DÉLIRES ET FOLIES PAR INTOXICATION. — CATÉGORIES
niers temps pour spécifier l'empoisonnement par l'alcool, indique bien comment la question doit être posée. Et puisque, d'un autre côté, nous nous servons du terme de variétés maladives, il faut supposer que les individus qui rentrent dans ces variétés parcourent une existence qui permet d'étudier le mal qui les dévore non-seulement dans leur propre personne, mais dans celle de leur descendance.
Nous diviserons en trois classes les variétés maladives qui doivent le genre de leur folie à la cause générique désignée sous le nom d'intoxication :
Première classe. — Substances narcotiques employées pour se procurer des sensations factices. Influences funestes de certaines industries. — Lorsque des substances ébriantes, telles que l'alcool, l'opium et d'autres narcotiques consacrés par l'usage cbez certains peuples dans le but de se procurer des sensations factices, sont absorbées périodiquement, il eu résulte des manifestations délirantes spéciales, et ces lésions particulières du système nerveux présentent, ultérieurement, le même caractère chez tous les individus exposés à la même cause. En outre, les enfants qui naissent dans certaines conditions d'alcoolisme chronique des parents offrent à l'observation des caractères de dégénérescence. D'autres substances, telles que le plomb, le mercure, le phosphore, etc., peuvent pareillement être étudiées au même point de vue, sauf les restrictions à établir pour ce qui regarde les transmissions héréditaires. L'exposition permanente aux influences de ces diverses substances agit d'une manière fatale sur le système nerveux, altère la constitution, lait éclater des délires spéciaux, et amène des terminaisons fatales, telles que les convulsions et la paralysie.
Deuxième classe. — Influence d'une nourriture insuffisante ou altérée. — Lorsque les conditions générales de l'alimentation sont changées, lorsque les substances qui en font la base sont viciées, on observe des aberrations qui se traduisent, dans le premier cas, sous la forme de débilités progressives de l'intelligence et d'abâtardissement de la race, et dans le deuxième, sous la forme *de maladies nerveuses spéciales, manifestations délirantes, hallucinations identiques, tendances au suicide similaires. Ces différents états nerveux épidémiques, qui ont régné autrefois sous le nom d'ergotisme, mal des ardents, ne reconnaissaient pas d'autres causes, et il est probable que la pellagre, qui se signale par la cachexie, la profonde altération des fonctions digestives et nutritives, se rattache à des éléments étiologiques de même nature.
Troisième classe. — Influences paludéennes. — Constitution géologique du sol. — La cachexie des individus qui vivent dans les milieux marécageux, leur vieillesse précoce, les lésions qui les affectent et les ter-
26/l CLASSIFICATION. — NÉVROSES TRANSFORMÉES.
minaisons fatales de leur existence, sont aujourd'hui des faits bien connus. Ce qui l'est moins peut-être, est l'influence exercée par d'autres constitutions géologiques du sol, influence à laquelle il est permis de rattacher aussi d'autres dégénérescences dans l'espèce humaine, le crétinisme, par exemple. C'est là, en effet, un genre d'affection qui imprime aux individus un caractère typique spécial ; il permet d'établir une ligne de démarcation tranchée entre le crétinisme et d'autres affections dégénératives désignées sous les noms ^imbécillité et ^idiotie, et qui, ainsi que nous l'avons vu d'après notre classification, se rattachent bien plus à des transmissions héréditaires de mauvaise nature qu'à des influences spéciales d'un milieu où règne une cause endémique de dégradation de l'espèce humaine. Ceci n'exclut pas néanmoins que l'hérédité ne joue aussi un rôle dans la production du crétinisme. 11 est bien démontré, en effet, que dans les pays où cette affection est endémique, des parents crétineux donnent fréquemment naissance à des enfants crétins.
3* groupe. — Aliénations déterminées par la transformation de certaines névroses. Folies hystérique, épileptique, hypoçhondriaqué.
Lorsque j'ai signalé l'hystérie, l'épilepsie et l'hypochondrie parmi les causes de l'aliénation, j'ai pris l'élément étiologique de certaines folies particulières à un point déjà développé de son évolution. Pour être plus exact, il aurait fallu dire que l'hystérie, l'hypochondrie et l'épilepsie, ces névroses si caractéristiques, exercent déjà par elles-mêmes une influence spéciale sur la nature des idées et des actes de ceux qui en sont affectés. Maintenant, lorsqu'en vertu de la loi de l'enchaînement des phénomènes pathologiques qui s'engendrent et se commandent successivement, la transformation est opérée, l'observateur se trouve en présence de nouvelles conditions névropathiques ; mais la folie que ces conditions représentent reflète toujours le caractère fondamental de la névrose, dont elle est une transformation. C'est là une vérité que la description particulière des folies hystérique, épileptique, hypoçhondriaqué mettra hors de doute.
Je partage ces folies en trois classes principales, qui comprendront elles-mêmes certaines formes spéciales de délire ou sous-variétés, facilement reconnaissables à la nature des idées et des actes des individus, ainsi qu'aux troubles caractéristiques des fonctions du système nerveux.
Première classe. — Folie hystérique. — Cette forme de vésanie nous offrira des manifestations délirantes on ne peut plus caractéristiques en rapport avec le tempérament des hystériques et les manifestations spéciales dos facultés affectives chez cette catégorie de malades, ainsi que
FOLIES HYSTÉRIQUE, ÉPILEPTIQUE, HYPOCHONDR1AQUE. 265
les transformations pathologiques qui s'opèrent chez elles. L'exaltation la plus grande peut, dans la folie hystérique, succéder à la plus profonde prostration. Des hallucinations et des sensations bizarres, des délires extravagants, des transitions rapides d'un état nerveux à un autre, des rémissions extraordinaires avec retour apparent de la raison, dans quelques circonstances, des penchants au suicide, à l'incendie, à toutes sortes d'actes de mauvaise nature, dans d'autres phases de la maladie ; enfin, des terminaisons déplorables où la nature humaine se montre sous son aspect le plus dégradant, forment les caractères principaux des transformations d'une névrose qu'un auteur allemand a assez justement dénommée nevropathia psychica sexualis. Il est à remarquer que, dans cette variété de folie, les phénomènes ordinaires que l'on rencontre dans l'hystérie proprement dite disparaissent. Rarement observe-t-on l'extase, la catalepsie, les aneshésies et paraplégies diverses, et tout le cortège, en un mot, des phénomènes nerveux qui accompagnent ordinairement l'hystérie. La folie hystérique est une névrose transformée, dans l'acception la plus rigoureuse de ce mot ; mais les symptômes de cette vésanie sont tellement caractéristiques, que l'on nous saura gré d'en avoir fait une forme spéciale qui nous permettra d'assigner leur place naturelle à des malades qui, au point de vue de la pathologie générale, et de la médecine légale des aliénés surtout, ne trouvaient pas leur classement dans le cadre ordinaire des affections mentales.
Deuxième classe. — Folie épileptique. — La fureur que déterminent, dans quelques circonstances, les accès épileptiques, la nature des hallucinations chez ces malades, l'instantanéité des actes agressifs auxquels ils se livrent, l'exaltation du sentiment religieux dans certains cas, font de la folie épileptique une des affections les plus graves et les plus dangereuses du cadre nosologique des maladies mentales. La folie épileptique emprunte aussi à la névrose, d'où elle dérive, ses caractères de périodicité, d'acuité et de rémission, et la terminaison en est ordinairement fatale.
Troisième classe. — Folie hypochondriaque. — La transformation de cette névrose nous met en présence des délires les plus significatifs qu'il soit donné d'observer. On connaît assez les tourments de cette classe si nombreuse de malades désignés sous le nom d'hypochondriaques. Je n'examine pas ici les théories touchant le siège de l'hypochondrie ; il me suffit de savoir que les craintes les plus variées à propos des intérêts de leur santé tourmentent le plus ordinairement ces malheureux malades, et que le point de départ de leurs anxiétés et de leurs préoccupations douloureuses est loin d'avoir son siège exclusif clans X imagination. On sait que chez eux l'imagination est prompte à transformer en idée déli-