INFLUENCE DE L'IDÉE SUR LES MANIFESTATIONS DE LA SENSIBILITÉ
par des causes purement physiques, et font naître une série de sensations pénibles, douloureuses, voire même des modifications accidentelles.
A ces modifications, d'après la remarque si juste de Cabanis, correspondent constamment des différences et des modifications analogues dans la tournure des idées et dans le caractère des passions. Ce sont encore ces diverses circonstances physiques qui peuvent rendre un homme si différent de lui-même et des autres. J'en ai déjà cité des exemples à propos des sensations intérieures éprouvées par les hypochondriaques ; mais revenons à l'influence exercée par l'idée.
La concentration anxieuse, incessante, de l'idée sur un même point, peut déterminer, ai-je dit, le sentiment de la douleur.
J'ai bien souvent observé, et tous les médecins ont aussi remarqué a quel point les préoccupations des hypochondriaques agissaient d'une manière funeste sur les libres manifestations des fonctions nerveuses. Ce n'est d'abord, il est vrai, qu'un simple doute, touchant l'opportunité d'une décision dans telle ou telle circonstance de la vie. Il ne s'agit pas toujours, qu'on se garde de le croire, de grands intérêts en litige ; au contraire, dans la plupart des cas, les craintes, les anxiétés, surgissent à propos des motifs les plus futiles, des appréciations les plus ridicules qu'il soit possible d'imaginer. Mais ces craintes et ces anxiétés, ayant leur point de départ dans certaines modifications de l'économie, ne tardent pas à amener leurs résultats naturels et à prendre ultérieurement des proportions formidables. L'impressionnabilité physique va toujours en croissant, les fonctions sensoriales ne s'exercent plus que dans des conditions douloureuses : on a vu, dans des cas de ce genre, l'exaltation des sens de la vue, de l'ouïe et du tact produire chez les malades les émotions les plus pénibles ; ils tressaillent au moindre bruit, et le plus petit mouvement exécuté devant eux les met dans une véritable agitation. Les bruits les plus ordinaires leur deviennent insupportables, et ils sont dans un état de perpétuel agacement; les organes des sens, devenus d'une exquisivité inouïe, ne transmettent plus au cerveau que des impressions douloureuses ; mais ces douleurs physiques ne sont rien auprès des douleurs morales qui torturent ces malheureux.
Ils interprètent d'une manière défavorable à leurs plus chers intérêts
logiques de la surexcitabililé nerveuse (Lettres sur les névroses), M. le docteur Cerise est amené, par une série de faits d'observation du plus grand intérêt, à établir que « la surexcitabilité nerveuse est, dans un grand nombre de cas, l'expression d'un rapport anormal entre les conditions de développement du tissu vasculaire et les conditions de quantité et de qualité du sang artériel. » (Union médicale, 20 mai 1851.)