LUE
Je terminerai cet article en considérant les avantages et les inconvéniens de la diète laiteuse pour la cure de la Gouite.
Mead ait trop généralement, qu'il faut que celui , qui pour se garantir de la Goutte veut se réduire à vivre presque de lait et de légumes , soit jeune, et n'ait eu au plus que deux ou trois attaques de Goutte. Il a été induit à cette assertion , par les mauvais effets qu'a sensiblement un régime trop sévère dans lés goutteux d’un âge avancé.
Cependant, il paroit que la diète laiteuse a moins d'inconvénient chezles jeunes gens, sous ce rapport , qu'ils peuvent faire un assez grand exercice dont cette diète doit
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toujours ‘être accompagnée , pour qu'elle puisse soutenir ou augmenter les forces. Il est remarquable que dans les premiers temps de la Grèce , les jeunes athlètes étoient astreints à Îla diète laiteuse , suivant que M. Winckelman l’a observé. :
Grant dit très-bien qu'en général le lait ne convient point aux goutteux, qui pendant son usage ne peuvent ou ne doivent point faire un exercice considérable , et que cet exercice est nécessaire à toute personne qui vit de lait.
Il observe à ce sujet que les animaux qui tettent sont dans un mouvement continuel , sans quoi ils deviennent bientôt malades. Il cite aussi l'exemple des pauvres gens d'Écosse et d'Irlande, qui font du lait la base de leur nourriture, et qui le digèrent très-bien, tant qu'ils peuvent mener une vie fort active; mais qui sont obligés lorsqu'ils deviennent malades, de se réduire au petit-lait ou au gruau.
Werlhof a conseillé sagement de s’abstenir de Ja diète lactée, lorsque la Goutte est régulière et supportable , et qu'on jouit d'une bonne santé dans les intervalles de ses attaques. Mais cette diète peut étre salu-
DES MALADIES GOUTTEUSES. 209 taire , lorsque les attaques de Goutte sont, fort irrégulières , et très-prolongées.
Quand les digestions sont extrêmement affoiblies, et que les forces sont diminuées par de fréquens accès de Goutte , la diète blanche prudemment administrée peut prolonger la vie, et la rendre moins fâcheuse.
Le lait est alors une nourriture douce , tempérée et fortifiante. Les sucs nourriciers, qui. semblent pouvoir en être plus facilement préparés , pénètrent et réparent toutes les fibres et les humeurs, relâchent sans excès les solides affectés d'érétisme , et émoussent les humeurs âcres qui tendent à produire un orgasme arthritique ( Barry et Werlhof ).
La diète laiteuse présente cependant un très-grand nombre de contre-indications , qui en empêchent l'usage chez la plupart des goutteux. Le lait y est principalement contre-indiqué par un état permanent de disposition aux spasmes , ou aux langueurs de l'estomac ( Zimmermann); par une idiosyncrasie de cet organe qui répugne au lait, ou par une longue habitude qu'il a d’une diète contraire à cet aliment.
Je ne m'arrête point aux autres contre-
210 TR ANNE indications beaucoup moins générales que péut avoir l'usage du lait, par des complications de surcharge accidentelle des organes de la digestion , de fièvre, d’engorgemens des viscères , de chute totale des forces , etc. Ainsi la plus commune des contre-indications de l'usage du lait dans la Goutte , est une altération des forces ou des fonctions de l'estomac, analogue à. celle qui a lieu dans les hypocondriaqnes. Dans ces cas, le lait n'étant pas bien digéré, fatigue et affoiblit les organes digestifs, où il cause des disténsions flatueuses , et. passant ensuite dans les secondes voies, il produit des obstructions des viscères, et d’autres maux graves (1).
Lorsqu'il n’y a point de contre-indications majeures de la diète laiteuse , il faut que le malade s’y accoutume lentement et peu à peu. Il faut aussi quand il quitte , qu'il n'y renonce que par degrés, pendant qu'il s'abstient des alimens qui sont contraires à
(1} On trouve dans les Actes des Curieux de la Nature , l’histoire remarquable d’un goutteux à qui le lait causa une intumescence générale, qui lui seroit devenue funeste , s’il se füt obstiné à continuer l’usage du lait.
DES MALADIES GOUTTEUSES. ai eetté diète, et il est à propos qu'il use un peu de lait tout le reste de sa vie ( Werlhof).
La diète laiteuse relâche les forces digestives , et affoiblit tout le système des organes. Si cet affoiblissement devient trop considérable, il faut relever les forces convenablement, en accoutumant lé malade par degrés à joindre à l'usage du lait celui de ses anciens alimens , et en faisant user en même temps de remèdes appropriés.
Si on néglige ces moyens, on a lieu de craindre que les humeurs étant mal prépa-= rées, ne soient toujours d'autant plus facilement susceptibles dé la dégénération gout:
teuse , et que leurs produits excrémentitiels ne soient portés trop foiblement sur les articulations. ;
Les malades goutteux ont alors difhcilé:
ment des attaques régulières de la Goutte ét elle se fixe souvent sur quelque viscère.
C'est par cette cause que la diète: blanche peut devenir pernicieuse dans la Goutte, comme on voit par divers exemples rapportés dans le Seputlchretum Anatomicum de Bonet. |
En général la diète laiteuse ne doit point empêcher l'usage combiné de divers remèdes
qui peuvent être indiqués, d’ailleurs, pour préserver de la Goutte; et il est même un grand nombre de médicamens anti-goutteux , dont elle peut modifier l'emploi d’une manière avantageuse.
Grant dit que l'aliment qui ressemble le plus au lait, est un bouillon de viande préparé avec beaucoup d'eau , du sel et des végétaux : que ces bouillons végétaux-animaux peuvent être extrêmement variés , et préparés avec ou sans pain , de manière à répondre à toutes les indications du régime.
Il ajoute que dans un temps où l’école de Montpellier étoit réputée la meilleure ( aussi bien qu'elle étoit la plus ancienne ) qui fût en Europe , elle étoit fameuse pour la cure des maladies chroniques , et spécialement de la Goutte , ce qu'il attribue en grande partie à l’art des médecins habiles de cette école, qui ordonnoient une grande variété de ces
bouillons médicinaux.