INFLUENCE DE CES CAUSES SUR LES FONCTIONS CÉRÉBRALES
autre sorte de douleur que l'on ferait mieux d'appeler torture morale, et dont les tristes ministres sont l'envie, l'orgueil ou l'amour-propre froissés, la haine, la jalousie, ainsi cpic les cris d'une conscience coupable.
Vouloir, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, que chacune de ces causes corresponde à un mode particulier d'aliénation mentale, est chose impossible, par la raison bien simple que ces causes développent uu phénomène pathogénique identique qui est la, souffrance morale, et que cette souffrance agit avec une intensité toujours en rapport avec le degré de sensibilité de l'individu, son éducation, ses mœurs, son caractère, avec les dispositions natives qui le rendent plus accessible à la crainte, à la colère, à la haine, à la jalousie et aux tristes passions qui torturent son existence. Ce sont là tout autant de modificateurs spéciaux, non pas de la maladie mentale en elle-même qui se manifestera toujours avec la forme dépressive qui est son essence, la mélancolie, mais du phénomène délire qui sera plus riche, plus varié, plus motivé, plus systématique; en un mot, selon la prédominance des éléments modificateurs préexistants.
Ces différentes désignations du délire doivent en ce moment laisser dans l'esprit un sens indécis, puisque nous n'avons pu encore nous occuper de ce phénomène pathologique d'une manière spéciale ; mais il m'a paru utile de faire ressortir, aussi souvent que l'occasion s'en présentera, que non-seulement le genre de la folie est toujours en rapport avec la nature de la cause, mais que l'intensité de la forme délirante est, à son tour, déterminée par des modificateurs spéciaux, soit de l'ordre intellectuel, soit de l'ordre physiologique.
A l'appui de cette manière de voir, je ne puis citer une autorité plus compétente que celle de notre illustre Pinel. « Les caractères extérieurs d'un chagrin profond, dit ce grand observateur, sont en général un sentiment de langueur, la perte de l'appétit, la pâleur de la face, un. sentiment de plénitude ou d 'oppression, une respiration laborieuse et quelquefois entrecoupée de sanglots, un assoupissement plus ou moins profond, et enfin une sombre, stupeur ou le plus violent délire. »
Voilà, dans son expression la plus rigoureuse, le genre de la maladie mentale généralement déterminée par les passions violentes et oppressives. Mais ces passions, comme le chagrin, la haine, la crainte, le remords, la jalousie, l'envie, qui, d'après Pinel, sont le germe de tant de désordres et de maux dans la vie sociale, sont aussi, comme le fait justement remarquer cet auteur, susceptibles de divers degrés de force et de nuances infinies, selon le concours de quelque autre passion, la sensibilité individuelle, les idées accessoires qui viennent s'y joindre, ou la vivacité de la cause déterminante.
ÉTlOLOGlE. —