LX VIT
Dans les intervalles des attaques , et dans l'état habituel de la Goutte chronique de l'estomac et des intestins, qui est avec dominance de l'irritation , plus ou moins marquée, les stomachiques amers ou aromatiques, et les martiaux, donnés comme préservatifs des attaques aiguës de cette Goutte seroient au moins inutiles , et pourroient même souvent être fort nuisibles.
L'usage du lait peut être alors très-avantageux. Il est même, suivant l'opinion de M. Tronchin , un remède principal dans l'état chronique de la colique du Poitou arthritique.
D’autres remèdes , qui sont alors le plus
généralement efficaces, sont les bains tièdes ( ou les bains d'eaux thermales sulfureuses) dont l'usage doit être répété fort longtemps , l’antimoine cru, et la décoction ( médiocrement forte ) des bois sudorifiques.
C'est par ces moyens que M. Strack a opéré des guérisons très-nombreuses de la colique du Poitou, causée ‘par une humeur arthritique vague. Il plaçoit les bains tièdes dans les accès même de cette colique , et surtout dans leur déclin, et dans l’état paralytique qui leur survenoit. Il en faisoit prendre deux par jour, pendant un ou deux mois , et même jusqu'à plus de cent.
Il a vu chez un sexagénaire , cet état paralytique accompagné d’une aliénation d'esprit, quise dissipa aussitôt que les bains eurent rétabli les forces du corps.
On a employé avec succès d’autres diaphorétiques actifs , dans la «colique rhumatique que suit la paralysie des extrémités.
Ainsi, M. Selle y recommande , outre les bains chauds, le soufre doré d’antimoine joint au mercure doux , et la teinture volatile de gaïac.
Fothergill dit que cette teinture est singulièrement efficace après.la colique de Poi-
tou, pour rétablir le mouvement des membres , lorsqu'on la donne à des doses qui tiennent le ventre libre , après avoir évacué suffisamment les intestins, et rétabli leurs fonctions en quelque degré.
LXVIIT
Des remèdes qui sont particulièrement appropriés à certaines espèces de la colique de Poitou ( espèces qui sont plus diversifiées que ne l'a pensé M. Strack ) , peuvent réussir dans certains cas de colique arthritique.
Telle étoit sans doute une colique vue par M. Grashuis, dont les retours étoient déterminés par tout exercice un peu plus fort que de coutume , et dont les accès étoient soulagés par des douleurs qui sur- venoient aux pieds. M: Grashuis guérit dans ce cas , en suivant sa méthode générale du traitement de la colique de Poitou , en fai- ‘sant prendre une mixture semi-vineuse , où entroient l’alun, la gomme adragant et le cachou. |
On voit que ces remèdes astringens ( indépendamment de l'effet que l'alun püt avoir en excitant la liberté du ventre ) purent être utiles dans ce cas , en fortifiant les intestins,
DES MALADIES GOUTTEUSES. 3or
ét en préparant ainsi la détermination des humeurs goutteuses sur les articulations.
Lorsque des accès de douleur violente qui surviennent dans l’état habituel de Goutte chronique de l'estomac et des intestins, sont avec une disposition inflammatoire ou pléthorique bien marquée , il est souvent utile, pour prévenir les retours de semblables accès , d’ordonner dans leurs intervalles, des évacuations de sang répétées par l'application des sangsues au fondement.
Un remède particulièrement indiqué dans les cas où cette Goutte chronique est accompagnée de douleurs habituelles ; remèéde qu'on a proposé trop généralement, comme un préservatif de la Goutte interne, est un exutoire établi aux extrémités inférieures, par le moyen du sain-bois ou d'un vésicatoire.
Dans la Goutte chronique des organes digestifs , il faut insister avec persévérance, suivant quil est indiqué, sur l'usage des anti-goutteux comme spécifiques , qui sont résolutifs de l’état goutteux, ou dans les solides, ou dans les humeurs (1).
(1) V. Liv. 1, n.° xx
Dans la Goutte aiguë des viscères, la marche rapidement dangereuse de la maladie, ne laisse que peu d'apparence d'utilité de l'emploi des remèdes, comme spécifiquement appropriés à la résolution de état goutteux, du sang et des humeurs; et l'on est presque réduit à nemployer d'autres anti-goutteux que ceux qui agissent comme résolutifs de l'état goutteux des solides.
Mais dans la Goutte chronique des viscères, les anti-goutteux comme spécifiques de l’une ou de l’autre sorte, promettent des effets salutaires, et doivent être assidûment combinés, en observant jusqu'où sont contre-indiqués ceux d’entre ces remèdes qui sont échauffans. |
Troisièmement. Il est divers symptômes qui surviennent à l'état chronique de la Goutte de l'estomac et des intestins, auxquéls il faut opposer des traitemens parti-
culiers.
Tel est le fer-chaud, que causent souvent
des mouvemens imparfaits de cette Goutte excités par diverses circonstances. Dans le fer-chaud , le malade ressent une chaleur
plus ou moins vive et incommode , qui se prolonge de l'épigastre au gosier , avec un sentiment de tension et de resserrement, auquel se joignent quelquefois des nausées, et même des vomissemens.
On n’a pas bien déterminé la nature de cette affection , qui est essentiellement spasmodique. Elle me semble consister dans une sorte de crampe ou de contraction convulsive , inégalement répandue dans les fibres de l'estomac et de l’æsophage.
La résolution de cette crampe est plus ou moins tardive. Lorsqu'elle se termine par un mouvement combiné et plus uniforme des fibres de l'estomac, elle produit des explosions de vents , des nausées, et même du vomissement. Je remarque aussi que cetté affection spasmodique se propage sensiblement aux tégumens , dans la région épigastrique , et au-dessus du sternum.
Cette affection, lorsque la cause en est foible , peut céder ( de même que le hoquet ) à de légers changemens dans la manitre d'être de l'estomac. Ainsi, on le dissipe quelquefois alors en faisant avaler une demi-douzaine d'amandes pilées, et j'ai connu un malade qui, lorsqu'il s’en trouvoit pris
étant couché sur le dos, étoit soulagé aussitôt qu'il se remettoil sur son séant. |
Le fer-chaud se renouvelle souvent chez les vieux goutteux , surtout lorsqu'ils font usage des alimens ou des boissons qui tournent à l'acide , et cet effet est d'autant plus fréquent , qu'il existe (comme je l'ai dit cidessus ) une tendance générale à l’acide dans les maladies goutteuses. (C'est pourquoi les palliatifs de ce symptôme goutteux, qui sont de l’usage le plus commun, sont les absorbans, tels que le julep de craie, les tablettes de magnésie du sel d'Epsom calcinée , etc.
On doit observer que par rapport à l’astriction que ces absorbans peuvent produire , et qui pourroit amener des cardialgies et des maux hypocondriaques, il est souvent nécessaire de joindre à ces remèdes des laxatifs appropriés : il faut alors suivre le conseil que Wintringham donne en général pour les gens âgés, chez qui la Goutte se porte sur l'estomac , celui de faire prendre, avec des testacés et du sel d'absynthe , une quantité de rhubarbe qui suflise pour procurer une ou deux selles chaque jour.
Les goutteux peuvent aussi devenir sujets
DÉS’ MALADIES GOUTTEUSES. 3oÿ au fer-chaud, par l'abus des alimens qui tournent à la génération rance ; alors le vice des sucs .que ces alimens produisent , est efficacement corrigé par l'air fixe qui se dégage de la potion anti-émétique de Riviere, ou d’un mélange de crême de tartre et de magnésie muriatique. |
J'ai observé, chez quelques vieux goutteux , que la lésion habituelle des organes digestifs se joignant à ce degré de décomposition que la Goutte produit dans le sang , les humeurs subissoient une altération analogue à la dégénération scorbutique (1).
J'ai vu quelques-uns de ces malades qui étoient attaqués fréquemment de diarrhées, ou d'affections érysipélateuses, en même temps quils éprouvoient plusieurs symp-tômes de nature scorbutique. Ç
On voit que dans ces cas il faut insister, en le modifiant suivant les circonstances, sur l'usage des anti-goutteux qui sont en
(1) J'ai parlé ci-dessus ( liv..1, n.° xvr) de cette forme que prend l’altération goutteuse des humeurs
dans plusieurs constitutions.