‹ Traité des maladies mentaleChapitre 113 sur 500 · ÉTIOLOGIË. — AFFECTIONS DES ORGANES ABDOMINAUX · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGIË. — AFFECTIONS DES ORGANES ABDOMINAUX

§ VI. — Considérations psycho-physiologiques sur le délire dans les maladies aiguës et dans les affections chroniques des organes ahJominaux.

Les limites de cet ouvrage ne me permettent pas de parler avec détail de tous les troubles intellectuels qui peuvent accompagner la marche, la terminaison et la période de convalescence d'autres maladies aiguës. Ce que nous avons dit à propos de la pneumonie, du rhumatisme articulaire, de différentes affections du cœur, de la lièvre typhoïde , etc., fait voir assez clairement qu'il n'est aucune maladie aiguë qui ne puisse être accompagnée de délire, et qu'ultérieurement ce phénomène peut revêtir le caractère de chronicité et de systématisation en dehors de tout élément fébrile : ce qui est le propre de la folie. Un médecin qui s'est beaucoup occupé de cette question, M. le docteur Thore, dit avec justesse que la relation qui existe entre les affections aiguës et la folie n'a pas été étudiée avec toute l'attention qu'elle mérite. « On s'expliquera facilement cette négligence, ajoute M. Thore, en songeant que dans la pratique ordinaire, on n'apporte pas toujours le soin et les lumières nécessaires pour l'étude de cette question ; tandis que dans les hôpitaux destinés aux aliénés, ces faits sont plus rares, et qu'il est difficile d'être renseigné sur les antécédents des malades (1). »

Ce même médecin relate plusieurs faits de folie qui compliquèrent nonseulement la pneumonie, le rhumatisme, la lièvre typhoïde et d'autres affections compromettant d'une manière plus ou moins sérieuse les fonctions générales de l'économie ; mais il cite l'intercurrence du même phénomène pathologicpie dans des maladies moins graves en apparence, telles que l'angine tonsillaire et la rougeole.

Mais c'est surtout dans les affections chroniques des organes abdominaux, que l'on a souvent occasion de saisir les rapports qui existent entre les lésions de ces organes et le trouble delà pensée. On a maintes fois cité les obstructions dans le système de la veine porte et les désordres résultant de l'interruption du flux hémorrhoïdal. Tous les auteurs parlent des complications qui proviennent de l'inertie des fonctions digestives, de la stase trop prolongée des matières féoales dans le côlon.... On ne saurait mettre en doute que les affections chroniques du foie, de la rate, du pancréas et des reins ne soient des causes déterminantes d'aliénation mentale.

« Qui n'admet, dit M. Guislaiu, les rapports entre le tube intestinal et 1rs actes cérébraux, l'influence d'un estomac exalté' dans sa sensibilité

(1) De la folie consécutive aux maladies aifjues, par M. le docteur Thore (Annales médico-psychologiques, t. XI, p. 580).

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par le jeûne, par une inflammation, par une affection morbide quelconque?

» Il y a des personnes, ajoute ce même auteur, qui se plaignent à certaines heures de la journée, par exemple après le diner (1 ), de ce qu'elles nomment de singulières idées.... Elles ont des pensées qu'elles ne voudraient pas avoir; elles voient tout avec indifférence, elles se chagrinent parce qu'elles n'ont pas d'émotions; elles éprouvent une fausse honte, elles s'expriment avec timidité, leur parole est voilée. Il suffit de quelques heures pour que cet état d'hypochondrie disparaisse.

» Qui oserait nier l'influence des irritations inflammatoires des intestins sur le cerveau? Qui ignore combien une constipation peut agir sur le caractère moral ? Je me souviens d'une personne qui, chaque fois qu'elle était constipée, avait des hallucinations auditives et visuelles.

» Il n'est pas jusqu'aux troubles mécaniques, jusqu'à la descente herniaire, jusqu'à la compression trop forte d'un bandage, d'un corset, d'une ceinture, qui ne détermine, chez quelques personnes, une modification dans la sensibilité phrénique, un état d'anxiété tout à fait spécial.

» Et dans les névroses des viscères abdominaux, ne rencontre-t-on pas les anomalies du moral les plus singulières? Il y a des hommes souffrant d'anorexie, de cardialgie, de malaise abdominal, qui de temps en temps sont tristes, irascibles. Qui n'a pas constaté les grandes irrégularités que provoque dans le domaine intellectuel la présence de vers intestinaux, celle du ténia surtout? Qui n'a pas observé ces rires, ces pleurs, ces convulsions somnambuliques, cataleptiformes, épileptiformes, qui accompagnent la disposition vermineuse? Quant à moi, j'ai vu l'épilepsie naître sous l'influence d'une cause de cette nature (2). »

(1) Willis, dit M. Griesinger, rapporte l'exemple remarquable d'une dame dont la santé aurait été altérée par de profonds chagrins. Un jour, après avoir mangé un gâteau très indigeste, elle fut prise d'un sentiment de chaleur brûlante dans la région précordiale. Il s'ensuivit un délire sensorial instantané. Elle s'imaginait que la partie supérieure de son corps était en feu. Elle prit son élan, se précipita dans la rue en criant qu'elle était maudite de Dieu, damnée, et qu'elle ressentait déjà les supplices de l'enfer. Le même délire se reproduisait aussitôt que cette dame éprouvait la même sensation.

(2) Guhlain, Leçons orales, t. II, p. 7 l , 72. Le savant médecin belge dit avec raison que si la disposition vermineuse n'est pas une cause fréquente d'aliénation, elle a cependant été constatée quelquefois. Esquirol l'a notée, et M. Ferrus a communiqué à l'Académie royale de médecine le cas d'un ténia dont la sortie avait été obtenue par l'écorce de grenadier chez un aliéné qui récupéra sa santé dès que le ver fut expulsé. J'en ai cité moi-môme un exemple remarquable dans mes Études cliniques, t. I, p. 272. Tous les aliônistes en ont rapporté des exemples. Frank attribue dans beaucoup de cas

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