MANIÈRE D'INTERPRÉTER LE PHÉNOMÈNE CAUSE
encore que ce ne sont pas les seules causes intercurrentes précitées qui produisent la forme de folie en question. Elles activent son évolution, elles la compliquent ; mais, encore une fois, ce qui constitue la paralysie générale dans son essence, ce qui en fait une forme particulière d'aliénation, une entité distincte, ce sont les relations intimes qui existent entre cette forme de vésanie et les trois éléments essentiels que j'ai signalés : prédisposition, cause occasionnelle, lésion spéciale du cerveau.
E. Enfin, dans la classe si nombreuse des folies sympathiques déterminées par des affections ou des causes maladives physiques ou morales, dont le siège n'est pas primitivement dans le cerveau, nous ne verrons l'aliénation se constituer d'une manière durable, permanente, et former une entité pathologique distincte, qu'à une seule condition : c'est que l'individu soit prédisposé par la nature de son tempérament ; cela veut dire, en d'autres termes, qu'il y ait chez lui une disposition spéciale pour que le phénomène pathologique, une fois produit, soit le point de départ d'une série d'autres phénomènes qui se commandent et s'engendrent successivement, et que, dans la marche ultérieure de la maladie, ces phénomènes ne puissent se séparer du trouble fonctionnel ou de la lésion que la cause primitive a déterminée dans l'organisme.
Lors donc que l'individu n'est prédisposé ni par l'hérédité, ni par aucun de ces éléments pathologiques qui sont souvent préparés de longue main, et qui deviennent le point de départ des phénomènes qui se commandent et s'engendrent successivement, il peut bien devenir aliéné; mais rarement, ainsi que je l'ai dit, son délire aura-t-il les caractères de celui que l'on remarque dans les formes que je suis tenté d'appeler les formes essentielles de l'aliénation. C'est, il est vrai, une pneumonie, une fièvre typhoïde, une maladie du foie, une répercussion d'exanthèmes, qui déterminent les troubles cérébraux ; mais, quoique dans ces circonstances, le délire ait un caractère d'autant plus significatif qu'il est plus aigu , ainsi que nous l'avons vu en étiologie, rien ne nous autorise à créer des formes de folie que nous désignerions sous les noms de folie pncumonique, folie typ/ioïdique , exanthémateuse.
Voilà ce que j'avais à dire sur la manière d'interpréter le phénomène cause ; mais avant d'indiquer dans ses détails la classification que je me suis faite, il est bon de répondre en peu de mots à deux objections principales qui surgissent naturellement de ce qui précède.
Premièrement, on peut dire : Mais si les formes spéciales ou essentielles de la folie se rapportent à un nombre aussi limité de causes qui, dans leurs modes d'action intimes , déterminent les mêmes idées délirantes, les mêmes actes insensés chez tous les individus exposés à ces causes,
pourquoi avoir fait dans l'étiologie une aussi large part à une foule d'autres causes qui cependant ont été considérées, elles aussi, comme pouvant déterminer le délire et la folie, c'est-à-dire des troubles intellectuels transitoires ou permanents ?
Deuxièmement : Ce que vous dites des folies sympathiques, et de l'intervention si utile de la médecine dans ce cas, ne porte-t-il pas à penser que vos formes d'aliénation impliquent la chronicité, et dans la plupart des cas l'incurabilité, ce qui limite singulièrement l'action médicale?
Je répondrai à ces deux objections par un seul argument. De ce que les formes essentielles d'aliénation peuvent se rapporter à un nombre déterminé, limité même, si l'on veut, de causes qui sont en relation intime avec la nature de la maladie , qui la caractérisent, qui empêchent de confondre telle variété avec telle autre variété, qui suffisent pour rattacher à ces formes une foule d'actes, tels que le suicide, Y homicide, le vol, l'incendie, que l'école moderne a considérés comme des entités pathologiques distinctes, s'ensuit-il de là que j'aie eu tort de faire une aussi large part à l'action générale des causes? Mais, je l'ai répété à satiété, ces causes, qui jouent le rôle de causes déterminantes dans un si grand nombre d'occasions, activent le plus ordinairement l'évolution d'un mal qui peut-être serait resté à l'état latent sans l'intervention de ces causes ; il est donc utile de les connaître, afin de pouvoir combattre leur action dans les cas où un individu est prédisposé par son tempérament à contracter la folie. Ceci ne demande pas, pour le moment, d'autre explication.
Quant à ôe qui regarde les formes chroniques et aiguës , je ne nie pas que toutes les variétés d'aliénation ne puissent, sous ce rapport, se partager en deux grandes classes qui offrent l'une et l'autre des chances inégales de guérison. Mais de ce qu'il y a en aliénation une classe où règne l'élément chronique, de ce qu'il y a des variétés vouées congénitalement à l'incurabilité, s'en suit-il qu'en présence de ces cas malheureux il ne soit plus réservé au médecin d'autre rôle que celui de l'inaction ? Personne ne le pense, et je n'insisterai pas sur ce point, qui, s'il était vrai, serait la négation de toute thérapeutique physique et morale , le rejet absolu de toute prophylaxie.
Un autre enseignement ressort de ce que j'ai dit dans ce chapitre, c'est qu'en étudiant l'évolution de la folie dans la nature de la cause et dans celle du trouble fonctionnel ou de la lésion, il reste démontré qu'au médecin seul appartient le traitement de la folie , et qu'à lui seul en est réservé le diagnostic. La raison est que la folie est une maladie qui ne peut exister en dehors du trouble des fonctions ou de la lésion de nos organes.
Que maintenant il soit souvent difficile de bien apprécier l'action des