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CHAPITRE PREMIER

§ 151. Historique. — Les premières descriptions reconnaissables du typhus exanthématique, de la fièvre pétéchiale, de la fièvre pestilentielle, etc., se trouvent dans les écrits des médecins italiens du seizième siècle, alors que cette maladie régnait en grande proportion dans cette contrée. L'affection qu'ils décrivirent n'avait aucun rapport avec un iléotyphus, accompagné d'un riche développement d'exanthème, et la preuve essentielle en est dans la courte durée de la maladie qui était de 8 à 14 jours, au plus de 21 jours. Dans le seizième siècle encore, il y eut bientôt d'autres descriptions médicales soit à Paris, soit en Hongrie {febris hungarica). Les siècles suivants sont riches en épidémies ; mais, à partir du milieu du dix-huitième siècle, le typhus intestinal est souvent décrit à côté du typhus exanthématique. Pendant les années de guerre, qui marquèrent le début de ce siècle jusqu'en 1815, le typhus exanthématique régna dans une grande proportion, surtout lors des désastres et de la retraite de la grande armée en Russie ; dans ces typhus des armées, la fièvre typhoïde accompagnait souvent le typhus pétéchial ; parmi les descriptions qui nous sont laissées, nous pouvons souvent reconnaître des formes légères, apyréliques, qui procédaient épidémiquement à côté de l'une ou de l'autre de ces formes de typhus bien confirmées. Après la cessation des guerres de l'Empire, la fièvre pétéchiale fut si rare sur le continent que, malgré des observations évidentes et irréprochables, on pensa souvent, en France et en Allemagne, pendant une trentaine d'années, qu'il n'y avait qu'un seul typhus, le typhus intestinal, ou du moins que c'était la seule forme régnant«sur le continent ; d'autre part, on admettait, pour l'Angleterre, bien que ce point soulevât quelques critiques, un typhus sans ulcère intestinal. Les épidémies des années 1847 et 1848, en Silésie, fournirent, au centre de l'Europe, l'occasion la plus complète de

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réparer cette erreur; puis, vinrent les enseignements de la guerre de Crimée : dès la première année, les médecins français doutaient encore de la nature de la maladie, on discutait sur son identité avec la fièvre typhoïde; mais, en février d856^ on commençait à la reconnaître d'une manière officielle. De nouvelles épidémies se développèrent, en 1856, dans la Silésie, en 1855 et 1856, au bagne de Toulon ; lors de la guerre d'Italie, de 1861, le typhus exanthématique régna dans une proportion considérable en partie à Gaëte, plus tard à Naples; tout récemment, il semble y avoir eu quelques petites épidémies à Vienne.

§ 152. Distribution géo^^raphique. — Si nous considérons maintenant, d'après nos connaissances actuelles, la distribution géographique du typhus exanthématique, nous verrons qu'il est aujourd'hui, en Angleterre, la forme principale du typhus ; dans l'Europe moyenne, il est rare d'une manière générale, il s'y développe de préférence par épidémies transitoires, et, dans quelques contrées telles que la Pologne, la Silésie supérieure, les provinces russes, il y constitue une forme morbide endémique et continuelle. Dans le sud de l'Europe, dans l'Italie méridionale, en Egypte, dans les contrées d'Orient, même en Hongrie, il y paraît fréquemment tantôt seul, tantôt mêlé aux autres formes du typhus ; il en est de même en Silésie. Il semble ne point exister sous les Tropiques, il faut en excepter peut-être quelques régions froides des contrées de l'Himalaya (1). Dans l'Amérique du Nord il n'est point rare, mais il ne constitue pas, comme en Angleterre, la forme endémique prédominante du pays, il s'y développe de préférence sur le littoral de l'Est, importé probablement de l'Irlande. Non-seulement cette maladie s'observe dans les contrées marécageuses, mais très-fréquemment elle y atteint une intensité remarquable ; parfois l'on voit régner d'une manière épidémiqae le typhus exanthématique et la fièvre intermittente dans des contrées qui, jusqu'alors, avaient été exemptes de l'impaludisme (2).

§ 153. ïje typhus exanthématique est contajyieux. — Lctyphus exanthématique est une maladie éminemment contagieuse. C'est là un fait hors de doute; on doit accorder toutefois que, dans quelques épidémies et dans quelques circonstances, la contagion est peu considérable. Dans les hôpitaux des fiévreux, à Londres, il est de règle que les infirmiers, les médecins, les étudiants, ont à subir le typhus, et ils sont atteints d'autant plus facilement que, par leurs fonctions, ils ont plus affaire de près ou de

(1) Dans ces derniers temps quelques rapports ont été publiés sur les Grandes Indes, d'après lesquels de grandes épidémies de typhus s'y seraient développées (Walker, Ca?tstatt's Jahresbericht, 1865, p. 188). — Ce fait doit être considéré comme quelque peu incertain et a été mis en doute avec raison par Murchison. — Stamm a observé une forme de typhus exanthématique, sans exanthème, dans les pays montagneux de l'Amérique du Sud ; la maladie régna dans la ville La Paz située à 11,600 pieds au-dessus du niveau de la mer, ou Ta même observée dans des contrées plus élevées.

(2) En Silésie la limite du sol marécageux parait être aussi celle de cette forme de typhus.

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loin avec le malade. Des exemples nombreux et bien constatés ont montré, pendant les années de guerre, aussi bien en Angleterre que dans d'autres lieux, comment cette forme de typbas pouvait être importée par les malades dans des contrées tout à fait saines jusqu'alors, comment ceux qui étaient d'abord pris le transmettaient à leur entourage, comment enfin, d'une manière successive, il se propageait plus loin encore là où arrivait un typhique.

Ce fait, que les médecins et les infirmiers contractent la maladie, nous prouve, d'une manière bien évidente, la propriété hautement contagieuse du typhus. En Irlande, dans une période de 25 années, sur un nombre de 1 ,220 médecins attachés aux établissements publics, 560 furent atteints du typhus, et 132 en moururent (Murchison). Dans l'épidémie de Prague, de 1855, dans les deux divisions consacrées à la réception des malades, 20 médecins et tout le personnel des infirmiers furent atteints ; les médecins et les infirmiers des autres divisions ne furent point malades (1). Dans la guerre de Grimée, au plus fort de l'épidémie, il y eut parmi les Français, dans l'espa,ce de 57 jours, 603 infirmiers malades sur un nombre de 840 appartenant à 12 hôpitaux ; plus de 80 médecins militaires moururent dans la campagne.

La contagion peut avoir lieu par les effets des malades, par leurs draps de lit, par leur linge à laver; les personnes qui manipulent, lavent ces effets, etc., sont frappées par la maladie à des degrés plus ou moins forts; on ne saurait voir là un fait accidentel; que ces effets appartiennent à des convalescents aussi bien vraisemblablement qu'à ceux qui ont traversé une fois l'épidémie, et ne présentent plus dans la suite de susceptibilité à contracter la maladie, le contagium, dont ils sont le véhicule, s'importe ainsi et se propage plus loin.

Des exemples nombreux et irréfutables prouvent que le contagium peut séjourner longtemps dans une maison, dans une chambre, dans un vaisseau, même longtemps après le départ des malades ; bien plus, il semble même que les effets, les vêtements, etc., de ceux qui viennent d'un foyer typhique peuvent propager la maladie sans que ceux qui les portent en soient eux-mêmes atteints. L'essence du contagium est naturellement inconnue ; son séjour prolongé dans les effets rend invraisemblable sa nature gazeuse; plus vraisemblablement, c'est un corps pulvérulent (1). Une observation intéressante de Haller semble prouver que ce contagium peut s'élever sous l'influence d'un courant d'air chaud (2) ; une chaleur intense paraît détruire le contagium. Est-ce la peau du malade qui fournit le contagium ? sont-ce ses lamelles épidermiques ou un organisme vivant

(1) Wiener med. Jahrhûcher^ 1862.

(2) Une observation de Jacqnot semble plaider en faveur de la nature non gazeuse du contagium; dans les hôpitaux de Grimée consacrés aux typhiques, la maladie se propagea dès le début de lit en lit, et plus tard toute la salle fut frappée, beaucoup de coins où stagnait l'air conservèrent longtemps et avec intensité le contagium.

qui y adhère ? ou bien sont-ce les émaaations pulmonaires ? l'odeur particulière que beaucoup de malades exhalent, a-t-elle quelque chose à faire avec la matière contagieuse? Ce sont là des questions insolubles jusqu'à ce jour.

Beaucoup de circonstances favorisent la contagion, d'autres l'affaiblissent ; plus il y a de malades à la fois dans un espace déterminé, plus certaine est la contagion ; n'y a-t-il qu'un très-petit nombre de typhiques dans une grande salle d'hôpital, la contagion est faible elle peut être nulle ; aussitôt que le nombre des typhiques dépasse d'une manière notable le tiers du nombre des malades d'une salle, la propagation de la maladie est prompte et intense (1). Une ventilation complète, une propreté scrupuleuse diminuent la contagion (2) ; c'est ainsi que Bateman, pendant 14/ ans, put éviter la contagion dans son hôpital d'une manière presque complète ; aussi, la transmission de la maladie n'a-t-elle guère lieu dans les habitations des classes élevées de la société, ou est-elle limitée à une seule personne; au contraire, dans les habitations des classes pauvres,

(1) Wkner med. Wochenschrift, 1853, 42-45.

(2) Dans la guerre de Crimée l'état affreux des hôpitaux français favorisa la propagation d'une inanihe déplorable, et Bryce compara le poison à l'upas. En Crimée, les épidémies commencèrent et sévirent deux fois en hiver au milieu de tentes et de cabanes à air confiné: en été les épidémies cessaient, alors que la vie était possible au grand air, et que l'on pouvait ouvrir les portes et fenêtres, etc. {Noie de l'auteur.)

Dans la discussion qui eut lieu à Constantînople au sujet du typhus et du scorbut de l'armée d'Orient, le docteur Baudens s'exprimait ainsi sur les causes différentes de mortalité dans les armées anglaise et française: — l'armée anglaise habitait dans de bonnes baraques plancheyées, bleu closes, bien chauffées. L'armée française bivouaquait sous des tentes et sur un sol presque toujours humide dont elle n'était préservée que par une couverture de laine. L'armée anglaise est exempte de corvée. L'araiée française fait tout par elle-même, routes, approvisionnements de vivres, de bois, à dos de mulet quand on le peut, le plus souvent à dos d'homme, n'importe le temps, bon ou mauvais. Chaque soldat anglais reçoit par jour plus de 1 franc 4 CLiitimes avec lesquels il peut se procurer bien des choses essentielles. Le soldat français ne reçoit que quelques centimes. On distribuait chaque jour aux Anglais un grog anti-scorbutique composé de jus de citron, rhum et sucre. — Leur troupes n'ont pas été éprouvées comme les nôtres par les factions de jour et de nuit et des postes d'avant-garde pour surveiller l'ennemi. — Le scorbut étant le précurseur du typhus, on conçoit que l'armée anglaise, qui dans ses camps avait créé toutes les ressources d'une ville en garnison, en ait été exempte. Le plancher des baraques est lavé, nettoyé chaque jour, jusqu'à ce qu'il ait acquis une blancheur parfaite. Puis on y jette une couche de sable comme dans les maisonnettes hollandaises ; chaque soldat a deux caleçons et deux chemises de laine, dont il change deux fois par semaine, etc.

L'armée française, malgré toute la sollicitude du commandement et du gouvernement, qui n'ont rien épargné pour son bien-être, n'a pu cependant, à raison môme de la mobilité dont elle s'était imposé la condition pour être toujours prête à poursuivre l'ennemi si l'occasion s'en présentait, se procurer tout ce confort. Les tentes infectées par un long séjour n'ont même pu être changées de place pendant l'hiver, et ce sol couvert de détritus animaux de toute espèce a exhalé des miasmes organiques, dont la concentration a produit une épidémie de typhus sur des organisations déjà détériorées par les privations etles misères qu'engendre la guerre. (Discussion devant la Société de médecine sur le typhus observé dans les armées pendant la guerre d'Orient.) Conslantinople, 1856. [G. L.J

l.-ii TYPHUS DES ARMEES.

sales et mal aérées, le typhus se propage à plusieurs individus^ souvent même à tous les membres de la famille et sous une forme intense. — On doit admettre qu'il y a un affaiblissement graduel du contagium, lorsque les malades sont soumis à des conditions hygiéniques meilleures ; le typhus des soldats revenant de Crimée a disparu peu à peu dans les hôpitaux militaires du sol français ; au lieu même du débarquement, la contagion diminua d'une manière progressive (Barrallier) ; le typhus des soldats suisses, revenant de Gaëte dans leur patrie, s'est éteint de même. Le contact du malade n'est naturellement pas nécessaire pourla transmission de la maladie, un simple séjour près de lui suffit ; quelques malades semblent être surtout contagieux : ce contagium morbide est-il plutôt un produit de l'exhalation cutanée ou pulmonaire? C'est là un fait inconnu. Il semble qu'il y ait, à Tégard de la contagion, une susceptibilité individuelle plus grande ou plus faible ; les individus affaiblis, épuisés par une cause quelconque, les convalescents d'une autre maladie présentent une prédisposition remarquable, quelques individus s'exposent au contagium, tout autour d'eux est atteint, et, pendant longtemps, ils résistent à son action, ils semblent tout à fait réfractaires, mais quelquefois, à la fin, ils sont aussi frappés. Rarement un simple séjour de courte durée auprès du malade est contagieux; généralement la maladie ne se transmet qu'à la suite de rapports plus prolongés ; les infirmiers dans les hôpitaux de Londres sont le plus souvent atteints lorsqu'ils ont passé cinq ou six semaines auprès des malades.

Je croirais volontiers qu'on doit expliquer ce fait non par un ensemble général des actions dont le contagium aurait besoin pour faire éclater la maladie, mais bien par une accumulation des causes occasionnelles de la contagion ; il y a des faits qui montrent qu'un temps très-court suffit pour la contracter ; on ne saurait repousser entièrement l'existence d'une contagion momentanée, et les faits nombreux dans lesquels les premières manifestations de la maladie se déclarèrent au lit du malade et se traduisirent d'une manière remarquable par des impressions désagréables ne me semblent nullement à rejeter. Autant il est généralement impossible de fixer le moment où a eu lieu la contagion, autant dans les derniers faits que nous venons de rapporter le début de la maladie sembla coïncider avec le contact du malade, autant, dans d'autres cas, cette appréciation peut se faire avec une grande vraisemblance, la période d'incubation qui se prolonge jusqu'au développement de la maladie étant assez longue, de 8 ou 9 jours, et même plus (4).

I 134. ©eTeloppemeut du comtas;fÎMiii : condîtions. — En face du fait bien avéré du développement contagieux du typhus et de l'obscurité des autres causes, quelques pathologistes (Bancroft, Davidson, Watson, Budd, 1861, etc.) ont attribué son développeraeut à la réception unique et cons-

(1)C. F. Meir Horn's Archiv. 1813. — Tlieopold, Hœser's Archiv, 1848, Bd. YIII.

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tante d'un miasme spécifique. D'autres admettent toi développement dit spontané de la maladie, une production d'un poison qui n'est point apporté du dehors ; parmi les causes qui lui donneraient naissance, la corruption de l'air par l'accumulation d'hommes dans des espaces mal ventilés (encombrement) jouerait le principal rôle. Dans cette manière de voir, l'encombrement est considéré comme la véritable cause de la maladie; les purs conta'gionistes ne voient en lui qu'un moyen de propagation du contagium. — Il est difficile de se décider d'une manière certaine ; tout le monde est d'accord sur ce point que la simple et courte agglomération d'hommes sains ne produit point la maladie ; son développement est surtout possible lors de conditions anti-hygiéniques simultanées, lorsque des hommes malades, épuisés par la fatigue, le froid et les privations, sont en même temps couverts d'enduits malpropres. On peut, assurément, rejeter toute espèce de contagion venue du dehors pour pouvoir admettre ces faits, et, quant aux restes du contagiura qui se cachent si souvent d'une manière inégale et adhèrent si longtemps aux objets inanimés, il est naturellement très-difficile d'apporter, en leur faveur, des preuves irrécusables. Quelques faits pourraient suffire ; Murchison rapporte un certain nombre de ces exemples qui ne me semblent pas inattaquables, mais qui, dans leur ensemble, donnent assez de vraisemblance à l'opinion d'un développement spontané. Il y a, en effet, quelquefois des épidémies dans des lieux isolés, comme dans des prisons, dans l'intérieur des navires, au milieu de circonstances où l'importation du contagium est à un haut degré invraisemblable ; admettre que le conlagium a sommeillé pendant une longue série d'années et se révèle tout d'un coup sur le théâtre d'une guerre ou dans un hôpital mal tenu, c'est là une hypothèse qui a beaucoup contre elle, et, tout d'abord, il semble y avoir des cas sporadiques de typhus exanthématique, oti, de près et de loin, on ne saurait trouver aucune source de contagion. Nous sommes donc portés à établir, pour le typhus exanthématique, un développement qui est le résaUat d'autres causes que de la contagion, et nous devons recourir au terrain plus obscur encore des miasmes. Les influences nuisibles que l'on connaît jusqu'à ce jour et qui résident dans les habitations, dans l'air, dans l'encombrement, sont-elles les causes véritables et ■ directes de la maladie? C'est ce qu'on ne peut décider maintenant à l'aide d'observations positives, et, autant qu'on le sait aujourd'hui, la contagion à distance est encore, pour la fièvre pétéchiale, la source principale de la maladie.

Une observation éminemment intéressante et digne de foi a été communiquée à la Société épidémiologique de Londres (1). Un vaisseau égyptien vint à Liverpool, en février, son équipage avait eu beaucoup à souffrir de la misère et de la malpropreté, et comptait beaucoup de malades, il n'avait aucun cas de typhus,ma[s desdyssenteries, des affections pulmonaires, etc.,

(1) Lancet, ISGl.

la fétidité et la misère régnaient au plus haut degré sur le vaisseau. Plusieurs personnes qui visitèrent le navire furent atteints de typhus exanthématique et en moururent ; la partie saine de l'équipage fut envoyée dans un bain public à Liverpool, sur les six garçons de chambre de cet établissement, trois furent atteints de typhus dans le cours des douze jours suivants, un mourut. Un certain nombre de malades du vaisseau, dont aucun n'était atteint de typhus, furent envoyés à l'hôpital de Liverpool, le typhus s'y déclara aussitôt, et il n'y avait jamais fait auparavant son apparition.il semble donc y avoir des circonstances oii les hommes peuvent propager le typhus dont ils ne sont point atteints^ alors que le poison s'est développé en eux ou dans leur voisinage.

§ 155. Propagation épidémique. — La propagation épidémique du typhus exanthématique s'observe surtout lors des grandes calamités publiques, des guerres, des mauvaises récoltes et de la famine. On ne saurait dire, dans ces temps de privations, jusqu'à quel point la cause directe de la maladie est sous l'influence d'une nourriture misérable, en partie corrompue, jusqu'à quel point elle relève de l'affaiblissement de l'homme, par les privations, par les impressions psychiques, etc.; jusqu'à quel point enfin elle dépend des émanations putrides des cadavres ou autres. Le typhus des armées, qui se caractérise presque toujours par la fièvre pétéchiale, quelquefois cependant par.la fièvre typhoïde, souvent à l'état épidémique, peut être envisagé àundouble pointdevue; les conditions anti-hygiéniques des guerres développent-elles véritablement la cause de cette maladie spécifique, on favorisent-elles &Qv\emeii.i sa propagation contagieuse, alors qu'elle a été importée des armées étrangères, ou du sol natal; on peut disdiscuter à ce sujet, la dernière manière de voir est plus vraisemblable. Les années de famine ne sont pas toujours des années de typhus, le manque de nourriture développe des maladies tout à fait différentes, il n'y a point, dans ce sens, de typhus de famine, les états d'inanition peuvent, à la vérité, disposer au typhus : c'est là un fait connu depuis longtemps ; à Londres, par exemple, le typhus, si répandu parmi les classes pauvres, est presque inconnu dans la haute société, il faut en excepter, toutefois, les cas de contagion directe, pour les médecins, par exemple. Les petites propagations épidémiques, comme on en observe constamment d'une manière continue en Angleterre, et çà et là sur le continent, presque toujours appartiennent à la contagion (1). La propagation se laisse d'abord suivre d'homme à homme, de maison à maison, plus nombreuse est la cohabitation, plus fréquent est le contact, plus grande est la susceptibilité de ceux, par exemple, qui n'ont pas contracté la maladie ; plus rapide et plus

(1) Le docteur Quesnoy, dans la discussion qui eut lieu à Gonstantinople sur le typhus de Grimée, a cité un fait intéressant pour établir un mode de contagion : il s'agissait d'une tente dans laquelle pendant tout le cours de l'hiver ceux qui venaient l'occuper étaient successivement pris du typhus. On vint à fouiller sur l'emplacement où elle était dressée, et l'on trouva le cadavre d'un soldat anglais. [G. L.]

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étendue est alors la propagation de l'épidémie. Elle diminue, lorsque la plupart des individus susceptibles l'ont éprouvée, et elle ne reparaît de nouveau que dans quelques cas sporadiques; après une longue série d'années, lorsqu'un grand nombre d'individus aptes à contracter la maladie, se sont réunis dans la localité, le même processus se répète indépendamment des influences atmosphériques, des conditions de nourriture, etc.

Les saisons ont peu d'influence sur le développement de la fièvre pétécbiale; à Londres, la maladie semble un peu plus fréquente au printemps ou dans la première moitié de l'année ; mais cette influence est moins marquée que pour le typhus intestinal, qui règne de préférence en automne; lorsque, par exemple, en Angleterre, on observe une épidémie intense pendant un hiver rigoureux, le fait s'explique naturellement par l'agglomération considérable des hommes dans les maisons.

La fièvre pétéchiale, et en cela elle peut se comparer à la scarlatine, offre bien plus que la fièvre typhoïde des différences très-importantes au point de vue des symptômes et de tout le processus pathologique dans le cours des différentes épidémies . Non-seulement certaines complications, telles que la septicémie, l'ictère, la parotide, sont tantôt fréquentes, tantôt rares, et sur ce point, on peut supposer, en partie, qu'elles proviennent de causes morbides agissant simultanément, de l'état de santé antérieur du malade, etc. ; mais il y a encore des différences importantes au point de vue de la bénignité ou de la gravité de l'affection, tantôt le typhus est bénin, cela a souvent lieu dans une population qui ne soufl're que de la disette, tantôt il est très-pernicieux, et le symptôme essentiel, l'exanthème, présente surtout de grandes variations dans les épidémies ; il y a de ces cas dans lesquels l'exanthème est fortement développé, d'autres où il est faible ; dans la grande majorité des cas, il est tout à fait insignifiant, parfois même, il peut complètement manquer; dans certaines épidémies, l'exanthème apparaît généralement de bonne heure, dans d'autres il survient plus tard. De là, des descriptions différentes, qui ne sont pas inexactes, bien qu'elles ne concordent pas avec ce que nous avons vu. Celui qui se plaît dans les discussions philosophiques haussera les épaules au sujet d'un typhus exanthématique sans exanthème; mais celui qui a élargi sa manière de voir en faisant une étude approfondie des épidémies et qui a observé lui-même les symptomatologies multiples des maladies infec' lieuses, celui-là ne se laissera pas tromper en face des faits par un nom une fois existant. Ce que quelques auteurs, et moi-même autrefois, ont décrit comme pneumo ou broncho-typhus, d'autres comme typhus simple, n'est rien autre chose qu'un typhus exanthématique léger avec un exanthème faiblement développé.

§ i 56. Influence de Page, du sexe, des professions. — Quant à ce qui concerne les dispositions individuelles et l'immunité, nous dirons que le typhus atteint de préférence la jeunesse et l'âge mur, mais bien plus que la fièvre typhoïde, il peut se montrer à tout âge, aussi bien dans un âge

avancé, au delà de 50 et 60 ans, que chez les nourrissons. Les deux sexes sont également atteints ; en Angleterre, du moins, les hommes offrent plus de mortalité, sans doute à cause de l'aggravation fréquente des cas par un alcoolisme antérieur; la grossesse ne donne pas la plus légère immunité; les constitutions individuelles ne présentent guère de différences, la tuberculose n'en exemple point (Horn, Jenner). Les classes inférieures offrent d'une manière générale plus de malades; un fait bien remarquable, c'est que, dans les grandes épidémies, et en particulier dans les épidémies d'L'lande, le typhus exanthémalique, dans son développement complet, atteint plutôt les individus aisés; les formes légères, au contraire, celles que caractérise un très-faible exanthème, appartiennent à la généralité de la classe pauvre. Il résulte de celte disposition spéciale, dont il faut vraisemblablement chercher la cause dans la nature différente de l'alimentation, que dans ces épidémies, les individus aisés présentent dix fois plus de mortalité que ceux qui sont pauvres (Corrigan). Quelques professions, du moins en Angleterre, sont rarement atteintes, ce sont celles des bouchers et des tanneurs (Twedie, Davidson). Devons-nous admettre ici un émoussement à l'influence des matières putrides? devons-nous conclure à un obstacle mécanique pour la réception du miasme en raison de l'enduit gras de la peau ?

D'autres maladies aiguës ^légères, des catarrhes, etc., des états d'épuisement, la convalescence, prédisposent à la fièvre pétéchiale (1). Le fait d'une première attaque rend moins susceptible pour une autre, mais il ne préserve pas d'une manière absolue. Il y a des exemples assez nombreux de deux et de trois attaques contractées par un individu, tantôt à un long intervalle de temps, tantôt dans la même épidémie,

(i) Lors de la guerre de Crimée resistence d'une maladie antérieure ne rendait que plus facile le développement du typhus :

« Les relevés du mois de février 1856 celui où la propagation du typhus a eu lieu (1 avec le plus de rapidité, nous apprennent que sur 28 i 8 typhiques des hôpitaux de « Constantinople admis ou atteints pendant ce mois 1235 cas, c'est-à-dire près de la moitié, « se sont déclarés chez des malades en traitement: savoir.

« 470 chez des malades atteints de diarrhée chronique,

« 442 — — — scorbut,

« 4G6 — — — dyssenterie,

« 129 maladies diverses dont 21 cas seulement de fièvres intermittentes ou rémittentes,

« 25 — .» „ de congélation,

« 3 d'affections chirurgicales.

Fauvel, Discussion sur le typhus de Varmée d'Orient^ Constantinople, 1856, séance du 20 juin 1856. [G. L.]

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