TR A DUT
Ce catarrhe est surtout produit chez les personnes sujettes à la Goutte et au rhumatisme, dont la tête est habituellement échauffée par de fortes contentions d'esprit, ou par diverses circonstances.
Les goutteux peuvent aussi être disposés à ce catarrhe, par une infirmité relative héréditaire. |
J'ai vu un homme sexagénaire , qui étoit sujet depuis sa jeunesse, à cette incommodité singulière, qui lui étoit commune avec d’autres personnes de sa famille, que la cause la plus légère lui faisoit sentir du froid au derrière de la tête, et qu'il ne pouvoit alors s'approcher du feu sans s'enrhumer.
Cet homme avoit de fortes attaques de Goutte depuis vingt ans; mais ces attaques étoient tres-foibles depuis un an, qu'il étoit affecté d'une fluxion perpétuelle sur les parties externes de la tête et sur la mem-
brane pituitaire.
Lorsque le catarrhe goutteux de la membrane pituitaire est opiniâtre, et qu'on a lieu de craindre quil ne soit suivi d’un catarrhe sur la poitrine, il faut établir la
liberté du ventre, et celle de la transpiration. = Les diaphorétiques y sont utiles, et doivent être choisis parmi les spécifiques anti-goutteux. | ns
Tant que subsiste la crudité du catarrhe ( qu'indique l'abondance des humeurs tenues et âcres qui coulent du nez ), il ne faut employer que des diaphorétiques très-doux.
Lorsqu'il y a une disposition sensible à la coction, on donne avec succès, après les évacuations générales , des diaphorétiques plus efficaces , tels que le soufre et les décoctions de squine et de salse-pareille.
En général, il est prudent de s'abstenir des diaphorétiques très-actifs, dans ‘l’état habituel de catarrhe goutteux de la membrane pituitaire. J'y ai vu lusage de la gomme de gaïac prise dans du taflia, causer des douleurs de tête violentes, et des hémorrhagies du nez très-considérables.
Après les évacuations générales et révulsives , les remèdes errhins et sternutatoires peuvent être utiles pour aider lexcrétion des humeurs muqueuses , lorsqu'elle est préparée par un état de coction manifeste. Dans l'état de crudité du catarrhe , ils est toujours à craindre que ces remèdes locaux n'aiti-
il. 22
ER ONES PRE NI ES rent l'humeur goutteuse sur la membrane pituitaire, et il l’est d'autant plus que la Goutte affecte moins les articulations. …
Il me paroît que dans tous les cas, et quoique la Goutte occupe en même temps les articulations, il est dangereux d'employer dans le catarrhe goutteux de la membrane pituitaire, des lotions d'eau froide, et des fomentations rafraîchissantes sur les parties supérieures de la tête. |
Ces topiques qui sont trop généralement, et condamnés par Tralles, et recommandés par d’autres, dans les différentes espèces du catarrhe de la membrane pituitaire, peuvent être ici pernicieux en portant la matière goutteuse sur les nerfs voisins. J'en ai vu des exemples.
Poui préserver des retours du catarrhe de la membrane pituitaire, qui est si fréquemment suivi du catarrhe sur la poitrine, jai trouvé que le plus efficace comme le plus simple des remèdes, est l'usage journalier de l’eau tiède, qu'on fait humer par le nez, à plusieurs reprises, pendant un un temps assez long.
Par ce remède, qui est préférable - aux errhins et aux sternutaioires, on entretient
DES MALADIES GOUŸTEUSES. 339:
l'habitude d’une excrétion assez abondante de l'humeur muqueuse. de la membrane pituitaire.
Ce moyen est le plus convenable pour opérer chaque jour ce que les anciens appeloient la purgation de la tête, et pour dériver assidüment les humeurs qui peuvent découler de la tête sur la gorge et la poitrine.
Suivant l'observation de Fernel ( qu'il à trop étendue, mais que les modernes ont trop négligée, c’est très-souvent de la partie supérieure externe de la tête, que naissent les catarrhes qui se répandent sur ses autres parties extérieures, et sur fe articulations des extrémités.
Cest d'après cette observation qu'on a proposé, pour garantir des catarrhes, de faire des onctions sur le sommet de la tête avec le baume du Pérou et le {iniment ccphalique de Fuller, ou d'autres analogues.
Le catarrhe goutteux du poumon attaque surtout les goutteux, chez qui le poumon souffre manifestement une infirmité origi-
naire ou acquise, relativement aux autres organes.
340 TR AITÉ
Dans ce catarrhe, il n'y a que peu où point de fièvre; mais si ceux qui en sont affectés, viennent à être saisis par le froid, ou prennent trop de remèdes échauffans, la fièvre s'allume, et peut être suivie de la péripneumonie.
Il cst quelques malades chez qui ce catarrhe , et même la phthisie catarrhale qui peut lui succéder, existe avec la Goutte dans les articulations des extrémités. Mais le plus souvent, les reprises de cette Goutte articulaire sont alternatives avec les attaques de catarrhe et de toux arthritiques , qui produisent des évacuations abondantes par les crachats.
Le catarrhe goutteux sur le poumon doit être traité par une méthode analytique qui soit formée suivant la dominance respective qu'ont les élémens de ce catarrhe, qui sont la fluxion des humeurs sur le poumon, l’engorgement de cet organe et son état goutteux , avec excès de foiblesse ou d'irritation.
Il faut distinguer deux temps du catarrhe des humeurs goutteuses sur le poumon; le premier , ou il est encore vague à un certain point ; le second, où il est dirigé fixement sur je poumon. Les évacuations générales qui
DES MALADIES GOUTTEUSES. 3&t
sont indiquées par la saignée et la purgation, peuvent être surtout convenables dans le premier temps, comme les diaphorétiques actifs, et les expectorans le sont principalement dans le second.
Dans le catarrhe goutteux sur le poumon, Musgrave conseille la saignée lorsqu'elle n’est point contre-indiquée par l’âge et la foiblesse des malades, pourvu qu'elle soit faite de manière à ne pas ôter les forces né/ cessaires pour l'expulsion de la Goutte.
Mais il faut, dans le traitement des fluxions goutteuses sur le poumon , restreindre l’usage de la saignée aux cas où elle est indiquée par la pléthore, ou bien par l’hémoptysie, ou la péripneumonie qui surviennent à ces fluxions. |
L'application des sangsues à la poitrine peut suppléer avantageusement à la saignée, dans les cas où celle-ci est trop fortement contre-indiquée , et cettè évacuation de sang locale est aussi, dans plusieurs cas, très-bien placée à la suite de la saignée.
La purgation fait souvent une révulsion utile, et il faut y insister davantage, lorsqu'elle se trouye indiquée par l'état des premières voies. |
Musgrave veut qu'on préfère les purgatifs qui troublent et agitent le sang , et qui concourent ainsi à pousser la Goutte aux articulations. Mais j'ai dit ci-dessus ( n.° xvu.) que si les purgatifs chauds, ou d'une force médiocre sont indiqués de préférence aux purgatifs doux et énervans quand il faut purger dans la Goutte interne, ils ne doivent pas y être donnés dans la vue de pousser la Goutte aux articulations, d'autant qu'ils ne peuvent produire sous ce rapport qu’une excitation aveugle ou indéterminée.
L'AUAXTAUN ET
Quand le catarrhe sur le poumon est encore dans son incrément, et n’est pas parvenu à son éfat, des diaphorétiques modérés opèrent avantageusement une révulsion générale , et ils doivent être pris parmi les anti-goutteux.
Les diaphorétiques plus actifs sont indiqués lorsque le catarrhe goutteux sur le poumon est dans un état fixe, lorsqu'il ne s’y fait point de coction, et qu'il n’y a point d’expectoration critique. Ils doivent toujours être choisis dans la classe des antigoutteux , et appropriés à l'état ou de foi-
blesse ou d'irritation dominante dans le poumon. en
Ainsi, par exemple, la décoction de lx racine de polygala amère ( ou de la racine de sénéka ) convient lorsqu'il y a excès de foiblesse , et celles des tiges de douce-amère, lorsqu'il y a excès d'irritation.
Dans ce dernier cas, l'opium peut aussi être bien placé, mais il faut toujours le donner avec beaucoup de réserve, et seulement à petites doses répétées convenablement.
Lorsque le catarrhe goutteux qui est fixé sur le poumon se prolonge ou devient chronique, il faut insister principalement sur les anti-goutteux résolutifs de l'état goutteux, et dans les solides et dans les humeurs ( ces derniers étant bien placés dans les affections chroniques goutteuses ). On choisira entre ces remèdes, ceux qui étant bien administrés, peuvent en même temps être utiles comme diaphorétiques et comme expectorans.
Quand l’expectoration est empêchée ou imparfaite , parce que les vaisseaux perspiratoires du poumon sont embourbés par une pituite trop tenace, les expectorans incisifs les plus efficaces sont les gommes=
344 SDÉRV A CENE
“résines ammoniac et galbanum , l’oxymel scillitique , le kermès minéral, et les eaux minérales sulfureuses.
Il peut arriver que ces remèdes, quoique actifs, manquent d'effet sur de vieux goutteux chez qui il y a excès de débilité ou d’atonie, si leur action n’est aidée par l'usage du vin et des spiritueux.
Stoll a fait cette observation très-juste, que l'humeur de la Goutte qui est déposée sur le poumon peut très-rarement être rappelée aux articulations; mais que le plus souvent elle sévacue par la transpiration et les crachats. C'est encore un motif pour blämer Jusage des remèdes fort échauffans que Musgrave conseille trop généralement dans le catarrhe goutteux sur le poumon, dans la vue de pousser la Goutte aux articulations.
Si l'habitude d’expectoration est trop forte ( ce qui est surtout à craindre lorsque le malade est d'un âge fort avancé ), ou si le mouvement de congestion sur le poumon est violent, on peut répéter utilement les laxatifs, suivis des calmans. On doit user avec réserve des diaphorétiqües dont Fac-
tion peut encore forcer l'expectoration.
Des révulsifs qui sont alors spécialement appropriés, sont des diurétiques fortifians , comme la racine de garance, les bourgeons de sapin et les baumes naturels.
Pour prévenir la colliquation du sang dans le catarrhe goutteux invétéré, on éprouve de bons effets de la décoction de
e . % quinquina.
DIN ONMUNOVATCE L
Si dans le cours de ce catarrhe goutteux la nature est manifestement susceptible d'être déterminée à porter la*Goutte sur les articulations , il faut, en ayant toujours égard au degré des forces du malade, employer des remèdes internes, fortifians et excitans appropriés, et ensuite des topiques qui puissent rappeler la Goutte sur les articulations qu'elle occupait. Cependant il est rare que la nature affecte la solution des catarrhes goutteux, par des mouvemens de Goutte sur les articulations.
Lorsqu'on est parvenu à dissiper le catarrhe goutteux du poumon, pour en prévenir les retours il faut insister sur un régime et des remèdes anti-goutteux qui fortifient Les digestions et soutiennent la irans-
piration. Le malade doit user modérément d'alimens qui soient analeptiques , observer constamment une même distribution de ses repas, et faire journellement de l'exercice à l'air libre.
Entre les remèdes préservatifs anti-goutteux il n'en est point qui soit ici plus approprié que le soufre et les eaux minérales sulfureuses. |
Il est utile en général, pour prévenir les retours des catarrhes goutteux, d'établir un cautère ou un exutoire à une jambe. Musgrave conseille aussi d'établir un cauière au dos ( entre les épaules }, et ce remède convient surtout pour les malades que des reprises fréquentes de ce catarrhe menacent d'une phthisie goutteuse.