‹ Traité des maladies infectieusesChapitre 10 sur 70 · ART. III. — FIÈVRES DES MARAIS RÉMITTENTES ET CONTINUES · texte numérisé non relu

ART. III. — FIÈVRES DES MARAIS RÉMITTENTES ET CONTINUES

§ 73. ]Vature de ces fièvres. — On désigne SOUS ce nom des processus morbides avecexacerbations temporaires, mais avec une apyrexie incomplète; leurs causes sont les mêmes que celles de la fièvre interraitlente, leur apparition endémique, leur transformation si fréquente en fièvre intermittente ordinaire, des lésions anatomiques communes, l'action puissante des mêmes agents thérapeutiques, tout nous indique une identité dans les processus ; il y a du reste beaucoup de nos fièvres intermittentes ordinaires qui sont en réalité des fièvres rémittentes, puisque l'apyrexie est incomplète, au moins dans le phénomène essentiel de l'élévation objective de la température. Cependant lorsqu'on parle de fièvres rémittentes comme d'une espèce particulière de processus morbides paludéens, on ne désigne point seulement des cas de fièvres avec apyrexie incomplète, mais certaines maladies qui se développent le plus souvent d'une manière endémoépidémique présentant certaines particularités ayant trait à la marche; aux complications, au traitement et justifiant ainsi une distinction de forme.

§ 74. Conditions de développement, distribution g'éog^raphique. —

Ces fièvres ne se développent guère que dans les contrées où le miasme paludéen sévit avec une certaine intensité ou au milieu des fortes épidémies ; on en constate cependant quelques cas sporadiques, surtout en automne et à certaines années, même dans des localités où l'influence endémique est faible, comme j'eus moi-même autrefois la fréquente occasion de l'observer dans les environs de Tubingen. Ces formes régnent de préférence dans les pays chauds, dans ces contrées où les étés sont trèschauds, comme au nord de l'Afrique, et elles y sont alors les plus fréquentes de toutes les maladies aiguës ; elles s'observent aussi dans les contrées froides (Hollande, nord de l'Allemagne), mais surtout pendant les années très-chaudes; c'est être cependant trop absolu au point de vue dogmatique que de vouloir ranger au nombre des fièvres rémittentes et de rapporter au miasme paludéen toutes les fièvres actuelles des pays chauds et en particulier des Tropiques. Indépendamment du typhus et de la fièvre

intermittente, bien d'autres maladies aiguës peuvent se développer sous l'influence de conditions vitales tout à fait diff"érentes des nôtres, quoiqu'elles soient inconnues dans leurs causes et leur essence, et l'on ne saurait reproduire ici en faveur d'une identité dénature l'action puissante de la quinine tant de fois invoquée, puisque l'on s'est plaint si souvent de son efficacité dans les rémittentes desTropiques. Elles se propagent souvent avec une grande extension dans les lieux de leur développement endémique, elles peuvent ensuite disparaître pour des années. Elles offrent parfois une certaine propagation topographique un peu différente de celle de la fièvre intermittente; dans beaucoup de contrées tropicales, les fièvres rémittentes régnent sur les côtes; dans l'intérieur des terres ou sur les plateaux élevés, on n'y observe que la fièvre intermittente légère; lorsque les marécages se dessèchent, la véritable fièvre intermittente peut disparaître, elle est alors remplacée par les fièvres rémittentes, puis par le typhus et la dyssenterie.

Les indigènes ou les individus acclimatés des côtes marécageuses des tropiques paraissent ne souffrir que de la fièvre intermittente ou d'une fièvre rémittente légère; lesnouveau:^ arrivés et tous presque sans exception dans certaines localités, ainsi à Sierra-Leone d'après Kehoé, sont atteints des formes graves de la fièvre rémittente. Le fait de la contagion sous l'influence de circonstances^ adjuvantes (agglomération de malades, etc.), est au moins douteux pour les formes graves.

§ 75. Ke leurs rapports avec les fièTrcs intermittentes. — Le processus de la fièvre rémittente se rapporte essentiellement aux conditions dont nous avons déjà parlé dans la fièvre intermittente; les fièvres rémittentes et continues se développent lorsque les accès d'une fièvre intermittente grave se prolongent, rentrent l'un dans l'autre, et, dans cette chaîne morbide, les paroxysmes subintrants ou anticipants sont à peine séparés par un intervalle apyrétique. Il arrive très-souvent que le stade prodromique de gastricité fébrile, qui marque si souvent le cours de la fièvre intermittente ordinaire, atteigne une longue durée et une intensité considérable; tant qu'un catarrhe aigu de la muqueuse digestive ou des voies biliaires existe, il ne saurait exister d'apyrexie, la fièvre est continue rémittente et plus tard seulement, lorsque ces accidents locaux auront disparu, la maladie pourra se terminer par de véritables paroxysmes intermittents. Les choses se passent bien ainsi dans l'ictère catarrhal gastrique bilieux, lié si souvent à la fièvre rémittente ; aussi beaucoup d'anciens observateurs avaient-ils dit que la polycholie est le phénomène morbide essentiel de cette fièvre. Il peut y avoir aussi des complications locales d'autre nature, telles que des lésions intestinales dyssentériques, qu'une pneumonie même, l'état fébrile prend alors un type continu; dans le cours d'une fièvre intermittente ordinaire déjà commencée, des lésions locales graves peuvent se former en vertu de processus de cette nature ou de complications plus accidentelles, le rhythme de la fièvre disparaît alors,

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