‹ Traité des maladies mentaleChapitre 245 sur 500 · DU DÉLIRE DANS LES MALADIES AIGUËS · texte numérisé non relu

DU DÉLIRE DANS LES MALADIES AIGUËS

le souvenir des sensations et des impressions (lui ont pu aider à la formation de son délire : il se rappelle très souvent, sinon toujours, dans sa convalescence, ce qu'il a dit, ce qu'il a fait ; il revient sur les appréciations qui ont été émises par son entourage, sur les paroles que le médecin a prononcées, et il en tire parfois des déductions compromettantes pour lui et pour les autres (1).

Lorsque le délire dans les maladies aiguës a cessé avec la cause occasionnelle, le malade n'en conserve que des souvenirs confus, tels que ceux que vous laissent des rêves pénibles. Dans son état de délire, il ne peut rien coordonner, rien systématiser; s'il devient dangereux en ses actes, ce n'est pas avec l'intention de nuire. Rien de plus grave, au contraire, au point de vue du pronostic que la lésion ou le trouble des sentiments dans la période de convalescence des affections aiguës. Si le malade commence à prendre en suspicion les siens, si les soins qu'on lui prodigue sont repoussés avec des injures et des menaces, on peut craindre une transition fatale à la folie.

Enfin, un caractère différentiel important du délire de la folie et du délire des maladies aiguës, c'est que l'aliéné est souvent capable de vous tromper sur l'existence réelle de son délire, et par le silence qu'il sait s'imposer et par les motifs qu'il vous donne pour égarer votre diagnostic.

Dans les affections aiguës, au contraire, quoiqu'il soit vrai de dire que, là aussi, la nature de la cause détermine la nature de la maladie, la pensée se produit ordinairement incohérente, confuse, précipitée, sans liaison et sans suite. Tantôt le malade a des éclats de voix, pousse des cris aigus ; tantôt une sombre et vague mussitation est l'indice d'une terminaison fatale. En tout état de cause, il n'est pas libre de changer le cours de ses idées délirantes, il ne peut en masquer le caractère, et sa véritable situation se révèle par des signes irréfragables.

Le délire des aliénés revêt différentes formes, il a des caractères qui sont propres à telle ou telle variété de folie. Sombre et triste dans la période de dépression, il devient bruyant, injurieux et souvent obscène dans la phase d'excitation. Le paralysé général délire dans le sens des idées de grandeur, il rêve honneurs, dignités, richesses ; tandis que les

(1) Ce phénomène peut paraître étrange, mais la description des différentes variétés de la folie mettra cette appréciation hors de cloute. Que de fois, dans la période de convalescence, n'a-t-on pas à lutter contre les interprétations que les malades déduisent des paroles que vous leur avez adressées, même dans le plus fort de leur délire. Ils se rappellent non-seulement ce que vous leur avez dit, mais ils fixent votre attention sur les faits les plus insignifiants que vous pourriez croire effacés de leur mémoire. Cette indication est précieuse pour le traitement moral de la folie.

Page 1