ALIÉNATIONS HÉRÉDITAIRES. — CATÉGORIES
rieurs, et qui ont leur place bien marquée dans la grande famille des dégénérescences par transmission héréditaire. Il n'est pas à dire que toutes ces transmissions soient de mauvaise nature; en d'autres termes , on ne doit pas admettre d'une manière générale que les vices des parents, leurs tendances à l'ivrognerie , et ce que j'ai appelé la double fécondation dans le sens du mal physique et du mal moral, déterminent d'une manière exclusive les conditions de l'état intellectuel, physique et moral, chez les
I variétés maladives qui nous occupent. Les variétés de la quatrième classe se rattachent assez souvent à l'élément héréditaire par des liens que les parents n'ont pas toujours formés volontairement. En effet , dans nos recherches étiologiques , nous avons vu que des affections souvent ignorées des ascendants , des terreurs éprouvées par la mère clans la grossesse, que la misère, le défaut d'une alimentation suffisante, les convulsions dans le jeune câge, que des coups reçus sur la tête et d'autres violences matérielles, peuvent déterminer l'état malheureux, et le plus souvent irrémédiable, des individus de cette dernière catégorie.
Quoi qu'il en soit, si l'on compare les individus de cette classe aux autres variétés de folie par hérédité, ils présentent des caractères distinctifs. Privés de toute initiative et de toute spontanéité intellectuelles, ils offrent, dans le développement du sens moral, des différences assez grandes. S'il en est chez lesquels on peut encore admettre la connaissance différentielle du bien et du mal (ce qui est très important au point de vue médico-légal) , le plus grand nombre est composé d'êtres com-
■ plétement passifs, irresponsables, dans la plus haute acception de ce mot. Enfin , les individus de cette dernière catégorie ont une expression typique qui est la preuve la plus saisissante de l'existence des variétés maladives dans l'espèce humaine, et il existe chez eux des signes de l'ordre physique, intellectuel et moral au moyen desquels on peut les reconnaître comme membres de la même famille, comme les représentants du même ordre de causes.
2e groupe. — Aliénations mentales pur intoxication.
Les variétés maladives qui se rattachent à ce groupe nous offrent pareillement des caractères qui nous permettent de les distribuer en plusieurs classes, tout en admettant, pour ce qui regarde la formation de ces variétés , un ensemble de causes spécifiques que nous désignons par le mot intoxication. Nous parvenons de cette manière à former un groupe nosologique distinct, et à classer dans la même variété maladive des individus dont les fonctions physiologiques ont été lésées sous l'influence d'une même cause, et qui nous présentent tous les mêmes symptômes.
Lorsqu'un individu perd momentanément la raison après des libations alcooliques trop copieuses, ou après s'être assimilé une substance, dans certaines proportions, telle que l'opium ou le baschisch, on n'a pas l'habitude de regarder ce phénomène comme un fait d'intoxication. On ne voit dans les effets produits qu'une ivresse passagère, avec manifestation d'actes insolites et production d'hallucinations spéciales. Toutefois, en reconnaissant que, chez le même individu, l'ingestion de certaines substances amène toujours des effets similaires, détermine toujours les mêmes hallucinations, on fait déjà une première concession à la théorie qui reconnaît des relations intimes , nécessaires, entre la forme de la folie et la nature de la cause, ainsi que les troubles des fonctions physiologiques et les lésions organiques.
Mais si maintenant on examine , comme on doit le faire en pathologie générale et spéciale, la nature des troubles fonctionnels ou des lésions organiques produites par la même cause ou par le même ordre de causes, on verra que la répétition fréquente de la même habitude, l'ingestion des liqueurs alcooliques par exemple, suscite chez les individus des perturbations identiques du système nerveux. C'est le délire avec des hallucinations spéciales ; ce sont les mêmes troubles du système digestif ; ce sont les tremblements des membres , les anesthésies partielles , les convulsions, les contractures, et finalement la mort. D'un autre côté, quel que soit le motif déterminant de l'ingestion ou de l'assimilation à l'organisme d'une substance toxique ; que l'homme cherche à se procurer des sensations factices avec l'alcool, l'opium et d'autres substances ébriantes; qu'il soit victime des manipulations qu'il opère en travaillant le plomb, 1 e mercure, le phosphore ou d'autres métaux ; que le produit destiné à le nourrir soit altéré, comme le seigle ergoté ; que l'air qu'il respire soit empoisonné, comme dans les contrées marécageuses, ou que d'autres émanations provenant de la constitution géologique du sol agissent sur son organisme d'une manière dégénérative, comme cela a lieu dans le crétinisme, il nous sera toujours permis de le considérer comme exposé à l'influence d'une cause intoxicante, et les lésions du système 'nerveux seront en rapport avec la nature de la cause.
On pourra objecter que les substances dont nous aurons à examiner l'effet sur l'organisme peuvent causer une mort instantanée, précédée d'un délire plus ou moins furieux, et que ces sortes de terminaisons échappent à toute classification au point de vue de la folie. Cela est vrai; aussi n'est-ce que dans les conditions de la chronicité que nous aurons à étudier les divers délires qui sont le produit de ces substances, les folies par intoxication. Le terme d'alcoolisme chronique, employé dans ces der-