DOULEUR. — EXALTATION DE LA SENSIBILITÉ. — SUICIDE
les faits et gestes des amis et des inconnus. Cette interprétation fausse, erronée, délirante, imprime une nouvelle activité à l'élément douloureux qui imprègne tout leur être, et rien n'est plus commun, dans des cas de ce genre, que de voir l'intelligence au service d'impressions sensoriales maladives, les transformer en un phénomène d'un ordre spécial si connu sous le nom à' hallucination, et que je vais décrire dans un instant.
Ce que je dis de l'influence de l'idée comme générateur de la douleur chez les hypochondriaques, s'applique également à l'émotion vive, instantanée, terrifiante, éprouvée par les natures impressionnables et nerveuses; j'en ai cité des exemples dans la partie étiologique de cet ouvrage. La même réflexion est propre à l'élément passionnel , et lorsque les situations où la douleur physique et la douleur morale agissent dans la simultanéité de leur action se prolongent, les conséquences sont faciles à prévoir. Il se manifeste dans l'être souffrant une série d'idées délirantes et d'actes de même nature qui se commandent et s'enchaînent successivement, et correspondent à autant de modifications organiques. Enfin, ces modifications finissent par constituer la maladie nerveuse , et alors la scène change, et des phénomènes de sensibilité d'un ordre nouveau se présentent à l'observation.
Parmi ces actes, le plus effrayant, le plus instantané parfois, est le suicide : on ne saurait croire avec quelle facilité, dans certaines circonstances, les malades mettent un terme à leur douleur physique et morale par la mort volontaire. Toutefois Y instantanéité est bien loin d'être la règle universelle. J.-J. Rousseau avait déjà dit que l'on ne se tuait pas pour les douleurs de la goutte ; et le plus ordinairement les aliénés, malgré leurs douleurs physiques, luttent longtemps contre ce funeste penchant. Ils en font l'aveu pénible à tout le monde, parents, amis, inconnus. Ils implorent souvent, dans les termes les plus touchants, la commisération et l'appui de ceux qu'ils supposent pouvoir leur venir en aide".
« La douleur physique qui conduit souvent à la lypémanie et à l'hypochondrie, dit Esquirol, porte au suicide; elle altère les sensations, concentre l'attention, abat le courage, prive delà raison en agissant sur la sensibilité à la manière des passions ; mais son action est plus lente que celle de la douleur morale, et provoque plus rarement le meurtre de soimême. »
Examinons rapidement les diverses circonstances psychologiques dans lesquelles la douleur se produit dans les maladies nerveuses.
On peut dire d'une manière absolue qu'il n'existe pas d'affection nerveuse qui, dans une de ses phases déterminées, ne nous présente le double