‹ Traité des maladies mentaleChapitre 219 sur 500 · CONSÉQUENCES FATALES DES HALLUCINATIONS DE L'OUÏE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES FATALES DES HALLUCINATIONS DE L'OUÏE

tourmentés par des voix qui ne leur adressent que des injures ou des menaces, et que ces aliénés attribuent à des individus avec lesquels ils entretiennent des colloques interminables. On observe, plus rarement que pour la vue, des liallucinations complexes de l'ouïe et faisant tableau, comme serait, par exemple, un concert de voix célestes, les barmonies des anges et autres impressions grandioses. Ce pbénomène ne se rencontre guère que dans les cas d'extase religieuse, et le plus ordinairement l'hallucination de l'ouïe est en rapport avec des sensations d'une nature pénible et des souvenirs douloureux.

Les hallucinés par l'ouïe, en raison des voix qu'ils entendent et des ordres qui leur sont intimés par des puissances supérieures, sont souvent entraînés à des actes déplorables avec une instantanéité effrayante ; de là une source de grands dangers pour eux-mêmes ou pour les autres. Une infinité de suicides et d'homicides chez les aliénés ne reconnaissent pas d'autres causes. Il existe néanmoins, dans cette triste situation maladive, un phénomène d'antagonisme qui peut conjurer bien des périls, et que j'appellerai le phénomène de la double voix. Un aliéné entend une voix qui lui intime de faire une chose mauvaise, et une autre qui le lui défend. « Mes mauvaises voix m'entraînent, mes bonnes voix me retiennent, » me disait une femme qui, dans son délire, croyait être sous l'influence de l'obsession démoniaque. «.Il y a longtemps que je me serais détruite ou que j'aurais tué quelqu'un, répétait une autre aliénée, si la voix de mon bon ange ne m'encourageait ùsouffrir. » Cephénomène est pluscommun qu'on ne pense, mais le plus ordinairement il passe inaperçu. On peut l'observer néanmoins chez beaucoup d'aliénés, et le malade halluciné qui nous a servi de type éprouvait ce dédoublement . Parfois le fait se révèle d'une façon saisissante, ainsi que je l'ai vu chez une aliénée, une vieille demoiselle d'un caractère très doux et d'une grande religion. Cette femme, qui, le plus ordinairement, était calme, tranquille et d'une excessive prévenance pour tout le monde, se livrait subitement à de violentes exacerbations. Alors on la voyait se boucher vivement l'oreille gauche, se frapper cruellement ce côté; d'autres fois elle riait aux éclats, puis se levant avec vivacité, elle sortait dans les cours, parlait et gesticulait, en proie à une vive excitation. Ces actes, incompréhensibles pour quiconque n'aurait pas étudié la nature intime du phénomène, s'expliquaient par l'hallucination à double voix. A gauche, existait un démon lascif, espiègle, qui tantôt faisait à cette malade des propositions impures, l'incitait à des actes déshonnètes, et tantôt se livrait aux excentricités de son humeur joviale en lui racontant des choses plaisantes qui provoquaient chez elle une grande hilarité. Le plus ordinairement, elle restait neutre, pour me servir de son expression ; son

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