‹ Traité des maladies mentaleChapitre 279 sur 500 · INCUBATION DE LA MALADIE. — PRODROMES. Z · texte numérisé non relu

INCUBATION DE LA MALADIE. — PRODROMES. Z

pathiques bizarres pourra rendre de grands services aux malades et aux familles, si son observation et son tact médical lui révèlent un ensemble de phénomènes qui ont une grande valeur au point de vue de la prophylaxie, de l'hygiène et parfois d'un traitement spécial destiné à éviter bien des accidents ultérieurs. Ces phénomènes sont constitués par une grande irrégularité dans les fonctions de la vie de relation et de la vie organique. Les individus prédisposés subissent des périodes d'exaltation et de dépression. Ils sont d'une susceptibilité incroyable et d'une impressionnabilité qui les rend les trisles tributaires des moindres changements atmosphériques, des moindres dérangements à leurs habitudes ordinaires. Ils éprouvent des céphalalgies intenses, fréquentes, et les souffrances du système nerveux se résument le plus souvent chez eux dans des névralgies, des tics douloureux, des spasmes, et surtout dans des lassitudes profondes qui alternent avec des périodes d'excitation. Ce sont, en un mot, des êtres sensitifs, qui, au physique comme au moral, passent presque sans transition d'un état de bien-être à un état de souffrance, d'un contentement absolu à un découragement indicible, d'une assurance exagérée en leurs forces à une pusillanimité enfantine.

Période «l'incubation [prodromes, de irpb, devant, et ooîpo?, course; invasion). — On désigne ordinairement en pathologie, sous le nom d'incubation, le temps qui s'écoule entre l'action d'une cause morbifique sur l'économie animale et l'invasion de la maladie. Quoique cette période soit plus difficile à caractériser en aliénation mentale que dans toute autre affection de l'économie, elle se traduit cependant par des signes irrécusables et qui méritent toute l'attention du médecin. 11 serait peutêtre plus juste de dire que la difficulté de préciser cette période, d'en fixer la signification réelle, vient des nombreuses péripéties que l'on observe dans l'évolution de cette période. Elle se signale en effet par des intermittences et par des rémissions dont il est bien naturel que l'entourage du malade ne comprenne pas la véritable signification. Après la manifestation des symptômes les plus alarmants, il arrive que le mal semble enrayé dans sa course. L'espoir renaît, et le souvenir des faits accomplis s'efface bien vite de la mémoire. On peut se convaincre de ce que je dis, lorsqu'on recueille les commémoratifs de la maladie. Il arrive toujours que, sans intention de déguiser la vérité, les parents fixent à l'invasion des prodromes une époque qui est bien postérieure à celle de leur première apparition.

Quoi qu'il en soit, dans cette période les phénomènes de la prédisposition tendent évidemment à prendre un caractère plus stable et plus significatif. Les alternatives d'excitation et de dépression sont mieux

hbll PHÉNOMÈNES MALADIFS DE LA PERIODE PRODKOMigUE.

dessinées; l'élément douloureux se constitue d'une manière plus permanente, plus active et plus grave dans ses conséquences. Les insomnies sont fréquentes, les rêves pénibles et effrayants. Le malade lui-même est averti; il se trouble et s'inquiète; il assiste avec effroi au spectacle d'une lutte intérieure dont il est l'objet et souvent la victime. Il a de tristes pressentiments, et se demande avec anxiété s'il ne deviendra fas fou.

Les éléments de son pronostic se déduisent pour lui de sensations indéfinissables qui, le plus ordinairement, sont d'une nature pénible et douloureuse. Il a des céphalalgies intenses, de la cardialgie et de l'anorexie. Il n'est pas juste de dire que l'absence de fièvre qui caractérise la folie coril ! firmée soit absente à cette période. Les malades se plaignent de grandes cbaleurs intérieures, et les variations extrêmes dans l'intensité et la I qualité du pouls sont l'indice du désordre général des fonctions nerveuses.

En me servant de ce terme, je n'ai pas intention de me relraneher derrière une expression vague et indécise. L'examen détaillé des diverses 1 fonctions de l'économie mettra en relief ce désordre général qui a son I retentissement spécial dans chaque organe et appareil organique. Ce n'est | pas seulement l'absence de sommeil qui caractérise l'invasion du mal, ce 1 sont des anomalies de la digestion, des constipations opiniâtres, des éructations fétides, des borborygmes, des flatuosités, symptômes évidents d'un état de trouble des fonctions digestives. A l'anorexie succède le dégoût des aliments, parfois aussi la voracité et l'intempérance. Les malades passent avec rapidité d'un extrême à l'autre, et ils ont de la tendance à chercher un soulagement dans des régimes excentriques et désordonnés. Nous allons voir un phénomène similaire se produire dans la sphère des fonctions intellectuelles et affectives.

J'ai dit qu'à cette période d'évolution de la folie, l'élément douloureux tendait à se constituer d'une manière plus permanente, plus active et plus grave en ses conséquences. En effet, les tics douloureux, les névralgies, sont remplacés par le sentiment d'une souffrance plus générales plus difficile à localiser. Les malades accusent un malaise universel, et affirment souffrir de partout. On dirait cependant (pie le centre épigastrique est devenu de préférence le foyer de leurs sensations pénibles. C'est de là que semblent partir ces irradiations nerveuses qui suscitent dans chaque appareil organique des mouvements si pénibles. Ce ne sont plus seulement des névralgies, des tics douloureux, des spasmes, qui tourmentent les malades, ils sont en proie à de véritables convulsions, à des tremblements effrayants; ils ont des crises de larmes, des exacerbatiotS

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