‹ Traite ́des maladies goutteuses (volume 2)Chapitre 42 sur 81 · A ENONCE · texte numérisé non relu

A ENONCE

Dans les attaques de Goutte irrégulièrement prolongées , lorsque les douleurs sont fortes et rebelles, l'on peut appliquer avec beaucoup de succès sur les parties souffrantes , divers topiques irritans. On a d'autant moins à craindre pour-lors, que ces topiques actifs ne causent la répercussion de la Goutte à l'intérieur , qu'il ny a point de fluxion’vive des humeurs déterminée sur l'organe goutteux , fluxion.

DES MALADIES GOUTTEUSES. 159 dont l’interception seroit toujours dangereuse. |

Ainsi, après avoir essayé inutilement de

dissiper ces douleurs par la répétition des sangsues ou des ventouses scarifiées , qu'on aura appliquées sur les endroits souffrans , on pourra calmer ces douleurs par lapplication de divers topiques attractifs et rubéfians.

Le vésicatoire est le premier des remèdes de ce genre; et il est particulièrement utile, en ce quil évacue une grande quantité de sérosités âcres ou viciées, ce qui én général procure beaucoup de soulagement. |

Musgrave a dit qu'on ne fait pas assez d'usage des vésicatoires chez les goutteux ; ce quil observe relativement à cette extraction des sérosités morbifiques. |

Williams a observé que chez des malades dont la constitution est déjà débilitée , quand Ja matière gouiteuse s'est fixée sur le mains ou les pieds, l'application de l’emplâtre vésicatoire commun ayec un quart de camphre en poudre, y produit sur-le-champ d'heureux effets, en évacuant beaucoup d'humeur âcre: |

160 RAA

Quoique M. Cullen ait trop généralisé ses observations sur le danger que les vésicatoires appliqués au-dessus des articulations affectées , ne causent une répulsion dangereuse de la Goutte, sans doute il est souvent plus prudent de n'’appliquer ces épispastiques que sur des parties voisines de celles qui entourent les articulations occupées par la Goutte.

On a recommandé pour la même fin, divers autres épispastiques. Hippocrate (1) faisoit brüler du lin cru sur l'endroit de la douleur , dans la sciatique.

Les Chinois font brûler le moxa , fait avec une espèce d'armoise (2), au-dessus des parties affectées des maux goutteux.

Cette pratique du moxa a été fort recommandée par le chevalier Temple , contre ; les douleurs de Goutte et de sciatique.

Mais l’usage du moxa dans la Goutte est souvent difficile. Car d'un côté on ne peut s'en promettre de grands effets, qu'autant que la matière goutteuse est encore assez mobile pour pouvoir être dissipée par ce

(1) Lib. de Affectionibus.

(2) Voyez Kœmpfer et Ten-Rhyne

DES MALADIES GOUTTEUSES. iSt remède ; et d'autre part à raison même dé cette mobilité , cette matière peut alors être facilement portée à l'intérieur ; surtout si la partie où l’on applique le moxa , est disposée à l'inflammation. D'ailleurs on à observé que l’escarre que produit la brûlure faite par le moxa , peut être suivie d’un ulcère de mauvais caractère.

On a vanté aussi l’urtication de la partie affectée ( Dodart ) , et l'application de là renoncule des prés ( Du Hamel, ist. Ac. ):

Stérck dit que l'herbe de renoncule récente et succulente , réduite en pulpe ; étant appliquée sur les parties souffrantes ; a toujours excité une douleur forte, produit des vessies pleines de sérosités , et souvent dissipé des douleurs de Goutte très-opiniâtres et très-invétérées. Mais il a observé que l'ulcère qui en suivoit l’application, se guérissoit bien plus difficilement que celui que produit l'application du vé:

Sicatoire. |

Chesnéau rapporte aussi , Qu'uu homme retenu depuis trois ans dans son lit par les effets d’une podagre qui l'empêchoit de marcher , fut guéri par l'application des feuilles de renoncule, sur les cndroits dou:

loureux ; ce vésicatoire ayant attiré et fait sortir des humeurs épaisses qui ne pouvoient pénétrer la peau. |

Sylvius Delcboë , dans une LA de Goutte cruelle, fit faire une onction sur le pied souffrant avec quelques gouttes de baume de soufre succiné , ce qui produisit sur le champ une chaleur brülante, laquelle cessa bientôt après , et emporta la douleur. Mais l'efficacité de ce remède ne paroît pas être constante.

Des topiques attractifs beaucoup plus doux , sont des linimens huïleux volatils ; un mélange de chaux vive éteinte dans le vinaigre , dont Schulze dit qu'il est trèsutile de frotter les membres tourmentés de douleurs de Goutte, etc.

Enfin on doit mettre dans la dernière ligne des remèdes de ce genre , l'huile camphrée, que de Heyde a vu calmer la douleur de Goutte en excitant un érysipèle au-dessus des articulations des mains et des pieds qu'on frottoit avec cette buile.

M. Turton , célèbre Médecin anglais, m'a dit quen faisant faire des onctions avec cette huile sur des articulations où la Goutte avoit formé des nodus , il y avoit attiré

Jhumeur de la Goutte, bien loin de la réprimer. |

Les douleurs de Goutte peuvent aussi être calmées par des topiques encore plus résolutifs qu'irritans. Le plus simple de ces topiques est Fapplication d'une chaleur sèche et modérée. |

Pline rapporte (1) qu'un Sextus Pompeius étant saisi des douleurs de la podagre, plongea ses jambes jusqu'au-dessus des genoux dans un tas de blé, que par ce moyen les pieds ‘ayant été désenflés , il se trouva merveilleusement soulagé , et que depuis il usa babituellement de ce remède.

Paul d'Égine dit que dans la rie il ne faut pas insister. sur les mêmes topiques s'ils ne soulagent point ; mais passer | à d’autres qui. soient de nature semblable, ow même contraire : d'autant qu'on voit tous les jours qu'un même topique appliqué sur différentes articulations , ou sur la même en différens temps , tantôt soulage, et tantôt offense ou enflamme. |

Paul d'Égine croit que cela tient à ceque la mixtion des humeurs diverses qui peuvent

(a) Hist. Nat., L. xxx, 25.

104 LORCASEMRE produire la Goutte, ést obscure. Muis jé pense quil faut le rapporter à ce que la peau a, selon la diversité des temps, des parties et des individus , une idiosyncrasie diverse et variable (comme Fréd. Hoffmann l’a dit en parlant des effets des topiques sur les maladies de la peau ).

Dans la convalescence de l'attaque de Goutte irrégulièrement prolongée , il faut insister sur le régime et les remèdes fortifians, dont l'usage peut même être commencé aussitôt que cette attaque est notabilement affoiblie.

Le malade doit d'ailleurs, quoiqu'il souffre, faire de l'exercice le plutôt qu'il est possible ; en voiture dans les temps avancés de l'attaque , et à pied lorsqu'elle à fini. Cet exercice est particuliérement utile pour résoudre la matière épaissie dans les articulations, et pour conserver l'usage libre des extrémités. | | |

Sydenham a fort recommandé l'exercice en voiture, même durant l'attaque de Goutte, pourvu-qu'elle ne soit pas , ou trop violente, ou l’une des premières, attaques que souffre

le malade. Car dans ces cas, il faut garder le lit jusqu'à ce que les douleurs soient calmées. ”

Suivant l'observation de Sydenham, cet exercice répété matin et soir , a plusieurg avantages. Le malade sy accoutüme au point d'en souffrir moins que s’il étoit resté sur sa chaise, et la fatigue quil en éprouve lui procure assez du sommeil de la nuit, quil avoit entièrement perdu. Get exercice prévient aussi en quelque degré la formation du calcul : mais surtout il empêche l'impuissance totale au mouvement, que cause souvent après une ou deux longues attaques, la contracture des tendons et des muscles qui s'attachent au calcanéum et au jarret, qui séroit habituellement continuée pendant tout le cours de l'attaque, par la crainte de la douleur.

Sydenham ajoute que dans les vieillards dont les digestions sont fort viciées , et chez qui la podagre persévérant pendant plusieurs années , a comme transformé en goutteuse toute la substance du corps, on ne peut espérer que dans les attaques de Goutte, il se forme de coction sans l'exercice : de sorte que ces malades périssent par la suran

166 T RUA LUE bondance de l'humeur morbifique , qui ne pouvant être cuite ou assimilée, cause une

langueur et une infirmité extrêmes, et tue

comme un poison.

Il arrive quelquefois qu'à la suite des attaques de Goutte irréguliérement prolongées ; lorsqu'elles se sont répétées ou invétérées, le malade tombe dans un dégoût extrêéme où manque total d’appétit: et si l'on néglige de remédier à cette affection, il peut périr par le défaut de nourriture.

Musgrave qui a fait cette observation, conseille , dans ce cas, d’évacuer prudemment les prernières voies s'il est nécessaire ; d'appliquer sur l'estomac un emplâtre stornachique ; de faire prendre de l'exercice à l'air libre; de faire user d’eau de Spa avec un peu de vin, et de donner les alimens les plus analeptiques.

Les mêmes analeptiques sont indiqués dans le marasme avec chute des forces, que souffrent souvent les vieux goutteux. La

fièvre lente qui peut leur survenir , d'après

le conseil de Musgrave ( que Trampel a suivi), doit être traitée par le quinquina, ét par des eaux minérales diurétiques.

En général dans l'état de langueur que.

laissent les attaques de Goutte longues et répétées , ainsi que dans Fétat habituel de Goutte chronique, les remèdes stomachiques modérés , et les fortifians toniques , Sont absolument nécessaires.

Les principaux de ces remèdes seront exposés dans le chapitre suivant , où je traiterai des remèdes préservatifs . retours des attaques de Goutte. |

Le quinquina est singulièrement approprié dans l’état de foiblesse qui succède après, ces attaques. Les eaux martiales , prises avec les combinaisons et les précautions convenables , y sont aussi très-appropriées, et particulièrement lorsqu'il faut remédier à l'affoiblissement de la digestion stomachique. Lorsque l'acide domine dans les produits de ‘cette digestion , les eaux chaudes alkalines y sont spécialement indiquées.

Les baumes naturels, par leur qualité plus ou moins âcre et amère , et par l'abondance de l'huile essentielle qu’ils renferment, ont une vertu échauffante , qui agit spécialement sur les vaisseaux sanguins ; et unc vertu diurétique spécifique. Ils paroissent avoir une efficacité singulière, (surtout lorsqu'ils. sont donnés dans un état d'atonie, pour

rappeler et fixer dans leur état naturel les mouyemens toniques des fibres de tout le système.

On à dit que la quassia amara , ( ou bois amer de Surinam), le trèfle des marais (trifolium fibrinum), la racine de gentiane, et le chamædrys, qui sont des remèdes trèsutiles dans la Goutte chronique, ont une vertu tonique balsamique : ce que je rapporte à l’analogie de leur vertu avec celle des baumes naturels.

KIDVE

Les attaques de Goutte irrégulièrement prolongées , et l'état chronique goutteux habituel . établissent souvent dans les extrémités affectées , diverses lésions qui indiquent des traitemens particuliers quil me reste à considérer. |

On a cherché à prévenir ces lésions par divers remèdes externes, propres à résoudre et à dissiper la matière goutteuse qui est fixée dans les articulations.

Mercatus dit que le bain d'huile et de sel est d'une utilité incroyable dans tous les cas de Goutte aux @ieds, d'autant que les parties affectées étant relâchées par l'huile,

deviennent aisément suACepHRNeS de la vertu résolutive du sel.

Il ajoute que ce remède est appuyé sur la raison et sur l'expérience , pourvu quon l'applique à dissiper les restes de la maladie, plutôt qu'à détruire l'affection gontteuse dans son état. ce qui ne seroit pas généralement sûr, parce que ces bains en fortifiant des parties moins nobles, pourroient déterminer la matière morbique à se jeter sur les principaux organes.

On pourroit prévenir souvent la production des nodus goutteux , par l'application des vésicatoires sur les tumeurs qui se forment à l'endroit des ligamens articulaires.

Cependant on a reconnu qu'il est dangereux de les appliquer sur les articulations d'une grande étendue , comme est celle du genou , d'autant quil pourroit s’y porter alors une quantité excessive d’humeurs goutteuses , qu'il leur ôteroit toute leur mobilité. ;

Il est beaucoup de topiques résolutifs d'une grande activité, qui ont été recommandés pour dissiper les restes que de longues attaques de Gouite laissent dans les articulations affectées. Mais l'usage de ces

170 TR TUTLÉ

topiques doit être fort circonspect. Cheyne dit bien quil ne faut avoir recours à ces résolutifs puissans , que dans les affections goutteuses difficiles qui succèdent à des attaques prolongées , dont les retours sont irréguliers , ét chez des personnes âgées.

On a conseillé dans ce cas d’employer l'esprit-de-vin camphré, l'esprit de serpolet, de fourmis, etc. Mais Fréd. Hoffmann a observé avec raison, que les topiques spiritueux roidissent les fibres de la partie affectée, y causent des contractions fâcheuses , ét favorisent la production des tufs dans les sujets phlegmatiques.

Fréd. Hoffmann observe aussi très-bien en général que les topiques trop actifs causent des affections convulsives de la tête, de l'estomac ;, et dés intestins, principalement dans les sujets qui ont une surabondance d'humeurs mal préparées , et une trop grande ivritabilité du genre nerveux.

Dans la Goutte chronique , l’accumulation de l'humeur gélatineuse des articulations affeclées, produit quelquefois au-dessus de ces articulations des tumeurs qui doivent être traitées avec beaucoup de pru:

dence ct de soin, Elles sont susceptibles.

DES MALADIES GOUTTEUSES. 171 d'une dégénération gangréneuse, qu'on. doit tâcher de prévenir par lapplication de l'onguent nérvin, auquel on ajoute du baume du Pérou. Les ulcères qui peuvent leur survenir, doivent étre lentement cicairisés.

Musgrave qui a fait ces: observations, ajoute que lorsque le mouvement du membre affecté est empêché par les suites d’une semblable tumeur ( comme par exemple celui du bras, où une tumeur oviforme de ce genre se produit le plus souvent au-dessus du coude ), on rétablit en partie le mouvemnent de ce membre, en suçant l'humeur gélatineuse accumulée dans cette tumeur, au moyen d'un tuyau qu'on introduit pour cette fin, par une section convenable. Personné autre que je sache, n’a parlé de cette pratique singulière, que Musgrave dit avoir été usitée de son temps dans certains cas de Goutte. |

On a proposé un grand nombre de remèédes pour résoudre les nodosités qui restent dans les articulations, à la suite des longues attaques de Goutte.

Van Swieten dit qu'on a assez bien réussi à résoudre Ja craie dans les tufs goutteux,

172 TRIANIUT par des fonctions faites sur ces tufs avec de l'huile de térébenthine, qui avoit été pénétrée de vapeurs de l'esprit de sel (en la mettant dans un récipient où passoit l'esprit de sel distillé du sel marin par l'addition de l'huile de vitriol ).

On pourroit. aussi appliquer utilement sur les tufs goutieux, pour en fondre la craie, de l'acide phosphorique délayé dans de l'eau.

MM. Fournier et Laugier ont proposé pour résoudre ces tufs , divers topiques dont Ja base est le sel de tartre dissous dans un véhicule appropriée. On peut préférer des fomentations avec la dissolution du carbonate de soude, qui a été aussi trouvé efficace pour opérer cette résolution, et qui est plus doux que le carbonate de potasse.

On a recommandé aussi pour la même fin, l'application de la poudre d'écailles d'huître calcinées (‘que Galien dit dessécher singulièrement les tumeurs goutteuses ) :

le savon combiné avec le beurre de cacao mis en pâte, qu'on peut adapter aux gants et aux bas ( Liger ) : un cataplasme de sayon cuit auquel on ajoute du camphre

DES MALADIES GOUTTEUSES. 173 { Quarin } ; l'application du fromage devenu âcre et fétide ( Galien , et Paulmier, qui regarde ce remède comme spécifique pour résoudre ces tufs ) : l'huile animal de Dippel ( Vogel ) : le baume de soufre antimonié de Hoffmann, etc.

Entre les divers résolutifs fort actifs des tufs goutteux , il en est plusieurs qui ne doivent être employés qu'avec beaucoup de précaution , comme l'a bien observé Musgrave , qui a donné diverses formules de ces topiques: hs

Page 1