DES DIFFÉRENTES DÉSIGNATIONS DU DÉLIRE DE LA FOLIE
impressions douloureuses que ressent l'hypochondriaque tarissent chez lui la source de ces affections aimables qui rendent si doux le sentiment de l'existence. Elles impriment à son organisation des positions funestes qui lui font la vie si pénible et parfois si douloureuse. Rien ne démontre mieux le rapport de la pensée avec les impressions intérieures de l'organisme que les variations que l'on observe dans le délire des hypochondriaques, qui tantôt voient les hommes et les choses sous un aspect riant et gracieux, découvrant partout des motifs d'espérance et d'amour, et tantôt ne peuvent détourner leur pensée délirante des motifs qui leur font craindre et détester l'espèce humaine (1).
La variété des délires dans leurs rapports avec les impressions internes ou externes chez les aliénés, avec le genre d'affection dont ils sont atteints, et finalement avec le progrès de leur maladie, nous indique suffisamment que le délire subit toutes les transformations de la maladie dont il est le symptôme intellectuel .
Le délire est rémittent, intermittent, périodique; les aliénés ont des intervalles lucides. Le délire reflète un caractère de religiosité ou d'érotisme, d'abondance, de richesse ou de pauvreté dans les expressions, selon la nature des troubles organiques ou selon certaines dispositions intellectuelles ou morales préexistantes du malade. 11 peut être spontané, instantané, imprévu, irréfléchi dans quelques circonstances, ainsi que cela s'observe dans l'hystérie, l'épilepsie, ainsi que cela se voit sous l'influence de certaines hallucinations et dans l'intervalle qui sépare le sommeil du réveil.
Enfin, il existe, non-seulement en aliénation, mais dans la pathologie générale, des délires qui se développent dans des circonstances tellement spéciales, qu'ils ont reçu des désignations en rapport avec leur cause génératrice. En aliénation, nous avons le délire religieux, le délire érotique, le délire des grandeurs et celui des persécutions. Mais, dans ces cas, le mot délire est pris pour synonyme de folie. En pathologie générale, le délire dit nerveux répond à plusieurs significations. Pour beaucoup de
(1) M. Maine de Biran, auquel j'eraprunle cette idée, dit atec beaucoup de justesse, que si la médecine physique et morale pouvait parvenir à fixer ces impressions heureuses ou l'état organique qui lui correspond, comme à guérir ces sensations funestes, qui sont bien de véritables maladies, les hommes qui posséderaient cet art précieux seraient les premiers bienfaiteurs de l'espèce, les véritables dispensateurs du souverain bien, de la sagesse et de la vertu même. Mais pourrait-on appeler vertueux celui qui serait toujours bon sans efforts, puisqu'il serait toujours calme et heureux? C'est cette vérité sentie que J.-.l. Rousseau (ce prince des hypochondriaques) avait puisée dans l'observation de luimême, et à laquelle il revient souvent avec une grande force de vérité, (Maine de Biran, Œuvres philosophiques, t. Il, p. 163.)