DÉLIRE DES SENTIMENTS. — DÉLIRE DES ACTES
dents nerveux qui s'y rattachent, termine par ces mots : « Il arrive » quelquefois que ces malades tombent dans la mélancolie, deviennent » fous, sont attaqués de l'ictère noire, d'hydropisie, de tympanite, de » phthisie pulmonaire, de paralysie, d'apoplexie. » (Gazette hebdomadaire , 25 février 1859.)
Nous en sommes arrivés au point où le symptôme délire, considéré comme élément de diagnostic dans la folie , prend une importance extrême. Si l'on voulait toujours arriver au diagnostic de l'aliénation en pesant exclusivement la valeur des idées émises par les individus, on risquerait grandement de se tromper. Je ne veux pas fausser la situation en prétendant, avec un célèbre aliéniste, qu'il n'est pas d'idées si folles dans nos asiles, de théories délirantes si absurdes, qui n'aient pareillement cours dans le monde extérieur. Mais s'il est vrai de dire que chaque variété d'aliénation a son langage délirant spécial, il peut arriver que ce langage fasse défaut. Chez l'aliéné concentré en lui-même, soupçonneux, vindicatif, subjugué par une hallucination, chez celui qui exagère toutes ses sensations, ce langage peut être masqué, défiguré; il ne sera pas toujours l'expression réelle des phénomènes pathologiques. Il existe d'autres aliénés, ceux qui se rattachent à la folie héréditaire surtout, chez lesquels le langage délirant se traduit surtout au dehors par des sentiments et par des actes dépravés plutôt que par des paroles insensées, incohérentes. Bien mieux, si l'on ne s'en tenait qu'à une observation superficielle, on pourrait croire que l'intelligence de ces sortes de malades est parfaitement saine.
Il résulte de ces considérations que le délire doit être étudié à un double point de vue. En lui-même d'abord, comme manifestation de certaines idées insensées, comme expression d'un langage propre aux aliénés dans telle forme de folie plutôt que dans telle autre. Et puis ensuite, à côté de 1 'incohérence , de l'insanité des idées, il faut examiner la lésion, le trouble, la perversion des sentiments, ou, pour nous servir d'un terme qui me paraît bien résumer la situation, le délire des actes.
Lésion, perversion des sentiments, délire des netes. — Dans SOll
Traité d'aliénation mentale, Pinel se pose cette question : « La manie peut-elle exister sans une lésion de l'entendement? » Voici en quels termes cet illustre médecin aborde un des problèmes les plus considérables peut-être de la pathologie mentale : « On peut, dit Pinel, avoir une juste admiration pour les écrits de Locke, et convenir cependant (pie les notions qu'il donne sur la manie sont très incomplètes, lorsqu'il la regarde comme inséparable du délire. » Je pensais moi-même comme cet auteur lorsque je repris à Bicêtre mes recherches sur cette maladie,