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RAPPORTS DE CES CONVULSIONS AVEC CELLES DES ALIÉNÉS

que nous étudiions çette maladie à sa période d'incubation, de développement ou de déclin. Les différents états morbides du système ; nerveux font naître des convulsions. Cela se voit dans la paralysie progressive, dans l'hystérie, lepilepsie. La boule hystérique est-elle autre chose peutêtre qu'une convulsion des organes internes ? Les diverses altérations du sang provenant, soit d'intoxication proprement dite, soit de mauvaise alimentation, produisent des spasmes, des contractures, des paralysies et, finalement, des convulsions formidables, ainsi que cela à lieu chez ceux qui font un usage abusif d'alcool et d'opium.

On voit le même phénomène pathologique se manifester chez les individus soumis dans certaines industries aux émanations délétères du plomb, du mercure, du phosphore, etc., chez ceux aussi dont les fonctions digestives sont troublées par suite d'une nourriture insuffisante ou altérée. Très souvent on est tenté, chez les aliénés surtout, d'attribuer à une affection essentielle du système nerveux des convulsions dont on ne peut préciser les causes. L'irritabilité et l'impressionnabilité sont des mots dont on se contente pour expliquer des états convulsifs dont la véritable cause est, tantôt une altération spéciale du sang, tantôt l'albuminurie, ou la présence ignorée de vers intestinaux. Dans d'autres circonstances, des maladies du système osseux, tumeurs, carie de la table interne du crâne, exostoses, et toutes les autres affections se rattachant à l'hérédité ou à des habitudes honteuses cpie le malade ne veut pas avouer, sont le point de départ des symptômes morbides (1).

Ces considérations n'enlèvent pas à l'irritabilité et à l'impressionnabilité du système nerveux leur valeur pathologique réelle. Sous quels autres noms qualifier ces spasmes, ces convulsions que nous voyons se produire sous l'influence de la douleur physique ou de la douleur morale, des émotions vives, de la crainte? J'ai connu un hypochondriaque, homme très intelligent, du reste, d'une éducation des plus distinguées, mais dont l'impressionnabilité nerveuse était telle qu'il ne pouvait monter à un premier étage ou se trouver dans le voisinage d'un précipice, sans être immédiatement frappé de l'idée qu'il allait être entraîné dans une chute ou englouti dans un abîme. Cette seule crainte suffisait pour pro-

(1) Il est incontestable qu'un jour l'étude plus approfondie des fonctions du système nerveux et des causes qui peuvent les troubler amènera à une explication plus rationnelle d'une foule de phénomènes que l'exagération des tendances psychologiques du commencement de ce siècle a désignés sous le nom ô.'enlites pathologiques, impossibles à saisir. On a cherché à expliquer ces phénomènes par les lésions de la volonté, de l'attention, de l'imagination , tandis qu'il est plus vrai de dire que ces facultés fondamentales de l'àme humaine ne sont troublées qu'à la suite des affections du système nerveux.

296 SYMPTOM ATOLOG I E . — CONVULSIONS PARTIELLES. — CHORÉE. .

voquer chez lui des spasmes et des convulsions. Le domestique de ce malade lui ayant dit un jour inconsidérément qu'il existait dans le jardin delà maison de campagne qu'il habitait un puits mal bouché, il fut pris immédiatement de spasmes violents qui nécessitèrent mon intervention, et que je ne pus faire complètement cesser qu'en changeant le malade de milieu.

Il existe, sous ce rapport, beaucoup de phénomènes nerveux dont l'explication est encore à trouver , et que nous avons eu lieu d'observer chez les aliénés dans la période d'incubation de leur maladie ; on les remarque aussi chez d'autres individus qui ne sont nullement exposés à devenir aliénés. Ordinairement, ces phénomènes nerveux disparaissent lorsque l'aliénation mentale est confirmée, et que l'exaltation ou la dépression du moment ont modifié les conditions antérieures de souffrance du système nerveux.

Sous la désignation de convulsions partielles, de chorée locale, de chorée électrique, de spasmes musculaires idiopathiques et de paralysie, nerveuse essentielle, les auteurs ont eu en vue de décrire ces situations nerveuses dont je parle, et qu'il nous est impossible, dans l'état actuel delà science, de rapporter toujours, et dans tous les cas, à leurs véritables causes.

M. le docteur Trousseau admet plusieurs formes de convulsions partielles qu'on n'a pas le droit, dit-il, de classer dans les convulsions ordinaires , parmi elles on doit ranger la convulsion partielle indolente de la face, qui se caractérise par des mouvements convulsifs dans les muscles qui reçoivent des filets du nerf facial, convulsions qui reviennent toutes les cinq à dix minutes , mais qui ne s'accompagnent d'aucune espèce de douleur. C'est le tic indolent que j'ai vu souvent, ainsi que M. Trousseau, occuper non-seulement la face, mais un bras, une jambe ; d'autres fois, les muscles de la langue et du cou. J'ai souvent été consulté pour des affections semblables par des malades nerveux, véritables candidats de l'aliénation, et qui cependant n'en franchissaient jamais les limites.

Dans son numéro du 23 août 185/i, la Gazette médicale cite un fait des plus extraordinaires de chorée partielle des membres inférieurs chez un jeune militaire de vingt-deux ans, sans qu'il eût été possible de remonter à la cause d'une pareille affection nerveuse.

Sous le titre de chorée électrique, M. le docteur Dubini, dans un rapport fait au Congrès scientifique des savants italiens , décrit une maladie qu'il a observée trente-huit fois, et sur laquelle il n'a trouvé aucune indication dans les auteurs. Les principaux phénomènes consistaient en secousses fortes, se succédant à intervalles déterminés, précédées par de la chaleur à la peau et une accélération du pouls simulant la fièvre, et qui

SPASMES MUSCUf.AIUES IDIOPATHIQUES. — PARALYSIE NERVEL'SE. 297

laissaient parfois à leur suite une paralysie des membres. Pendant l'accès, la faculté de parler était abolie, la langue se tuméfiait, la déglutition devenait impossible, et souvent un accès d'apoplexie terminait la scène. Sur trente-huit cas, M. Dubini n'a eu que deux guérisons. Dans sa thèse inaugurale, M. le docteur Delpech traite des spasmes musculaires idiopathiques et de la paralysie nerveuse essentielle, qui peuvent être des affections localisées, et dont la cause est le plus ordinairement rhumatismale, à ce que je suppose. Si les centres nerveux sont atteints, ce n'est qu'ultérieurement et après une longue durée des accidents.

Je terminerai par les considérations que M. le docteur Falret émet dans sa Clinique sur l'importance symptomatique des convulsions. Je ne connais en effet aucun symptôme qui se rattache d'une manière aussi intime au diagnostic, au pronostic et au traitement des affections nerveuses.

« En général, dit M. Falret, à la période d'imminence comme dans les périodes subséquentes de la folie , l'appareil locomoteur est plus ou moins fortement influencé. Parmi la variété de ces lésions, quelquefois très singulières, nous devons noter deux cas extrêmes, celui d'un besoin de mouvement continuel, et celui d'une apathie, d'une immobilité, d'une torpeur qui résiste à toutes les sollicitations. La sensation de lassitude générale, de courbature, si fréquente surtout dans les premières périodes des maladies mentales, est également l'expression d'une atteinte profonde portée au système musculaire. Les muscles sont souvent dans un état de tension et de rigidité tels, que les malades ont de la peine à se mouvoir ou à parler, lorsque la langue participe à cet état. Le relâchement des muscles s'observe également et conduit aux mêmes résultats; mais on observe plus fréquemment encore les alternatives de contraction et de relâchement que la permanence de l'un de ces états, surtout dans les muscles de la face. Tous les muscles peuvent d'ailleurs en être le siège, et il n'est pas rare de les constater dans les autres parties du système musculaire, soit à la surface, soit dans la profondeur de nos organes. »

« Les contractions permanentes, dans une partie plus ou moins étendue du système musculaire, se lient souvent à un état d'extase et de catalepsie, de même que les alternatives de contraction et de relâchement sont quelquefois portées jusqu'aux convulsions plus ou moins générales et à la chorée. D'autres fois, on constate des spasmes douloureux des muscles du cou, des contractions spasmodiques des muscles de l'abdomen, ou bien des spasmes clans les extrémités inférieures, qui contraignent les malades a une marche irrégulière, h des sauts. Notons éga-

298 SYMPT0MAT0L0GIE. — SPASMKS.— DYSPNÉES, — CONVULSIONS.

lement un tremblement partiel ou général qu'on observe chez un grand nombre d'aliénés, surtout au début de la maladie, pendant la durée des paroxysmes, et lorsque l'aliénation passe delà période aiguë à la période chronique. Enfin, avec beaucoup d'attention, on remarque parfois un état de contraction iîbrillaire qui paraît se passer dans l'intimité même du muscle, et qui pourrait bien être la cause de beaucoup d'impatience et de besoins de mouvement qu'éprouvent les aliénés. »

« De tels troubles, ajoute M. le docteur Falret, prouvent jusqu'à l'évidence que la folie n'est pas une simple perturbation morale ayant son siège dans le système nerveux, mais que celui-ci parait au contraire y jouer un rôle principal. Les spasmes, les convulsions, les anesthésies, les accidents paralytiques qui accompagnent si souvent l'aliénation mentale, dénotent autre chose qu'une maladie de l'esprit. Cette simultanéité de lésion des facultés morales et intellectuelles, des sensations, de la sensibilité générale et des mouvements, atteste suffisamment une maladie physique dont le siège n'est pas douteux. Nous insistons sur ce i point, parce que plusieurs médecins distingués ont encore la tendance funeste à spiritualiser les maladies mentales et à traiter les aliénés comme j des êtres déraisonnables dont il suffit de dissiper les erreurs, de dompter les caprices et de faire fléchir la volonté. Le physique s'efface complètement dans cette thérapeutique toute morale, et cependant les spasmes, les convulsions, les anesthésies, que nous observons fréquemment dans les maladies mentales, témoignent assez clairement que l'organisme est malade et que le système nerveux est altéré.... »

« Les affections spasmodiques siégeant dans les divers organes, dit t encore ce savant médecin , ne sont pas rares chez les aliénés. Parfois elles ont précédé la folie, et d'autres fois elles lui survivent : telles sont les palpitations de cœur, les dyspnées, les dyspepsies, et enfin les gastro- 1 entéralgies, qui, par la sensation qu'elles font éprouver, ressemblent -| assez à la contraction spasmodique du pharynx, et me paraissent devoir il être attribuées aux spasmes de la membrane musculaire de l'estomac et des intestins.

» Parmi les faits de lésion musculaire qu'il me serait facile de citer en si grand nombre, dit M. le docteur Falret, je me bornerai aux deux suivants :

» 1° Une dame atteinte d'aliénation partielle avec prédominance d'idées mystiques, mais nullement hystériques, éprouvait de temps en temps une commotion générale, semblable à celle qui résulterait d'une décharge électrique sur tout son corps. A la suite de cette commotion, madame ne pouvait résister au besoin impérieux d'étendre les jambes , de fou-

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