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CHAPITRE V

§369. Traitement rarement utile; médication «In symptôme. —

La faible action de la thérapeutique est'[)rouvée par la grande mortalité de la peste, les résultats sont presque les mômes dans les épidémies où un grand nombre ont été traités médicalement que dans celles où quelques malades seulement ont été soumis aux ressources de l'art. En fait, on ne connaît aucune méthode qui puisse avec quelque certitude être d'une utilité véritable dans un cas bien constitué, et les traitements recommandés ne comportent en grande partie que contradiction et incertitude. Tous les observateurs anciens et récents s'expriment cependant avec force en faveur du traitement le plus simple possible et contre l'emploi d'un grand nombre de médicaments (Bertrand à Marseille, "Wolmar, etc.); les malades doivent être soumis aussitôt à l'air frais dans un endroit aussi spacieux que possible, on prescrira en tous cas la plus grande propreté, une diète légère, des boissons abondantes; quant au reste, ce sera uniment le traitement du symptôme. Au collapsus initial, on opposei-a les excitants, l'éther ; dans la période fébrile, le traitement sera rafraîchissant, on donnera de la limonade, de l'eau de Sellz, on appliquera le froid sur la tête ; la tendance au développement de sueurs sera favorisée par les boissons chaudes. Les symptômes de dépression du système nerveux et les états typhoïdes ultérieurs paraissent être peu accessibles aux excitants, mais on ne connaît aucun autre traitement plus approprié.

Les purgatifs, les saignées, la médication mercurielle, les vésicatoires, sont manifestement nuisibles ou au moins inutiles ou contestables ; les émétiques au début paraissent inoffensifs, mais d'une, action éminemment douteuse ; je tire ce résultat de la comparaison de beaucoup de rapports sur ces épidémies.

La seule méthode de traitement qui semble avoir fourni quelques ré-

sultats à différents observateurs et dans différentes épidémies, mais qui n'offre pas cependant la plus légère certitude, ce sont les frictions générales d'huile sur la peau au début de la maladie (Czetyrkin, Rink); elles agissent en général comme diaphoréliques et semblent parfois améliorer et accélérer la marche de l'affection. On m'a communiqué au Caire le manuscrit d'un médecin anglais qui avait vu pendant sa vie beaucoup de pestiférés, et j'y ai trouvé une vive recommandation pour les boissons alcooliques fortes données au début de la maladie et continuées de manière à tenir constamment le malade dans une ivresse profonde ; il y a là un parallèle national à établir avec le traitement employé récemment dans la fièvre typhoïde par le médecin anglais Todd.

Les bubons doivent être simplement recouverts de cataplasmes chauds ; une douleur intense et une forte tension peuvent au début réclamer une incision ; aussitôt qu'ils sont arrivés à maturité, ils doivent être ouverts, elle traitement ultérieur n'a rien de particulier. On tentera la cautérisation profonde ou le fer rouge contre les charbons qui se développent primitivement dans le début de la maladie, et qui ne s'accompagnent point des signes d'une infection générale; quant à ceux qui surviennent dans le cours de la peste, celte méthode ne les améliorera pas, leur traitement devra être simple comme celui des bubons.

§370. Mesures prophylactiques. — Les mesures prophylactiques à établir contre la propagation de la peste ont un résultat bien plus considéra{)l& que le traitemeut de la maladie une fois déclarée. Une prophylaxie certaine, individuelle, consiste uniquement dans l'éloignement complet du foyer de la peste et dans l'abandon du lieu oii elle règne ; y a-t-il impossibilité à agir ainsi, un isolement aussi sévère que possible doit être pratiqué dans le but d'éloigner le plus possible la contagion directe, la cause la plus fréquente de la peste, mais cette mesure ne donne point, comme on l'a remarqué, une immunité absolue ; le fait unique d'éviter le contact des malades et de s'exposer néanmoins à leurs émanations n^offre pas la garantie la plus légère. — Les malades atteints de peste doivent donc être sévèrement isolés, et les cas soupçonnés doivent être soumis à l'observation la plus rigoureuse. Au début, lorsqu'il n'y a qu'un petit nombre de malades, on peut se rendre maître sans grandes difficultés de la propagation de la maladie ; plus tard, tout est inutile.

§ 37 I . Établissement des quarantaines. — Les mesures protectrices adoptées dans toute l'Europe moyenne et occidentale contre la peste d'Orient consistent dans l'établissement des quarantaines. Quant à ce point considérable de l'hygiène publique, nous ne pouvons reproduire ici en peu de mots que quelques-unsdes faits les plus importants et des donnéesfondamentales, tels qu'ils résultent des dernières recherches ; on n^accusera point de prédilection particulière pour ces institutions celui qui, comme l'auteur de cet ouvrage, devait, pendant des semaines, sacrifier dans la réclusion aux fictions et aux chicanes des quarantaines la saison du

printemps, l'époque la plus agréable pour les voyages mariiimes dans ces contrées de l'Orient.

Mais le principe des quarantaines doit être conservé pour une maladie aussi terrible que la pesle et dont la contagion est bien prouvée, c'est une grande erreur de vouloir rejeter les quarantaines pour un pays qui, comme i'Égypte, est le foyer ordinaire et le point de départ de la peste, et, d'autre part, des faits non douteux ont parfaitement démontré, par exemple, que la peste avait été importée de Constantinople en Éuypte. Le problème à résoudre consiste donc à concilier la nécessité de la protection contre la pesle avec les besoins de la navigation actuelle et du commerce, véritables bases de la civilisation moderne. On peut y arriver simplement de la manière suivante :

1° Une quarantaine doit être uniquement établie à l'époque où la peste règne réellement en Orient ; quand elle n'y existe pas, les quarantaines ■doivent être tout à fait suspendues ; elles constituent donc une mesure nullement permanente, mais seulement temporaire. Mais pour savoir avec certitude quand la pesle règne, l'établissement d'un cordon sanitajre et non interrompu est nécessaire en Orient de la part des États civilisés. Cette mesure est réalisée aujourd'hui par les intendances sanitaires qui ■comprennent des représentants des Étals maritimes européens, et de la part de la France par l'entretien de médecins sanitaires dans différents ports d'Orient, le nombre de ces derniers a été cependant très-limité dans ces pays où la peste ne règne plus aujourd'hui.

Cette surveillance doit être réalisée dans ces contrées orientales, au moyen d'un réseau d'observations s'étendant sur tout le pays à l'aide de médecins désignés officiellement. Sous ce rapport, cette organisation existe depuis très-longtemps en Egypte, et, s'il y a encore des lacunes qui ne seront jamais comblées en Orient, au moins l'établissement de ces me- •sures sanitaires est-il satisfaisant dans ses points essentiels, tandis que dans le reste du royaume de Turquie, elles sont insuffisantes ou n'existent point. La multiplication des consuls dans les ports de mer et la rapidité du transport nous autorisent à admettre que, sauf quelques circonstances ■tout à fait extraordinaires, on sera toujours prévenu à temps en Europe de l'apparition de la peste dans un port quelconque.

2° La maladie règne-t-elle quelque part en Orient, il y aura des mesures de précaution à prendre dans les ports d'Europe contre l'entrée de malades atteints de peste ou pouvant le devenir. Les individus malades à leur arrivée doivent être Irès-sévèremenl isolés et traités à l'aide de soins hygiéniques et médicaux; ceux qui sont encore sains doivent être soumis à l'observation pendant un laps de temps que l'expérience a appris être celui de l'incubation. En France et en Sardaigne, à la suite de la conférence internationale de 1850, le chiffre de dix jours à partir de l'arrivée fut fixé comme un minimum, et celui de quinze, comme un maximum pour les vaisseaux qui se présentaient avec une déclaration du service

sanitaire accusant l'existence de la peste au port de départ, ou qui avaient eu des cas de pesie pendant la traversée.

3° Les effets qui se trouvent en contact immédiat avec le corps des pestiférés, les literies, les vêlements, etc., doivent être purifiés avec le plus grand soin possible, et ils seront de préférence détruits suivant les circonstances. Les autres effets qui peuvent être présumés contenir le miasme, doivent être soumis à une élévation de température de 40°-60° R., ou, suivant leur nature, ils seront désinfectés par le lavage, l'aération, le& moyens chimiques, etc. — Les marchandises commerciales, qui très-vraisemblablement ne doivent plus être considérées aujourd'hui comme un moyen de propagation de la peste, peuvent naturellement être importées aux époques où elle ne règne point ; aux époques de peste, on a pris dernièrement à leur égard des précautions, elles ont été plus ou moins soumises à des désinfections analogues, et on les a divisées en deux classes^ suivant le danger qu'elles offraient ; dans la première, on a compris la laine, les peaux, les plumes, etc., dans la seconde, le coton, le lin ; cette distinction existe dans la nouvelle convention sanitaire de 1850, et là, cù elle est en vigueur, les premières marchandises sont soumises à une purification sévère; sans aucun doute, ces mesures au sujet des marchandises commerciales pouvaient être complètement mises de côté.

Les mesures plus complètes ayant trait au départ du vaisseau, au voyage, à l'arrivée, au service médical, au traitemiCnt des personnes et des marchandises aux lazarets, etc., telles qu'elles résultent des faits produits jusqu'à ce jour, et des principes adoptés, se trouvent dans les écrits spéciaux et surtout dans les décrets, règlements, instructions publiés par Amb , Tardieu (1), et fondés sur les conclusions de la conférence internationale déjà mentionnée. L'Autriche n'a pas accédé autrefois à cette conférence pour des raisons qui sont connues et qui devaient être partagées en Allemagne d'une manière générale; mais elle a du moins pris en considération bien auparavant, et à un point de vue plus libéral encore, les intérêts de la navigation libre pour les époques exemptes de peste.

(1) Tardieu, Didiovnah-e d'iiygiène publique et du salubrité, 2' édition^ Paris, 1802^ t. III, p. 291. Art. Peste.

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