‹ Traité des maladies mentaleChapitre 119 sur 500 · ÉT10L0GIE.— CONTINENCE FOUCÉE · texte numérisé non relu

ÉT10L0GIE.— CONTINENCE FOUCÉE

vince lui offre toutes les femmes de la cour de Louis XV pour le faire renoncer à la continence ; il se livre à des transports furieux, brise les colonnes de son lit, enfonce les portes de sa chambre... Dans cette singulière névrose, tous les organes des sens furent portés à un tel degré de sensibilité, qu'ils lui firent éprouver les tourments les plus affreux et les plaisirs les plus doux. La lumière affectait quelquefois la rétine avec tant d'éclat et de vivacité, qu'il ne pouvait en supporter la présence ; d'autres fois, les perspectives les plus variées s'offraient à sa vue et ravissaient son âme. L'ouïe lui procurait de même les sensations les plus délicieuses : il lui semblait que l'univers était un oïchestre immense dont les sons harmonieux jetaient son âme dans une extase complète. »

Mais dans l'exemple en question, on voit plutôt la conséquence d'un état physiologique déterminé que la filiation des faits pathologiques -dans leurs rapports avec la succession et l'enchaînement des causes qui ont produit ces faits. Cette filiation nous offrira plus d'utilité pratique que la relation poétisée des phénomènes dans quelques cas de continence forcée. D'ailleurs, les exemples cités par les auteurs auraient besoin d'un contrôle plus rigoureux, quand on sait que la question a profondément passionné quelques écrivains, selon qu'ils l'ont examinée au point de vue des avantages ou des inconvénients du célibat. L'exemple que je vais citer rentre jusqu'à un certain point dans l'histoire des pollutions involontaires, mais il n'en offre pas moins des détails intéressants pour la pathogénie des affections nerveuses et pour ce qui regarde l'histoire de la continence examinée comme cause d'aliénation mentale.

Je fus un jour appelé pour examiner l'état mental d'un jeune homme de vingt-huit à trente ans que j'avais connu enfant, et dont l'exacerbation maniaque, au moment où je le vis, dépassait tout ce que l'on peut imaginer. Ce malheureux était attaché dans son lit et se livrait aux emportements d'un délire furieux. Après lui avoir fait ôter ses liens, je le fis placer dans un bain, où il se calma et put ainsi recueillir ses souvenirs et me reconnaître. Les causes de son aliénation m'avaient été expliquées, et je savais qu'à l'âge de douze à treize ans, cet enfant, doué d'aptitudes intellectuelles extraordinaires, avait dû, en raison d'accidents spéciaux [somnambulisme, hallucinations), abandonner ses études. Ces phénomènes pathologiques, assez rares dans un âge aussi tendre, n'indiquaient que trop la prédominance d'un tempérament nerveux, et l'avenir ne lit malheureusement que confirmer le pronostic fatal que ce premier accès de délire fit naître dans l'esprit d'un médecin éclairé qui en était le témoin.

Arrivé à l'âge de puberté, ce jeune homme, que l'on destinait à l'état ecclésiastique, eut à lutter, à ce qu'il m'a avoué, contre l'effervescence de

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