ALTÉRATION DES ORGANES SENS1TTFS. — ÉLÉMENT PASSIONNEL
récemment opéré de la cataracte, deviennent les milieux modifiés à travers lesquels les illusions sont transmises au cerveau. L'impression trop vive exercée par la lumière du soleil sur la rétine a produit, d'après une observation de Bayle, des illusions qui ont duré plus de dix ans chez une personne nerveuse. Tant que ces illusions tiennent à la simple modification maladive des appareils sensoriaux ou aux perversions de la sensibilité générale, ainsi que cela s'observe dans la convalescence de la lièvre typhoïde, dans l'hystérie et d'autres névroses, elles ne tombent pas dans le domaine de la pathologie mentale. Pour établir la distinction, il suffit que l'individu reste maître de dominer le phénomène et de rectifier les
erreurs de ses sens ; ce ne sont dans ce cas que des perversions subjectives.
Ce que nous avons dit des impressions perçues par le sens de la vue clans certaines conditions pathologiques peut également s'appliquer aux maladies de l'oreille interne. Sous l'influence des affections de l'organe auditif, on croit entendre des bruits aigus, des tintements de cloche, des bruissements de toutes sortes. Dans les inflammations de la muqueuse nasale, les malades éprouvent des perceptions non moins étranges et croient sentir des odeurs nauséabondes ou méphitiques. Que ces sensations puissent devenir ultérieurement le point de départ de véritables illusions de l'intelligence, pour nous servir de l'expression heureuse de M. le docteur Falret ; que, d'un autre côté, l'idée délirante préexistante puisse déterminer des phénomènes anormaux dans les fonctions des organes sensitifs, ceci est incontestable, et nous allons le prouver dans un instant. Mais il s'agit de nous rapprocher de la véritable idée qu'il faut se faire de l'état hallucinatoire chez les aliénés. Dans ce but, poursuivons l'examen des illusions dues à l'intervention d'un état particulier de l'esprit, de la passion, et de certains modificateurs spéciaux des fonctions nerveuses et de la sensibilité générale.
Les ondulations de l'air, le simple murmure des feuilles dans une forêt que traverse un homme craintif ou peureux, surexcitent l'organe de l'ouïe au point qu'il croit entendre des pas hostiles ou des voix menaçantes. Les sons que l'on perçoit dans le silence de la nuit, et alors que j l'esprit évoque avec plus de facilité des images fantastiques et des réminiscences douloureuses, semblent être rapprochés et augmenter d'intensité.
Rien de si commun que les interprétations erronées que les individus peureux, ignorants, distraits ou fortement préoccupés, ou ceux encore qui sont dans la période d'incubation de la folie, donnent à tel ou tel bruit qu'ils entendent, ou à tel objet qui soudain frappe leurs regards. On sait, d'un autre côté, que la concentration extrême de l'esprit peut suspendre