CHAPITRE
ÉTIOLOGIE § 96. Distribution ^éo§^raphique de la fièvre jaune. — La ficvre
jaune se développe sous l'influence de conditions ctimatériques générales ; c'est essentiellement une maladie de l'hémisphère ouest, des Indes occidentales et du continent américain ; les premières notions que nous
(1) Lancet, 18o'2, 12 févr.
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avons de son apparition dans ces contrées datent de la première moitié et du milieu du dix-septième siècle (Duterlre, Labat). — Dans les Indes occidentales, en particulier dans les grandes Antilles, dans quelques régions du littoral sud des Étals-Unis (Nouvelle-Orléans jusqu'à Charleston) dans les pays qui environnent le golfe du Mexique, la maladie y règue pour ainsi dire d'une manière endémique, elle ne se propage pas pour ainsi dire au dehors, elle se montre de temps en temps par grandes épidémies et se manifeste toujours par quelques cas isolés. Dans les parties nord des Étals-Unis (Nev7-York, Boston, Philadelphie, etc.), la maladie n'est pas acclimatée, ces contrées en sont généralement exemptes, la maladie apparaît cependant de temps en temps après des intervalles de vingt années, sous forme de grandes ou de petites épidémies qui chaque fois donnent lieu à des discussions sur le fait de l'importation de la maladie.
La fièvre jaune s'est ainsi étendue jusqu'au 46""' degré de latitude nord (Québec au Canada) ; elle se comporte de même au sud à partir de l'Equateur; la maladie n'y règne plus d'une manière endémique, mais de temps en temps des épidémies se développent limitées ou très-étendues ; c'est ainsi que des cas de fièvre jaune ont été observés jusqu'à Montevideo, situé au 3o™^ degré de latitude sud. Le Brésil fut complètement exempt de la fièvrejaune pendant une période delSO ans, tous les écrits spéciaux confirment ce fait, mais de 1849 à 1853, et partiellement plus tard en 1856, il fut ravagé par des épidémies intenses ; on leur assigna pour origine une importation du dehors ; à la même époque la maladie sembla se propager du Brésil aux rives des parties inférieures du fleuve des Amazones, et ces contrées toujours saines auparavant devinrent le siège de l'infection. Dans tout l'hémisphère occidental, les côtes de l'est furent plutôt le siège de la maladie que les bords de l'océan Pacifique; la fièvrejaune s'y montra cependant, et Lima par exemple eut à souffrir en 1856 d'une épidémie meurtrière. Dans les contrées où la maladie règne principalement, elle relève de causes locales et agissant d'une manière continue, bien que de temps en temps ces causes diminuent ou augmentent beaucoup; dans les autres localités que nous avons signalées, elles s'exercent seulement d'une manière passagère.
La fièvre jaune se développe encore dans d'autres contrées tropicales et en particulier sans aucun doute sur quelques points des côtes occidentales de l'Afrique, principalement à Sierra-Leone : elle n'y est point importée, mais elle y règne à l'état d'endémo-épidémie ; aussi quelques auteurs (Pym) ont considéré ces contrées, mais sans en fournir les preuves, comme la terre originaire de cette maladie. La fièvre jaune se propage quelquefois en ayant ces contrées pour point de départ; une épidémie de fièvre jaune qui dut à des circonstances multiples une célébrité particulière régna, en 1845, à Boa Vista, l'une des îles du Cap-Ycrt, elle y avait été importée certainement de Sierra-Leone. Celte maladie se développet-elle dans les Indes orientales? C'est là un fait douteux, les fièvres que l'on
décrit comme propres à ces contrées et que caractérisent l'ictère et l'hématémèse sont plutôt d'autres maladies. Si l'on veut du reste se ranger à l'opinion d'un observateur aussi compétent que Lallemant et admettre l'existence de la fièvre jaune dans les Indes Orientales, on reconnaîtra au moins qu'elle y est très-rare et très-limitée.
§ 97. Son importation en Enrope. — La fièvre jaune ne règne jamais en Europe à l'état d'endémie, son apparition en grandes épidémies a été jusqu'à ce jour limitée à quelques ports de mer de la Méditerranée, à Cadix, à Barcelone, à Gibraltar en 1800 et même au siècle dernier, en 1804, 1821^ 1828 à Livourne. Depuis 1828 aucune grande épidémie ne s'est montrée en Europe; quelques petites épidémies isolées et des cas assez nombreux de développement sporadique de la fièvre jaune, ont été le résultat d'une importation évidente : ainsi à Brest, en 1815 et 1839, à Oporto en 1851, dans un canal sur une côte d'Angleterre par le vaisseau V Éclair en 1845, etc. La maladie se développa de nouveau à Lisbonne, et elle y régna épidémiquement du printemps de 1857 jusqu'en janvier 1858, 19,000 individus furent atteints, et 6,800 environ moururent, on put alors se demander si la maladie était née sur place ou avait été importée sans que les éléments de conviction fussent suffisants; cette dernière hypothèse (1) reste cependant comme la plus vraisemblable. Quelques voix autorisées ont affirmé que la fièvre jaune pouvait se développer à l'état sporadique dans quelques contrées d'Europe oti elle avait régné épidémiquement, mais nous verrons plus tard qu'il y a en Europe et même chez nous d'autres maladies dont l'appareil symptomatologique ne se laisse pas diflférentier facilement d'avec celui de la fièvre jaune (§ 130).
§ 98. Conditions «le son développement. — Il résulte de ce que noUS venons de dire que la fièvre jaune est une maladie endémique des pays chauds, elle s'y développe sous l'influence d'une chaleur continue ou à la suite de chaleurs passagères; d'après ce que nous savons jusqu'à ce jour, son développement spontané n'est possible que sous l'influence d'une température continue longtemps prolongée s'élevant à 26°-27° Réaumur et même au delà, les chaleurs uniformes- de l'été constituent ces conditions ; la maladie règne dans les Indes occidentales de mai en octobre à l'époque des pluies chaudes; sur le continent américain, à la Nouvelle- Orléans par exemple, à Charleslon et plus au nord elle apparaît principalement d'août jusqu'en octobre et novembre, et chose remarquable de préférence après des étés surtout très-chauds, et qui semblent rappeler le climat des contrées tropicales. On peut faire la même remarque au sujet des épidémies d'Europe, elles se montrèrent presque toutes sans exception au milieu ou à la suite d'étés chauds, leur développement était favorisé par une chaleur étouffante, un repos complet des vents, la stagnation d'une atmosphère brûlante et l'absence de ces orages qui surviennent à
(1) L'importation aurait eu lieu par le vaisseau à voile Citade de Belem^ du Brésil. [Transactions of the epidemiol. Society ofLondon, I, 2. London, 1862.).
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cettç époque de l'année (Brésil, 1850). L'épidémie une fois commencée, sa disparition n'avait point lieu aussitôt l'arrivée de saisons plus fraîches, mais elle s'effectuait chaque fois et d'une manière certaine avec l'apparition du froid (1). Des cas se sont cependant déclarés dans les saisons fraîches à bord des vaisseaux qui revenaient des Indes occidentales et abordaient dans nos ports d'Europe (ainsi à Southampton en novembre). — Une chaleur continue et uniforme paraît nécessaire d'une manière générale pour le développement et la propagation des causes de cette maladie, mais elle n'est point indispensable pour continuer son action sous une forme affaiblie, lorsqu'elle existe déjà. La chaleur n'est pas cependant la cause unique, directe et essentielle de la maladie, et la simple preuve en est dans l'immunité complète qu'offrent tant de contrées tropicales, elle réside aussi dans cet autre fait que dans les épidémies qui régnent chaque année aux Antilles, le nombre des malades est extraordinairement variable, tandis que la chaleur solaire est tous les ans à peu près la même, on peut ajouter que dans beaucoup d'épidémies de grandes villes quelques quartiers, quelques rues seulement sont frappés, dans une île un endroit seul est atteint et ceux qui se trouvent auprès jouissent de l'immunité. L'humidité en même temps que la chaleur paraissent favoriser le développement des causes de la fièvre et augmenter leur intensité, une sécheresse intense les affaiblirait au contraire. Si les observations ne concordent pas sur ce point, on peut penser que si les pluies torrentielles des tropiques sont une cause d'insalubrité en humectant la terre et l'atmosphère, les débordements qui ont lieu sur le sol des villes nettoient pour ainsi dire le terrain et agissent contre la formation du miasme. On ne doit point méconnaître l'influence de certaines causes locales, telles que la putréfaction des matières organiques, Paccuraulation de substances putrescibles, les émanations des canaux fangeux et les autres émanations insalubres du sol ; aussi l'origine tellurique du poison doit-elle être reconnue d'une manière presque nécessaire dans beaucoup de cas.
§ 99. C'est essentiellement nne maladie des côtes. — La fièvre jaune est essentiellement une maladie des contrées à basse altitude et avant tout des côtes de la mer. Une épidémie ne se développe jamais dans un pays entouré de tous côtés par la terre ferme ; dans les grandes épidémies la maladie peut se propager à l'intérieur, elle peut ainsi remonter au loin le long des rives du Mississipi ; dans les épidémies d'Espagne, elle s'étendra jusqu'à Cordoue et Grenade, etc. — Mais l'épidémie débute toujours, et c'est là une règle sans exception, dans les villes des côtes, et elle y reste d'ordinaire tout à fait limitée. La hauteur ou la profondeur des lieux ne
(1) Dans les dernières grandes épidémies d'Amérique, cette donnée générale n'a pas été sans exceptions. (Mercier, Gazette des hôpitaux, 1859, n" 29.) En novembre 1S58, beaucoup d'individus moururent à la Nouvelle-Orléans, malgré le froid. Fearn a fait cette remarque que le froid ne faisait disparaître la maladie que lorsqu'il était assez intense pour congeler le sol.
sont pas les seules conditions dont elle relève; cette circonstance a à la vérité une assez grande importance en ce qui concerne le développement de la fièvre jaune, car elle n'apparaît point d'une manière spontanée sur les montagnes^ et la limite de hauteur qu'elle reconnaît diffère dans les différentes contrées de son siège endémique de 500 à 3,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, mais elle peut être importée sur des points d'une altitude assez considérable. Dans un autre sens la fièvre jaune est encore une maladie des côtes; elle est pour ainsi dire uniquement endémique dans les villes des côtes; dans la plupart des contrées où règne la fièvre jaune, il suffit uniquement d'éviter de séjourner dans la ville et d'habiter la campagne pour se mettre à l'abri de la maladie, les grandes villes presque seules^ celles qui comprennent au delà de 5,000 habitants, en sont les foyers permanents et particuliers. D'après Jôrg, l'immunité est acquise à la Havane, dans les maisons de campagne, même rapprochées de la mer; d'après Bailly, dans la terrible épidémie qui régna à Tortosa en 1821, il suffisait de passer le pont de l'Ebre pour être complètement protégé, etc. — Cette immunité cependant des pays larges et peu élevés, des localités oîi règne un air frais et pur, souffre parfois des exceptions ; la maladie peut être importée dans un village, uiie plantation, etc. — Elle est possible, en un mot, dans toutes ces localités qui ont été d'abord soumises aux causes qui ont occasionné le développement de la fièvre dans les villes, cette propagation de la maladie infectieuse est rare, mais elle est quelquefois incontestable. Dans les épidémies des villes des côtes, la maladie reste souvent limitée à quelques parties de la ville, souvent aux plus petites; le début de l'épidémie, son point d'origine, son foyer'propre résident presque toujours dans les quartiers les plus sales et étroits, dans des ruelles, dans des impasses qui entourent directement le port de mer, là où les vaisseaux arrivent, là où circulent les marins, les ouvriers du port, les étrangers récemment arrivés, dans ces foyers d'émanations d'une odeur si pénétrante que celui qui connaît un port de mer d'un pays chaud ne saurait les oublier.
§ 100. j^ature et développement du miasme. — Toutes ces conditions établissent avec certitude que les causes de la maladie dans ces pays chauds sont certainement dans un rapport bien étroit avec le commerce des vaisseaux ; beaucoup de faits semblent plaider en faveur de cette idée, que les vaisseaux développent en eux la cause spécifique de la fièvre jaune et la transportent d'un lieu à un autre. La maladie n'éclate d'ordinaire, dans un vaisseau, qu'autant qu'Use trouve dans un port de mer des Tropiques, ou peu de temps après l'avoir quitté. Il y a cependant de nombreux exemples dans lesquels ce développement eut lieu en pleine mer; il n'est pas facile à la vérité de fournir la preuve que le poison morbide ne provient pas d'une manière quelconque de la terre ; s'il faut s'en rapporter au résumé que nous a donné La Roche de tous ces cas (1), il est plus que vrai-
(\) L^i'Rochç^ Ame7'ican Journal, 1858, and Yellow fever, II, p. 424.
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semblable que la maladie se développe plus souvent d'une manière spontanée dans les vaisseaux sans qu'elle ait été introduite de la terre, et la cause réside quelquefois dans les processus de putréfaction qui se sont effectués au sein du navire. Quelques vaisseaux d'une construction Vicieuse et insalubre, d'une charpente pourrie avec certains chargements, tels que du charbon, du sucre, des peaux (les chargements de sel marin au contraire donneraient l'immunité, M. Kinlay), mais particulièrement les vaisseaux dont le fond de cale est sale, et où, par suite, la putréfaction organique se développe avec intensité, sont essentiellement des foyers de la fièvre jaune; de nombreuses observations concordent pour établir cette éliologie et surtout l'importance de ce dernier point ; on a vu quelquefois la maladie disparaître alors que la putréfaction, dont le vaisseau était le siège, avait elle-même disparu sous l'influence de l'hygiène. Nous devons signaler d'autres faits dignes de foi ; à l'ouverture d'un fond de cale dans un port, tous les individus exposés à ces émanations furent frappés de la fièvre jaune; dans des circonstances analogues, des émanations s'échappèrent d'un foyer putride de cette nature, et les maisons situées auprès furent atteintes sur-le-champ; l'activité de ces émanations provenant d'une eau croupissante, privée d'air souvent pendant la moitié d'une année et subissant une fermentation, peut même s'exercer à l'intérieur du vaisseau pendant le trajet, l'on a souvent signalé la propagation de la maladie dans le vaisseau lui-même, alors que les endroits oii l'on couche étaient soumis à ces émanations spécifiques et l'infection provenait des environs delà pompe, de la partie la plus profonde, la plus humide et la plus chaude du navire. Pendant longtemps et jusqu'à ce jour on a voulu rapporter aux conditions de celte nature la cause essentielle de la fièvre jaune, et celte manière de voir a, comme on l'a fait remarquer, beaucoup de faits importants qui plaident en sa faveur; les uns ont fait jouer un grand rôle aune nature particulière de putréfaction du bois des vaisseaux, d'autres ont surtout considéj"é les émanations qui résultent de leur dessèchement ou qui proviennent du bois vert à brûler sous l'influence de la chaleur des Tropiques ; on peut seulement se demande)' pourquoi toutes ces conditions ne développent point la fièvre jaune dans les Indes orientales et les autres pays tropicaux, pourquoi elles exercent seulement leur action dans les Indes occidentales et dans les ports d'Amérique. Doit-on accorder une foi absolue à cette assertion que la fièvre jaune (mais seulement la rémittente bilieuse), n'a pas existé dans ce port ou dans cet autre, d'oii vient le vaisseau, et les faits qui plaident pour un développement spontané sur les vaisseaux (1) ne doivent-ils pas être envisagés en dehors du point de vue anti-coniagioniste? — On est alors porté h admettre que ces matières putrescibles, que ces émanations sont plutôt des éléments
(1) Dutroulau et la plupart des médecins français de la marine se déclarent contre le développement spontané sur les vaisseaux, et prétendent que les vaisseaux ont toujours pris la fièvre des lieux infectés.
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accessoires qui aident et favorisent le développement local d'un poison spécifique (compare/. Stamm), ou qu'elles ne sont que le véhicule d'une matière toxique accumulée aux lieux de l'endémie, mais elles n'en sont point le foyer primiiif et originaire. Beaucoup d'observations plaident en faveur d'une cause développée sur terre ou venant de la terre : c'est ainsi que l'on a constaté que les vaisseaux dont Téquipage communiquait avec la terre étaient les plus infectés ; on a aussi observé que^ sur terre, quelques maisons étaient soumises d'une manière tenace àl'aciion de cette maladie infectieuse, à ce point que tout individu qui y dormait était atteint de la fièvre (Imray), fait du reste constaté sur mer au milieu des conditions signalées plus haut.
§ 101 . ]\ature propre de ce miasme^ différant de celle du miasme paludéen. — ïoutes ces circonstances, la limitation du développement de la fièvre jaune , les rapports qu'elle ofire avec le commerce des vaisseaux, la nature spéciale des manifestations morbides nous font admettre comme nécessaire l'existence d'une cause toxique spécifique dont le développement est dû à des circonstances environnantes assez restreintes. Doit-on la rapporter, comme on a essayé souvent de le faire, au miasme paludéen, à la cause de la fièvre intermittente? Certainement non. — Il est vrai de dire que dans certaines régions des pays chauds, basses et humides, les maladies des marais et la fièvre jaune appajaissent souvent en même temps d'une manière épidémique et endémique; mais cette dernière maladie se retrouve dans une grande quantité de lieux qui sont tout à fait exempts de miasme palustre et des fièvres des marais; les contrées où les fièvres palustres sont endémiques tous les ans, restent au contraire, même en'Amérique, tout à fait à l'abri de la fièvre jaune, souvent pendant de longues années : les choses se passent ainsi dans la Guyane anglaise, région marécageuse des tropiques hautement insalubre ; de même au Para, au Brésil, etc. La nature de ces deux maladies est si diflérente aussi bien au point de vue de l'expression symptomatologique que des lésions anatomiques, que l'on doit conclure à une différence dans la nature des causes. — On ne saurait admettre que la fièvre jaune n'est qu'une forme intense de la rémittente bilieuse et qu'il n'y a là qu'une différence de degré, car il y a beaucoup de cas très-légers de la fièvre jaune bien caractérisés; la véritable fièvre jaune ne présente aucune répétition rhythmique de paroxysmes ou intermittents ou rémittents. — Le miasme paludéen peut quelquefois exercer son action d'une manière sihiultanée. et cela a lieu dans beaucoup de contrées; il influe alors sur la forme et le cours de la fièvre jaune tout comme sur les autres maladies ; des modifications dans la marche et les formes se produisent donc dans les pays à fièvre; on discute alors s'il s'agit d'une véritable fièvre jaune ou d'une rémittente bilieuse, et finalement la dénomination a quelque chose d'arbitraire. — Ces idées ont surtout été émises (Bryson) au sujet des fièvres des côtes occidentales de l'Afrique, où la fièvre jaune est considérée comme une forme grave de la rémittente
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endémique. La méprise, du reste, que l'on a faite, de prendre des cas légers de fièvre jaune pour d'autres maladies ordinaires a peut-être été une cause de confusion. — La fièvre jaune est une maladie des villes, la fièvre des marais est plutôt une maladie des plaines ; la fièvrejaune, même dans ses formes les plus légères, met le plus souvent complètement à l'abri d'attaques ultérieures ; la fièvre des marais ne présente pas du tout cet avantage, elle augmente au contraire la disposition morbide et prédispose à un haut degré aux récidives; la fièvrejaune est enfin essentiellement une maladie épidémique transportable par les vaisseaux, les fièvres rémittentes sont toujours complètement locales.
Lesiégepresqueexclusifdelafièvre jaune dans les villes pourvues de poris a conduit à admettre que la cause de la maladie y résidait dans une cor- Tuption locale de l'air, alors que les matières fangeuses, la boue des rues et de nombreuses substances susceptibles de putréfaction dégageaient de fortes émanations sous l'influence des rayons solaires; mais tandis que ces causes s'exercent d'une manière permanente dans beaucoup de ces localités, la fièvre jaune apparaît seulement de lempsen temps et elle se déclare de même dans beaucoup de villes très-propres. On doit dune dire, comme la remarque en a été faite plus haut, et admettre comme chose plausible, que ces conditions influent d'une certaine manière et contribuent ainsi à la formation des causes de la fièvrejaune; mais la cause complète du développement du poison ne saurait y résider.
La cause agit d'ime manière locale limitée surtout au début des épidémies ; deux habitations, une série de maisons, quelques petites rues sont seules atteintes; celui qui en reste éloigné est complètement à l'abri de la maladie; ceux qui ne îoni qu'y passer tombent malades en très-grand nombre ; la cause peut rester localisée et la maladie s'y éteindre de même, mais elle peut aussi se propager loin de son origine première.
Les faits nous forcent donc à admettre un poison spécifique toujours identique, pouvant se développer sous des influences extérieures diflérentes, parmi lesquelles nous mentionnerons comme les plus connues jusqu'à ce jour, certains climats, une tem|)érature élevée, l'émanation de produits putrides dans les ports de mer, etc. Ces conditions du' développement d'un poison spécifique se retrouvent toujours dans les Indes occidentales, dans le sud des États-Unis, mais à certains moments elles s'exercent à un haut degré (épidémies). Ce poison peut aussi peut-être se développer sur les vaisseaux ; il peut être importé par un malade, par des effets, et même sans l'intermédiaire du malade; on ne saurait dire s'il peut se développer spontanément d'une manière temporaire au Brésil, dans la partie nord de l'Amérique, dans le sud de l'Europe : dans ces cas il est probablement le résultat d'une importation, le miasme importé sous l'influence de certaines conditions adjuvantes particulières, agit d'une manière isolée sur beaucoup d'individus, pour se propager ensuite d'une manière épidémique. — Si l'hypothèse d'un miasme animé est admissible dans quelques mala-
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dies (1), c'est assurément Lien dans celle-ci, et lacliose me paraît d'autant plus probable en raison de la limitation de la maladie à certaines contrées particulières de l'hémisphère occidental (!i).
§ 102. flI)éYeloppeiiient spontané^ développement par importation» coutag^iou de la fièyre jaune. — Si l'on veiU résumer tout cc que l'on a dit jusqu'à ce jour sur le mode de développement et de propagation de la fièvre jaune, on peut considérer comme valables les données suivantes : — Un développement dit spontané, par suite de causes locales, est sans aucun doute le fait le plus fréquent et le plus essentiel, il s'observe dans les véritables contrées à fièvre jaune, il peut aussi, par exception, être constaté sur les vaisseaux, dans l'intérieur de la zone tropicale; ces causes locales agissent naturellement indépendamment du malade, quel qu'il soit. — Une propagation de la fièvre jaune jusque dans des localités' qui en ont été exemptes jusqu'ici est possible :
a — Par les vaisseaux qui arrivent des contrées où régnent les épidémies, sans même avoir à leur arrivée de malades à bord, surtout lorsque ces vaisseaux sont devenus des foyers d'infection par suite d'une malpropreté considérable et de processus putrides à fond de cale, le poison ou les matériaux qui servent à son développement ont alors été apportés du lieu de l'épidémie.
b — Par les vaisseaux qui, à leur arrivée, ont des malades à bord ; ces cas sont plus fréquents que les précédents et tout à fait certains (3). Ceux qui nient la contagion admettent alors que le vaisseau et non les malades du vaisseau communiquent le miasme.
c— Sur la terre ferme, la propagation de la maladie se fait aussi des côtes à l'intérieur, ceux qui fuient l'épidémie au lieu de son développement primitif, tombent malades dans des contrées qui en sont tout à l'ait exemptes et bientôt tout ce qui les environne participe à la maladie ; des remarques de celte nature ont surtout été faites dans les dernières épidémies d'Amérique qui furent si grandes et si pernicieuses. On peut dis-
(1) Mittchell, Médical Times, 1849, vol. XX, p. 228.
(2) M. le docteur Métier s'exprime ainsi au sujet des causes de la génération spontanée de la fièvre jaune :
« Il est toutefois certaines particularités qui semblent de nature à mettre sur la Voie* Telle serait, entre autres, cette remarque faite par beaucoup de voyageurs qu'il est certains points des Antilles, Cuba^ par exemple, et très-expressément la Havane, dont les eaux présentent une phosphorescence qu'on ne voit pas ailleurs au même degré, et que ces eaux ont une extraordinaire disposition à se putréfier, disposition telle que l'on a été jusqu'à recommander aux navires d'éviter de s'en servir, et surtout de s'en approvisionner. »
Le rapprochement que l'on peut faire entre l'action produite sur l'organisme par le phosphore, intoxication qui ressemble tout à fait à celle de la fièvre jaune, et celle que peut exercer la phosphorescence des mers semblerait, au premier abord, être assez exact; mais il n'est nullement prouvé que le phosphore jiue toujours un rôle dans ces phénomènes lumineux qui se passent à la surface des mers; des auteurs récents ceufidèient cette production de lumière comme le résultat d'une oxydation dont des myriades d'animalcules seraient le siège. G. L.
(3) Voy. Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, Paris, 1 8 Cl .
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cuter ici pour savoir si les passagers portent le poison avec eux extérieurement, ou s'ils l'ont développé en eux-mêmes dans leur maladie; mais ces points de litige ne peuvent être tout à fait tranchés; si l'on s'en tient à ces faits, que les causes de la fièvre jaune proviennent du malade et se propagent par le malade, cette maladie est alors comptée au nombre des maladies contagieuses. Il est certain que la contagion n'est pas aussi marquée que pour la variole, pour le typhus exanthématique ; il est vrai que les expériences fondamentales de quelques médecins, consislantà boire le sang vomi par des malades atteints de fièvre jaune, sont restées sans résultat (Ghervin.Ffirth, etc.), et que l'on a pu rencontrer la fièvrejaunetoutà fait indépendamment des malades, dans les localités où il n'y avait pas un seul fiévreux. On doit distinguer entre l'importation du poison morbide par le malade ou indépendamment de lui, et on ne doit point opposer l'une à l'autre ces deux conditions différentes comme deux résultats qui s'excluent, on doildire simplement que dans la fièvre jaune lesdeuxmodesde propagation arrivent. On doit prendre en considération l'immunité que présentent certaines localités en évitant rigoureusement toute espèce de contact avec les malades, et porter son attention sur cette donnée de l'expérience générale que toutes les maladies contagieuses ne sont pas toujours intenses, du moins pas toujours également intenses, mais que, en certains temps et en certaines localités, elles sont beaucoup plus contagieuses qu'autrefois. — Toutes ces circonstances, et en particulier les faits mis au jour d'une manière plus convaincante que jadis sur l'importation de la maladie, de localité à localité, de port à port, ont frayé de plus en plus la voie à l'opinion contagioniste (1), et quelques anciens observateurs, tels que des hommes d'expérience comme Lallemant, qui étaient autrefois des anli-contagionistes décidés, ont été amenés à cette autre manière de voir.
Dans la fièvre jaune plus encore que dans les autres maladies analogues, il est une question importante pour la propagation par le malade ou par des corps inanimés, ce sont les conditions hygiéniques au lieu de l'arrivée. — L'influence concomitante de causes nuisibles limitées, la corruption de l'air, la putréfaction, etc., un changement préalable du génie épidémique général, paraissent favoriser d'une manière extraordinaire la propagation de la maladie, et influer en particulier sur le développement des épidémies, mais pour une propagation limitée dans un rayon environnant le malade atteint cette circonstance n'est pas absolument nécessaire; cette action s'exerce
(1) Les faits récemment observés à Saint-Nazaire prouvent bien que la fièvre jaune peut se transmettre d'homme à homme. Plusieurs ouvriers décliargeurs, après avoir été soumis à l'action directe de Y Anne-Marie, sont allés tomber malades à la campagne; là ils appellent nu médecin, non de Saint-Kazaire, mais d'une localité qui en est à 8 kilomètres; ce médecin, qui n'avait eu aucun rapport avec Saint-Nazaire, voit les malades, il les soigne, et à son tour il est pris et il meurt. M. le docteur Métier, qui rapporte ce fait intéressant, ajoute : « Je ne connais pas d'autre fait dans la science qui se présente avec de pareils caractères et aussi complètement dégagé de toute cause d'incertitude. »
anssi dans d'autres maladies certainement contagieuses, telles que le choléra et le typhus.
§ 103. iiévelnppement par épieiéniîcs. • — Quant à ce qui concerne l'apparition de la tièvre jaune à certaines époques, son développement épidémique en un mot, il faut distinguer les difîérentes contrées cîi elle règne. Dans les Indes occidentales, dans le sud de l'Union, la maladie ne s'éteint jamais complètement, chaque année des cas isolés se montrent au moins, non partout, mais dans quelques localités, et dans les saisons défavorables, ils deviennejit plus ou moins nombreux. — Une série d'années s'écoule souvent alors, où la fièvre semble être à peine observée dans ces contrées qui en étaient surtout atteintes, bien que le séjour comme l'arrivée des Européens déportés soient toujours les mêmes ; on se réjouit alors de la disparition et de la destruction présumables de la fièvre jaune, on y voit un triomphe de la police sanitaire sur la maladie. C'est ainsi que la fièvre jaune apparut au début de ces dix dernières années, elle se propagea tout à coup avec rapidité, et devint plus meurtrière que jamais, malgré tout ce que lui opposa l'art de l'homme de moyens employés jusqu'à ce jour. Les conditions de ce retour épidémique sont tout à fait inconnues. — Dans l'Amérique du Nord et au Brésil, où les cas sporadiques ne se présentent point constamment, les épidémies sont bien moins fréquentes, mais c'est en Europe qu'elles sont le plus rares. Dans beaucoup de circonstances on ne peut reconnaître dans ces épidémies une cause adjuvante, atmosphérique ou autre ; mais d'autres fois la chose est possible. Les rapports des dernières épidémies du Brésil nous ont fait connaître les circonstances très-remarquables qui en précédaient le début : trois ou quatre années auparavant les étés étaient étoufTants, les orages bienfaisants qui autrefois en marquaient le cours devenaient rares, une maladie inconnue jusqu'alors et très-légère, ressemblant à un léger accès de fièvre jaune (polka-fieber)^ se développait d'une manière épidémique. — Dans ces conditions, la véritable fièvre jaune fut importée des Indes occidentales, où quelques nouvelles 'grandes épidémies avaient déjà commencé, dans quelques ports du Brésil (1); elle y trouva un sol éminemment favorable pour sa propagation, des épidémies d'une intensité inégale se développèrent çà et là sans propagation régulière, elles se prolongèrent trois ou quatre ans presque sans interruption, pour s'éteindre ensuite complètement ou presque complètement : il semble qu'il y ait eu là une certaine constitution épidémique antérieure, une série particulière de circonstances adjuvantes accessoires pour favoriser la propagation considérable de la maladie. Des faits semblables, au moins en ce qui concerne la température des étés plus chauds que d'ordinaire, se sont présentés dans quelques-unes des anciennes épidémies d'Europe, et quant à ce qui concerne la possibilité d'une nouvelle épidémie en Europe, l'expérience du passé au sujet des contrées
(1) M. William, Médical Time", vol. XXIII, 1851.
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du Nord nous apprend qu'elle ne se développerait que dans les jours les plus chauds de l'élé.
§ 104. Marche des épidémies. — Les épidémies de fièvre jaune commencent ordinairement d'une manière très-limitée ; pendant un temps elles restent fixées à quelques vaisseaux, à des groupes de rues ou de maisons dans un port, elles s'éiendent ensuite lentement, puis leur accroissement devient d'ordinaire rapide et considérable. On remarque encore que très-souvent il y a un intervalle de huit jours à trois semaines entre un premier cas qui se développe et l'invasion consécutive de la maladie chez un aulre; ce fait a été considéré par ceux qui admettaient l'existence d'un miasme animé comme le résultat de la multiplication du miasme pendant ce temps. Le progrès de la maladie peut quelquefois être arrêté, d'une manière à peine contestable par la mort du malade, par la disparition de toutes les matières putrides, sources des effluves, par féloignement des vaisseaux qui forment un foyer d'infection et par d'autres mesures analogues. — Très-souvent plusieurs personnes tombent malades dans une maison, la fréquentation d'une telle maison est alors dangereuse, même lorsqu'elle ne renferme plus de malades, c'est ce que l'expérience prouva à Lisbonne en 1837, La propagation de l'épidémie dans les populations qui n'en ont pas encore été le siège est parfois très-considérable, d'autres fois très-modérée. — Au début de l'épidémie, la maladie est ordinairement très-meurtrière; çàetlà, dans quelques localités, dans quelques rues d'une ville, la lièvre revêt un caractère de gravité générale; la maladie est parfois d'un caractère malin., à d'autres époques elle sera bénigne. Dans beaucoup de grandes épidémies la fièvre jaune exerce une domination complète dans le cercle de sa propagation, toutes les autres maladies aiguës disparaissent; d'autres fois il en est autrement, on voit apparaître la plupart des maladies ordinaires, et en particulier la fièvre intermitiente ou rémittente, le choléra et l'iléo-typbus. — Des symptômes de fièvre jaune, qui n'en sont pour ainsi dire que des fragments, se montrent fréquemment dans le cours de ces autres maladies; quelques-uns sont atteints d'icière, d'autres meurent rapidement d'hémalénièse, etc. (Bryson); beaucoup d'individus qui restent sains d'une manière générale éprouvent une légère atteinte de l'influence épidémique, leur digestion se trouble, leur sommeil est mauvais, leur conjonctive présente une légère teinte ictérique, etc. — Les épidémies isolées présentent de grandes différences en ce qui concerne la forme et le caractère de la maladie ; des symptômes graves d'un trouble de la sécrétion urinaire seront tantôt trèsfréquents, tantôt très-rares; l'hématémèsemême, dans quelques épidémies, a pu être signalée comme rare (Dalraas...), Y a-t-il des cas tout à fait sporadiques (et non de ceux qui forment la fin des épidémies), se développant d'une manière spontanée dans les localités qui n'en sont point le siège ordinaire, comme le veut La Roche, en se fondant sur quelques observations? C'est là un fait qui sera longtemps douteux, tant que le
diagnostic n''aura point été fait d'une manière précise avec les autres états morbides d'une symptomatologie analogue (Ictère grave, empoisonnement par le fjbosphore).
§ lOS. Pathologie comparée de la fièvre jaune. — Lcs animaux présentent quelquefois des symptômes de fièvre jaune bien caractérisée, en particulier les chiens; les volailles mêmes et celles qui avaient été importées d'Europe dans la Guinée anglaise moururent pendant l'épidémie au milieu de vomissements de sang (Blair).
§ 106. Influence fie l'acclimatation, de la race, de Và,ge, du sexe, etc. — Bien remarquables sont les circonstances qui favorisent ou contrarient une disposition individuelle à contracter la fièvre jaune; dans les Indes occidentales, c'est une maladie qui n'atteint pour ainsi dire que les étrangers ; les Européens récemment arrivés la gagnent d'autant plus facilement qu'ils sont depuis moins de temps dans le pays, qu'ils viennent d'une contrée plus froide (les Norwégiens, les Russes, les Allemands, les Hollandais, etc., beaucoup moins les Italiens, les Espagnols et les Français) et qu'ils ont accompli plus rapidement la traversée; des cas sporadiques se développent seulement parmi ces étrangers dans les Indes occidentales, les épidémies sévissent avec fureur et d'une manière plus marquée au milieu d'eux; plus elles sont étendues, plus facilement d'autre part sont atteints quelques individus acclimatés ou indigènes, mais toujours d'une manière plus légère. Un étranger a-t-il échappé à la fièvre jaune une première ou une seconde année et est-il atteint la troisième, la maladie sera ordinairement légère; l'a-t-il évitée la troisième année, il a beaucoup de chances de ne point l'avoir. Les individus qui sont nés dans les contrées à fièvre jaune, souvent aussi ceux qui y ont émigré et y habitent depuis longtemps sont complètement à l'abri de la maladie; il y a là une acclimatation comme on n'en connaît pour aucune autre cause de maladie. Cette acclimalation ne doit point être rapportée à l'habitude que l'on peut avoir des chaleurs tropicales. Dans le sud des États-Unis où les épidémies sont déjà très-fréquentes, mais oii l'endémicité n'est pas aussi marquée que dans les Indes occidentales, a-t-on séjourné longtemps dans les villes et non dans la campagne, sur les côtes et non au milieu de la terre ferme ûTj cependant la chaleur est la même, l'immunité sera acquise, mais h. la vérité comme une règle qui n'est pas tout à fait dépourvue d'exceptions; y est-on alors exceptionnellement atteint, ce sera sous une forme trèslégère. Tandis que dans ces circonstances les habitants acclimatés des villes jouissent d'une immunité presque complète, dans une ville infectée, un séjour d'un petit nombre d'heures sans aucun commerce avec les malades suffit aux habitants de la campagne et aux individus non acclimatés pour contracter la maladie. Au Brésil, oîi des épidémies ne s'étaient point montrées depuis longues années, malgré une chaleur toujours la même, il n'y eut aucune immunité pour les indigènes et les Européens acclimatés, alors que les nouveaux arrivés étaient atteints au début et avec le plus de
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gravité; dans le nord de l'Amérique et en Europe la fièvre jaune n'est plus en aucune manière une maladie des étrangers; mais les épidémies sévissent également sur toute la population indigène et parmi les étrangers : on remarque que Ifs habitants du Sud, et en particulier les individ is qui ont longtemps vécu dans les zones chaudes^ sont plutôt épargnésque les habitants du Nord (Philadelphie d'après Busch, Cadix d'après Berthe, Gibraltar d'après Pym). On n'a alors retrouvé aucun de ces changements constitutionnels survenus dans l'organisme à la suite de l'action longtemps prolongée d'une haute température liée avec les miasmes des villes (quelque chose comme le résultat d'une influence chronique successive du miasme qui donne lieu à y.ne immunité s'établissaut peu à peu). — Il y a des faits qui montrent que cette immunité qui est acquise par le fait de la naissance dans le pays et de l'acclimatation peut se perdre uniquement par un séjour dans une région plus fraîche, et cela pendant un seul hiver, d'autant plus facilement que ce séjour en dehors des tropiques a duré plus longtemps et que [la contrée est située plus au nord. Ces individus revenus de nouveau dans le pays à fièvre sont aussi prédisposés que ceux qui y arrivent pour la première fois. Lorsque pendant longtemps aucune épidémie n'a régné dans une localité^ il semble que la prédisposition de ses habitants augmente encore.
Une différence analogue dans la disposition à contracter la fièvre jaune est aussi le résultat d'une différence de race. Dans les Indes occidentales, dans le sud de l'Union américaine, la loi suivante a toute sa vigueur : moins claire est la couleur de la peau , moins grande est la prédisposition morbide; les nègres en sont complètement exem|)ts; lorsqu'ils tombent parfois malades, ils le sont peu et sous une forme légère; mais cette immunité bien tranchée se perd par un certain séjour dans un climat froid. Dans les épidémies temporaires des villes du Nord, telles que Philadelphie, dans les épidémies d'Europe, au Brésd, etc., les nègres ne présentèrent de nouveau aucune immunité ; cependant leurs maladies furent toujours plus rares et plus légères que celles de la race blanche. Au début des grandes épidémies du Brésil, sur quelques points du littoral, presque ' tous les hommes du Nord moururent et aucun nègre ne fut atteint; mais dans quelques villes d'Amérique, dans les grandes épidémies des dernières années, les nègres moururent en grande quantité. Dans l'Afrique occidentale, au contraire, où la maladie n'est point continue, mais procède seulement par de rares épidémies, les nègres furent atteints et moissonnés en quantité ; cette circonstance montre que la disposition à la fièvre jaune disparaît non-seulement par suite de la chaleur que l'on sait supporter, mais parce qu'on est habitué à une influence d'une autre nature que les nègres ressentent beaucoup plus vite. Les créoles présentent moins d'immunité que les nègres, mais plus que les blancs ; les Indiens rouge-cuivre ne sont pas ou peu atteints (Humboldt, Simons).
Plus forte, plus florissante, plus pléthorique est la constitution, plus
grande est la susceplibilité des nouveaux arrivés à tomber malades; les degrés légers d'anémie que le séjour dans les pays chauds développe bientôt semblent augmenter la force de résistance. D'autres maladies paraissent n'offrir aucune immunité : on peut contracter la fièvre jaune lorsqu'on est atteint de la fièvre intermittente, d'hydropisie, de coliques de plomb, de syphilis, de phihisie et de delirium trémens (Blair).
Les femmes sont malades plus rarement que les hommes, et en proportion leur mortalité est beaucoup plus faible ; l'adolescence et l'âge viril dans toute sa force semblent être surtout des causes de prédisposition ; des cas bien déclarés se développent rarement chez les nourrissons et les vieillards; les marins et les militaires européens fournissent de beaucoup le plus fort contingent de malades. Dans les épidémies, une faible prédisjiosition morbide est acquise aux gens qui ont souvent à s'exposer au feu et à la chaleur des poêles, tels que les forgerons, les boulangers, les cuisiniers, ainsi qu'à la plupart des individus, bouchers et autres, qui, par leurs occupations, sont exposés aux émanations putrides; la même particularité s'observe aussi dans beaucoup d'autres épidémies de nature différente ; l'usage antérieur des spiritueux agit comme prédisposant.
Mais rien ne donne une immunité aussi complète contre l'action de la cause de la fièvie jaune que le fait d'avoir été atteint une première fois ; dans l'épidémie de Gibraltar, en 1828, sur 9,000 malades il n'y eut qu'un cas de récidive bien constatée; sur 61 infirmiers d'un hôpital ayant déjà eu la fièvre jaune, tous à l'exception de deux furent exempts de la maladie. Cette immunité générale présente des exceptions, en parliculier dans les grandes épidémies, encore sont-elles rares et la récidive est- elle toujours légère. Ce fait de l'immunité a été considéré à un point de vue général comme assez important pour que les mesures préventives officielles de quarantaine fussent basées en Angleterre sur cette donnée ; une immunité semblable, mais non aussi forte, semble acquise lorsqu'un individu a pu traverser une épidémie sans être atteint.
§ 107. Causes occasionnelles. — Lcs Influences nuisibles ordinaires ont été considérées comme causes occasionnelles : ce sont la crainte, la terreur, les écarts de régime, les indigestions légères, un peu de diarrhée ; toutes ces causes agissent surtout au plus fort de l'épidémie : il en est de même de la saignée préventive, des purgations, d'un refroidissement, de tout ce qui peut développer un mouvement fébrile, tel qu'une opération chirurgicale; mais signalons surtout l'action directe des rayons solaires, la dépression physique sous l'influence de la chaleur tropicale, le sommeil à l'air de la nuit, etc.; toutes ces causes sont u^ès-actives aux époques des épidémies et aux lieux de leur apparition endémique, et en les évitant on contribuera à conserver sa santé.
Des cas de fièvre jaune peuvent se montrer sur un vaisseau dans un port; se développent-ils en pleine mer, la maladie ne diminue point pour cela ; elle éclate d'ordinaire au début avec intensité.
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§ 108. Darée du temps d'incubation. — L'incubation dans la fièvre jaune ne dure, la plupart du lenaps, que quelques jours; elle peut même être très-courte. Des étrangers récemment arrivés dans une contrée où règne l'épidémie ont quelquefois été pris au bout de 24 heures (Biair), ou dans l'espace de 36 heures à 3 jours (Bryson); Blair considère comme fréquente la durée de 14 jours pour le temps de l'incubation.