‹ Traité des maladies mentaleChapitre 163 sur 500 · HABITUDE EXTÉRIEURE. — ATTITUDE. — PHYSIONOMIE · texte numérisé non relu

HABITUDE EXTÉRIEURE. — ATTITUDE. — PHYSIONOMIE

11 faut encore, d'après le précepte judicieux de M. le docteur Falret, faire un appel aux faits négatifs. Le savant et sagace professeur entend par là « qu'il faut soumettre les malades à une véritable expérimentation , dans le but de signaler les lacunes qu'ils montrent dans leurs réponses et leurs actes, par comparaison avec l'action de l'intelligence saine dans les mêmes circonstances. C'est-à-dire qu'au lieu de constater directement les faits qui se présentent, on constate l'absence de certains faits dans des conditions où ils devraient nécessairement se produire chez une intelligence régulière. »

Ces considérations établissent assez que l'examen des aliénés est environné de grandes difficultés, non pas en ce sens que l'on se trompe, dans lia généralité des cas, sur la réalité de l'aliénation chez un individu, il est {au contraire à remarquer que, en dehors du jugement médical propre- ! ment dit, le bon sens du vulgaire fait rarement fausse route dans l'appréciation qu'il porte sur les faits et gestes des individus atteints de folie. jMais le côté délicat, dans l'observation de ces malades, est de bien préci- [ser le point de départ de l'affection ainsi que sa nature, d'établir les conditions du traitement et de fixer les bases du pronostic.

Cependant on aurait tort de s'exagérer les difficultés de cette étude, et quoique la symptomatologie des affections mentales offre plus d'une différence avec celle des maladies ordinaires, nous suivrons la marche adoptée par la plupart des auteurs dans leurs traités de pathologie générale.

Nous commencerons l'étude de la symptomatologie des aliénés par les fonctions de relation, et nous passerons successivement aux fonctions assimilatriees , puis à celles de la génération .

( § Ier. — Symptômes fournis par l'habitude extérieure. Attitude, physionomie. Couleur de la peau, système pileux. Organe de la vision. Traits du visage.

Attitude. — L'attitude des aliénés pendant la veille , l'état de repos et de sommeil , s'éloigne plus ou moins des conditions que l'on remarque dans l'état de santé. L'attitude que prend l'aliéné, la propension qu'il montre à s'asseoir ou à se coucher, la position accroupie qu'il recherche, sont, ainsi que le fait remarquer M. le docteur Guislain, des signes d'une grande importance.

Rarement observe-t-on chez ces malades l'attitude simple, tranquille ! et naturelle que l'on rencontre dans les cas où , chez les individus bien portants, le calme et la sérénité de l'esprit sont unis au fonctionnement normal de l'organisme. Chez le malade que transporte l'exaltation du

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délire, on voit un excès d'assurance et de force qui s'élève le plus ordinairement jusqu'à l'audace et au dédain ; tandis que dans l'état oppressif, l'attitude inquiète, pusillanime et troublée des malades peut quelquefois aller jusqu'à l'immobilité la plus complète.

Si, dans certaines affections, l'attitude peut suffire pour faire connaître la maladie, ainsi que cela se voit pour la catalepsie, la danse de Saint-Guy, l'hémiplégie et autres maladies du système nerveux, nous pouvons dire aussi que chez les aliénés, les attitudes témoignent ordinairement le genre de délire dont ils sont affectés. L'individu au délire des persécutions a l'attitude embarrassée, inquiète; le trouble dans l'exercice des sentiments religieux amène des manifestations extérieures non moins saisissantes. Elles se traduisent aux yeux de l'observateur par un anéantissement de la personnalité qui peut aller jusqu'à l'état cataleptique, ainsi que cela se voit chez certains exaltés religieux (1).

On peut dire, en général, qu'il n'est aucune variété d'aliénation qui n'ait sa physionomie particulière. L'état d'épuisement s'annonce chez l'aliéné, aussi bien que chez le vieillard, par la perte des forces que le système cérébro-spinal a éprouvée. La tête inclinée sur la poitrine, le dos voûté, la saillie des articulations, annoncent chez lui, comme chez l'aliéné, 1 un état d'épuisement (2).

Rien de plus commun dans les asiles d'aliénés que de voir les malades : chroniques , les aliénés en démence surtout , demeurer de préférence accroupis dans un coin, les genoux à la hauteur du menton, plutôt que de s'asseoir sur une chaise. On voit ces sortes de malades rester blottis dans leurs lits, la tête appuyée sur leurs genoux ou inclinée vers le sol. Lorsqu'on les force à s'étendre, ils choisissent de préférence les positions déclives pour y poser la tête. M. Guislain fait observer avec raison que l'inclinaison de la tète eu avant est presque le premier indice d'une démence incurable; elle se rattache au relâchement des muscles extenseurs du cou. A plus forte raison, un pronostic fatal doit-il être porté dans

(1) Dans mes Éludes cliniques, t. II , p. 180, j'ai donné le portrait d'une jeune cataleptique chez laquelle on observait l'alternance d'un délire erotique et d'un délire religieux. Pauline L... est représentée dans l'état extatique où la plongeaient ses illusions mystiques. Les yeux sont fixés vers le ciel et l'index de la main droite est appuyé sur la bouche. Dans cette phase maladive, cette jeune fille, qui ne sortait de cette situation que pour manifester les tendances les plus éroliques, était complètement insensible à la douleur. Dans le premier volume du même ouvrage, j'ai représenté un jeune mélancolique à prédominance d'idées d'obsession démoniaque. Il est à genoux, complètement immobile, et réduit à cet état de maigreur extrême que l'on observe chez les faquirs et autres exaltés.

(2) Guislain, omit. c<'/., 1. 1, p. 23.

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