SYMPTOMATOLOGIE, APERÇU GÉNÉRAL DU COURS DE LA MALADIE
§ 157. Ëuisemljîe des processus morbides. — Si l'on met de côté ces cas exceptionnels dont nous avons parlé, que caractérise un exanthème peu abondant ainsi que ces formes légères a py rétiques dont nous parlerons tout à l'heure, si l'on n'envisage que le plus grand nombre des cas bien confirmés et de moyenne gravité, on peut dire que le typhus pétéchial, bien plus que les autres processus typhoïdes, se rapproche, dans ses caractères généraux, des maladies exmitJiématiques aiguës. L'exanthème roséolique se développe d'une manière abondante et avec une régularité moyenne, son apparition, sa durée, sa disparition, marchent d'une manière parallèle aux autres changements qui se produisent dans le bien-être du malade, aussi les anciens observateurs allemands (Hildenbrand, Himly, Bischoff) et beaucoup de pathologistes anglais (Roupell, Peable, etc.), avaient considéré désormais le typhus exanthématique comme une maladie exanlhémalique aiguë. Cependant ce parallèle ne se laisse pas poursuivre dans les faits particuliers; la fièvre, par exemple, du typhus exanthématique n'est point une fièvre éruptive comme celle de la variole, elle dure encore après la poussée de l'éruption et atteint ensuite, à côté des autres symptômes généraux, sa plus haute intensité. — Dans les cas bien développés et un peu graves, il y a une période de début et d'augmentation raj^ide de la maladie, c'est le stade de l'inflammation ou de l'éréthisrae de beaucoup de pathologistes, l'éruption de l'exanthème s'y fait en quatre jours environ, la période la plus intense de la maladie vient ensuite, sa durée n'a rien de fixe, elle est de 4-10 jours, c'est le stade nerveux de quelques auteurs; la fièvre tombe ensuite assez rapidement, parfois d'une manière très-rapide, et dans les cas favorables, il y a une rétrocession prompte des symptômes. Dans des cas plus rares, un stade de la maladie devient plus long et se dessine d'une manière hésitante, ou la mort arrive, le plus souvent, au plus fort du processus morbide.
§ 158. Béimt de la maladie. — La fièvre pétéchiale commence généralement d'une manière rapide, aussi peut-on fixer d'une manière sufiisante le jour du début; souvent cependant, on peut observer, plusieurs jours auparavant, ce que l'on a appelé des prodromes, il y a de la lassitude, du malaise, des troubles du sommeil et de l'appétit, de la céphalée, des douleurs à la nuque et dans les membres, du coryza. Le frisson s'accompagne quelquefois d'un vomissement qui peut se répéter plusieurs fois, le premier, le deuxième et le troisième jour; alors survient un état fébrile durable, augmentant rapidement, s'accompagnant de fréquence du pouls, de chaleur à la peau, surtout de celle du front; il y a, de plus, de la tur-
gescence du visage, de l'injeclion des conjonctives et un peu de larmoiement, une céphalée intense, des étourdissements, de la pesanteur et du vertige. — La faiblesse musculaire et la dépression des forces sont aussitôt considérables, Irès-ordinairement elles s'accompagnent de douleurs intenses, dans les membres, dans les articulations, à l'épigastre, le malade craint pour cela le mouvement, et, dès le premier jour, il se met au lit ; les mouvements musculaires sont souvent^ dès le début, incertains et tremblants, de bonne heure aussi il y a aphonie; le malade ne peut fixer son attention sur quoi que ce soit, le sommeil manque, ou il est de courte durée et troublé par des rêves agités, il y a un état vertigineux semblable à celui de l'ivresse, que caractérise bientôt, au moins pendant la nuit, l'apparition de fantômes accompagnée d'un délire léger. On constate souvent des bourdonnements intenses, de la chaleur des yeux, du catarrhe nasal, de l'injection de toute la cavité buccale; la langue devient bientôt rouge, se charge d'un enduit épais et blanc, la salive est rare et visqueuse, l'haleine est fétide, Tappétit a tout à fait disparu, la soif est modérée; les évacuations sont supprimées ou normales, l'abdomen est dépressible, non douloureux^ la raie commence à se tuméfier: le pouls est embarrassé, plein, tantôt dur, tantôt mou, parfois dicrote; le catarrhe bronchique se produit généralement alors, il y a souvent un peu d'enrouement et de dysphagie. Tandis que dans les premiers jours le catarrhe se développe sur différentes muqueuses, et avant tout, sur la muqueuse respiratoire, la fièvre, la céphalée, le délire, augmentent de jour en jour.
§ 459. Exanthème pétéciiiai. — Du troisième au sixième jour. Texanthème paraît, ce sont des groupes irréguliers de taches roséoliques, occupant le tronc, les extrémités, rarement le visage, leur plus abondant développement a lieu tantôt sur le dos, tantôt sur l'abdomen, tantôt sur les avant-bras ; parfois, il n'y a qu'un petit nombre de taches, d'autres fois, toute la peau en est complètement couverte. Avec le développement de l'exanthème, les autres manifestations morbides progressent souvent après une rémission fébrile, courte et passagère, et tandis que l'éruption augmente pendant plusieurs jours, le malade arrive à la période la plus élevée du processus.
La chaleur fébrile, l'injection du visage et des conjonctives, la pesanteur de la tête, augmentent à ce moment ; le délire est alors vers le neuvième ou onzième jour, souvent continu; une indifférence complète, de l'apathie et de la stupeur s'établissent aussi, l'audition est très-difficile, la langue est tuméfiée, sèche, fendillée, la fréquence du pouls est de 100 à 140, le pouls devient plus petit, souvent encore il est rapide, dicrote, quelquefois même irrégulier; la toux sèche et modérée s'accompagne de râles de bronchite disséminés, les évacuations s'arrêtent, ou des selles involontaires peu abondantes surviennent temporairement. Dans les cas graves, alors qu'avec l'apparition de l'exanthème, la fièvre, les troubles cérébraux et la faiblesse musculaire, atteignent un degré élevé, les accidents augmentent
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encore dans le cours de la seconde semaine. La faiblesse devient trèsconsidérable, la parole embarrassée est tout à fait incompréhensible, le regard est vitreux et hagard, la mâchoire bâille, la déglutition est pénible ; la respiration devient plus fréquente, le pouls plus petit, les bruits et les battements du cœur sont faibles et inappréciables. L'éruption de l'exanthème est dans beaucoup de cas achevée au quatrième jour; dans les cas graves, elle peut se continuer au delà des 6'^ et 8"^ jours. Au plus fort de la maladie, dans la majorité des cas, la tache roséolique se transforme, dans quelques points, mais non facilement dans tous, en pétéchie, chacune de ces taches est entourée d'une ecchymose petite, circonférentielle. du reste assez claire; dans les cas graves^ toute la peau prend une couleur obscure et livide. — A cette époque, les malades présentent le tableau de la maladie le plus grave, la physionomie véritablement typhique coïncide avec une coloration obscure du visage, les yeux et la bouche sont à demi ouverts, l'expression est totalement absente, les conjonctives sont de plus en plus injectées, la langue est sèche, brune et ratatinée ; chez beaucoup de malades, on perçoit une odeur spéciale que je ne puis comparer à rien d'une manière heureuse, on peut l'appeler quelque chose de pourri. Trèssouvent, vers le onzième, ledouzièmejourde la maladie, un voit augmenter, d'une manière intense, les symptômes cérébraux, le catarrhe, la sécheresse de la langue et tous les symptômes graves; l'état typhoïde bien accusé, joint au décubitus promptement survenu, aux mouvements convulsifs et à l'hypostase pulmonaire, conduit bientôt à la mort dans l'espace de 42 à 20 jours.
§ 160. Terminaisons de la maladie. — Dans les cas heureux, il y a de la rémission fébrile au huitième, au dixième jour, plus souvent aux treizième, quatorzième, dix-septième, la température du corps baisse, la peau devient fraîche et se couvre plus ou moins de sueurs, puis, le jour suivant, un sommeil calme et réparateur s'établit en même temps que les phénomènes cérébraux les plus graves, le délire, la stupeur, disparaissent, et que le pouls se ralentit. Cette rémission de la fièvre et des symptômes cérébraux se fait très-rapidement, quelquefois dans l'espace de 1 ou 2 jours, elle est tout à fait complète, dans d'autres cas elle réclame de 4-6 jours, elle est généralement plus rapide que dans l'iléo-typhus, et très-souvent ne s'accompagne point de flux critique appréciable. — Pendant que l'exanthème pâlit, le catarrhe bronchique se termine par une expectoration abondante ou disparait simplement, dans les cas les plus favorables, l'appétit revient bientôt, et la convalescence s'établit rapidement. Les restes de l'exanthème restent longtemps appréciables, surtout aux endroits où la poussée éruptive s'est entourée d'une pétéchie circonférentielle. La période de retour est souvent si courte, essentiellement limitée à un si petit nombre de jours de fièvre, qu'elle ne compte point pour un stade particulier, comme dans la fièvre typhoïde; il y a cependant un assez grand nombre de cas dans lesquels une complication récente constitue une
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nouvelle période morbide. Souvent alors la fièvre augmente, au soir du jour que devaient signaler une rémission et un flux sudoral, elle se continue et s'accompagne de lésions locales secondaires, décubiliis, pneumonie, parotide, diarrhée, etc. — Quelquefois elle prolonge son cours de 6-10 jours, sans lésion locale appréciable ; les phénomènes de l'anémie et de l'épuisement nerveux dominent aussitôt; la turgescence de la peau a disparu, bien que la chaleur puisse être encore considérable, le malade se plaint de nouveau de douleurs musculaires, le pouls reste, petit et fréquent, les bourdonnements, la surdité, le délire nocturne, le tremblement, se continuent ou se développent compléiement, les affections locales signalées suivent leur cours, et, lorsque la mort n'arrive pas à cette période, il y a une rémission lente et successive des accidents jusqu'à la guérison.
§ 161. Convalescence; sa nature. — Dans la convalescence de la fièvre pétéchiale, les forces intellectuelles se relèvent très-lentement, la faiblesse musculaire, la faiblesse du cœur, parfois des douleurs névralgiques de toute espèce, peuvent se continuer; d'une manière générale, le malade est plus affecté, plus déprimé, avec un faciès plus exeavé que dans la fièvre typhoïde. Il y a souvent de la desquamation épithéliaie, et très-fréquemment les cheveux tombent; une imprévoyance, un écart de régime, etc., peuvent, au milieu d'une convalescence, déterminer d'une manière sérieuse une récidive particulière du processus; ils amènent encore des phénomènes gastro-intestinaux et nerveux très-graves, conduisant à la mort; la susceptibilité morbide de l'estomac et de l'intestin n'est pas cependant aussi considérable que cela a lieu le plus souvent dans la fièvre typhoïde.
§ 162. 'ïournures variables de la maladie. — La tournure favorable que prend la maladie se caractérise par une diminution de la température du corps ; elle commence dans les cas de moyenne gravité, du dixième au quinzième jour, exceptionnellement au septième ou au huitième ; elle se continue d'une manière prompte et rapide, et non point d'une maniera aussi successive que dans la fièvre typhoïde. Dans les cas légers, tout le processus' morbide fébrile est terminé en 14 jours; au huitième ou au dixième, la température baisse, et, au bout de 3 à -4 jours, la fièvre a entièrement disparu, et la convalescence s'établit ; dans les cas graves oij la période de retour se prolonge, surtout par une complication, la durée en est généralement plus courte que celle de la seconde période de la fièvre typhoïde ; mais ces cas que caractérise une apyrexie dans la convalescence ne sont pas toujours de même ; les malades peuvent se sentir souffrants, leur langue est sèche, leurs nuits sont toujours agitées, il peut même y avoir encore du délire et de la stupeur, et cet étal apyrétique peut souvent exister, comme je l'ai moi-même observé, sans aucune lésion locale particulière. — La terminaison mortelle arrive le plus souvent dans les derniers jours du second septénaire ou dans les premiers du troisième; au plus fort de la maladie, vers cette époque où lo processus morbide va
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changer ou commence à changer de direction, elle est due à l'intensité de rétat typhique, que ne complique le plus souvent aucune lésion locale particulière. Il y a cependant beaucoup de cas particuliers dans un grand nombre d'épidémies, qui présentent un caractère de maliguité ; il en est de même des cas qu'aggravent à un haut degré les circonstances extérieures défavorables ; le plus grand nombre des décès a souvent lieu avant le douzième jour; beaucoup de malades peuvent mourir du troisième au sixième jour, et, dans les typhus graves des armées oii, en dehors d'une contagion très-intense, toutes les influences nuisibles possibles agissent à la fois, on a vu encore assez souvent la mort survenir au deuxième, au troisième jour, au milieu de symptômes nerveux graves {typhus siderans).