CHAPITRE VIiL
Des maladies qui sont essentiellement d’une nature goutteuse, qui n’ont point été précédées , et ne sont point accompagnéés de Rhumatisme , ni de Goutte aux arliculations.
L X X VIH.
| | JE les maladies qui peuvent être classées sous ce Chapitre, il en est de trois sortes que je crois que l’on doit reconnoître plus souvent qu'on ne fait dans la pratique, et dont je vais traiter en détail.
Ce sont 1.° la cachexie goutteuse générale, effet de la disposition prochaine de toute la constitution à l’état goutteux; 2.° les inflammations aiguës des viscères qui sont de nature goutteuse; 3° les inflammations, les douleurs et les autres maux des viscères qui sout chroniques et de nature goutteuse.
Premièrement. J'ai observé la cachexie goutteuse chez plusieurs personnes qui navoit point eu daitaque formelle de
Goutte, ni même de Goutte imparfaite, chez qui la Goutte avoit été empêchée de se former aux articulations des extrémités, et quelquefois probablement, par l'habitude d'un grand exercice de ces extrémités, qui * les fortifioit, et y excitoit habituellement la transpiration.
La cachexie goutteuse peut déterminer différentes affections aiguës ou chroniques, dans tel ou tel organe interne, suivant que cet organe a dans chaque individu une infirmité relative ou naturelle, ou acquise par diverses habitudes.
Les signes de cette cachexie goutteuse, sont, 1.° les maladies goutteuses auxquelles les parens du malade sont sujets, et la multiplication endémique de ces maladies dans le pays qu'il habite; 2.° les formes goutteuses du corps; 5.° l'état habituel de fatigue et de surcharge des organes digestifs, surtout chez les personnes livrées à l'intempérance, et aux passions pénibles; 4.° des douleurs fixes plus ou moins fortes, qui occupent des parties internes ou éloignées des articulations ; douleurs dont les accès sont fréquens et se renouvellent où augmentent par linfluence des saisons, ou par d’autres causes
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qui affectent spécialement la transpiration, et que combattent avec un succès singulier, : les remèdes anti-goutteux puissans et comme spécifiques.
Des signes qui étant joints à quelqu'un:
des précédens, indiquent ensuite avec le plus haut degré de probabilité, que la cachexie goutteuse a été le prineipe de ces douleurs et autres maux internes, sont des affections de Goutte et de Rhumatisme qui leur succèdent dans les parties externes, et une excrélion habituelle ( qui est ordinairement avantageuse ) d'une grande quantité de sédi-: ment crayeux par les urines.
Cet état de cachexie goutteuse, qu'il est essentiel de reconnoître dans beaucoup de cas, n'a pas été considéré jusqu'ici, par l'effet de ce préjugé universel, que le principe de la Goutte ne peut se manifester que par des affections , ou présentes, ou qui ont existé précédemment dans les parties voisines des articulations.
: Ceux même qui ont dit comme Boërhaave, que la Goutte est une maladie de toute la
eonstitution, y ont placé seulement la racine de cette maladie, dont ils ont cru que les produits nécessaires et caractérist ques sont les diverses affections goutteuses des parties voisines des articulations. Ils ont pensé que les maladies goutteuses des parties internes ne peuvent naître que par une Goutte remontée ou anomale , et dont la tendance primitive a toujours été sur les articulations. |
Dans la cure de la cachexie goutteuse, l'indication d’exciter des attaques rég'iières de Goutte aux articulations , se présente beaucoup plus rarement qu'on ne seroit porté à le croire. Gette fausse vue pourroit souvent suggérer des méthodes de traitement inutiles, où même dangereuses. Cette indication ne doit étre suivie qu'à proportion , et du danger de affection dont la cachexie goutteuse menace une partie interne, et de la tendance qu’a sensiblement la nature du malade à porter la Goutte sur les articulations.
La méthode de traitement qui convient à la cachexie goutteuse, est une méthode analytique semblable à celle qui est préservative des attaques de Goutte , et de laquelle
jai parlé ci-dessus (1). Les objets en sont de prévenir la surabondance ;, et de corriger, les vices particuliers des humeurs , ainsi que d'augmenter d’une manière durable les forces de tout le systéme, et particulièrement celles des organes de la digestion.
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Secondement. Des inflammations aiguës des viscères qui sont de nature goutteuse , et qu'aucun Rhumatisme na précédées, peuvent exister sans être précédées ni accompagnées de Goutte aux articulations.
Musgrave dit que personne ne soupçonneroit dans un sujet qui n'auroit point eu d'accès régulier de Goutte, qu'une angine très-semblable à l’angine légitime , füt de nature arthritique , tandis qu'aucun symptôme ne l'indiqueroit, et cependant que l'habitude de la pratique médicinale démontre qu'il peut exister une semblable angine arthritique.
Mais il ajoute, sans fondement , qu'il ne faut point s'arrêter à ces choses ( possibles ) qui sont au-dessus de la portée des
(1) Dans le cinquième chapitre du premier livre.
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connoissances qu'on peut tirer des symptômes , et qu'on doit se borner à reconnoître le caractère goutteux dans les maladies produites par des affections anomales qui succèdent à des accès réguliers de Goutte.
Cullen a parlé aussi de ces inflammations des parties internes , qui sont de nature goutteuse , sans être précédées ni accompagnées de Goutte aux articulations. El attribue ces inflammations à une espèce de Goutte aberrante ( qu'il appelle masplaced ), dont il parle cependant d'une manière fort sceptique (1). Il met en doute si ces inflammations causées par cette aberration de fa Goutte, ne sont pas toujours postérieures à quelque affection goutteuse, quoique: non inflammatoire , qui a existé dans les articulations.
Cullen n'a vu qu'un cas assez distinct d’inflammation de poitrine causée par cette espèce de Goutte. Il ne conseille dans de tels cas, que la saignée et les autres remèdes de l'inflammation semblable idiopaihique , ce qui na aucun rapport à la cause goutteuse présumée.
(1) Férst Lines ofihe Practice of Physic, n.°525-5.
Pour reconnoître la nature goutteuse qu'ont des inflammations internes , que ne précède ni n'accompagne la Goutte des articulations , il faut joindre à des signes tels que ceux que jai indiqués pour la cachexie goutteuse , les signes suivans , dont le concours me paroît pouvoir être souvent trèsutile pour établir le diagnostic de ces inflammations goutteuses.
Scot dit que quand une Goutte mue avec aberration ( misplaced ) cause un érysipèle à la face, une esquinancie , etc., on voit toujours paroître un sédiment rouge dans les urines , qui est un signe caractéristique de la véritable Goutte. Ce signe n'est pas sans doute univoque pour démontrer la présence d’une cause goutteuse, mais il peut concourir avec d'autres signes pour la manifester.
Des signes , que je crois aussi pouvoir servir à former ce diagnostic , sont ceux que M. Chambon me paroît avoir indiqués le premier.
M. Chambon a observé que lorsque la nature apparente d'une affection principale
dans une maladie , cache une cause goutteuse, tandis qu'il n’a point précédé d'accès de Goutte, on le reconnoît par les irrégularités qu'on observe dans les temps ordinaires de cette maladie , et dans la HRATORE naturelle de ses accidens.
Ainsi, il remarque qu'une inflammation grave, produite par cette cause, persiste:
long-temps , sans amener la suppuration , ou les autres terminaisons qui sont propres à l’inflammation , et que sa durée peut même ‘ se continuer pendant plusieurs mois.
Il dit aussi que sans attendre ces irrégularités ( que le temps seul pourroit découvrir trop tard )}, un examen attentif fait connoître , dès les premiers temps , la nature arthritique de cette maladie inflammatoire , par l'improportion qui est entre la gravité de cette maladie, et l'absence de ces symptômes dirritation quelle sembleroit devoir produire dans tout le systéme.
Cependant il me paroît essentiel de remarquer que ce résultat de l'observation nindiqueroit que la malignité de cette maladie inflammatoire , et non sa nature goutteuse , si on navoit en même temps d'autres signes de ce caractère goutteux.
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160 TRAITÉ D'ailleurs M. Chambon a développé et
appuyé par une observation très-remarquable , son assertion générale sur ces signes quil donne de la nature goutteuse des inflammations internes dans des sujets qui n'ont jamais eu de Goutte.
Dans la cure des inflammations aiguës de nature goutteuse, dont je parle ici, il faut suivre des méthodes analytiques de traitement analogues à celles qui conviennent aux mêmes inflammations internes, quand elles sont consécutives de la Goutte aux articulations. Je parlerai de ces dernières méthodes dans le Livre suivant.
Troisièmement. Il est des affections chroniques des viscères inflammatoires , douloureuses, et autres, qui sont de nature goutteuse, quoiquelles ne soient ni précédées ni accompagnées de Rhumatisme ou de Goutte aux articulations.
Ces cas sont au nombre de ceux que Cullen a dit être produits par l'espèce de Goutte qu'il a appelée atonique (1), et ils appartien-
(1) L. Cit, N.° 150-1. Parmi les cas qu’il rapporte à sa Goutte atoinque, Cullen en comprend aussi qui
DES MALADIES GOUTPEUSES. it hent à la Goutte que Liger a appelée irréqudière proprement dite.
Je vais indiquer deux faits de ce genre rapportés par Van-Swieten , et jy en join drai quelques autres du nombre de ceux:
que j'ai eu occasion de voir. | Un homme qui, étant assis , ne souffroit rien, et qui dès qu'il se mettoit debout étoit pris d'un vertige violent qui le faisoit tomber , resta deux ans dans cet état, malgré les remèdes que lui ordonnèrent plusieurs habiles gens. Un accès de Goutte, qu'il n’avoit Jamais eu , le guérit entièrement ( Van-Swieten ). |
Un homme qui avoit toujours été exempÉé de Goutte , ayant eu , dans l’espace d'u mois, trois accès d’épilepsie , dont chacun:
étoit précédé d’une douleur violente du basventre avec délire ; fut guéri par une douleur cruelle qui survint au gros orteil ; ef il fut ensuite exempt d’épilepsie ; ayant
chaque année deux attaques de Goutte régulière ( Van-Swieten ).
Dans ce dernier cas, la maladie goutteuse!
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peuvent être précédés où entremêlés utilement ; de quelque degré de Goutte aux articulations:
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162 PAU Re fut sans doute essentielle, et non acciderrtelle ou symptomatique , puisqu'à la suite de la solution critique de l'épilepsie, par la Goutte articulaire qui survint, il s'établit une habitude de Goutte régulière , sans complication de l’épilepsie.
Une dame fut attaquée d’une vphthalmie , qui résista pendant quelques mois aux remèdes qui sembloient être les plus appropriés. M. Lorry , médecin , dont la mémoire me sera toujours chère et respectable , jugea que cette ophthalmie avoit une cause goutteuse , et il la guérit par des remèdes qui déterminèrent la formation de la Goutte aux pieds. Cette dame a été depuis fréquem- . ment sujette à diverses affections goutteuses et néphrétiques.
- J'ai vu plusieurs cas de douleurs chroniques et rebelles dans le bas-ventre , qui avoient un caractère essentiellement goutteux , ayant des reprises alternatives avec celles d’autres douleurs qui occupoient sensiblement le périoste de différens os ; mais qui n’avoient jamais leur siége dans les muscles, ni dans les parties environnantes des articulations , et qui ne présentoient point
les formes propres du Rhumatisme, ni de la Goutte.
J'ai vu plusieurs fois des douleurs internes dans la région de l'estomac , revenant par des attaques plus ou moins vives et fréquentes, qui étoient certainement de nature goutteuse, quoiqu'il n'eût point précédé, et quil ne se soit point ensuite déclaré chez ces personnes , de mouvement de Goutte aux articulations.
L'exemple le plus remarquable que j'en ai vu, a été chez un homme dont les qualités personnelles ont commandé le respect, au milieu des révolutions qui lui ont ôté les plus grands avantages de la naissance et de la fortune.
Dès la première fois qu'il me consulta (il y a environ trente ans), je reconnus qu’une cardialgie dont les retours violens détruisoient ses forces , étoit de nature rhumatique goutteuse , quoiqu'il n'eût jamais eu de Goutte aux articulations, ni de Rhumatisme.
Aux signes qui m'avoient indiqué alors le caractère de cette maladie, il s'en joignit :
successivement d’autres, qui confirm èrent de plus en plus mon opinion sur sa nature.
Le malade devint sujet habituellement à une excrélion très-abondante de craie par les urines ( excrétion dont j'ai fait voir cidessus le rapport avec les affections goutteuses ). Les douleurs qui étoient d’abord seulement internes , s’étendirent depuis à l'extérieur de la région précordiale , et aux muscles du devant de la poitrine , et le malade eut en dernier lieu une attaque de douleurs de Rhumatisme très-vives à une cuisse:
L'usage de l'extrait d'aconit , continué par de longues reprises pendant le cours de deux années , produisit constamment les meilleurs effets dans la cure de cette maladie.
LXXXIT.
Des femñimes nées de parens goutteux, sont particulièrement sujettes à des affections de Goutte et de Rhumatisme dans un âge avancé , jusques auquel ces mouvemens sont pour l'ordinaire retardés par l'effet de Yévacuation des règles.
A cet âge , lorsque la menstruation vient à se faire difficilement , une affection goutteuse-rhumatique occupe souvent la ma-
trice, et l'on peut reconnoître le caractère de cette affection long-temps avant que la Goutte ait paru dans d’autres parties, lorsqu'on en observe des signes qu'a indiqués Baillou.
Ces signes sont le cours irrégulier des règles, le défaut de quantité ou de qualité du sang menstruel la difficulté de la fécondation, une oppression générale et accablante, que cause l'humeur qui surabonde et qui n'est pas fixée , etc. (1).
Stoll a vu une douleur fixe de la matrice qui étoit du même genre. Elle subsistoit depuis plusieurs années , avec un gonflement sensible dans la région de ce viscère; gonflement que des gens de l'art, d'ailleurs éclairés, rapportoient à une tumeur déjà squirreuse et cancéreuse. Il dit que le changement du siége de la douleur, qui se porta sur une des extrémités inférieures, et la nature du traitement qui réussit, firent connoître que la cause du mal étoit arthritique.
J'ai vu plusieurs cas remarquables de
(1) Foyez sur les affections goutteuses æt rhumatiques de la matrice, le Traité des Maladies des Femmes, par M. Chambon, tome 11, chap. 10.
cette affection rhumatique-goutteuse de la matrice. J'en-ai guéri deux entrautrés, où l'état d'engorgement inflammatoire de ce viscère fut constaté à plusieurs reprises par des accoucheurs habiles, et où la nature des douleurs et des autres symptômes donmoit tout lieu: d'appréhender comme prochaine üne corruption ulcéreuse ou cancéreuse de la matrice.
Dans ces cas bien reconnus, j'ai employé avec succès les évacuations dérivatives par les sangsues, quindiquoit l'inflammation lente de la matrice; le camphre joint au nitre, et ensuite les savonneux, les eaux minérales sulfureuses, etc. J'y ai vu réussir très-bien la décoction de bardane, de douceamère et de salsepareille à fortes doses, et l'application constamment renouvelée au-dessus de los sacrum, d'un emplâtre épispastique ( sans cantharides }, qui procuroit un suintement assidu et très-avantageux de sérosités abondantes.