PÉRIODE DE CONVALESCENCE. — DÉLIRES SPÉCIAUX
eu de fréquentes occasions de remarquer, chez les individus prédisposés au choléra , de légitimes sujets de tristesse occasionnés par une altération des fonctions digestives.
La période de convalescence du choléra a été signalée dans plusieurs circonstances par un état délirant qui a plus d'une analogie avec le délire de la fièvre typhoïde. Dans son mémoire De l'influence du choléra sur la production de la folie, M. le docteur Delasiauve cite plusieurs exemples de délires consécutifs à cette maladie.
Chez un jeune homme de vingt ans éclate , vers le vingtième jour de la convalescence d'un violent accès cholérique, un délire avec loquacité extrême et tendances à des actes singuliers. // se croit riche , H se dit décoré, il rêve à de grandes entreprises , etc.
Quelques jours après la cessation des accidents cholériques , l'individu objet de cette observation devient soucieux , mélancolique , et il s'organise ultérieurement chez lui un véritable délire des persécutions.
Huit jours après l'invasion du choléra , le nommé Paidus est arrêté comme fou sur la place publique. Sa physionomie est stupéfaite et bouleversée. Telle est la confusion de ses idées, qu'il ne saurait fournir aucun renseignement sur ce qui lui est arrivé. A Bicêtre, où cet insensé est transféré, il a un délire ambitieux : Dieu a communiqué avec lui; il est le roi des rois. La veille de son entrée, il avait fait la demande d'un emploi au président de la république.
Enfin, chez d'autres convalescents, il y a beaucoup de torpeur intellectuelle avec prédominance dans quelques cas d'un délire des persécutions. Un de ces malades a même eu des accès épileptiques , et nous aurons occasion de remarquer que la forme convulsive est fréquente dans les délires par intoxication. On a observé le même phénomène, et cela sous une forme endémique , dans les états ataxiques résultant de l'insuffisance ou de l'altération des substances alimentaires. Au reste, pour ce qui regarde les malades dont parle M. Delasiauve, la terminaison a été heureuse. J'ai vu, grâce à l'intervention d'un traitement tonique et réparateur, le même résultat heureux se produire dans des folies qui éclatèrent dans la période de convalescence des accès cholériques. Une femme confiée à mes soins fut atteinte préliminairement du choléra. Pendant la période de convalescence , elle perdit de la même maladie un enfant qu'elle allaitait. Elle tomba dans une morne stupeur, d'où elle ne sortit que pour être en proie à un accès d'agitation indicible. Cette malade, soumise à un régime tonique et réparateur, comme celui qui doit être prescrit aux aliénés de cette catégorie, cette malade, dis-je, guérit complètement.