‹ Traité des maladies mentaleChapitre 3 sur 500 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le Traité des maladies mentales est une œuvre spécialement, destinée aux médecins non aliénistes. Toutefois l'esprit nouveau dans lequel est conçu ce traité, le but que je me suis proposé en l'écrivant, m'engagent à faire ressortir aussi brièvement que possible la solidarité qui existe entre cet ouvrage et mes travaux antérieurs.

En 1851, je publiai mes Etudes cliniques sur l'aliénation mentale, et la faveur avec laquelle fut accueilli ce premier essai de ma part sur les maladies du système nerveux ne m'aveugla pas un instant sur son mérite réel.

Je fis la part des bonnes dispositions du public à l'égard de toute œuvre destinée à faire avancer la science de l'étude réciproque du physique et du moral. J'acquis en outre la preuve, en bien étudiant la tendance des esprits et le mouvement des idées, que l'impulsion donnée par les travaux de quelques grands médecins à l'étude de la pathologie et de la physiologie du système nerveux était de nature h imprimer une meilleure direction à l'observation des maladies mentales. Je résolus, en conséquence, de poursuivre avec une nouvelle ardeur mes recherches sur les lésions du système nerveux, et je m'efforçai de répondre, dans la limite de mes forces, aux aspirations scientifiques de l'époque de progrès où nous vivons.

II LNTRODUCTION.

En ce qui regardait mes études spéciales, je ne me trompai pas en pensant qu'il existait chez la génération actuelle un besoin profondément senti de voir s'établir, avec une classification nouvelle des maladies mentales, une méthode d'observation qui permit de rattacher d'une manière plus intime ces affections au cadre nosologique général. Or, pour atteindre ce but, il me parut qu'une classification essentiellement basée sur l'élément étiologique était le meilleur moyen de sortir de la voie trop exclusive que l'on avait suivie jusqu'alors en catégorisant les aliénés d'après les troubles ou les lésions des facultés intellectuelles ou affectives.

Je pensai qu'il était plus utile de faire ressortir cette vue principale, que parmi les circonstances qui agissent sur l'homme et le modifient, « les unes ne s'opposent ni au maintien de la santé, ni à la perpétuité de l'espèce, tandis qu'il en est d'autres qui entraînent, par leur action plus ou moins prolongée, une dégradation telle, que la vie normale n'est plus possible, et qu'après quelques générations écoulées, la reproduction n'a plus lieu. » Je crus qu'il n'était pas moins important « de faire connaître dans leur ensemble les causes diverses des dégénérescences, qui sont pour moi des déviations morbides du type normal de l'humanité; d'indiquer les caractères de chacune d'elles, d'en tracer une classification, et de montrer comment, à mesure que les générations se succèdent, le mal va croissant dans chacune d'elles (1). »

Telle est l'idée dominante du Traité des dégénérescences, laquelle m'a amené à créer dans l'espèce diverses variétés maladives qui, sous l'influence des mêmes causes dégénératrices , revêtent des caractères pathognomoniques invariables de Tordre intellectuel, physique et moral. C'est là ce que j'appelle les caractères fixes, immuables, essentiels, qui doivent servir de base à une classification des maladies mentales, et qu'il faut, de toute nécessité, distinguer des caractères accessoires.

(1) Andial, Rapport à l'Institut sur le Traite des dégénérescences intellectuelles, physiques cl morales dans l'espèce humaine. Paris, 1857.

SCHOOL OF MÉDICH

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11 ne m'appartient pas de dire ici si j'ai complètement réussi dans la théorisation générale des dégénérescences dans l'espèce humaine. L'opinion publique a eu l'occasion de se prononcer sur l'idée qui m'a dirigé dans mes recherches. 11 m'importe maintenant, dans l'intérêt de mon œuvre nouvelle, d'indiquer comment le Traité des maladies mentales est l'évolution naturelle de la théorie qui m'a guidé dans l'étude des dégénérescences.

En observant l'enchaînement et la dépendance réciproque des phénomènes pathologiques transmissibles par l'hérédité, je suis arrivé à créer la grande et importante variété des aliénations héréditaires. J'ai prouvé que depuis la plus légère excentricité dans les actes, depuis la plus simple anomalie dans les lois de la sensibilité morale, désignée sous les noms de folie morale, manie raisonnante, jusqu'à ces états appelés plus ou moins improprement imbécillité, idiotie, crétinisme, il existe des degrés divers de la même affection. L'observation des faits d'hérédité morbide m'a amené à conclure qu'à ces degrés divers correspondent des classes distinctes dont les individus sont les représentants naturels de certains phénomènes pathologiques transmis héréditairement, soit d'une façon similaire, soit d'une façon progressive.

Mais je ne m'en suis pas tenu au fait exclusif de l'hérédité. J'ai démontré que les influences du climat, du sol, de l'hygiène, que certains milieux comme ceux des grands centres industriels, que des habitudes désastreuses comme celle de l'ivrognerie, pouvaient, soit dans leur isolement, soit dans leur alliance avec l'hérédité, constituer des variétés aux caractères parfaitement définis de l'ordre intellectuel et moral aussi bien que de l'ordre physique. Ce sont ces derniers caractères que je désigne sous les noms de signes physiques externes, de stigmates de l'hérédité (1).

« Ce point de vue était évidemment une manière nouvelle d'étudier » l'hérédité dans les maladies. Personne encore n'avait affirmé que

(1) Tels sont les asymétries de la tête, les difformités des oreilles, les arrêts de développement de la taille, des organes reproducteurs ; les différentes infirmités et difformités congénitales, le strabisme, les pieds bols, le rachitisme j etc.

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