‹ Traité des maladies mentaleChapitre 142 sur 500 · INFLUENCE DE L'ÉMOTION, DE LA TERREUR SUR LES FACULTÉS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L'ÉMOTION, DE LA TERREUR SUR LES FACULTÉS

peut produire ce phénomène si extraordinaire. Un artilleur, l'an deuxième de la république, propose au Comité de salut public le projet d'un canon de nouvelle invention, dont les effets doivent être terribles ; on en ordonne pour un certain jour l'essai à Meudon, et Robespierre écrit à son inventeur une lettre si encourageante, que celui-ci reste comme immobile à cette lecture, et qu'il est bientôt envoyé à Bicètre dans un état complet d'idiotisme. A la même époque, deux jeunes réquisitionnaires partent pour l'armée, et dans une action sanglante l'un d'entre eux est tué d'un coup de feu à côté de son frère, l'autre reste immobile et comme une statue à ce spectacle. Quelques jours après, on le fait ramener dans cet état à la maison paternelle ; son arrivée fait la même impression sur un troisième fils de la même famille. La nouvelle de la mort d'un de ses frères et l'aliénation de l'autre le jettent dans une telle consternation et dans une telle stupeur, que rien ne réalisait mieux cette immobilité glacée d'effroi qu'ont peinte tant de peintres anciens et modernes. J'ai eu longtemps sous mes yeux, dit Pinel, ces deux frères infortunés dans les infirmeries de Bicêtrè, et ce qui était encore plus déchirant, j'ai vu le père venir pleurer sur ces tristes restes de son ancienne famille (1). »

J'ai cité dans mes Etudes cliniques (2) plusieurs exemples d'individus devenus fous de terreur. J'ai donné successivement mes soins à deux frères dont l'un, témoin de l'incendie de sa fabrique, est tombé subitement dans une morne stupeur à laquelle succéda une violente exaltation maniaque. L'autre, juré dans une affaire où le peuple ameuté envahit le sanctuaire de la justice, fut à son tour frappé d'une telle frayeur, que l'oppression mélancolique qui l'envahit, se termina ultérieurement de la manière la plus déplorable.

Un artilleur, exposé pendant les journées de juin au feu le plus terrible, et resté seul de tous ses camarades sur la pièce qu'il servait, tomba immédiatement dans une profonde stupeur, et fut longtemps retenu à l'asile par un état consécutif de manie avec fureur. Un incendie effroyable déter-

quiétude à ceux qui n'avaient pas l'habitude d'en jouir? En recherchant avec soin les causes de quelques folies que l'on attribuait à la joie, je me suis assuré qu'on s'était trompé. Un ministre apprend à son parent une nomination à une place importante ; celui-ci, frappé comme d'un coup de massue à l'épigastre, tombe tout à coup dans une lypémanie hypochondriaque. La joie n'était pour rien dans cette maladie, comme tout le monde le croyait, mais bien le désespoir de quitter une maîtresse. Un jeune homme gagne à la loterie ; quelques jours après, il est frappé de folie. On répand que la joie lui a tourné la tête ; ce n'était pas ia joie, mais la crainte d'être volé et de perdre son trésor'. » (Esquirol, ouvr. cit., t. I, p. 59.)

(I) Pinel, ouvr. cit., p. 1 84 , § Sorte d'idioi'sme produite par des affections vives et inattendues. — (2) Tome I, p. 295.

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