tissus de l'ivrogne subissent peu à peu la dégénérescence graisseuse, le cœur devient gras, les artères devienue.it athéromateuses et comme « on a toujours l'âge de ses artères » (Cazalis), 1 alcoolisme chronique conduit à un état sénile anticipé.

Après les accidents qu'on pourrait appeler locaux parce qu'ils sont dus a une action plus directe du poison (gastrite, cirrhose du foie), ce sont surtout les troubles du système nerveux qui caractérisent l'alcoolisme chronique.

Le tremblement est un des phénomènes les plus constants et les plus précoces; c'est aux membres supérieurs qu'il est le plus facile de le constater, les mouvements des mains exigeant une précision beaucoup plus grande pour la préhension des objets, l'action d'écrire, etc., que les mouvements des membres inférieurs. Le tremblement alcoolique est surtout marqué le matin, dans la journée il se dissipe plus ou moins complètement; chose curieuse, les libations matinales de l'ivrogne contribuent à le faire disparaître temporairement, ce qui encourage sans cesse les malades à de nouveaux excès. M. Lévy rapporte l'exemple d'un capitaine qui, atteint de dipsomanie, avait peine, au lever, à se traîner en chancelant jusqu'à sa bouteille d'eau-de-vie dans laquelle il puisait la force nécessaire au service militaire de chaque jour (2). Les crampes, les soubresauts des muscles, la parésie sont des phénomènes moins constants et plus tardifs de' l'alcoolisme chronique.

La sensibilité est souvent pervertie, les malades accusent des fourmillements dans les membres inférieurs; il existe souvent del'hyperesthésie cutanée, suivie plus tard d'anesthésie. Le goût, l'ouïe, la vue, s'affaiblissent ou bien leurs fonctions perverties sont le point de départ des hallucinations qui tourmentent les malades.

L'alcoolique chronique ne dort pas la nuit, ou bien s'il sommeille il est tourmenté par des rêves terrifiants, par un cauchemar perpétuel.

(1) Frerichs, traité des malail. du foie, p 2C0.— Kicmcyer, Traité de pathologie interne, t. I, p. 845. — Jaccoucl, Leçons clin, de l'hôp. Lariboisière, 1873.

(2) Traité d'hijrjiène, t. Il, p. 69.

Les accidents cérébraux se présentent sous trois formes principales : delirium tremens, lypémanie, paralysie générale.

Le delirium tremens peut survenir à la suite d'excès aigus entés sur des excès chroniques, mais on l'observe aussi chez des individus qui, renfermés dans des hôpitaux, dans des prisons, ont renoncé forcément depuis plus ou moins longtemps à leurs habitudes d'ivrognerie. Le délire nerveux des blessés décrit par Dupuylren n'est probablement pas autre chose que le delirium tremens provoqué à la fois par Le traumatisme (1) et par l'abstinence du stimulant ordinaire. Depuis longtemps on a reconnu que la suppression brusque des boissons alcooliques pouvait produire des accidents ou exagérer ceux qui existent; le fait suivant, emprunté à M. Lévy, en est un exemple, en même temps il résume la marche ordinaire de l'alcoolisme chronique accompagné d'attaques de delirium tremens : Un jeune lieutenant qui, à sa sortie de Saint-Cyr, s'était trouvé placé clans une' société de buveurs, se laissa entraîner par le mauvais exemple, et au bout de quelques années il en était arrivé à boire jusqu'à dix verres d'absinthe entre les repas; ses facultés intellectuelles s'affaiblirent, il éprouva quelques accès de folie furieuse; « dans les intervalles, tristesse, taciturnilé, dégoût de la vie, propension avouée au suicide. Conduit à la suite d'un paroxysme furieux à l'hôpital du Gros-Caillou, il y fut mis à un régime sévère ; la privation absolue de l'alcool ramena les accès avec plus d'intensité; par mesure de sûreté, on le dirigea sur le "Yal-de-Gràce, où je m'empressai, dit M. Lévy, de le remettre à l'usage modéré du vin, et vers la fin du deuxième mois de traitement la guérison paraissait assurée. » (Op. cit., t. II, p. 68.)

Le delirium tremens éclate plus ou moins brusquement; le délire est extrêmement violent et agité, et l'on est souvent obligé d'appliquer la camisole de force quand on n'a pas de meilleur moyen d'empêcher les malades de nuire à eux-mêmes et aux autres. Cet état dure en général quelques jours; le retour du sommeil annonce la guérison, guérison temporaire, car les rechutes sont presque inévitables.

Nous avons déjà parlé des hallucinations qui tourmentent les malades dans l'alcoolisme subaigu, de là au délire de persécution et à la lvpémanie il n'y a pas loin. Les malades sont tristes, soupçonneux, taciturnes; ils répondent souvent d'une façon brève et saccadée aux questions qu'on leur fait, puis ils se renferment dans le silence; ils croient qu'on en veut à leur honneur ou à leur vie, les soldats se voient menacés de passer devant le conseil de guerre, les officiers racontent qu'on a commis les injustices les plus flagrantes à leur

(I) Discours de M. Verneuil (Acad. de médecine, 3 janvier 1871;.

égard, un capitaine traité au Val-de-Gràce se figurait que tous les officiers tle son ancien régiment, alors en garnison dans une ville du Midi, avaient le pouvoir de le magnétiser à distance ; les malades se bouchent les yeux elles oreilles pour échapper aux visions terrifiantes qui les obsèdent, pour ne pas entendre les injures que leur adressent des ennemis invisibles, mais en vain, les hallucinations persistent et, de désespoir, les malheureux ivrognes ont souvent recours au suicide.

L'alcoolisme chronique aboutit fréquemment à la paralysie générale ; Galmeil, sur 62 observations de paralysie générale ayant donné lieu à la mort, note 17 cas par suite d'alcoolisme; Thoraeuf, sur '102 cas d'aliénation mentale traités à Charenton, de 1857 à 1858, et reconnaissant comme cause principale les excès de boisson, trouve

cas de paralysie générale (1).

A la vérité, plusieurs auteurs ont cherché à distinguer la folie alcoolique de la paralysie générale (2), mais tous s'accordent à dire que ce diagnostic différentiel est très-difficile, ou même impossible dans un grand nombre de cas; après avoir présenté la plupart des signes de la paralysie générale progressive, les malades succombent dans un état d'imbécillité et de démence.

L'alcoolisme est une des causes les plus fréquentes de l'aliénation mentale et du suicide. Bayle, Casper, attribuent à l'alcoolisme près du tiers des maladies mentales; d'après Schlegel, l'ivrognerie est la principale cause du suicide en Angleterre, en Allemagne et en Russie; au dire de Casper, le quart des habitants de Berlin qui ont attenté à leurs jours, de 1812 à 1821, étaient des gens adonnés à la boisson ; il est donc intéressant de rechercher quelle est la fréquence de l'aliénation mentale et des suicides dans l'armée.

Pour la période de 1862 à 1869, les pertes annuelles de l'armée française par suicide s'élèvent à 0.27 sur 1000 hommes d'effectif; celles par aliénation mentale à 0.20 sur 1000 (3). Pour la période quinquennale qui va de 1864 à 1869, il y a 921 cas d'aliénation qui se répartissent ainsi qu'il suit : officiers, 158 cas ou 1.34 pour 1000; sous-officiers, 105 ou 0.60 pour 1000; caporaux et soldats, 658 ou

(1) L. Lallemand et M. Perrin, op. cit., p. 186.

(2) Voyez à ce sujet : Lasègue, De la paralysie générale progressive, thèse de concours, Paris, 1853. — J. Falret, Recherches sur la folie paralytique et les diverses paralysies générales, 1853. — Thomeuf, Essai clinique sur l'alcoolisme, thèse, Paris, 1859. — A. Voisin, De l'état mental dans l'alcoolisme aigu et chronique {Ann. de méd. et de chir., 4° série, t. III). — Burlureaux, thèse, Paris, 1873.

(3) Stalist. méd. de l'armée pour 1869, p. 64.

ALCOOLISME. &w Eu 1809, le nombre îles aliénés reçus dans les établissements spéciaux s'élève à 174, soit 0.39 pour 1000 hommes; la répartition par grades donne : officiers, 25 cas oui sur 1000; sousofficiers, 21 cas ou 0.07 sur 1000 ; soldats, 126 cas ou 0.33 sur 1000. Pour cette année (1809), le chiffre des suicides s'élève à 0.42 sur 1000 hommes

Eu 187-2, 215 aliénés sont reçus dans les établissements spéciaux, soit 0.50 pour 1000, proportion plus forte que dans les années précédentes, ce qu'il faut attribuer sans doute aux événements de 1870-

Dans l'armée anglaise, la fréquence de l'alcoolisme devait faire prévoir la fréquence de l'aliénation mentale; en effet, pour la période de 1859 à 1806, il y a, dans celte armée, une proportion de 1.68 aliénés sur 1000 hommes d'effectif, au lieu de 0.20 à 0.40 comme chez nous; le chiffre des suicides n'est, il est vrai, que de 0.26 sur 1000 dans l'armée anglaise, c'est-à-dire inférieur à ce qu'il est chez nous.

Le diagnostic de l'alcoolisme aigu est facile, sauf cependant lorsqu'on apporte les malades dans le coma et qu'on manque de renseignements sur les débuts de la maladie; on peut confondre avec la congestion et l'hémorrhagie cérébrales, l'asphyxie, l'empoisonnement par les substances narcotico-âcres ; l'haleine des malades répand le plus souvent une forte odeur alcoolique, on peut aussi rechercher dans les urines la présence de l'alcool en nature. Confondre le coma de l'ivresse avec la congestion cérébrale relevant d'autres causes n'a pas, au reste, d'inconvénients au point de vue du traitement, qui est à peu près le même dans les deux. cas.

L'anorexie avec pyrosis, le tremblement des mains, l'insomnie, les hallucinations terrifiantes sont d'excellents signes de l'alcoolisme chronique; lorsque le malade ne fait pas d'aveux, et que le diagnostic étiologique est douteux, on a toujours la ressource de demander des renseignements dans les corps.

L'alcoolisme aigu peut, ainsi que nous l'avons vu, se terminer par la mort, mais c'est là un fait assez rare, et l'alcoolisme chronique est beaucoup plus redoutable. Non-seulement l'alcoolisme chronique tue par lui-même, c'est-à-dire en donnant lieu à la cirrhose du foie, à la néphrite albumineusc, à l'alhérome artériel, au delirium tremens, à la paralysie générale, mais il est souvent la cause du suicide et de l'aliénation mentale qui est alors le suicide de l'intelligence ; enfin il imprime un caractère particulier de gravité à toutes les maladies des alcooliques. Cette influence désastreuse de l'alcoolisme chronique sur les autres maladies est surtout appareille dans les pays chauds ; An-

nesley, Morehead, aux Indes, ont nolé que les inflammations aiguës du foie sont très-fréquentes et très-graves chez les alcooliques; chez nous la gravité de lapneumonie des ivrognes est parfaitement connue M. le professeur Verneuil a très-bien établi que les lésions traumatiques offrent une gravité exceptionnelle chez les sujets entachés d'alcoolisme, et que chez eux la mort survient parfois avec une rapidité foudroyante sans qu'il soit possible de la prévoir ni de l'expliquer (1).

Anatomie pathologique. — Chez les individus qui succombent à l'alcoolisme aigu on trouve une congestion considérable du parenchyme pulmonaire, des méninges ét de la pulpe cérébrale; le cœur droit et les grosses veines sont remplis d'un sang noir liquide ; la muqueuse stomacale est injectée, ecchymotique. M. le professeur A. Tardieu a trouvé sur 7 autopsies de sujets morts en état d'ivresse (2) : 1° une congestion constante des poumons, des méninges et du cerveau; 2° deux fois une apoplexie pulmonaire; 5 fois une hémorrhagie méningée ; dans deux de ces cas, outre l'épanchement sanguin des méninges, il s'était formé un épanchement abondant dans les ventricules latéraux.

J. Frank, Ogston, A. Tardieu, ont noté que le cerveau exhalait souvent l'odeur alcoolique; L. Lallemand et M. Perrin rapportent (op. cit., p. 155) l'observation d'un soldat du 7° de ligne qui succomba trente heures après avoir avalé un litre d'eau-de-vie ; l'autopsie, pratiquée trente heures après la mort, permit de constater encore la présence de l'alcool dans le sang et dans le foie, mais surtout dans la substance cérébrale. Dans leurs expériences sur des animaux, ces mêmes observateurs ont noté (op. cit., p. 39) l'apparition rapide de gouttelettes de graisse dans le sang; Magnus Iluss a constaté le même fait chez des ivrognes, il donne à cet état du sang le nom de piarrœmia (m*p graisse, alp« sang).

Lorsque l'alcool existe en grande quantité dans le sang, on peut le recueillir par la distillation, et constater ensuite ses propriétés, sinon il faut se servir de réactifs chimiques. MM. L. Lallemand, Perrin et Duroy sont arrivés à doser de très-faibles quantités d'alcool à l'aide d'une solution titrée renfermant un décigramme de bichromate de potasse dans trente grammes d'acide snlfurique; au contact des vapeurs alcooliques que l'on dégage par la chaleur, la liqueur d'épreuve prend une belle couleur vert-émeraude (op. cit. p. 76).

(1) Compte rendu de l'Acad. de mèd., 1870 1871.

(2) Ann. d'Iiyg. publ. et de mèd. légale, 1848, t. XL, p. 300.

ALCOOLISMK. 515

Dans l'alcoolisme chronique on constate des lésions très-variées qui se rapportent presque tontes à l'hyperplasie du tissu conjonctif : hypertrophie du tissu conjonctif sous muqueux de l'estomac (Charcot et Vulpian), Hnilis plastique (Brinton), cirrhose du l'oie, induration pulmonaire, pneumonie chronique; — ou bien à la dégénérescence graisseuse des éléments analomiques : ulcères de l'estomac, stéatose du foie, alhérome artériel, état graisseux du cœur et des autres muscles, des os, des reins, des testicules, etc. (1).

Prophylaxie. Traitement. — • Jusque dans ces dernières années, un soldat pouvait s'enivrer quand bon lui semblait; pourvu qu'il rentrai à l'heure et sans esclandre, on fermait les yeux et même quand les hommes en état d'ivresse se rendaient coupables de quelques fautes contre la discipline, l'alcoolisme était regardé comme une circonstance atténuante. Le décret suivant a heureusement modifié le règlement du 2 novembre 1833 sur le service intérieur des troupes.

Art. 1 \ Los articles ci-après du règlement du 2 novembre 1833, sur le service intérieur des troupes sont modifiés ainsi qu'il suit : , . (20.r) Infanterie)

L'article |^ Cavalerie] °S' rernP^ac^ Par 'e lexte ci-dessous :

« Sont réputés fautes contre la discipline et punis comme tels, sui- » vant leur gravité :

» De lu part du supérieur : tout propos injurieux, toute voie de » fait envers un subordonné, toute punition injustement infligée.

» Delà pari de l'inférieur : tout murmure, mauvais propos ou dé- * faut d'obéissance, quelque raison qu'il croie avoir de se plaindre; » l'infraction des punitions; l'ivresse dans tous les cas, même quand » elle ne (rouble pas l'ordre; le dérangement de conduite; les dettes; » les querelles entre militaires ou avec des citoyens ; le manque aux ap- » pels, à 1'inslruclion, aux différents services; les contraventions aux » ordres et aux règles de police; enfin toute faute contre le devoir mi- » litaire provenant de négligence, de paresse, ou de mauvaise volonté.

* Les fautes sont toujours plus graves quand elles sont réitérées et » surtout habituelles, et quand elles ont lieu pendant la durée du » service, ou lorsqu'il s'y joint quelque circonstance qui peut porter » atteinte à l'honneur ou entraîner au désordre.

t> Tout supérieur qui rencontre un inférieur pris de vin, ou trou- » blant la tranquillité publique ou dans une tenue indécente, doit » employer son influence et même son autorité pour le faire rentrer « dans I ordre, à quelque corps ou à quelque arme qu'il appartienne. » Toutefois, il doit, autant que possible, éviter de se commetire avec

(I) K. Lanecreaox, Art. Alcoolisme, Diction, enajclop. des Se. méd.

)i lui, particulièrement lorsque l'inférieur est en état d'ivresse ; il cher- » cheàle faire arrêter par ses camarades, et au besoin, par la garde.

» A moins de nécessité absolue, la punition encourue par un homme » ivre ne doit lui être infligée que lorsque l'état d'ivresse a cessé.

» L'ivresse ne pourra, en aucun cas, être invoquée comme une

irconstance atténuante. »

Il est dit dans les articles suivants :

1° Que les sous-oificiers sont punis de la prison (quinze jours au plus) pour les fautes commises en état d'ivresse;

2° Que pour les mêmes fautes, les caporaux, brigadiers et soldats seront punis également de la prison (quinze jours au plus) et même de la cellule de correction (huit jours au plus).

Il est dit de plus que :

« Les caporaux (ou brigadiers) et les soldats punis de prison ne » font pas de service, mais ils assistent, pendant trois heures le matin » et trois fleures le soir, à un peloton de punition spécial, et les sol- » dats sont, en outre, employés aux corvées de propreté du quartier » les plus pénibles. Les centimes de poche des uns et des autres sont » versés en totalité aux ordinaires dont ils font partie. Il en est de même » des rations de vin, d'eau-de-vie et de sucre et de café dont l'usage » leur est entièrement interdit. Les soldats punis de la cellule de cor- » reclion reçoivent comme nourriture le pain et la soupe sans viande ï une fois par jour.

» Dans les prisons comme dans les cellules de correction les » hommes ne reçoivent qu'une couverture; toutefois dans des cir- » stances exceptionnelles de température, le chef de corps peut y » faire ajouter de la paille de couchage et une demi-couverture. En » aucun cas il ne leur sera délivré de demi-fournitures. » Décret du 10 août 1875.

Une note ministérielle du 10 août 1872, prescrit d'inscrire sur les livrets des hommes, avant la nomenclature des crimes et des délits et des peines correspondantes, la mention suivante : « L'ivresse ne pourra en aucun cas être invoquée comme circonstance atténuante. »

Dans la marine, le décret du 3 décembre 1856 contenait déjà des pénalités sévères contre l'ivresse; l'ivresse à bord est rangée parmi les fautes de quatrième degré, c'est-à-dire parmi celles qui doivent être punies le plus sévèrement.

Sous l'influence des sages mesures adoptées depuis 1872, l'ivresse a certainement diminué de fréquence dans nos régiments, mais l'alcoolisme chronique, comment l'atteindre? Je crois qu'il y aurait quelques mesures à prendre à ce sujet : dans tous les régiments il y a des cabarets réglementaires qui ont leur clientèle d'alcooliques

comme tous les cabarets possibles, ce sont les cantines. Il faut certainement îles cantines, pour nourrir les sous-officiers et pour suivre les régiments pendant les marches, mais il n'est pas nécessaire que ces cantines soient ouvertes toute la journée, surtout on peut défendre d'y débiter de l'eau-de-vic à tout venant. On se contente aujourd'hui de surveiller la qualité des boissons dans les cantines, on s'assure de temps à autre que des substances nuisibles ne sont pas mêlées aux liqueurs qui s'y vendent, mais l'alcool lui-même n'est-il pas un poison? La réglementation actuelle est tout à fait insuffisante, et dans 1 étal on peut dire sans crainte de se tromper que les cantines sont dans nos régiments la grande officine de l'alcoolisme chronique.

Le soldat coupable de s'être enivré doit être puni, mais avant de le punir, il faut le guérir, car c'est un malade, un empoisonné, et l'intoxication peut se terminer par la mort, on ne doit pas l'oublier. La circulaire du 23 décembre 1831 dit très-bien : « Quand les fumées du vin seront dissipées, l'autorité reprendra son action, le supérieur interviendra seulement alors pour mettre en usage les réprimandes ou les punitions nécessaires afin de corriger les habitudes vicieuses de son subordonné. »

Le soldat ivre doit être conduit à sa chambre si l'excitation n'est pas trop considérable; en été il n'y a pas d'inconvénient à mettre à la salle de police les individus qui, atteints d'alcoolisme aigu au premier degré, troublent l'ordre et la tranquillité du quartier, mais en hiver, on ne doit pas les enfermer dans une prison froide et humide; les individus dont l'étal est plus grave, chez lesquels l'intoxication plus profonde détermine soit des convulsions, soit le coma, doivent être envoyés d'urgence à l'infirmerie ou à l'hôpital.

En 18G0,on a imposé des amendes aux soldats anglais qui s'étaient «nivrés, on espérait que cette mesure réussirait mieux que la prison ; en onze mois, le montant des amendes fut de 3G0 6I7 francs dont 8050 payés par la cavalerie, 23543 par l'artillerie, 7 263 par le génie, et 20:> 6 1."» par l'infanterie. Un journal de Londres se félicitait en 1871 des résultats obtenus; les chiffres précédents prouvent que les soldats anglais ne craignaient pas plus l'amende que la prison : ils payaient le droit de s'enivrer et on n'avait plus rien à leur dire. En France, on met les ivrognes à l'amende dans la population civile seulement,' et, en effet, cette mesure ne me paraît pas être applicable à l'armée!

Favoriser l'élimination de l'alcool qui se trouve encore dans l'estomac ou bien qui a pénétré déjà dans la circulation, telle est la principale indication du traitement de l'ivresse; le café agit comme diurétique, l'ammoniaque (15 à 20 gouttes dans un verre d'eau) comme d.aphorétiquc; les vomitifs, ou mieux la titillation de la luette ont

pour effet d'évacuer l'alcool qui se trouve encore clans l'estomac. A la période comateuse les indications sont plus nombreuses (l);il faut encore chercher à évacuer l'alcool, mais on doit aussi réveiller la sensibilité, ranimer la circulation et la respiration, combattre les congestions cérébrale et pulmonaire.

Les vomitifs sont sans action sur l'estomac distendu ; Ogslon a fait usage avec succès de la pompe gastrique pour vider l'estomac clans les cas d'intoxication et en particulier clans l'alcoolisme.

On enlève les vêtements qui gênent la respiration, on réchauffe les malades, on excite les fonctions de la peau à l'aide de frictions sèclies ; les révulsifs, sinapismes, marteau de Mayor, sont indiqués clans les cas graves. Lorsque le coma se prolonge, il faut appliquer le même traitement qu'à la congestion cérébrale : glace sur la tête, sangsues aux apophyses mastoïdes, vésicatoires aux mollets ; si la congestion pulmonaire domine et menace d'asphyxie, une saignée abondante peut donner de très-bons résultats; on fera usage en même temps des révulsifs et des dérivatifs, principalement des ventouses sèches appliquées en très-grand nombre.

M. Magnan a insisté avec raison sur le danger qu'il y a à appliquer la camisole de force aux malades atteints d'alcoolisme aigu ; ce moyen de contention entrave la respiration et favorise l'asphyxie ; quand les malades sont dans un état d'excitation tel qu'il est impossible de les garder dans les salles, on les fera placer clans un cabinet installé de façon à ce qu'ils ne puissent pas se blesser, ils seront surveillés avec soin; la même remarque s'applique au délirium Iremens; on ne prescrira à ces malades ni opium, ni digitale, ni chloroforme, mais seulement des boissons aqueuses et diurétiques (tisane de cbiendent légèrement nitrée) qui favoriseront la dilution et l'élimination de l'alcool (1).

Dans l'alcoolisme chronique l'indication principale est difficile à remplir; on peut améliorer l'état des malades en leur imposant pen-, dant quelque temps le régime sévère de l'hôpital, mais l'ivrogne, dès sa sortie, reprend ses habitudes et des rechutes se produisent ; les alcooliques fuient du reste les hôpitaux clans lesquels ils ne peuvent pas satisfaire leur passion dominante, et quand ils y entrent, c'est souvent pour y mourir.

L'alcoolisme chronique arrivé à un certain degré produit des dégénérescences comme la cirrhose du foie, l'athérome artériel, qui sont irrémédiables.

(1) L. Lullemand et M. Perrin, op. cit., p. 159.

(i) Magnan, Traité de l'alcoolisme aigu {Gai. des hôpitaux, 16 septembre'! 869).

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