‹ Traite ́des maladies goutteusesChapitre 4 sur 116 · ER AN MEN · texte numérisé non relu

ER AN MEN

Au nombre dés diaphorétiques actifs que!

l'on a le plus recommandés dans le Rhumatisme chronique, sont l'infusion de sassafraf { fort vantée dans cette maladie, et dans la Goutte , pat Bergius ) ; les décoctions fortes des racines de salsepareille et de saponaire; celle des racines de bardane récentes ( que M. Razoux donne miellée , et mélée avec autant de lait )}, etc. |

D'autres diaphorétiques très - généralement eflicaces dans ce Rhumatisme, sont l'antimoine crud pris à grandes doses, le vin stibié donné à gouttes, le kermès minéral ou seul où combiné aux deux tiers avec le mercure doux ( ce qui fait un æthiops antimonial ) , la poudre antimoniale de James , etc., la gomme-résine de gaïac et sa teinture volatile, à des doses trop foibles pour purger, elc.

Il ne faut ordonner ces préparations d'antimoine et ces diaphorétiques actifs dans les

remède üne efficacité qu’il n’a point.sans doute quand. on les donne à de moindres doses; et qu’il opéroit alors sans causer la moindre irritation, lorsqu'on avoit fait précéder des anti-phlogistiques convenables , et des saignéss si elles étoient indiquées.

douleurs de Rhumatisme chronique, qu'autant qu'elles ne sont point accompagnées d’un état fiévreux qui contre-indique l'usage de ces remèdes. Trampel a vu à la suite de l'abus qu'on avoit fait de ces remèdes énergiques dans une douleur rhumatique des muscles du cou, sans égard à la fièvre qui y étoit jointe , que le cou devint tords , et la tête fut portée fixement sur le côté, par une dépravation .qui s'établit peu à peu dans la position de la colonne des vertèbres cervicales.

Cullen met au premier rang des remèdes du Rhumatisme chronique , les sels alkalis volatils et les huiles essentielles tirées de la térébenthine et d’autres substances résineuses. Il les donne à grandes doses pour rétablir l'activité et la vigueur du principe vital dans la partie affectée , ce qu’il croit être l'indication générale de la cure de ce Rhumatisme. Mais ces remèdes utiles dans - quelques cas, comme étant des révulsifs diaphorétiques ou diurétiques, sont trop échauffans pour pouvoir être d'un usage commun. |

J'observe que la térébenthine et les autres baumes naturels (particulièrement celui du

s. TRAITÉ Pérou ) me paroissent être particulière ment appropriés dans plusieurs cas d'affections rhumatiques , à raison de leur vertu -nervine. L'eau de goudron a de même, dans ces cas, des vertus réelles, quoique Berkley les ait extrêmement exagérées.

Le baume de gaïac (batsamum quaiact-

mum de la pharmacopée de Londres ) préparé par la digestion de la gomme de gaïae et du baume du Pérou dans l’esprit-de-vin, semble devoir être souvent un excellent remède dans les Rhumatismes des sujets phlegmatiques.

Les bains répétés des vapeurs d’eau chaude , ou plutôt d’une décoction de plantes aromatiques ou de jeunes branches .

de pin (vapeurs qu'on peut diriger spécialement sur la partie affectée }, sont des diaphorétiques souvent efficaces dans le Rhumatisme chronique. |

Si ce Rhumatisme est général , on fait prendre avec succès au malade ( placé dans un panier d'osier qui est garni de couvertures, et hors duquel il n’a que la tête ) , un bain de vapeurs d’esprit-de-vin qu’on brüle, ou des fumigations ayec une poudre aromatique brûlée ; de manière que ces vapeurs

DES MALADIES GOUTTEUSES. 9 æu ces fumées excitent et entretiennent une forte sueur dans toute la surface du corps, Ce remède, communément trop négligé, a été fort recommandé autrefois , et récemment par MM. Ant. Petit, Sims et Ponsart.

Dans un très-grand nombre de cas de Rhumatisme chronique, les bains des eaux thermales excitent aussi des sueurs résolutives qui ont les effets les plus heureux. Ces guérisons ont beaucoup contribué à rendre célèbres diverses eaux thermales, soit sulfureuses, comme celles d’Aix-la- Chapelle, Bagnols, la Malou , etc., soit salines comme celles de Balaruc, etc.

Ces dernières eaux sont à préférer lorsque c'est l'état de relâchement qui domine dans le Rhumatisme , et les sulfureuses lorsque c'est l’état de contracture, comme aussi lorsqu'il a précédé des affections dartreuses ou galeuses qui n'ont pas été bien traitées.

Outre les purgatifs et les diaphorétiques, il est d’autres évacuans comme les diurétiques , dont l'usage continué assez longtemps pourroit avoir un effet révulsif trèsavantageux dans le Rhumatisme chronique.

Mais on manque d'essais et d'observations sur cet objet,

Les cautères qui introduisent une habitude nouvelle d’une excrétion artificielle, ont dans plusieurs cas de Rhumatisme invétéré une utilité reconnue. Cependant lFhabitude même de ce remède en affoiblit à la Jongue l'effet préservatif chez les ‘personnes sujettes aux retours du Rhumatisme.

M. Ant. Petit a bien observé qu'il est en général plus avantageux d'ouvrir les cau-.

tères au bras, quand ce sont les parties supérieures qui sont prises de Rhumatisme, et aux jambes quand ce sont les inférieures.

X X XIIL

Les évacuans énergiques ont souvent de plus puissans effets pour opérer la solution du Rhumatisme chronique, lorsque ces évacuans étant de différentes sortes sont combinés entre eux ou avec des remèdes d’une autre nature. 1

La combinaison de ce genre la plus usitée est celle des sudorifiques avec les purgatifs. On a réuni ces deux sortes de remèdés dans un grand nombre de tisanes sudorifiques purgatives, qui ont eu successivement beaucoup de célébrité pour la cure du Rhumatisme et d'autres maladies analogues.

Mais il faut observer avec M. Rast, que ces remèdes sudorifiqnes et purgatifs font beaucoup de mal , et causent un extrême abattement si on les donne trop long-temps, et sans avoir fait précéder. les délayans dans le Rhumatisme des personnes foibles, maigres, et fort échauffées.

Pringle a vu dans le Rhumatisme d’heureux effets de la gomme de gaïac prise à heure du coucher à une dose forte et laxative , comme au-dessus d'un scrupule ( dissoute dans l’eau au moyen d’un jaune d'œuf) à laquelle on ajoutoit cinq grains de sel de corne de cerf.

M. Clarck a vu de très-bons effets dans les douleurs de Rhumatisme de l'usage alternatif de la gomme de gaïac prise à une dose suffisante pour purger , et d’une poudre semblable à celle de Dover donnée pour faire suer.

L'opium est joint à l’ipécacuanha dans la poudre de Dover qui a été fort employée

en Angleterre dans le Rhumatisme chronique. Cette combinaison ôte à l'opium une grande partie de sa vertu narcotique ( ainsi

que l'ont prouvé des observations de M. Car-

minati) , de manière qu'on peut y donner

12 À TRAITÉ l'opium à la dose de quelques grains , sans aucun danger; et l'opium y affoiblit aussi la vertu émétique de l’ipécacuanha. De la composition de ces deux remèdes résulte un diaphorétique très-puissant dont on aide l’action par un régime chaud. 1

Si cette poudre produit des sueurs abondantes sans causer de grands échauffemens ni d’autres symptômes fâcheux, on en continue l'usage à des doses modérées et en tenant le ventre libre. Mais il faut s’en désister, si la sueur ne vient point. L'usage de ce remède est aussi contre-indiqué , s’il y a chaleur brülante , anxiété , grande soif, pouls dur et fréquent, douleur de tête et délire imminent. |

Un célèbre médecin de Londres m'a raconté qu'un de ses amis avoit traité avec un succès surprenant des Rhumatismes rebelles , en excitant une salivation modérée par l'usage du mercure doux joint à l'opium.

Il donnoit tous les soirs cinq grains de mercure doux et un grain d'opium. Il portoit ces doses jusqu’au double s'il étoit nécessaire, etil s'arrêtoit aussitôt que paroissoit la salivation qui emportoit le mal au bout de deux ou trois jours.

Je rapporte ici ce qu'a dit Merli, qu'en

faisant quelques frictions mercurielles , et

purgeant les lendemains de ces frictions ; il

a vu céder des Rhumatismes presque désespérés. ;

Secondement , en donnant le traitement du Rhumatisme aigu, j'ai parlé avec beaucoup moins de détail que je ne ferai ici des remèdes comme spécifiquement résolutifs de l'état rhumatique , ou du sang ou des fibres affectées. L'usage de ces remèdes dans le Rhumatisme aigu est le plus souvent entièrement subordonné à celui des remèdes qu'exigent la fluxion inflammatoire et les terminaisons critiques de ce Rhumatisme aigu. |

Les remèdes résolutifs de l'état rhumatique du sang sont ceux qui corrigent ce vice de sa mixtion ou les parties de la Iymphe sont trop liées entre elles, et trop séparées des autres parties constitutives du sang. ( Voyez ci-dessus n.° x.)

On voit que dans l'état rhumatique du sang , on a en général moins à résoudre son épaississement actuel qui peut n’y être for-

Mn TRAITÉ

mé que très-imparfaitement , que la tendance que les parties lymphatiques du sang ont à produire cet épaississement en s’unissant entre elles , et en se séparant des autres parties constitutives de ce fluide. |

L'expérience seule a pu déterminer les remèdes qui sont spécialement appropriés pour l'état rhumatique du sang entre ceux qu'on appelle vaguement atténuans et fondans, et qu'on croit agir d’une manière uniforme dans tous les cas où l'on présume l'épaississement du sang et des humeurs.

Floyer pense que la viscosité du sang des personnes attaquées de Rhumatisme devant être atténuée par la putréfaction, il faut procurer cette putréfaction par un grand usage des médicamens maturatifs et colliquatifs entre lesquels il croit que les corps doux sont des plus eflicaces. 4] conseille dans cette vue la réglisse, la squine , la salsepareille , les raisins secs , etc. Mais ces idées sont extrêmement vagues.

Si l'on devoit se proposer dans cette maladie de donner des résolutifs septiques , le : premier de tous pourroit être l'eau de chaux animale ou préparée avec la chaux des écailles d’huîtres. Huxham a fort recom-

Le.

DES MALADIES GOUTTEUSES. Èx

mandé dans le Rhumatisme l'usage de cette eau de chaux qu'on peut rendre encore plus utile en divers cas, en y faisant infuser du sassafras. J'ai vu souvent des effets avan= tageux de cette eau de chaux composée.

On peut opposer à l'épaississement des humeurs dans le Rhumatisme d’autres fondans efficaces. Tels sont le savon ( dont Pringle conseille de grandes doses d’après Clarck )} la gomme ammoniaque , la racine de sénéka , la teinture de succin , dont des

. doses modérées peuvent être d'autant plus

utiles , lorsque les malades sont fort débilités, la décoction et l'extrait des tiges de douce-amère , etc.

Si l'usage de la douce-amère est continué assez long-temps en augmentant graduellement ses doses , elle est très-effiéace , particulièrement chez les personnes cachectiques , pour chasser par les urines les humeurs

excrémentitielles rhumatiques , qui sont fixées dans le tissu cellulaire des parties

affectées.

. Il me paroît que dans les tiges de la douce-

amère la qualité wèreuse ( qui est beaucoup

plus foible que dans les feuilles } se com-

bine avantageusement avec la vertu diapho-

16 TRAITÉ | rétique ; et que cette combinaison est le prin= cipe de l'action résolutive qu'a souvent la douce-amère dont un des effets les plus remarquables est de procurer la résorbtion du sang extravasé, etc. -

Lorsqu'on a lieu de croire dans le Rhumatisme invétéré que lépaississement du sang et des humeurs est porté à un trèshaut degré , on peut employer pour les ré- soudre l'usage des mercuriels.

C'est sans doute dans des cas HN NE UE d'affections goutteuses et rhumatismales que ‘James a vu réussir singulièrement certaines préparations de mercure , comme le mercure diaphorétique jovial d'Hoffmann, le mercure solaire animé du même, etc.

M. Selle a vu aussi de bons effets des mercuriels dans le Rhumatisme opiniâtre , quoiqu'il n’y eût point de soupcon de maladie.

vénérienne. |

M. Clarck (1) dit que dans le Rhumatisme chronique des matelots , quand les douleurs fixes des jointures résistent à tous les remèdes ordinaires , elles sont entièrement et

(1) O6s. on the Diseases in long voyages to ho sountries:

DES MALADIES GOUTTEUSRS, 17 promptement dissipées par des frictions mercurielles sur les parties affectées auxquelles on joint l'usage de pilules mercurielles. Il conseille néanmoins d'arrêter le cours de ces remèdes avant qu'ils ne produisent la salivation qui en général rend la cure incomplète.

Page 1